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 Ce n'est pas au vieux singe qu'on apprend à faire la grimace...

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Anatole Fronsignac
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Messages : 401
Date d'inscription : 09/02/2012

MessageSujet: Ce n'est pas au vieux singe qu'on apprend à faire la grimace...   Ven 3 Juil 2015 - 18:12

Le bleu idyllique des eaux antillaises reflétait sous le soleil le visage buriné des marins. Après la longue traversée depuis l'Europe, chaque homme au sein du canot qui fendait l'eau lors de cette chaude après-midi brûlait d'impatience à l'idée de sentir la terre ferme sous la plante de ses pieds, de se retrouver attablé devant une belle pièce de viande, de sentir l'odeur des cheveux d'une femme assis sur ses genoux tandis qu'il sirotait un gobelet de rhum... Ils l'avaient tous amplement mérité.

L'équipage du San Fernando, navire espagnol exerçant le commerce de sucre, se préparait à mettre pied à terre dans les Antilles. Arrivés à bon port après la rude traversée de l'Atlantique, nombre de ces hommes allaient dépenser la maigre prime que leur octroyait leur si dur labeur en plaisirs éphémères. Aucun d'entre-eux ne le regrettait, leur vie était ainsi faite.

A peine le pied sur la plage, les chanceux exemptés des tâches relatives à la mise à quai et au débarquement des denrées venues du vieux monde se séparent sans plus tarder en petits groupes afin de se rendre dans les divers lieux de plaisirs que la colonie avait à offrir aux marins.

L'un d'eux disparut dans les ruelles et, chose incongrue, aucun de ses partenaires n'avait daigné l'accompagner. On retrouvait l'individu dans un bouge, à peine fréquenté tellement le lieu était peu ragoutant, visiblement réservé à la lie de la communauté. Quiconque avait quelques piastres en poche ne se serait pas attardé ici, les filles de joie peuplant ces lieux étaient de fort déplaisante compagnie, et le rhum servi dégageait une odeur qui soulèverait l'estomac du premier gentilhomme venu.

Mais le solitaire se retrouvait là. Assis seul dans un coin sombre, l’œil méfiant, une main sur un vieux mousquet et l'autre sur le goulet d'une bouteille qu'il portait régulièrement à ses lèvres sans même cligner des yeux lorsque le breuvage infect lui brûlait la gorge.

D'aucuns auraient considéré cette attitude comme inquiétante et discourtoise, mais si loin de l'Europe et de sa bienséance ridicule, personne ne s'en souciait. L'étrange personnage; affublé d'une vielle redingote, d'un manteau mal rapiécé, d'un sabre émoussé et d'un mousquet hors d'âge; restait assis dans le coin le plus sombre de l'établissement. Il en était à sa troisième bouteille et se contentait simplement d'éconduire fermement les quelques filles de mauvaises vies qui s'approchaient de lui.

Au fur et à mesure des heures qui passaient, des bouteilles qui se vidaient, son visage durcissait et son regard n'en finissait plus de s’obscurcir...
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Bertrick
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MessageSujet: Re: Ce n'est pas au vieux singe qu'on apprend à faire la grimace...   Dim 5 Juil 2015 - 16:17

Bertrick livrait à vil prix le fruit de ses rapines au bonhomme, gain qu’il partageait avec son équipage. Cependant, à l’insu de ceux-ci, il était convenu d’un pourcentage sur les bénéfices de la revente des cargaisons.

Le gros homme blêmit en reconnaissant son visiteur. Il se repris mais son double menton, ses bajoues et son cou goitreux tremblotaient & il se mit à transpirer d’abondance.
- Ho ! capitaine Bertrick ! Je suis fort aise de vous voir. Asseyez-vous donc. Que puis-je pour votre service ? Mais prenez place dans ce fauteuil, je vous prie.
Le négociant se frappa le front du plat de la main.
- Veuillez m’excuser capitaine, il me vient soudain à l’esprit une affaire qui ne souffre aucun délai. Il s’extirpa de son siège, esquissa une courbette maladroite.
- Servez-vous un verre de vin, la carafe est là sur la desserte. Le temps de donner quelques ordres … je ne serai absent qu’un instant.
Il quitta la pièce précipitamment.
Bertrick se leva, saisit la carafe et un verre. Il s’approcha de la porte que l’autre dans son trouble n’avait pas refermé. Il l’écarta légèrement de la pointe du pied.

