Caraïbes 1712 - le forum

Forum du jeu Caraïbes 1712
 
CalendrierAccueilFAQCaraïbes 1712MembresGroupesS'enregistrerConnexionRechercherWiki

Partagez | 
 

 De la Compagnie de Saint Martin: le tour du monde de Geert Rohuud

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Raimund
Gabier
avatar

Messages : 146
Date d'inscription : 09/08/2011
Age : 87
Localisation : Autour du coup de Geert Le Rude

Infos
Nationalité: Pirate Pirate

MessageSujet: De la Compagnie de Saint Martin: le tour du monde de Geert Rohuud   Dim 27 Juil 2014 - 8:47

AVANIE AUX SEPT FILLOTTES

Journal clandestin de Corneliusz Tromp

Le 25 juillet le Het Roken était amarré dans le port de Saint Martin, et son équipage occupé à dépenser ses gains à la manière que d’aucun aurait pu prendre ses gens ce qu’ils étaient : d’honnêtes marins armant le plus honnête marchand des caraïbes. Seules Boro-Te, Najoro-ya, Sirsaille et Mistime, ainsi que moi-même et le vieux Raimund demeurions à bord, par crainte que toutes les couleurs ne se lient en ville en quelque viles malfaçon d’avanie.

L’escale se prolongea d’autant que « les volets rouges » était amarré à Saint Martin, chose dont Lulu la Nantaise n’avait aucune nécessité de faire publicité, tant la réputation ce navire le précédait mieux qu’une brise de mer.

Mais l’avanie vint, et si c’est en couleurs, ce sont de celles par lesquelles passa la capitaine, accablé subitement par un aphteux mal, qui bien qu’inconnu de nous, fut attribué à quelque substance corrompue, soit absorbée, soit féminine dont Geert faisait alors débauches de grands plaisirs. Cet évènement eut tôt fait d’éjecter l’équipage hors des tavernes et lupanars de l’île.

N’ayant en l’état pas plus le pied marin que terrestre et suant et beuglant sur sa paillasse, il fut décidé par Gus, Ruud, Raimund et moi-même que la capitaine serait laissé à terre ainsi que Sirsaille et Mistime pour lui donner le soin nécessaire à sa guérison.


Mais l’avanie revint, car bien que second du navire, et reconnu pour mes compétence de cambusier Gus et Ruud jugèrent Raimund plus apte à prendre le commandement du navire, décision qu’ils mirent au vote de l’équipage qui se rangea à leur avis. Faisant valoir qu’il s’agissait là d’une pratique digne de la piratesque bien plus que d’honnête coutume de la marchande, les bougres m’ont consigné à fond de cale sous la garde des deux sauvages entièrement dévoués à ce vieux fou de Raimund.

Des semaines qui suivirent je ne peux donc raconter que peu, déduit des temps passé en mer et à terre, et de ce que j’ai pu entendre à oreille perdue. A en juger par les nombreuses escales aussi bien que de la nature des marchandises que je vis passer sous l’écoutille je peux affirmer deux choses avec certitude. Le Het Roken n’avait pas quitté les « Sept fillottes dessus les vents » et l’équipage ne vivait pas d’honnête commerce. Plus inquiétant encore, les retours à bord étaient  largement ponctués de chants à faire pâlir les prudes et les pucelles, tantôt en hollandois, tantôt en anglois, voir même en gascon, lequel gascon me parût emporter rapidement la préférence d’un chœur aux relents assurément avinés. Je me demandai même par quel miracle ces hommes pouvaient encore jouer des œuvres du navire…



Dernière édition par Raimund le Ven 12 Sep 2014 - 13:27, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Raimund
Gabier
avatar

Messages : 146
Date d'inscription : 09/08/2011
Age : 87
Localisation : Autour du coup de Geert Le Rude

Infos
Nationalité: Pirate Pirate

MessageSujet: Re: De la Compagnie de Saint Martin: le tour du monde de Geert Rohuud   Dim 27 Juil 2014 - 10:26

LA REVANCHE DU CAMBUSIER

Geert rétabli sans autre séquelle qu’une oreille qu’il prétend avoir été dévoré par un perroquet tant il fut compté pour mort, des nouvelles du Het Roken lui parvinrent sous la forme d’une cohorte cléricale de sept soutanes appesanties, copieusement bordées d’un quarteron de fonctionnaires coloniaux.

Mais quand ces derniers lui firent jurer qu’il était le capitaine dudit navire, il dut rapidement ravaler sa joie. Car aux dires des sacristains ayant mené l’enquête, le vieux Raimund n’avait rien trouvé de mieux que d’écumer les églises pour en piller les troncs et, par un tour de fausse mendicité, de détrousser à leur insu les fidèles d’une main fort leste pour un si vieil homme.

Alors qu’il s’enhardi en vain jusqu’à mettre à sac l’église Saint Martin, il ne trouva dit-on d’autre consolation que de revenir sur l’heure humilier le curé, le faisant courir la marelle autour de son autel, son habit de messe tant retroussé que noué dessus la tête, un cierge allumé dans chaque main au cri enjoué de:

« oh! ah-ah !, ah-ah oh !..hissez haut la soutane, bien au vent la godille ! »

…laquelle comptine de mauvais alois étant reprise en chœur par l’équipage ainsi fort compromis.

Raimund qui ne tarda pas à être cueilli dans les bas fonds, et tenu en la geôle de Saint Martin où il crie fort au déconfit endroit des paroissiens, ne rien pouvoir restituer de ce qui a été tant bien roté que forniqué, que c’était bien là lot de la nature, et que s’ils en avaient contre elle qu’ils s’adressent à son créateur!