De l’autre côté était un entrepôt. Le négociant parlait avec volubilité & force gestes à son commis, lequel acquiesçait en jetant subrepticement quelques regards inquiets vers la porte. Bertrick se rejeta en arrière pour n’être point vu.
Ce faquin veut me trahir.
Il vérifia que la lame suiffée de son épée glissait bien dans son fourreau. Il revint à la desserte, se servit du vin et bu à petites lampées, l’air nonchalant.
- Voilà qui est fait » dit le bonhomme à son retour. Son trouble était plus évident encore.

Bertrick s’accouda à la desserte comme à vouloir garder la carafe de vin à portée de main. Ostensiblement, il se servit à nouveau.
De cette place, il avait vue sur la rue par la fenêtre. Il vit le commis courir à toutes jambes et disparaître à l’autre bout.
- Ce vin de Porto est parfait … Mais venons en à l’objet de ma présence.
- Ho oui bien sûr ! Vous venez chercher votre part.

Une agitation au bout de la rue à un demi furlong (100m) Une patrouille ! Le sergent qui la commandait mit sabre au clair, les huit soldats firent glisser les mousquets de leurs épaules et mirent l’arme au poing. Ils s’avancèrent prudemment.

Vif comme l’éclair, Bertrick dégaine, bondit sur le négociant, lui saisit la gorge de sa main libre. Une poigne de fer.
- Tu m’a dénoncé fils de chien !
- Pitié capitaine Bertrick ! Le grand connétable et les ambassadeurs sont impitoyables. Ils confisqueraient mes navires, mon commerce, ils s’en prendraient à ma famille même ! … et je finirai dans un cul-de-basse-fosse de la citadelle.
Bertrick, de la garde enveloppante de son épée, lui asséne un formidable coup à la tempe. Le marchand s’affaisse.

L’entrepôt. Un coup d’œil circulaire … il avise une étagère qui croule sous les rouleaux de soies et de satin. Il tire d’une de ses poches son briquet à amadou. Il bat le briquet, souffle sur la mèche puis glisse le briquet parmi les rouleaux de tissus.
Retour au bureau en courant. Sortir par la porte du fond, par laquelle il était arrivé. la ruelle. Courir dans la direction opposée à la grand rue. Une autre ruelle, une autre encore. La basse ville, un vrai labyrinthe de ruelles de plus en plus étroites et fangeuses.

L’entrée d’un bouge, là juste devant, à vingt yards.
Bertrick a encore son épée à la main. Il la remet au fourreau, passe le baudrier par dessus tête, enroule le cuir autour du fourreau et maintient l’ensemble le long du corps. Il reprend son calme en se dirige vers l’entré du cabaret.
Il pousse la porte, entre en baissant la tête pour éviter de se cogner au linteau. La salle est sombre.
Regard circulaire. A une table en retrait, un ivrogne cuve, la tête posée sur ses bras repliés.
Bertrick s’en approche, pose son épée sur la table, retire son tricorne qu’il dispose de guingois sur le crâne de l’endormi. Il s’empare du chapeau rond à large bord posé sur un coin de la table, du gobelet aussi. Un autre regard circulaire, les quelques buveurs présents ne semblent pas avoir pris garde à son manège.
Il avise une table presque plongée dans l’obscurité du fond de la salle. Elle est occupée. Justement ce qu’il lui faut.
Il va s’y asseoir, face à l’homme attablé là. Drôle de type avec son vieux mousquet d’un autre temps.
- C’est moi qui offre la prochaine bouteille compagnon » dit Bertrick en cognant sa timbale contre celle posée devant … l’inconnu ?
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