Mon entremise fut dès lors incontournable, et je dois le dire, à ce point fort bénéfique. Je convaincs aisément les commissaires que le navire étant en l’état de si peu de valeur que sa saisie pour en tirer profit coûterait plus qu’elle n’en vaudrait à la revente. Quant à l’équipage, bien qu’emplir 38 écuelles de gruau et d’eau croupie soit de peu de frais,  ce n’en est point une dépense à négliger pour qui veille sainement à la santé du trésor des colonies. Et que sans cela il ferait autant l’économie du service d’un geôlier dont l’emploi à demeure n’est d’aucune utilité.

Cet argument comme le premier fut bien entendu, mais eu égard aux besoins agricoles de la colonie, ce le fut au point qu’il en fallu de peu que de l’équipage du Het Roken fut mis de force aux travaux des champs. Je fus donc bien inspiré d’indiquer aux colons que ces gens de mer, bien qu’autrefois bon chrétiens, ont été pervertie par le vieux fou, et seraient dès lors bien capable de semer le troubles parmi leur esclaves, couleur de certains d’entre eux présentée à l’appui.

Conscient que se faisait croissant en leur esprit à mesure de nos palabres le désir de se débarrasser de l’équipage du Het Roken, je demandai une aparté au curé de la paroisse de Saint-Martin et lui proposai qu’à défaut de pouvoir réparer en bien un mal commis plus grandement en pêché, plutôt que de risquer de nuire plus avant à la communauté, il serait avisé de le réparer par la pénitence.

Le curé, fort fier de présenter à l’assemblée la clé d’une situation bien emmêlée, la fit sienne au prix d’un prompt pêché de gloriole. La chose fut approuvée et sur papier consignée:
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Raimund
Gabier
avatar

Messages : 146
Date d'inscription : 09/08/2011
Age : 87
Localisation : Autour du coup de Geert Le Rude

Infos
Nationalité: Pirate Pirate

MessageSujet: Re: De la Compagnie de Saint Martin: le tour du monde de Geert Rohuud   Dim 27 Juil 2014 - 10:35

JUGEMENT DU 27 JUILLET 1714 FONDANT LA COMPAGNIE DE SAINT MARTIN DES PENITENTS


Outre la redite des méfaits incriminés, le jugement indiquait que par pénitence et pour que ledit Geert Rohuud recouvre pleinement son commandement, sa patente, et reçoive absolution des méfaits de son équipage, il devra aller se recueillir en toute chapelle angloise et hollandoise de la caraïbe,  depuis Saint Martin jusqu’à Paramaribo, par le ponant et retour par les Bermudes. Et que pour pérégriner de la sorte le Het Roken serait rebaptisé le « De Boeteling »(Le pénitent), et qu’il naviguerait aux couleurs de la « Compagnie de Saint-Martin des Pétinents » fondée sur le champ sur les fonds personnels de Geert Rohuud, capitaine sinon coupable, du moins responsable de ses gens.

Et que jusqu’à son retour, preuve à l’appui de ses prières, et de la dépense en don à la charité de l’église en chaque lieu de tous les gains éventuels réalisés lors du périple du Het Roken, ledit Raimund Depoeder, ancien boucanier de mauvaise vie et de mauvaise foi, sera tenu captif à Paramaribo, où il sera transféré au premier navire partant pour les Guyanes, de même que les deux sauvages qui seront rendus à la forêt.

Afin de s’assurer que la pénitence soit réalisée dans la forme dite, en lieu et place dudit Raimund Depoeder le « Boeteling » embarquera à son bord le jeune dévot dénommé Boudewijn Hertongenbosch, sacristain de la paroisse de Saint Eustatius, qui outre de devoir raffermir les liens de piété avec les colonies, en attestera ou non au retour à Paramaribo.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Raimund
Gabier
avatar

Messages : 146
Date d'inscription : 09/08/2011
Age : 87
Localisation : Autour du coup de Geert Le Rude

Infos
Nationalité: Pirate Pirate

MessageSujet: Re: De la Compagnie de Saint Martin: le tour du monde de Geert Rohuud   Mer 13 Aoû 2014 - 12:38

Le 1er août 1714. Plus fermé que jamais Geert avait seul assisté au départ de Raimund pour les Guyanes. La totalité de L’équipage était consigné à bord où régnait un silence de mort, pendant que Guus et Ruud finissait de rebaptiser la barque sur laquelle flottait désormais le pavillon de la toute nouvelle Compagnie de Saint Martin des Pénitents, gracieusement offert les autorités de l’île.

Quand le De Boeteling quitta la rade de St. Martin, la joie sembla embrasser subrepticement le quai encombré, cachant mal l’espoir communément nourri et moins que vain que l’embarcation honnie disparaisse sous un horizon éternel, tant le périple auquel il était lié semblait funeste au regard des avanies terrestres qu’il encourrait. Charge à lui du moins, de s’assurer une seine navigation vers la grâce de Dieu.

D’ailleurs je me demandais bien quel crime avait pu commettre Boudewijn Hertogenbosch pour qu’on lui fasse ainsi partager notre destin.

La tournée des paroisses commença naturellement par celles des sept fillottes, où en chaque église le trio composé de moi-même, du sacristain et du capitaine, vint à garnir les troncs et psalmodier quelques « notre-père » face à un curé masquant mal, malgré une morphologie à chaque fois fort différenciée sinon cocasse, une jubilation narquoise; ce qui eu tout de même pour effet de titiller mes certitudes quand à la sainte nature de ces hommes-là.






Bien sûr j’avais dû apprendre à Geert son Pater Noster et son Ave maria en fort peut de temps, mais jaugeant le nombre de haussement de sourcils du sacristain raisonnablement restreint à l’écoute de la marmelade récitée par le capitaine, j’osai penser que ces actes de dévotion seraient dument accrédités sinon envers le Seigneur, du moins envers le témoignage du premier.








Le 4 août nous mîmes le cap sur Bonaire. Boudewijn ne semblait pas rassuré, et à bord l’ambiance était toujours aussi pesante, de celle d’un navire armée de sales gosses trainant dans leurs poches une honte aussi lourde qu’une ancre de gabarre. Il n’était pas un seul membre de l’équipage dont le regard ne s’enfonçait pas à fond de cale à l’approche des pas du capitaine. Mais tous taisaient leur angoisse, et tous la partageait.

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Raimund
Gabier
avatar

Messages : 146
Date d'inscription : 09/08/2011
Age : 87
Localisation : Autour du coup de Geert Le Rude

Infos
Nationalité: Pirate Pirate

MessageSujet: Re: De la Compagnie de Saint Martin: le tour du monde de Geert Rohuud   Mer 13 Aoû 2014 - 12:54

La seconde étape de notre périple fut tout aussi naturelle que la première, en des lieux et sur des routes désormais familiers.
Mais à notre grande surprise les Trois Gueuses ne furent pas le havre espéré. Une flotte françoise cinglait au large d’Aruba, rejointe par une autre espingouine. Vaisseau, Frégate, Corvette, Chébec en nombre semblait vouloir se ruer sur les trois Gueuses. Aussi, se faufilant sous le nez de cette armada, De Boeteling fut ravitaillé a minima, et seul moi-même mes hommes, le sacristain et les deux nègres furent autorisés à mettre pied à terre.


Pour le capitaine, le détour rapide par l’Eglise de Bonaire fut tout aussi pénible que précédemment, l’affaire de Saint-Martin nous ayant précédé. Nous touchâmes donc rapidement Curaçao dans les mêmes conditions où nous pûmes constater les méfaits de la flotte ennemie.


Ce n’est qu’arrivé à Aruba que nous fûmes rassurer de voir que les pavillons anglois et hollandois se rassemblaient en nombre. Au moins les trois Gueuses ne semblaient pas vouées à l’abandon comme piteusement l’étaient Paramaribo et Tobago, mises en coupes réglées par les corsaires catholiques...

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Raimund
Gabier
avatar

Messages : 146
Date d'inscription : 09/08/2011
Age : 87
Localisation : Autour du coup de Geert Le Rude

Infos
Nationalité: Pirate Pirate

MessageSujet: Re: De la Compagnie de Saint Martin: le tour du monde de Geert Rohuud   Mer 3 Sep 2014 - 14:05

Le 6 août 1714 De Boeteling largua les amarres pour faire voile au nord vers le premier port inconnu de ce long périple. Bien que méconnaissant la route, le capitaine Geert si longuement les oreilles rabattues par les récits de Raimund repassant inexorablement par l’île de la Vache et la passe des frégates, la trouva presque familière. Passer si près de l’ancien repaire du vieux boucanier et de la Flabante lui flanqua un de remugle de mélancolie qui à défaut de rendre son humeur moins sombre, la rendit plus flasque.

Le 10 août 1714 nous entrions dans le port de Kingston après une traversée parfaitement paisible contrairement à nos craintes. Nous ne croisâmes pas le moindre voile hostile à l’horizon et trouvâmes amarré un unique navire anglois. Bien que tenté par la visite en règle des tavernes d’un port fameux à la flibuste d’autrefois, le capitaine en fut vertement dissuadé par le sacristain, et détourna ses pas vers l’église afin de ne pas manquer son rendez-vous avec ses obligations rédemptrice.


A Kingston mes hommes de la cambuse connurent une charge de travail redoublée car la prochaine étape de notre voyage s’annonçait de près d’une semaine. Quant aux hommes de Gus et Rud ils eurent droit à un long repos; si la route de Bélize était longue, elle n’en passait pas moins au beau milieu d’un triangle de repaires pirates, et Geert espérait bien que chacun à bord s’emploie à tirer le meilleur des œuvres de la barque pour le traverser dans les meilleurs délais.

Le 11 août 1714 nous larguions à nouveau les amarres. Le 13, alors que nous sortions du banc des Moustiques par le ponant, nous vîmes un pavillon noir à l’horizon. Mais la corvette armée de piratesque sembla filer vers Roatan, ce qui dilua un peu l’atmosphère à bord, s’étant fait beurre à peine fondu l’espace de quelque heures.

Le 14 août le sentiment de précarité s’estompa un plus quand nous croisâmes une frégate Angloise.

Le 15 août nous entrâmes dans le port de Belize, et cette fois le capitaine Geert ne se fit pas prier pour se rendre à l’église, et même une poignée d’hommes, mes irlandais en premiers, lui emboîtèrent le pas!

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Raimund
Gabier
avatar

Messages : 146
Date d'inscription : 09/08/2011
Age : 87
Localisation : Autour du coup de Geert Le Rude

Infos
Nationalité: Pirate Pirate

MessageSujet: Re: De la Compagnie de Saint Martin: le tour du monde de Geert Rohuud   Jeu 4 Sep 2014 - 14:41

Alors que seul De Boeteling mouillait dans ce port perdu aux coté d’une frégate angloise, le capitaine demeura longuement enfermé dans sa cabine. Entrer dans le golfe des du Honduras cerné de repaires à piratesque était une chose, mais s’extirper de Bélize, outre-cul méridional des Caraïbes en était une autre, surtout quand il s’agit d’en sortir pour passer devant le coffre fort espingouins de La Havane, probablement gardé par plus d’un molosse, pour finalement aller se jeter dans la gueule du loup au beau milieu des Lucayes.

Avec mon aide le Capitaine Geert tentait de se remémorer tout ce qu’il avait pu entendre de Raimund sur ces parages, ses vents et ses côtes, conjurant plus d’une fois qu’à son tour la poisse de manquer d’un pareil pilote alors que nous allions devoir nous faufiler dans les nombreuses cayes des côtes de nord de Cuba.

Pour tout l’équipage c’était évident, le danger n’avait jamais été si pressant, et peu l’étaient plus que de franchir le détroit de Malenpis, bien que nous l’ayons par trois franchi; mais là il allait falloir tout comme le franchir trois fois d’un seul bord!

Le matin du 17 août, au jour de lever l’ancre, le capitaine ne rassembla pas les hommes sur le pont comme à son habitude. Mais il doubla la vigie et me fit mettre John, Chico et Bartholomew à la revue complète des œuvres du navire.

Au premier crépuscule, nous appareillâmes profitant des vents de terre, et Geert ne tarda pas à jauger sa chance dès le lendemain, jusqu’à risquer de mener de Boeteling en mouillage clandestin près de Cayes Mujeres.

Au second crépuscule De Boeteling alla affronter le cap Saint-Antoine, et lorsqu’à l’aube se leva sur le Golfe de Neuve Espagne tout entier dévolu au joug espingouins et à l’avanie françoise, tous à bord crurent d’abord à un mirage, puis durent se rendre à l’évidence que la ferveur des prières prononcées à Bélize par le capitaine n’avait pas été vaine: à moins d’un mile nord-nord-est défilait sur bâbord un vaisseau anglois de 64 canons!

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Raimund
Gabier
avatar

Messages : 146
Date d'inscription : 09/08/2011
Age : 87
Localisation : Autour du coup de Geert Le Rude

Infos
Nationalité: Pirate Pirate

MessageSujet: Re: De la Compagnie de Saint Martin: le tour du monde de Geert Rohuud   Ven 5 Sep 2014 - 12:45

Pareille vison redonna du souffle à l’équipage convaincu de voguer de piège à homard en nasse à tourteaux. Profitant du courant de Floride le capitaine fit mettre le cap sur la Havane, espérant la doubler de nuit et faire escale dans les premiers cayes du nord, le long de l’ancienne route des Gallions d’Espagne.

Nous ne croisâmes pas la moindre misaine sur l’horizon et parvinrent sans encombre dans une première calanche. Puis De Boeteling se faufila dans les cayes telle une écrevisse en quête de salut. Comme les jours passèrent ainsi sans déveine, les hommes recommençaient à causer entre eux, jusqu’à évoquer un prétendu pouvoir de protection du sacristain. Mais quand enfin notre barque pris le large pour s’aventurer dans les Lucayes la violente tempête qui nous y accueilli eut tôt fait d’éteindre cette bouffée de superstition optimiste.

De Boeteling avait subit de telles dommages que loin de doubler l’île d’Andross par le midi, nous dûmes nous réfugier dans une crique toute proche du repaire de pirates pour réparer. Malgré la tempête qui ne semblait pas vouloir s’apaiser John, Chico et Bartholomew firent des merveilles bien aidés en cela par ces deux tire-palans d’écossois.

Le 21 aôut nous sortîmes à nouveau à la mer à la première accalmie, faisant notre entrée dans le grand bac des Bahamas. Tous à bord pensèrent être sortis d’affaire, et quoiqu’en pénitence évoquaient maintenant à mots couverts les bordels et taverne de Nassau toute proche.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Raimund
Gabier
avatar

Messages : 146
Date d'inscription : 09/08/2011
Age : 87
Localisation : Autour du coup de Geert Le Rude

Infos
Nationalité: Pirate Pirate

MessageSujet: Re: De la Compagnie de Saint Martin: le tour du monde de Geert Rohuud   Lun 8 Sep 2014 - 14:41

LA CRIQUE DE TROP



Livre de compte de "De Boeteling", repris et tenu par Boudewijn Hertogenbosch, sacristain de Saint Eustache



Aube du 22 août 1714…

Le sinistre craquement qui avait projeté une multitude de pièces de bois dans la cabine, avait également et d’évidence à en juger par la bouillie qui lui tenait lieu de visage, fait passer de vie à trépas le second et cambusier de  « De Boeteling ».

J’émergeais à peine de la terreur provoquée par ce choc inattendu qu’une nouvelle grêle d’enfer vint s’abattre sur la barque. Dans un réflexe de bon sacristain je ramassai autour de moi ce que je jugeai de valeur, dont le livre de comptes que les mains de Corneliusz Tromp semblaient me tendre par delà la mort.

Par chance la salve suivante balaya le pont avant que je n’ose sortir ma tête de l’écoutille et m’en dissuada définitivement, cherchant plutôt dans l’épaisseur du pont un moyen de survivre à la pluie de chair d’écharde et plomb; laquelle ne se cessa qu’après la sixième bordée envoyée sur notre pauvre barque désarmée sinon de pénitence!

De puis ma cachette j’avais vu Languelois tomber en miettes du haut du mat, ou plutôt "avec" la mat.  

Depuis ma cachette j’avais vu Chico décapité si vivement que ses pieds tenaient encore le pont quand sa tête s’y écrasa.

Depuis ma cachette j’avais vu les gabiers de Galles, de Frise et de Zélande un instant s’unir avec le gréement dans une giclée de sang.

Depuis ma cachette j’avais vu s’abattre la grand-voile comme un linceul sur cette bouillie d’hommes bientôt piétinée par une multitude d’assaillants sanguinaire.


Depuis ma cachette j'avais vu les deux écossais repousser dix fois leur nombre avec un morceau de vergue avant de succomber d’un traitreux tir de mousquet.

Depuis ma cachette j’avais vus les quatre frères irlandais lutter à main nue avant d’être démembrés à coup de sabre.

De ma cachette je fus extirpé manu militari et jeté dans une chaloupe avec les autres survivants forts rapide à dénombrer: Geert Rohuud, Gus Peteers, Ruud Ooymans, Daam Maes, Huub Huysman, Pouw Koekelberg, Caoidhean Davis, John Rodrigues, Bartholomew Sanchez et Sirsaille.

Nous étions onze désormais à ramer en mer…dont quatre seulement avait fait la traversée avec le capitaine.

Ce n’est que lors du long trajet de plus d’une lieue à forces de bras vers Nassau que je pu comprendre ce qui s’était passé. Après avoir doublé Andross par le midi, la capitaine Geert avait mené de Boeteling une crique toute proche de Nassau afin de le soustraire à la vue des pirates d’Eleuthera, ce qui avait de fortes chances de se produire en plein jour.

Mais la tactique qui lui avait réussi si bien depuis Bélize bravant aisnis mille dangers, nous fut fatale au moment d’aboutir, car dans cette crique nichait à l’affut deux Chébec traînant pavillon d’Espaigne : le « Noche Galiente », et « El Amigo generoso ».
Le premier se rua sur nous sans le moins du monde se soucier que notre navire était désarmé, vide et arborant un pavillon dont le seul mandat est de faire pénitence en tous ports de la caraïbe qui lui est ouvert.

Voilà donc ce dont les papistes sont faits! ...Ne considérant d’humanité qu’en leur propre sein, et avide de sang bien plus que de gain!
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Raimund
Gabier
avatar

Messages : 146
Date d'inscription : 09/08/2011
Age : 87
Localisation : Autour du coup de Geert Le Rude

Infos
Nationalité: Pirate Pirate

MessageSujet: Re: De la Compagnie de Saint Martin: le tour du monde de Geert Rohuud   Ven 12 Sep 2014 - 12:58

On ne peut pas affirmer que l’entrée des onze rameurs dans le port de Nassau fut glorieuse. Exténués, la tête basses, nous emboîtâmes le pas au capitaine jusqu’à la première taverne venue.

Là, Geert vida le contenu de sa botte droite sur une table et héla le tavernier. Bien que je ne sois que peu entraîné à ce genre d’exercice, à ma grande surprise je me vis jouer du coude avec autant d’aisance que mes compagnons d’infortune, ne me souciant pas plus qu’eux que le contenu de la botte gauche soit suffisant à nous embarquer sur un quelconque esquif à même de nous mener dieu sait où…

La beuverie ne cessa que lorsque le breuvage eut vaincu chacun d’entre nous, sans que le moindre éclat de voix n’eu fendu le silence de plomb régnant autour de notre table. Il ne m’avait pas semblé jusqu’à la première bordée du Noche Galiente que parmi nous l’espingouin fut tenu en la moindre sympathie, mais je peux affirmer que cette nuit là l’aigreur fut ancrée au tréfonds de chacun aussi surement que les litres de rhums furent pissés le lendemain.
Néanmoins au chant du coq le capitaine nous réveilla à coup pied dans les côtes là sous une table, là au coin d’un coin d’aisance, là ou la décence en me permet pas d’en dire plus…

« Bon c’est qu’on va pas ramer jusqu’aux Guyanes !!!, avait beuglé Geert en guise douche froide, Pouw Bart, Sirsaille avec moi ! On écume le port par babord !Huub, Daam, Rod..avec Ruud, allez-y par tribord ! ...ça serait bien la mouise aux harengs que d’pas trouver une veille barque en recelage dans ce troup à filouterie de la Lucaye ! »

« Boud, Davis…restez ici avec Peteers, vous n’serez pas trop de trois langues pour ramasser la fange nécessaire à armer not’trouvaille…. »


Puis il ajouta à mon intention et à ma dévotion que j’avouai chancelante ce matin là : « Boud, rends nous quelques prières qu’ça peut pas nuire à un peu d’chance qui nous ferait pas d’mal ! »

De fait le surlendemain nous montions une nouvelle barque armée d’une engeance marine dont nous nous étions refusé de savoir s’il elle avait ses habitudes à Eleuthera, Andross, ou  Florida Keys. Aucun manifeste ne fut tenu afin de ne pas dissuader les recrues, mais aussi parce que le capitaine voyait maintenant dans ce document un genre de malédiction, probablement en rapport avec sa méconnaissance notoire de l’écriture.

Quant à moi, étant désormais le seul instruit tout autant je fus accolé au regretté cambusier et second pendant plus de 53 jours de mer, il me flanqua la charge de le remplacer.

Le détour rituel par l’église de Nassau ne fut pas omise.



Comme pour le nouvel équipage la perspective de quitter les Lucayes sous pareil anonymat avait tout d’une aubaine, l’ambiance à bord commença de changer, particulièrement après notre escale à Grand Bahama qui ne fut qu’une formalité.


Aussi lorsque le De Boeteling Twee commença de voguer dans la mer des Sargasses, il se mit à raisonner de nombreux chants marins qui peu à peu redonnèrent du cœur aux onze rescapés de la Crique Espingaudite…
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Raimund
Gabier
avatar

Messages : 146
Date d'inscription : 09/08/2011
Age : 87
Localisation : Autour du coup de Geert Le Rude

Infos
Nationalité: Pirate Pirate

MessageSujet: Re: De la Compagnie de Saint Martin: le tour du monde de Geert Rohuud   Lun 15 Sep 2014 - 14:40

Mettant cap au nord, nous tînmes néanmoins notre barque loin des côtes de Floride et des mauvaises surprises. Mais le 26 aout, avec l'apparition sur l'horizon de la frégate espingouine « San Pere » au large de San Augustine, un frisson parcouru l’échine des anciens de l’équipage qui ne se firent en rien prier pour donner tout le bras et toute l’adresse dont ils étaient capables pour doubler l’espingouin au vent.



Le 28 août 1714 nous posâmes pour la première fois le pied sur le continent de Caroline. Le port de Charles Town était vide et la ville aux atours civilisés étaient peuplée de planteurs à la langue aussi avare que celle de notre capitaine. Mais après qu’il eut visité l’église et eut fait quelque don à la paroisse, les regards se firent moins en biais…



Bartholomew Sanchez s’acquitta si bien de sa nouvelle tâche de cambusier, qu’en à peine plus d’une journée le De Boeteling Twee était prêt à appareiller pour la plus longue traversée que son capitaine n’avait jamais tenté outre celle qu’il l’avait menée du vieux continent.

Il allait falloir affronter la haute mer pendant au moins une semaine. Le nouvel équipage allait devoir faire ses preuves, et j’appréhendai d’assumer ma charge de second dans ces circonstances.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Raimund
Gabier
avatar

Messages : 146
Date d'inscription : 09/08/2011
Age : 87
Localisation : Autour du coup de Geert Le Rude

Infos
Nationalité: Pirate Pirate

MessageSujet: Re: De la Compagnie de Saint Martin: le tour du monde de Geert Rohuud   Mar 16 Déc 2014 - 14:16

Le 31 aôut nous croisâmes le Nightflyer du capitaine Pistol Pete au sortir d’une tempête au large du continent. Il s’ensuivit un voyage paisible qui nous vit jeter l’ancre aux Bermudes le 5 septembre 1714.


Au sortir de l’église le capitaine avait ajouté à son masque sombre, celui d’une profonde réflexion. La rancœur vis-à-vis de l’espingouin était toujours aussi vive, si bien qu’il requit mon entretien dans un lieu à l’abri des regards. Jaugeant que l’essentiel de l’équipage qu’il avait été embarqué à Nassau devait avoir une quelconque connaissance de la rapine en mer, il me demanda, en ma qualité de garant du jugement de Saint Martin, l’autorisation de monter à bord du De Boeteling Twee, 6 pièces de six aux seules fins de reprendre à l’espingouins le préjudice subit, qu’il avait évalué fort justement à 50 000 piastres.

Je dois bien avouer que depuis plusieurs semaines la tension induite par ma nouvelle charge avait lestement évacué la première qui m’était dévolue à bord du navire. Et comme, plus malheureux encore, je devais tout autant confesser à l’endroit de l’espingouin une rancœur bien en ligne avec celle du capitaine Geert, je rédigeai sur le champ un amendement au jugement qui tiendrai lieu de commission en représailles, par mandat des autorités de Saint Martin.

Le 6 septembre nous étions à nouveau en mer, faisant route au sud quand nous repérâmes une voile espingouine filant marchand de bon tonnage...


Dernière édition par Raimund le Mar 16 Déc 2014 - 14:52, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Raimund
Gabier
avatar

Messages : 146
Date d'inscription : 09/08/2011
Age : 87
Localisation : Autour du coup de Geert Le Rude

Infos
Nationalité: Pirate Pirate

MessageSujet: Re: De la Compagnie de Saint Martin: le tour du monde de Geert Rohuud   Mar 16 Déc 2014 - 14:47

Le marchand voguant lourdement mais tenant cap identique au nôtre, nous le prîme en chasse.

Le 8 septembre nous fûmes assez près de son bord et le moment fût jugé favorable à tirer la première bordée (qui fut également la première ordonnée par Geert Rohuud de toute sa carrière en mer), puis une seconde et d’autres encore, toutes portés au gréement du « Volare ».

Le 10 septembre nous revinrent l’approcher, cette fois fermement résolus à le démâter, afin d’y revenir le lendemain l’aborder dans les meilleures conditions. Mais pour maladroitement que notre manœuvre d’échappement fut menée, notre proie jusque là si placide et voguant bon gré mal gré de débris de bois et de toile, envoya sur notre pont une volée de mitraille…

La surprise fût aussi totale que ravageuse si bien qu’en quelques minutes le De Boeteling Twee ne comptait à son bord que 7 hommes valides et 2 autres au plus, pouvant garder espoir de le redevenir un jour. A vrai dire il me sembla qu’aucun des anonymes embarqués à Nassau n’avait survécu, au point de m’interroger profondément sur les  détours affreux qu’en mer peut prendre les chemins du destin…

Etrangement le Capitaine Geert ne vit là aucune malédiction. Au contraire plus enragé que jamais il ordonna de mettre le cap sur Cockburn Town, espérant avoir mis le Volare en si mauvais état qu’il serait possible de le reprendre en mer au-delà de l’escale, et avant qu’il ne touche les Grandes Antilles.

Mais manœuvrer la  barque à 14 ou 15 bras n’est pas fait pour lustrer la vaillance. Le 11 septembre nous doublâmes le Volare par le ponant,  et c’est dans un bien piteux état nous arrivâmes à Cockburn Town trois jours plus tard.

Exceptionnellement lors de cette escale, nous nous vîmes 7 en l’église de la paroisse, bien heureux d’avoir sur deux pieds touché la terre ferme.



Dernière édition par Raimund le Mar 16 Déc 2014 - 15:24, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Raimund
Gabier
avatar

Messages : 146
Date d'inscription : 09/08/2011
Age : 87
Localisation : Autour du coup de Geert Le Rude

Infos
Nationalité: Pirate Pirate

MessageSujet: Re: De la Compagnie de Saint Martin: le tour du monde de Geert Rohuud   Mar 16 Déc 2014 - 15:23

Le recrutement à Cockburn Town ne fut pas plus difficile qu’à Nassau, le lieu ayant tout autant le caractère d’un banc de sable prompt à se joncher d’hommes de mer sans navire ni identité. Geert espéra juste que ceux qui viendrait à bord du De Boeteling Twee auraient quelque accointance avec La Tortue toute proche, et seraient implicitement à même de manœuvrer en représailles, mieux que ceux des Lucayes.

Le capitaine avait tracé sa route vers la Barbade par le nord, résolu de voguer sur l’extérieur du bassin des Petites Antilles. Mais il n’avait pas renoncé à reprendre sur l’espingouin, du moins jusqu’à ce que nous approchâmes une seconde gabarre espingouine nommée « Cornelia » qui ne nous laissa même pas le temps de bouter le feu à nos pièces avant de nous saluer à la mitraille…

Un chébec de la même nation se profilant sur notre route, nous dûmes abandonner notre proie pour doubler la difficulté plus au nord encore. Puis ce fut une corvette tout aussi espingouine qui nous détourna toujours plus au nord de notre route, jusqu’à ce que nous fûmes pris dans une tempête…

Si bien que nous n’entrâmes dans le port de la Barbade que le 27 septembre 1714, après 13 jours de mer qui ne nous apportèrent finalement ni vaine ni avanie.


18ème étape de notre périple La Barbade avait un goût de retour pour les quelques hommes qui y avaient déjà fait escale sous les ordres du Capitaine Geert…
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Raimund
Gabier
avatar

Messages : 146
Date d'inscription : 09/08/2011
Age : 87
Localisation : Autour du coup de Geert Le Rude

Infos
Nationalité: Pirate Pirate

MessageSujet: Re: De la Compagnie de Saint Martin: le tour du monde de Geert Rohuud   Jeu 8 Jan 2015 - 10:46

L’arrivée à Tobago le 28 septembre fit naître une nouvelle tension à bord. Cette fois de Boeteling approchait du but et l’espoir autant que l’angoisse de retrouver Raimund ou pas, dans les geôles de Paramaribo semblait hanter le capitaine. Je ne sais pas si les prières du Capitaine Geert continuaient de s’adresser au Très-Haut, mais je n’avais aucun doute en la faveur de qui elles s’adressaient



Le 30 septembre nous entrions dans le port de Georgestown, et choses inhabituelle, le Capitaine Geert passa en revue l’équipage se payant au passage de l’abreuver de consignes rigoristes. Ici il tenait à tenir sa réputation d’honnête commerçant, ce port lui étant aussi familier que Paramaribo. Aussi le curé fut bien surpris de la croiser dans sa chapelle plutôt qu’au détours des échoppes à écouler des marchandises de grande valeur.

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Raimund
Gabier
avatar

Messages : 146
Date d'inscription : 09/08/2011
Age : 87
Localisation : Autour du coup de Geert Le Rude

Infos
Nationalité: Pirate Pirate

MessageSujet: Re: De la Compagnie de Saint Martin: le tour du monde de Geert Rohuud   Jeu 8 Jan 2015 - 13:51

Le soir 2 octobre 1714, De Boeteling Twee, armé à Nassau à la fin août arriva en vue de Paramaribo, s’apprêtant à boucler le périple entamé par son prédécesseur armé à Saint Martin le 1er août, avec à son bord seulement 9 hommes de ceux qui embarquèrent ce jour funeste, et 31 autres de Cokburn Town. Contraint d’attendre l’aube suivante pour mouiller au port, le capitaine Geert me tint la nuit entière éveillé dans sa cabine, à pointer très exactement l’entièreté des certifications des dons versés dans les 20 paroisses pieusement visitées. Seul manquait encore l’ultime paroisse de Paramaribo vers où nous pressâmes le pas aux premières heures du jour.


Pourtant l’accueil du sacristain avec qui je n’ose à peine désormais me considérer en confraternité fut plutôt froid. Je ne savais pas si je devais mettre cette impression sur le compte de l’humeur sombre du capitaine qui deux mois durant avait du imbiber mon âme, où sur celui de la déception d’un homme de voir reparaître contre toute attente un condamné à l’odyssée. A y repenser posément je crois bien même ne jamais avoir pu croiser son regard lors de cette brève et dévote visite, dont il authentifia néanmoins très officiellement la réalité avant de nous remettre son exemplaire du jugement de Saint Martin faisant ordre d’élargissement dudit Raimund Depoeder.

Les geôles de Paramaribo suintaient les tropiques au point que la chiourme eut apparut enchanteresse au plus frêle des phtisiques. Comment un vieillard fut-il tanné du dehors autant qu’aviné du dedans depuis sa première messe pouvait-il espérer ici prolonger ses jours? Comment aurait-il pu résister aux lugubres miasmes maîtres des lieux bien plus que les geôliers eux-mêmes pas moins blêmes que souffreteux?

De fait, la Capitaine Geert qui y pénétra un court moment en ressorti le teint vert et la mine hagarde, seul et se précipitant dans la direction indiquée à sa requête par un planton. Je lui emboîtai le pas redoutant le pire ; le pire advenant quand notre folle course aboutit en lisière de la colonie au pied de la fosse commune, royaume de promiscuité éternelle des restes des petites gens et des indigents.

Le Capitaine Geert n’eut pas le cœur malgré sa volonté, de remuer la mort qui avait saisi le vieux boucanier pas plus de deux semaines auparavant. Il s’affaissa a genou, serrant les dents et les poings jusqu’au sang que ses ongles crasseux ne tardèrent pas faire jaillir de ses paumes pourtant calleuses d’homme de mer. Probablement jaloux de sa peine, il me congédia avec rage, moi le sacristain de Saint-Eustache, seul vestige vivant de l’infamie du jugement qui avait eu raison de son mentor, et de bon nombre de compagnons de valeur. ...
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Raimund
Gabier
avatar

Messages : 146
Date d'inscription : 09/08/2011
Age : 87
Localisation : Autour du coup de Geert Le Rude

Infos
Nationalité: Pirate Pirate

MessageSujet: Re: De la Compagnie de Saint Martin: le tour du monde de Geert Rohuud   Mer 14 Jan 2015 - 15:40

« P’tain d’sacristain ed’brosseur ed’soutanes…ed’briqueur d’bénitier..d’bonimenteur ad’bonnes femmes a c’te l’ciel ed’cul..d’piétineur d’enfants d’bon Dieu d’mes burnes oui !!! »...avait-il éructé entre deux hoquets d’écumes, avant de replonger dans un profond silence, comme passé par-dessus bord, se prenant les pieds dans un bastingage de jurons plus blasphématoires les uns que les autres.

Je crois bien que pour lui, il était fini de Dieu, et je dois l’avouer, je n’étais pas loin de sauter avec lui dans le grand bain de la mécréance. Aussi je m’en retournai à bord du De Boeteling Twee, non sans quelques détours qu’autrefois j’aurais tenus pour vice mortel, et qu’aujourd’hui je tiens pour joie et plaisir de vie.

Une journée s’était écoulée dans un silence d’incompréhension à bord de la barque amarrée dans le port de Paramaribo, quand au point du jour Huud, le Quartier maître, fit retentir la cloche: sur le quai, le Capitaine Geert avançait vers nos regards embrumés, et contre toutes mes attentes il n’était pas seul.

A la mine rassérénée d’un Ruud Oymans, d’un Gus Peteers, d’un Huud Huysman, ou d’un Daam Maes, tous compagnons du vieux boucanier depuis leur départ d’Ostende, je n’aurais presque pas été surpris qu’il se fut agi de Raimund !

Mais non; celui qui se planta aux cotés du capitaine était un sauvage emplumé de moins de la moitié de l’âge du défunt, et pourtant tout aussi familier à tous ceux qui furent du départ de Saint-Martin.

« Boro-te! » ...c’est sous une salve discrète de ce nom étrange qu’il monta à bord, et je compris rapidement qu’il s’agissait là d’un des deux indigènes habitués du Het Roken Twee qui avaient été débarqués à Paramaribo avec le vieux Raimund, à l’endroit duquel, m’avait-on dit, ils vouaient une sorte de païenne dévotion.

« Messieurs ! »...avait commencé le capitaine comme marquant l’ouverture d’un discours solennel, chose jamais entendu dans ses usages pour ce qui m’avait été donné d’ouïr jusqu’ici.

«Raimund est de r’tour parmi nous ! »…conclut-il sans autre développement.

A ses mots et à là stupéfaction de tous, Boro-te ôta de son cou ce que j’avais tenu pour un collier orné d’un fétiche en forme d’une boule de poils gris ébouriffé, et le porta aux nues…

Le capitaine Geert poursuivit:

« Ah t’es toujours là l’sacristain! Si par malheur à la fin d’mes mots t’es toujours planté là devant moi,…qu’homme d’toute cette bordée d’gueux d’mer t’es le plus avisé des choses d’l’esprit d’pas naturel… »

De fait, saisi par l’incompréhension de ce qui semblait de plus en plus revêtir les atours d’une cérémonie, je ne bougeai pas d’un demi-pouce pendant le court silence que le capitaine laissa planer sur l’assemblée. Il continua:

« …c’est ben toi qu’est d’service à m’seconder à la mer !...et qu’est d’garde bien à l’oreille à c’que t’mumure l’âme du Raimund, grand connaisseur de c’qu’est nos mers à d’maintenant, d’ses criques et d’ses vices d’toutes sortes des enfers! »

Sur ces mots peu cousus, Boro-Te me passa le fétiche autour du cou. Et c’e n’est qu’à la vue des yeux écarquillés des anciens que la mienne me révéla la nature de l’objet que je sus par la suite être l’œuvre de traditions visant à enfermer à titre de conserve, l’esprit du défunt à portée des vivants. Car Boro-Te et Najoro-ya avaient veillé au destin du vieux boucanier et s’était emparé de sa dépouille sitôt abonnée à la fosse…

Voilà donc comment moi, Boudewijn Hertongenbosch, autrefois sacristain de la paroisse de Saint-Eustache, à défaut d'avoir pu garantir le bonne exécution du jugement de Saint martin, je me retrouvai non seulement second à bord d’un navire de commerce commandé par un analphabète contrebandier d’Ostende, mais aussi désigné gardien de la tête réduite d’un boucanier de grande vie, dont je ne savais si elle devrait me servir de boussole, ou d’inspiration à mes pires cauchemars.

Quelles que soient mes convictions, si tant est qu’elles persistent, j’étais convaincu que la moindre injure à la dévotion du Capitaine envers les restes de son mentor me condamnerait à une haine qui n’aurait d’éternelle que le temps de me faire passer de vie à trépas…
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: De la Compagnie de Saint Martin: le tour du monde de Geert Rohuud   

Revenir en haut Aller en bas
 
De la Compagnie de Saint Martin: le tour du monde de Geert Rohuud
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» De la Compagnie de Saint Martin: le tour du monde de Geert Rohuud
» Editions de la Porte Saint-Martin
» [Edition] Editions de la Porte de Saint-Martin
» panoramique de Candes Saint Martin
» Musée ww2 - Saint Martin des Besaces (Normandie)

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Caraïbes 1712 - le forum :: La ville haute :: Par la plume et l'épée... [RP] :: Vos histoires au fil de l'eau-
Sauter vers: