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 Relation de voyage au commerce du capitaine Latimer.

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Bertrick
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MessageSujet: Relation de voyage au commerce du capitaine Latimer.   Lun 16 Nov 2015 - 13:57

Nous avons mis à la voile cap à l’Est par petite brise bien établie. La mer est amène & nos passagers peuvent jouir de belles journées près du couronnement.

Au troisième jour, M. Weatherby, le maître de navigation a, comme chaque jour à la méridienne, fait sonder. Plus de fond, ce qui nous permet d’estimer notre position par 76° de longitude W.

Une voile est en vue loin dans le sud-ouest.
Quand je vais m’enquérir auprès d’elle près du couronnement, de son bien-être à bord, la jeune miss Mary Foster me pose questions à ce sujet.

- Peut-il s’agir de méchants pirates capitaine ?

- Non miss Mary. Nous sommes trop loin de leurs bases. Et même si cela était, il s’agit d’un dogre. Bien trop faible pour oser s’attaquer à si fort parti que le nôtre.

- Je suis ravie de l’entendre capitaine. J’étais toute chamboulée à l’idée que nous puissions subir une attaque de ces méchants. Tenez, constatez vous-même, posez votre main là, sur ma gorge » Elle prit ma main et la posa sur sa jeune poitrine. « Sentez-vous comme mon cœur bat la chamade ».

- Oh ! Il ne faut pas laisser votre cœur palpiter ainsi miss Mary. Vous pourriez tomber en syncope … Le chirurgien du bord, M. Dillon, doit avoir les médications qui conviennent … mais il est fort occupé dans l’instant. Il doit … résorber un clystère où quelque chose dans ce genre là & nous ne pouvons le déranger avant quelques heures. Suivez moi jusqu’à ma cabine, j’y ai remède souverain pour ce qui à trait aux choses du cœur.
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Bertrick
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MessageSujet: Re: Relation de voyage au commerce du capitaine Latimer.   Mer 2 Déc 2015 - 20:04

Caïcos Island,  Novembre 1715.

La nuit va tomber & le vent est portant. Dromedary est à pic sur son ancre tribord.
Sous la direction de Powell, le bosco, les chaloupes sont déposées sur leur chantier. Le canot sera pris en remorque.

Ding-ding ; ding-ding ; ding-ding ; ding-ding.
Il est vingt heures. Les deux quarts sont présent sur le pont, on siffle l’appareillage. Les huniers sont déferlés, bordés, les vergues sont hissées & brassées. On vire au cabestan.
Dromedary arrache son ancre et lentement quitte son mouillage.

- Cap S.O. dès que nous aurons doublé le promontoire M.Weatherby.

- M. Blunt nous prendrons un ris dans les huniers pour la nuit et faîtes aussi doubler les vigies.

Largué les ris au petit jour, établi l’ourse & la misaine. L’Île Tortuga défile sur bâbord. M. Purdey le canonnier à fait dégager les pièces qui sont misent en batterie, le quart de repos reste près des canons.


Nous sommes à l’ouvert du Golfe de la Gonâve. Nous entrons dans le Passage du Vent.
Le vent adonne, nous établissons les bonnettes hautes & basses sur les deux bords.
Nombreux bâtiments en vue mais tous sont de petits caboteurs.

L’Île de la Gonâve par l’avant du travers bâbord à quatre lieues. L’équipage reste sur le "qui vive".
C’est un canal où, outre les pirates, français et espagnols - donc ennemi du roi – ont des établissements proches.

Les Cayémites par le travers bâbord, le vent tourne de l’Est & faiblit. Grand largue, toutes voiles dehors, bonnettes au vent établies, le loch n’indique que deux nœuds.

Le vent se meurt. Nous sommes encalminés au Nord du Cap Tiburon.
Le mât de beaupré pointe tour à tour dans toutes les directions de la rose des vents.
Dromedary roule & tangue à faire passer les mâts par dessus bord. Nous amenons les vergues des huniers sur les chouquets & brassons toutes les vergues en pointe pour limiter le balan dans les hauteurs.
Les courants nous drossent à la côte où nous risquons de nous échouer, voire –  Dieu nous garde ! - de nous y fracasser. Nous mouillons l’ancre de miséricorde. Les chaloupes sont mises à l’eau & vont mouiller l’ancre de détroit à une centaine de yards de notre poupe.

Le tangage & le roulis sont si forts que quelques hommes - les moins amatelotés - soufrent du mal de mer …
L’alcool aussi peut-être ! Car avec la peur de mourir ils sont parvenus à faire main basse sur la réserve du bord au grand dam de mon dépensier.

Au lever du soleil, une brise d’Est, légère, s’est levée. Suffisamment pour remplir les huniers. Nous remontons nos câbles & mettons sous voiles. La côte est « au vent » & nous doublons le cap.
C’est avec plaisir que tous à bord voient les falaises défiler à bâbord & glisser lentement sur l’arrière.
Mon dépensier à fait l’inventaire des alcools. Il évalue le préjudice. Je décide que la somme sera retenue sur les parts de tous.

Injustice ! Me susurre t-on.
Beaucoup prétendent n’avoir pas volé dans la réserve. Les malades assurent que seul les mouvements du navire les avait affectés.
Je ne peux que confirmer ma décision.
Que le Grand Cric me croque ! Je deviens un « Seul maître après Dieu » !
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MessageSujet: Re: Relation de voyage au commerce du capitaine Latimer.   Sam 5 Déc 2015 - 20:02

Rivière des Anglais.

Nous avons pris mouillage peu avant la nuit devant cette aiguade au S.E. du Cap Tiburon. Nous passerons la nuit dans cette baie. Il y a, plus à l’Est, la Baie de Cayes &  l’Isla Ybaca.

J’ai l’intention d’y  relâcher pour acheter des marchandises. C’est là repaire de forbans & pour peu que nous puissions y entrer, je devrai pouvoir y faire du profit car il y a là marchandises issues de butin & donc non soumises aux taxes royales.  

Isla Ybaca
Nous sommes entré sans coup férir dans ce repaire, que pour l’heure aucun autre vaisseau ne fréquente.
Si je n’ai rien à vendre, il y a en revanche de tout en abondance, j’ achète 580 tonneaux de 2000 livres de charge en marchandises diverses qui sont en surabondance.

C’est escale que je souhaite brève.  Nous embarquons quelques vivres fraîches & du bois de chauffe pour le coq &, dès que la cargaison est arrimée, nous mettons à la voile.

Cap S.O. jusqu’à doubler la Pointe Bacou puis plein Ouest au vent portant.
Isla Navasa défile sur tribord. Aucune voile ne vient troubler notre quiétude si ce n’est un brigantin loin dans notre Sud,

Faible brise sur l’arrière, mer calme. La Pointe Morant en vue droit devant.
Dromedary sous petit hunier et misaine à l’avant avec leurs bonnettes sur les deux bords, les seules bonnettes hautes & basses sur le grand mât, l’ourse et le perroquet de fougue sur l’artimon. C’est là bel étalage de voiles qui pourtant ne donne que 3 nœuds !

Au vent arrière, on ne ressent bien évidemment aucun souffle d’air et, l’ardeur du soleil s’en fait d’autant plus ressentir. Les hommes ne cessent d’aller se désaltérer aux charniers mis à leur disposition dans l’entrepont & sous le gaillard d’avant. Situation plus agréable pour le chef de quart & moi-même, à l’ombre du tau que nous avons guindé au dessus de la dunette.

Nous avons salué Fort Cromwell & avons accosté. L’escadre du Commodore est absente & aucun bâtiment ne s’y trouve.
Nous avons vendu 350 tonneaux de marchandises – armes blanches, armes à feu, boulets, poudre à canon, cognac, vin d’Espagne & de la verroterie -  avec un joli bénéfice de 31000 piastres pour 79000 d’investies soit 39% de gain !
A l’occasion, je réitérerai ce commerce de contrebande … illégal mais fructueux.
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MessageSujet: Re: Relation de voyage au commerce du capitaine Latimer.   Jeu 17 Déc 2015 - 15:52


- Voyez M. Weatherby. L’annotation de cette carte indique ici des fonds de 4 brasses. Dromedary cale 16 pieds. Trois brasses à la sonde ne laissent qu’un pied et demi d’eau sous la quille (0,5 m). Nous pouvons donc entrer mais il sera bon d’avoir des sondeurs, de se tenir prêt a larguer les écoutes et à mouiller l’ancre de détroit. Ce sont des fonds sablonneux. Au pire, si on s’échoue, on devrait pouvoir renflouer pour peu qu’on ne se soit pas engager trop fortement.

- Mais … de nuit ? Capitaine ! En outre, voyez là et là, les sondes indiquent 2 brasses un demi …et nous sommes à pleine charge !

- J’entend bien ! Nous passerons entre la côte et le Banco Chinchorro. Nous mouillerons pour la nuit entre la pointe nord de Turneffe Atoll et le village de San Pedro.


Quelques heures plus tard,  Banco Chinchorro par le travers bâbord ;

- Voiles en vue !

Bertrick s’essuya la bouche à un pan de la nappe et repoussa son siège. Eusèbe prit la longue-vue dans son râtelier et la lui tendit comme il sortait.

Il y avait trois stewards à bord (Bertrick préférait cette appellation à celle de valet). Deux étaient des affranchis par Bertrick. Eusèbe pour son service, Alcide pour les passagers de marque, bien que pour cette traversée il n’y en eu aucun.
Le carré lui, devait se contenter d’un marin du pont pas trop bête, ce dernier tout heureux de ne plus être astreint à prendre un quart. Quoique, au final il travaille plus encore.

- Trois vaisseaux capitaine ! lui dit Blunt le second qui était chef de quart.
- Là sur l’avant ! Il nous coupent la route pour entrer au port.


Bertrick déplia sa lunette. Trois navires effectivement croisaient aux atterrages du port. Une frégate, un chebec et un trois mâts à gréement carré plus petit, corvette où frégate légère.
Il les observa tour à tour avec attention. La lumière du jour déclinait rapidement mais la côte à l’ouest était basse et ne masquait pas encore les derniers rayons solaires. il voyait encore assez.
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MessageSujet: Re: Relation de voyage au commerce du capitaine Latimer.   Ven 18 Déc 2015 - 13:51

Dieu soit loué, la plus proche des frégates, qui est la plus petite, arbore le pavillon hollandais. Elle ne modifie en rien sa voilure, aucun signe de défiance vis à vis du chebec et de l’autre frégate, pourtant à moins de deux milles dans son sud. C’est donc une croisière hollandaise et si la frégate légère s’est approchée, c’est pour nous reconnaître avant la nuit.

- Voilà qui nous met à l’abri d’une attaque des ennemis de notre Roy … où des pirates ! Nous pourrons cette nuit dormir sur nos deux oreilles ha ha ha ! dis-je tout haut. S’il se peut, j’inviterai ces capitaines à venir déjeuner à bord. Il me semble que j’ai dans ma réserve quelques flacons de genièvre en sus de deux tonnelets de bière.


Maudit soit les français !!!
La carte dont nous disposons – achetée d’occasion, sans doute une prise de guerre - est annotée en brasses françaises plus petites que nos brasses anglaises. Nous avons  touché et nous sommes échoués.

Heureusement nous étions sur nos gardes et nous avons sans délai largué les écoutes et mouillé l’ancre de détroit. De plus, le temps était clément.

Il n’empêche, nous avons passé tout un jour pour remettre à flot. Un des fémelots du gouvernail est faussé et, outre qu’il faudrait un temps considérable pour le démonter en mer, nous ne disposons pas à bord d’une forge pour le redresser.
Le port est à moins d’une lieue, c’est donc en remorque de nos deux chaloupes que nous terminons cette partie du voyage.

C’est avec cette piètre apparence que nous avons accosté dans la matinée. Le port est occupé par plusieurs hollandais. Une frégate, un grand chebec et trois corvettes ! De fait, la croisière rencontrée l'avant veille n’est que l’élément d’alerte d’une escadre.

J’ai, dès mon arrivée, fait porter à chacun des capitaines hollandais de l’escadre, une invitation à venir déjeuner à mon bord. A midi, aucun n’a encore répondu. Ces hollandais sont des rustres !

Du coup, foin de diplomatie, j’ai vaqué à mes occupations de marchand. J’ai vendu plus de cinq cents tonneaux de marchandises, avec pour quelques une, des bénéfices qui ne paient même pas le dépens en vivre de l’équipage … et moins encore la réparation du gouvernail !
Le maître du chantier naval m’en demande 2652 piastres.

A mon retour à bord, Eusèbe me remet un pli d’un des hollandais, le capitaine Peter van Castel. Celui-ci me remercie de mon invitation mais, étant en partance, ne pourra l’accepter.
Ces bataves ne sont donc pas tous des fâcheux, il en est au moins un qui sait faire preuve de savoir vivre.
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MessageSujet: Re: Relation de voyage au commerce du capitaine Latimer.   Dim 20 Déc 2015 - 19:51

Le négociant de la colonie ne disposait d’aucune marchandise qu’il eut en abondance, nous ne fîmes donc point affaire.
Quelques peu dépité, j’entrai déjeuner dans une auberge avant de rejoindre mon bord.

- Prêt à appareiller capitaine" me dit Thomas Blunt. "Le fémelot est en place, l’avitaillement & l’eau douce embarqués".

Dans le port, l’escadre hollandaise s’apprête à mettre sous voiles. La frégate sort la première et mouille au delà des hauts fonds.

J’ai l’intention de bénéficier de cette « escorte » impromptue, je donne à Blunt l’ordre d’appareiller séance tenante. Nous franchissons les hauts fonds avant la nuit et nous mouillons à deux lieues sous le vent de la frégate. Ainsi , elle pourra nous assister en cas d’attaque sans devoir « tirer des bords » pour nous approcher.

Entre les deux quarts de nuit, le vent tourne jusqu’à nous placer parfaitement « au vent » des hollandais. Si nous sommes attaqué, il leur faudra donc louvoyer pour nous aider mais … le feront-ils ?
Dromedary n’est après tout qu’un navire de commerce anglais. Par prudence, je fais donc placer des vigies tout autour du pont et doubler celles des hunes.

Peu après 4 heures, Eusèbe me réveille.

- Capitaine, un feu de lanterne mal masqué est visible dans l’E-S-E. Le maître m’a dit de vous réveiller.
Je quitte mon bas flanc et monte sur la dunette. Eliot Weatherby me montre un point dans la nuit au delà du bossoir tribord.

- C’était par là capitaine ! On a aussi entendu des grincements de palans.


- Faîtes le branles-bas mais sans bruit. Le jour sera là dans moins de deux heures, nous aviserons alors. Puisque la frégate batave est maintenant à notre vent, nous pourrons abattre et nous placer sous sa protection.

Les premiers rayons du soleil me révèlent la situation.
Par tribord avant, à deux lieues à peine, un grand chebec espagnol est empanné.
sur notre poupe, à un mille et demi, la frégate amirale hollandaise est à l’ancre et, entre elle et la côte, deux grands chebecs et une frégate légère le sont aussi.

Devant un tel rapport de force, l’espagnol n’a d’autre choix que la fuite. Si le bataves sont prompt à attaquer, il peuvent même s’en emparer.

Las ! Ils tergiversent … où dorment encore !
L’espagnol ne demande pas son reste. Il fait porter, vire et ses gigantesques voiles latines en ciseau, prend la fuite cap au sud est.
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MessageSujet: Re: Relation de voyage au commerce du capitaine Latimer.   Dim 27 Déc 2015 - 17:15

Fort coup de vent d’Est qui lève une mer grosse. Dromédary serre le vent, deux ris pris dans les huniers.

Je pris ma lunette sur le râtelier et sortis sur le balcon. Au sommet de la houle, j’arrivais à distinguer la frégate hollandaise, à deux lieues.
Deux grands chebecs s’étaient joint à elle. Je parvins même à apercevoir, poche de la côte, une frégate légère.

Eusèbe me rejoignit.

- Capitaine, que M. Blunt y vous fait dire qu’y voit plusieurs navires par tribord avant.

Je revins dans ma cabine, y pris mon tricorne et rejoignis M. Blunt sur la dunette.

- Plusieurs navires M. Blunt ?

- Oui capitaine ! Je suis monté dans la grand hune pour surveiller le grand chebec espagnol en fuite dans le S.E. Trois navires viennent de se joindre à lui. D’ici capitaine, avec les embruns, on ne distingue rien.


-Bon, je monte.

Arrivé dans la hune, la vigie me fit de la place.

- Ils sont à trois où quatre lieues par là capitaine !


Je calais la lunette contre le chouquet du hunier.
Une croisière sans aucun doute espagnole si j’en juge aux grandes croix potencées rouges imprimées sur les voiles du navire de tête, une frégate de 6. La suivent, un grand chebec et, plus loin dans l’est, une chaloupe canonnière.
Je me laissai glisser jusqu’au pont par un galhauban & revins sur la plage arrière.

- Capitaine, ne devrions nous point lofer pour revenir vers nos alliés ?


-Que nenni M. Blunt ! Les espagnols sont trop loin pour nous attaquer avant la nuit qui sera là dans une couple d’heures. Seule leur frégate est assez proche pour le faire, mais seule elle serait à la merci de nos amis bataves. Nous profiterons de l’obscurité pour filer "à l’anglaise" comme disent les "mangeurs de grenouilles". Ha ha ha !

Le lendemain au lever du jour, plus aucune voile inquiétante n’est en vue.
Après la méridienne, le vent s’essouffle. Le loch indique moins d’un nœud et demi !

Au près bon plein sous les faibles rafales d’une brise légère de N.E. avec de longues périodes de bonace, Dromédary se traîne.

Avec le coucher du soleil, une légère brise de sud s’est enfin établie. D’ordinaire, je met le navire sous voilure aisée pour la nuit, basses voiles carguées et huniers arisés mais nous devons mettre à profit cette brise et je fais établir toute la toile. Cette nuit, les hommes de quart devront sans cesse régler les voiles.
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MessageSujet: Re: Relation de voyage au commerce du capitaine Latimer.   Lun 4 Jan 2016 - 14:06

La baie s’ouvrit devant le taille mer. On cargua la grand voile et la misaine. C’est donc sous huniers qu’on approcha l’île de quarantaine et que l’on mouilla par 32 brasses avec un fond de sable et de coquillages.

La chaloupe de l’inspection sanitaire tardait. On en profita pour ferler les basses voiles.
Enfin, on la vit déborder le petit quai de l’île. Elle vint s’accoupler sur tribord.
Deux personnages, tout de noir vêtu se tenaient assis dans la chambre de l’embarcation. L’un des deux se leva maladroitement, battit des bras pour chercher l’équilibre. Un des nageurs abandonna sa rame, se leva et l’agrippa à la taille.

- Holà du bateau !  Couina t-il. "Avez-vous des malades parmi les passagers où les membres de l’équipage ?

On chuchota derrière le capitaine ; " Il traite Dromedary de "bateau" ! Mériterait qu'on lui refuse de monter à bord."

Le capitaine feignit n'avoir rien entendu.


- Non ! Vous pouvez monter à bord sans crainte messieurs.

Là encore, l’équipage de la chaloupe dut aider, pousser sous les fesses les deux sinistres passagers.

- Soyez les bienvenus ! Capitaine Latimer, commandant Dromedary.

- Docteur Sturgess de l’hôpital royal de la colonie et voici le Dr. Paterson qui dirige le lazaret. Il se trouve que je faisais une tournée d’inspection et j’ai tenu à l’accompagner pour voir comment se passe un contrôle sanitaire sur un bateau. Je crois qu’on ne m’y reprendra plus.


- Voici mon chirurgien M. James Dillon. Nous arrivons de la Côte Est du Honduras où aucune épidémie ne sévissait jusqu’à notre appareillage. M. Dillon va vous conduire à la grand chambre où il mettra à votre disposition ses registres. Pendant ce temps, mon second M. Blunt que voici rassemblera l’équipage pour votre inspection. Ho ! Et nous n’avons aucun passager.

- Merci capitaine Latimer. Votre cargaison est-elle constituée tout où partie de denrées … périssables ?

- Que nenni messieurs.

- A la bonne heure ! Notre visite sanitaire ne sera donc qu’une formalité administrative, j’en suis convaincu.


Après les livres, ils circulèrent parmi les rangs de l’équipage rassemblé sur le pont, faisant ici lever les bras, là tâtant l’aine où encore derrière les oreilles. Ils ne trouvèrent point de ganglions, de bubons où de pustules douteux.

Le maître d’équipage s’approcha du capitaine et à voix basse ;

- Je fais guinder une chaise de gabier pour les aider à rejoindre leur chaloupe ?

-Certes non M. Powell ! J’aurai plaisir à les voir boire le bouillon. Un comble pour des faiseurs de potion ha ha ha !


L’inspection terminée, les deux disciples d’Esculape revinrent à la coupée et, après les civilités d’usage embarquèrent – non sans crainte - dans leur chaloupe. L’un d’eux y atterrit brutalement, la tête sous un banc de nage, le nez dans l’eau stagnante du fond de la chaloupe, perdant là, toute dignité.

Blunt renvoya les hommes toujours rassemblés sur le pont après l’inspection.
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MessageSujet: Re: Relation de voyage au commerce du capitaine Latimer.   Mer 13 Jan 2016 - 17:32

L’établissement est fort modeste. Il n’y a pas même un quai, juste un wharf en bois. Il jouit cependant d’une rade bien abritée du vent dominant.
Quelques chaloupes armées sont présentes, des chasses marées.

Les magasins & entrepôts  sont aussi chichement pourvus que ceux  des îles voisines.
Il n’y a rien qu’on puisse acheter ici avec quelques espoirs de profits futurs.

Latimer regrettait même de s’être dessaisi de certaines marchandises à Wilhemstad sans presque de bénéfices. Un peu marri, il avait fait sortir Dromédary du port la veille au soir.
La flûte est mouillée devant le port dans l’attente d’un vent favorable.


- Bonjour capitaine ! J’allai envoyer quelqu’un vous prévenir. Voyez là-bas ce navire de l’autre côté de la baie, un lougre semble t-il. J’ai d’abord cru que c’était un chasse-marée batave mais il se comporte étrangement. On dirait qu’il cherche à se dissimuler.

- Passez moi votre lunette M. Blunt … Merci.

Je calai l’instrument contre la lisse, en fis la mise au point.
La côte de l’îlot que longeait l’inconnu était d’une blancheur aveuglante. Une étroite bande de sable devant un contrefort calcaire de quelques pieds, un ancien massif corallien.

Je centrai le navire inconnu dans l’objectif de la longue vue ; une chaloupe armée. Ses vergues à mi-mâts pour que le blanc de ses voiles au tiers se confonde à la blancheur de la côte. Aucun pavillon, c’est sans doute un ennemi.

- C’est une barque flibustière en maraude. M. Blunt faîtes le branle-bas je vous prie. Sans tambour ni trompette.

- Ah, M. Purdey vous voilà. Nous allons faire le branle-bas. Les canons en batterie sur les deux bords. Veillez à ce que chaque pièce dispose de boulets pour une demi douzaine de bordées. Je pense que vos canonniers vont pouvoir s’exercer et pourquoi pas, démontrer leur savoir faire. Qu’ils restent tapis derrière la lisse et que ceux de la batterie couverte n’ouvrent pas les mantelets avant votre ordre.


Là bas, la chaloupe hissa ses vergues et laissa porter. Toutes ses voiles déployées, elle prit rapidement de la vitesse et envoya ses couleurs.
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MessageSujet: Re: Relation de voyage au commerce du capitaine Latimer.   Ven 15 Jan 2016 - 13:26

- Un espagnol ! L'impudent ! Montrons à ce Don ce qu’il en coûte de venir roder si près de nos ports ! Faisons nôtre la devise ;
Qui s’y frotte s’y pique !

- M. Purdey ! A vous l’honneur !

Les mantelets des sabords découvrirent les noirs museaux menaçants .

- Feu !

Tout le long du flanc bâbord, les canons vomirent de longs jets de fumée blanche traversés de langues de feu oranges. Le grondement roula sur les eaux et se répercuta en écho dans la baie.

Les espagnols furent totalement pris au dépourvu par cette bordée tirée à plus de quatre cents yards. La brise poussa les volutes de fumée sur tribord et au delà. Ce qui permit d’observer l’arrivée de la volée. Des colonnes d’eau s’élevèrent autour de l’ennemi et une demi douzaine de boulets fracassèrent du bois. Sous le choc, la chaloupe eut comme un hoquet, sembla hésiter puis reprit sa course, fort ralentie.

- Feu !

Cette seconde bordée fut plus terrible encore, tout les coups portèrent.
La chaloupe perdit son erre. Les mâts sous la contrainte plièrent, semblèrent hésiter … Mais tinrent bon.

- Bravo M. Purdey ! Un tir parfait ! Faîtes cesser le feu !

Les servants des canons étaient si excités qu’ils n’obtempérèrent qu’à contre-cœur. Les pièces qui étaient rechargées tirèrent dès qu’elles furent ramener en batterie. M. Purdey dut courir de l’une à l’autre pour se faire obéir.
La mer bouillonnait autour de la chaloupe qui était presque submergée par les trombes d’eau des geysers.

-Cessez de gaspiller la poudre ! Ce n’est pas le Roi qui paie mais moi ! hurlai-je au porte voix.

- Allons nous la prendre capitaine ?

- Non M. Blunt. Celui-là n’est pas près d’y revenir. Ce capitaine, s’il parvient à retourner à sa base, va acheter quelques acres de terre et se faire planteur. Ha ha ha ! …
Et puis, nous ne sommes que des marchands que Diable. Il n’est pas sûr d’ailleurs que les hommes nous suivent dans un abordage.

- M. Purdey, faîtes ramener les canons à la serre.

- M. Buchanan nous allons faire voile, faîtes guinder les barres de cabestan.

- M. Blunt, à vous la main pour appareiller.

- M. Weatherby suivez moi jusqu’à la grand chambre que nous calculions notre route.

- Ensuite messieurs, quand nous serons établis sur notre cap, je vous invite à venir vider quelques flacons de genièvre que le gouverneur m’a offert en me confiant ses dépêches.
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MessageSujet: Re: Relation de voyage au commerce du capitaine Latimer.   Lun 25 Jan 2016 - 14:54

Janvier de l’An de Grâce 1716, Curaçao.
Le huit courant, nous remontons nos câbles.

Au deuxième jour de mer, par 13°0’ N. au large des Isles sous le Vent, nous essuyons un méchant "coup de chien". Notre perroquet de fougue éclate dans une bourrasque traîtresse.

Troisième jour, la mer est encore dure et le vent d’Est violent. Il faut cependant déverguer notre perroquet de fougue pour que le maître voilier et ses aides puissent jouer de la paumelle et recoudre cette voile dont nous n’avons pas de rechange.

Cinquième jour, la vigie annonce une voile. Il s’agit d’une  frégate aux français percée pour 26 canons semble t-il. Pas de flamme de guerre, c’est donc un corsaire.
Nous maintenons notre cap.
La frégate maintient aussi le sien et passe à contre bord à quelque 3 lieues. Quelques heures plus tard, elle vire et disparaît derrière l’horizon.

Septième jour, à la méridienne. Le maître et moi-même avons mesuré la hauteur du soleil avec notre octant. Après avoir comparé nos relevés, nous sommes tombés d’accord et avons noté sur le journal 15°00’ N. et avons estimé notre position.
Ecoutes et boulines larguées, vergues brassées carré, bonnettes hautes et basses sur les deux bords. Le loch indique 4 nœuds.

Neuvième jour, la bonasse !

Dixième jour, très léger suret, mer belle.

Onzième jour. D’après mon estime et celle de M.Weatherby le pilote, nous devrions approcher les sondes du Banc Neuf où de la Basse de Pracel un peu plus au sud.
Après le changement de quart, je ferai lancer le plomb chaque fois qu’on piquera la cloche car il nous faudra changer de cap dès qu’on trouvera les fonds.

Douzième jour. Nous avons des fonds par sept brasses. Il doit s’agir de la Basse de Pracel car mes cartes indiquent que le Banc Neuf n’a que trois où quatre brasses d’eau.
Au deux doubles coups du quart de l’après midi, par frais de S.E. et mer forte, nous mettons la barre sous le vent. Après notre abattée, le loch indique 5,5 nœuds.
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MessageSujet: Re: Relation de voyage au commerce du capitaine Latimer.   Mer 27 Jan 2016 - 19:49

Quatorzième jour. Une voile en vue à l’horizon par tribord arrière !
C’est un de ces vaisseaux à voiles latines. Celui-là est aux français, il doit jauger dans les 250 tonneaux & est percé pour vingt canons. Il fait route au sud-est. Ces bâtiments portent un équipage nombreux et sans aucun doute aguerris aussi, même si nous sommes plus fort en bouche à feu, nous lofons pour passer derrière son horizon avec l’espoir de n’avoir pas été aperçu d'y-celui.
Deux heures plus tard, juste avant que le soleil ne disparaisse, le français n’a toujours pas modifier son cap.

Quinzième jour. Au lever du soleil, une côte est en vue par le bossoir bâbord. Nous la savons aux espagnols. Aucune voile latine n’est en vue.
La sonde n’indique plus de fond.
Plusieurs futailles de notre eau douce sont corrompues, je fais diminuer les rations d’un tiers.

Seizième jour, très légère brise, mer ridée. Sous bonnettes hautes et basses. Le loch indique un nœud et demi, juste assez pour gouverner. Sous cette allure « vent arrière » la brise n’apporte pas la moindre impression de fraîcheur. Les voiles du mât de misaine donnent un peu d’ombre, fort bienvenue aux hommes de quart.
L’eau corrompue est à disposition de l’équipage dans les charniers pour qu’ils puissent s’en asperger le corps. Certains ont quand même voulu y boire, laissant craindre à M. James Dillon le chirurgien, qu’ils n’aient sous peu grands dérangements de boyaux, voire les fièvres malignes qui sont redoutables.

Nous découvrons un navire à l’ancre devant une plage. Il s’agit d’un corsaire espagnol gréé en voiles latines. Nous lofons pour nous mettre hors de vue. La nuit sera là dans deux heures, espérons que, comme pour le corsaire français deux jours auparavant, il ne nous ait pas vu et que nous pourrons mettre de l’eau entre lui et nous à la faveur de l’obscurité.

Dix septième jour. Aux aurores, le corsaire espagnol de la veille n’est plus visible.
Isla Guanaja par bâbord avant. Je fais doubler les vigies car nous approchons une île où les forbans y ont un havre.
Nous croisons le trois mâts marchand Aldenham du capitaine Scott James avec qui j’échange des nouvelles. Je l’informe sur la présence de l’espagnol en maraude dans ces eaux . Lui-même m’apprend qu’aucun vaisseau pirate n’est signalé dans le golfe.

Dix huitième jour, bonne brise de nordet faiblissante. La mer est agitée. Grand largue tribord amures. Nous avons mis nos canons en batterie. L’île aux pirates se découpe sur l’horizon bâbord et défile à moins de 4 lieues. Aucun navire ne sort pour nous intercepter. L’équipage la voit avec soulagement s’éloigner sur bâbord arrière.

Nous doublons Turneffe Island par le sud.
Las ! Il y a des hauts- fonds entre l’île et l’embouchure du Rio et malgré notre approche précautionneuse – voilure réduite, sondeurs sur les bossoirs et maître Weatherby sur la hune de beaupré pour guider au porte-voix le quartier maître Sterling à la roue de gouvernail – nous avons durement touché et nous sommes échoués. Aucune voie d’eau fort heureusement mais les dégâts sont assez considérables.

Dix neuvième jour. Après un jour entier de labeur harassant, Dromedary est de nouveau à flot.

- M. Buchanan notre charpentier va avoir du pain sur la planche. Charpentier … La planche ! … Ha ha ha !
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MessageSujet: Re: Relation de voyage au commerce du capitaine Latimer.   Ven 29 Jan 2016 - 19:41

Sur le pont et le long des murailles, fumerolles aux fortes senteurs de brai fondu et d’étoupe chauffée, martèlement des maillets des calfats.

Sur le gaillard d’avant, dans l’ambelle et dans les entrailles de la flûte, claquements répétés des herminettes et des marteaux des charpentiers, longs chuintements des scies, dans l’odeur suave des essences de bois.

Partout, du couronnement aux tréfonds des cales, odeurs de térébenthine, de goudron chaud et de peinture.

Dans la mâture, on enverguait les voiles, on suiffait les vergues et les manœuvres dormantes.

Dromedary se refaisait une beauté après avoir été abattu en carène pour gratter ses fonds et réparer les avaries de l’échouage.
Sous les longues chevelures d’algues qui s’y étaient accrochées et les coquillages incrustés, la carène s’était heureusement révélée parfaitement saine. Aucun maudit taret ne minait le bois
« Que y sont capable de vous couler un navire sous les pieds »
affirmait avec effroi M. Buchanan le charpentier.
Ce-disant, Il croisait ostensiblement les doigts pour conjurer un tel sort.

Le premier jour, Latimer avait remis les dépêches de Curaçao au gouverneur. Il avait ensuite contacté les marchands, les négociants et autres planteurs et intendants pour trouver du fret.

De retour à bord, il supervisait autant que faire ce peut la remise en état de son navire. Heureusement qu’il y avait M. Blunt le second mais celui-ci avait déjà beaucoup à faire, tout ré-embarquer car il avait fallu vider entièrement la flûte avant de l’abattre en carène, s’occuper de l’avitaillement en prévision du prochain voyage.

Latimer aurait souhaité tout contrôler par lui-même mais la paperasse lui prenait beaucoup de son temps.
Factures du chantier naval, de la corderie, de la scierie, du magasin aux vivres, de l’arsenal, de l’apothicairerie, réponses aux invitations du gouverneur et des autres notables, aux lettres d’une veuve pour faire embarquer sa progéniture comme mousse, à l’évêque anglican qui voudrait que soit enrôlé un jeune pasteur, etc. etc. …
Et même des tractations avec le commandant de la garnison pour éviter que Dromedary ne soit réquisitionner pour transporter des troupes régulières de renfort vers un lointain établissement.
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MessageSujet: Re: Relation de voyage au commerce du capitaine Latimer.   Jeu 4 Fév 2016 - 19:28

Deux compagnies d’infanterie soit cent hommes, deux officiers, quatre sergents, rien que ça !

Nous avons appareillé vers la fin Janvier. Je ne désirai pas m’attarder dans cette colonie où le commandant de la place faisait feu de tout bois auprès du gouverneur pour réquisitionner Dromedary comme transport de troupe puisque l’escadre anglaise avait délaissé depuis longtemps cette rade.

Je tergiversais pour temporiser au moins quelques jours, arguant des plus fallacieux prétextes. Je jugeais qu’il valait mieux, avant que mes arguties soient rejetées, mettre au plus tôt une centaine de milles d’eau salée entre les autorités de Port Royal et mon navire

Voilà qui n’allait pas me mettre en odeur de sainteté auprès des-dîtes autorités, mais fi ! pensais-je.

Nous appareillâmes de nuit passant non sans quelques craintes entre Fort Charles et Fort Augusta… sur lest ! Au grand dam sans doute de M. Blunt et des maîtres. Le gaillard d’avant aussi devait regimber.

Nous avons mouillé dans les cayes du Canal de Yucatan. J’y savais un franc-comptoir.
J’y achetai plus de huit cents tonneaux de marchandises de contrebande. De quoi calmer les velléités de l’équipage. Une telle cargaison, hors de toutes taxes royales, était promesse de parts conséquentes.

Je retrouvais par hasard dans une ruelle un de mes anciens bosco qui avait définitivement posé son coffre à terre - une jambe en moins - et qui tenait à présent une échoppe de … bottier !

- Tu les vend à l’unité ? A la bonne heur ! Alors je voudrai deux bottes pour pieds gauche ha ha ha !

- Toujours la moquerie aux coins des lèvres. J’reconnais bien là le capitaine Bertrick  dit le Diable Rouge ! Aller suis moi capitaine. Mon ajoupa est toute proche, nous déboucherons un flacon d’armagnac en souvenir du bon vieux temps à bord du lougre Red Devil.
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MessageSujet: Re: Relation de voyage au commerce du capitaine Latimer.   Lun 8 Fév 2016 - 13:27

Après l'entame du flacon d'armagnac et un toast au Red Devil

- Alors comme ça, te voilà devenu … capitaine Latimer ! Et marchand ? Voire à l’occasion … Contrebandier ?

- Oui ! Mais par la putain qui m’engendra, pas plus que la fibre de planteur, je n’ai la bosse du commerce.

- On ne se refait pas ! Je suis certain que le son du canon et l’odeur de la poudre te manque autant qu’à  moi. En fait, tu tombes fort à propos.
J’ai eu il y a une couple d’heures à peine, un renseignement ...
Bottier certes, mais j’ai aussi un réseau d’honorables correspondants ...
Et comme aucun pavillon noir n’est présent …

Ton équipage est-il sûr ? Je veux dire, te suivrait-il dans une action  … violente ?

- Et bien, ce sont des marins de commerce mais … De quoi s’agit-il ?

- Et bien voilà. Un déserteur vient d’arriver sur le port. C’est un maître canonnier qui a eu un grave différent avec son - où plutôt devrais-je dire avec sa - capitaine. Pris de boisson, il aurait tenté de la … enfin tu vois ce que je veux dire.
Bref avant de fuir avec un canot parce que sa peau ne valait plus un maravédis, il a pour se venger, noyé la sainte barbe. Toute la poudre ! Il s’agit d’une corvette de 20 canons.
Elle est échouée à moins de quatre jours de mer d’ici !
Ils doivent attendre la prochaine lune et ses grandes marées pour tenter de la renflouer. Deux semaines !

- Où se trouve ce navire ?

- Attend, j’ai une carte dans le coffre où tu es assis. Je te montre.



Nous avons fait route au sud en longeant la côte jusqu’au Honduras aux anglais et avons jeté l’ancre dans l’embouchure de Belize River.

Notre cargaison s’est bien vendu, mieux même que je n’escomptais. 46795 piastres de bénéfice !

Voilà qui calma l’équipage et fit même monter grandement mon prestige auprès d’eux, surtout après la distribution des parts.

A peine les cales vidées et l’avitaillement complété, nous avons levé l’ancre, toujours sur lest mais cette fois, personne à bord n’y trouva à redire.

Je convoquais Eliot Weatherby mon pilote ainsi que mon canonnier Richard Purdey et Mathias Sterling mon quartier maître. Ceux-là m’avaient suivi quand j’avais amené le Jolly Roger et je savais qu’ils me suivraient quoique je décide. Je leur fis part - sous le sceau du secret - de l’entreprise que j’avais ourdi.
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MessageSujet: Re: Relation de voyage au commerce du capitaine Latimer.   Mar 9 Fév 2016 - 13:57

Je devais faire montre de duplicité pour emporter l’adhésion du reste de l’équipage et en tout premier lieu, de l’état-major. J’invitais à dîner M. Thomas Blunt mon second ainsi que les maîtres, y compris ceux qui étaient dans le secret. Quand Eusèbe et Alcide desservirent la table et que les alcools circulèrent, Je servis une fable tout exprès préparée.

- Messieurs, Le gouverneur m’a fait part qu’un hollandais était échoué à une journée de mer. Sa poudre a été noyé par un déserteur, c’est de lui que Son Excellence a obtenu l’information. Ce corsaire batave s’en prend à nos navires de commerce et, en l’absence de nos propres corsaires où de vaisseaux du Roi, le gouverneur m’a convaincu d’aller le prendre. Nous ne sommes pas des corsaires, soit ! J’en conviens, mais le batave est échoué et sans poudre pour riposter. Une telle opportunité ne durera pas !


Nous longeâmes la côte du Honduras aux anglais jusqu’à Ambergris Caye. Nous remontâmes cette île par l’Ouest jusqu’à une petite crique. Comme me l’avait indiqué mon ancien bosco nous y trouvâmes la corvette hollandaise toujours échouée.
Je fis réunir l’équipage sur le pont et les haranguais.

- Je savais trouver ici ce vaisseau ! Ne vous laissez pas abuser par son pavillon ! Oui messieurs ! Cette corvette, quoique hollandaise, s’attaque à notre commerce !
Nous même, M. Purdey le canonnier en conviendra, ne lui avons échappé il y a quelques mois que grâce à l’approche opportune de pirates !
La laisser se renflouer, c’est la retrouver un jour contre nous … Et cette fois, elle aura de la poudre pour nous mettre à sa merci !
Voulez-vous courir le risque de mourir demain pour l’avoir épargné aujourd’hui ?
Non bien sûr !
Nous allons donc la prendre car leur magasin à poudre a été inondé et leur navire comme vous le voyez est échoué. La prise de cette corvette vous couvrira de gloire et d’honneur et vous rendra riche !
Messieurs, aux postes de combat !
Pour le Roi !

Pour le Roi !
Hurlèrent en cœur ces crédules.

Nous approchâmes à la sonde et empannâmes à moins de trente yards sans éveiller de méfiance – après tout, nous arborions l’Union Jack et n’étions qu’un navire de commerce !
Peut être même, si on en jugeait aux gestes amicaux que certains nous adressaient, pensaient-ils obtenir quelque aide de notre part pour les sortir de cette inconfortable posture.

Je fis distribuer une double ration de rumfusnian préparé par Eusèbe et Alcide - ceux-là aussi me suivraient quoiqu’il advienne - ce mélange de rhum, de poudre à canon auquel j’avais fait ajouter du piment et que je savais qu’il rendait fou.

Notre première bordée et les suivantes prirent les bataves totalement au dépourvu. Mes canonniers, grisés autant par le rumfusnian que par l’odeur de la poudre, le bruit de la canonnade, les résultats visibles de nos volées sur le pont du hollandais, étaient comme des démons enragés.
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MessageSujet: Re: Relation de voyage au commerce du capitaine Latimer.   Mer 10 Fév 2016 - 13:43

Le recul faisait dériver la flûte au point que je craignis qu’on ne s’échoue aussi.

Je donnais l’ordre au bosco qu’avec ceux qui ne servaient pas les pièces, il mette toutes nos embarcations à l’eau sur l’autre bord.
Elles porteraient ensuite nos ancres – une sur l’avant, l’autre sur l’arrière – pour embosser Dromedary, sa batterie tribord battante.

Après moult bordées – toute notre poudre où presque a été consommée – des équipes d’abordage ont embarqué avec moi dans les embarcations et nous sommes montés à l’assaut du batave.
Une deuxième rotation aux ordres de M. Blunt est venue en renfort.
Au total près de cent trente assaillants !

S’en était bien plus qu’il ne fallait mais j’avais des marins de commerce et face aux corsaires bataves aguerris, je ne voulait prendre aucun risque même si je voyais bien qu’ils n’étaient plus qu’une trentaine encore en état de combattre.

Nous prîmes la corvette au prix de huit des nôtre tout de même !
La capitaine Lady Dragon et quelques uns des siens sont parvenus à fuir par les terres où nous les poursuivîmes pas, à quoi bon !

Nous passâmes tout le lendemain à remettre la corvette V-XIII à flot avec le renfort des aussières de Dromedary. Après quoi, j’y mettais un équipage de prise de trente hommes sous les ordres de M. Weatherby pour la terrir.
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MessageSujet: Re: Relation de voyage au commerce du capitaine Latimer.   Jeu 11 Fév 2016 - 17:24

De retour à Belize.
Eliot Weatherby s’y trouvait déjà ayant bien terri notre prise – d’ailleurs vendue un bon prix !
Je n’étais pas sans me douter que l’équipage de prise avaient jacassé dans les tavernes en attendant notre arrivée. Aussi, je jugeai plus prudent – je m’attendais à de violentes réactions des autorités - de ne quitter mon bord que pour le quai, où les tavernes jouxtant le port et étais-je toujours accompagné du quartier maître Mathias Sterling, d’Eusèbe et d’Alcide, tous, en arme, ainsi que moi.


Le gouverneur ne tarda pas à se présenter devant la planche de coupée de Dromedary sans même s’être fait annoncer.
Son vif courroux et les deux furlongs parcouru à pas précipités depuis la Résidence du gouvernorat le faisait tout rouge et suant.

- Pauvre fou !!! Vous rendez-vous compte capitaine Latimer ?
Sa Majesté vous accorde le pardon de vos crimes passés et voilà comment vous le remerciez ?
Je pourrai, et même le devrai-je, vous considérer comme pirate pour avoir nui à nos relations diplomatiques comme à nos intérêts commerciaux.

Votre acte insensé constitue un « casus belli »  pour les hollandais ! Qui sait ? Cela peut entraîner des représailles voire, un retournement des alliances  dans le Nouveau Monde !

Je vais devoir rendre-compte à l’ambassadeur  Sir Chris Gascoigne, lequel, par votre inconséquence inqualifiable devra certainement présenter des excuses officielles à son homologue hollandais  Paulus Von Brugen et sans doute subir la ire, fort justifiée au demeurant, du Connétable Gauvin de Courtelande.

A défaut Monsieur le sot, de vous en pouvoir bannir à vie, considérez-vous « Persona non grata » dans cette colonie !
Quittez le port avant que je ne me ravise et fasse saisir votre navire et vos biens et vous fasse serrer dans un cul-de-basse-fosse de la citadelle !


J’avisai les deux soldats qui l’accompagnaient … Et puis non !
J’aurai peut-être la nécessité de devoir  revenir ici plus tard quand le temps aura fait son œuvre et atténué l’affaire.
Je laissai l’orage passer, faisant mime d’être pétri d’inquiétude .

Ayant assouvi sur moi sa hargne, et m'ayant, de son avis, vertement tancé, le gouverneur fit demi tour d’un air suffisant accompagné d’un geste dégoûté du revers de la main. Il s’en retourna vers la Résidence.

Le jour même, sans difficultés car les vaisseaux en escale étaient rares, nous comblâmes nos pertes et ceux que mes "exactions" avaient incité à mettre sac à terre, parmi lesquels, mon charpentier et mon chirurgien. Ces faux-culs  n’avaient cependant pas rechigné sur leurs parts de butin !

Les nouveaux étaient, pour grande part, plus vauriens qu’honnêtes marins et que mon "Aura sulfureuse" ne rebuta point.

Nous appareillâmes sans même qu’on eut complété notre eau douce mais j’avais l’heur de connaître une aiguade proche pour y pourvoir.
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MessageSujet: Re: Relation de voyage au commerce du capitaine Latimer.   Sam 13 Fév 2016 - 13:55

Extrait du « Carnet de voyage de Lilian Bradley »
Docteur en médecine spécialisé dans les maux féminins et à son corps défendant contraint de s’embarquer comme chirurgien sur un vaisseau de commerce pour se soustraire à la vindicte de la « Bonne société » de Belize.

La flûte à bord de laquelle je devais embarquer était passée en carénage il y a peu, m’a-t-on affirmé. Après qu’on m’eut expliqué de quoi il retournait, c’était là, jugeais-je, gage de son parfait état. Au vrai, à la contempler depuis le quai, c’était un magnifique navire de haut bord de 120 pieds (37m) et armé de près de trente canons !

Elle portait aussi un équipage nombreux et assez aguerri à en croire l’officier de la batterie du port que j’ai croisé sur le quai, et que je connais un peu, car, m’a t-il précisé, on disait au mess de la  garnison, que lors d’une récente traversée, Dromedary avaient mis à mal un corsaire espagnol devant Aruba.
D’autre part, sur le port, la rumeur voulait que Dromedary s’était emparer il y a quelques jours, d’une corvette corsaire hollandaise !
Aurai-je mal compris ?
On me montra même ladite corvette accostée au quai du chantier naval mais, celle-ci n’arborait aucun pavillon.
Fallait-il y croire où n’étais-ce qu’une fable qu’on sert à un jaunet de mon espèce pour ensuite le railler dans les tavernes ?

Enfin, le capitaine Latimer qui commande Dromedary. La nièce du gouverneur m’a confié sur l’oreiller - Et oui, je suis coureur de jupons plutôt que coureur de dot … Et même suborneur de fruits verts dit-on de moi, au regard de l’âge de mes conquêtes …
Ce qui est cause de mon présent embarquement précipité, mais j’y reviendrai plus tard s’il se peut -
Bref ! La jouvencelle disais-je, m’a confié qu’il court au sujet du capitaine Latimer une rumeur selon laquelle ce serait un ancien pirate …
Gage, s’il était capitaine chez ces gens là, qu’il fut marin chevronné. Du moins je crois …
Toujours est-il que c’est forcément un personnage étonnant !

C’est sous ces favorables auspices que je posai mon coffre à bord de Dromedary précédant de peu l’arrivée tout en énervement du gouverneur de la colonie.

Dieu du ciel ! Pensais-je in petto. Serait-ce pour venir s’assurer de ma personne ?
Que nenni ! On eut, sans doute, seulement dépêché un prévôt et une couple d’archers.
Je détournais quand même la tête, enfonçais mon chapeau jusqu’aux oreilles puis me cachais à sa vue en me glissant derrière le mât d’artimon pour n’être point reconnu car il était aussi l’oncle d’une de mes « victimes ».
J’y préfère quant à moi le terme de conquête.
J’ouïe donc sa diatribe envers le capitaine ce qui me confirma ses antécédents de pirate ainsi qu’elle donna toute sa véracité à « l’affaire » de la corvette hollandaise.
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MessageSujet: Re: Relation de voyage au commerce du capitaine Latimer.   Dim 14 Fév 2016 - 13:28

Le réseau "d’honorables correspondants" de mon ex bosco est plus ramifié que je ne pouvais penser.
On vient anonymement de me faire parvenir – un mot glissé sous la cruche de vin dans une taverne - un rapport que le capitaine Erick der Wall a fait devant le connétable et les ambassadeurs anglais et batave.

"Nous demandons donc que ce renégat dédommage Lady Dragon ou notre confrérie à hauteur de son préjudice
soit la valeur de son navire grand chebec + la trésorerie volée, sous peine de mettre à exécution notre vengeance .
Enfin, pour la tranquillité des autorités anglaises, je suggère que ce renégat retourne au statut de pirate, qu'il n'a jamais quitté en fait dans ses actes comme dans sa tête.
Il est et restera pirate, soyez en sûr!
Voilà Messieurs le point de vue de notre confrérie.
Erick der Waall


Ha ha ha ! Je reconnais biens là l’esprit mercantile des bataves, plus bourgeois replets que marins aventureux.
On leur prend une corvette de 6 et ils réclament la valeur d’un grand chebec ! Et pourquoi non, celui d’un 74 ?

Il est vrai que ça laisserait accroire qu’il sont vraiment piètres marins et moi, redoutable aventurier qui, à bord d’un simple navire de commerce s’empare de haute lutte d’un puissant vaisseau de guerre !

Sur un renseignement, j’ai seulement profité d'une belle opportunité de m’enrichir à peu de frais et avec une fable à servir à mon équipage pour qu’il me suive dans cette expédition. Eu-je dû vendre plutôt cette information aux ennemis de mon Roi ?

Quand au coffre de la Lady, par le vit de Belzébuth, on voyait le fond de son coffre tapissé de chiures de rats plus que de piastres sonnantes et trébuchantes … En cherchant bien, on eut pu en trouver quelques unes ! Des piastres j’veux dire !
Elle aussi préférait sans doute acheter des acres de terres plutôt que guerroyer pour la Hollande.
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MessageSujet: Re: Relation de voyage au commerce du capitaine Latimer.   Dim 14 Fév 2016 - 16:28

Extrait du « Carnet de voyage de Lilian Bradley »

Tous à bord de Dromédary redoutions, non sans quelques craintes - terreur même pour partie d’entre nous - une chasse sans merci des hollandais et de la puissante Angleterre. Voire des autres royaumes.
Il n’en est rien !

Preuve que le capitaine Bertrick dit Diable Rouge – nul à bord n’use à présent du nom de Latimer - est, sur ma foi, un sacré bonhomme qui, seul, remettant en cause les alliances par eux conclues, ose défier les Princes qui gouvernent l’Europe et le Nouveau Monde !

Je suivrai cet homme quoiqu’il décide, fusse au bout du monde connu et plus loin encore s’il se peut !
Pour un tel homme, libre et dressé fièrement contre tous, je serai prêt à y laisser un œil. Ce qui me ferait lui ressembler un peu, plaisante idée !

Qu’il est beau fièrement campé sur la dunette de son vaisseau. Je n’oserai l’avouer à quiconque mais, si je n’étais impénitent coureur de jupons, je l’en aimerai d’amour !

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MessageSujet: Re: Relation de voyage au commerce du capitaine Latimer.   Mer 17 Fév 2016 - 20:56

Après avoir quitté Belize, nous faisons route sur la Jamaïque.
Par 16°30’ de latitude nord, nous apercevons plusieurs vaisseaux pirates qui nous obligent à fuir au Sud.

Par 14°30’ N. l’une des corvettes pirates qui nous chassent est à moins d’un mille et nous sommes prêt à vendre chèrement notre peau quand, elle et ses conserves prennent la fuite devant une escadre espagnole en vue dans l’Est et sur un cap de rencontre.

Pour nous, ça n’est qu’un répit, les espagnols sont ennemis de l’Angleterre. Cap au sud toujours, pour fuir ce nouveau danger. Nous espérons pouvoir nous abriter à Santa Elena, petite baie au sud-est de l’île de Roatan même si un repère de trouve de l'autre côté de l'île.
Les navires pirates avaient disparu et nous ignorions s’ils étaient eux même venus à Roatan.

Deux jours durant, l’escadre  croise devant l’île. Elle s’est renforcée. Il y a 4 grands chebecs et un vaisseau deux ponts, un 74 nous sembla t-il.

Je me suis rendu par les terres jusqu’au repère pirate. J’y ai toujours quelques contacts dans les tavernes.
J’apprend de l’un d’eux que le Connétable Gauvin de Courtelande à octroyé à titre exceptionnel une « Lettre de représailles » à mon encontre, avec l’aval de l’Ambassadeur anglais, à certains capitaines bataves pour venger la prise de la corvette qui m’a valu d'être "persona non grata" à Belize.  

Le troisième jour, 2 chebecs de l’escadre espagnole ne sont plus en vue. Le blocus étant moins serré, nous sortons par le sud-ouest faisant en sorte que les îles nous cachent à l’escadre.

Nous longeons la côte.
Las ! donnons en plein sur les chebecs qu’on avait perdu de vue la veille et qui avaient été reconnaître une crique à la côte.

On fit force de voile juste avant la nuit vers les hauts fonds devant Belize où, pensais-je les espagnols ne nous suivraient pas dans l’obscurité.

C’était sans compter sur la pugnacité de l’un d’eux qui n’hésita pas à nous poursuivre dans ces eaux dangereuses.
Il approcha à la faveur de l’obscurité et ouvrit le feu !
Une seule de ses six bordées nous toucha et deux nous effleurèrent. On perdit tout de même dix neuf hommes.

On du fuir dans la nuit, talonnant durement à plusieurs reprises  sur les hauts fonds et qui occasionnèrent de gros dégâts sous la flottaison et offensèrent le safran du gouvernail.

Au petit jour, c’étaient  pas moins de trois chebecs qui nous cernaient. L’un d’eux s’approcha jusqu’à portée de canons. On fit voile en sondant et on entra dans la baie de Belize.

Deux des hollandais titulaires des « Lettres de représailles" s'y trouvaient. L’un à quai, l’autre dans une crique proche.
Celui-là vit Dromedary se présenter à l’ouvert de la baie. Il fila ses câbles par le bout et se jeta sur nous. Nous ne pouvions manœuvrer aisément avec notre vaisseau endommagé. Il se plaça à portée de canons, nous arrosa d’une demi douzaine de volées à mitraille et passa à l’abordage.
Mon équipage, pour bonne part des marins de commerce, ne tint pas sous le choc de l'assaut.
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MessageSujet: Re: Relation de voyage au commerce du capitaine Latimer.   Sam 20 Fév 2016 - 16:29

La « Commission en Guerre & Représailles » octroyée aux Witte Tijger par le Connétable Gauvin de Courtelande stipulait que cette confrérie pouvait se saisir de mon navire et de sa cargaison pour dédommagement de la corvette que j’avais capturée. Mais, pour peu que je ne fus point occis durant l'abordage, ne devait pas attenter à mes jours.

Le capitaine van Baart me laissa  les chaloupes de Dromedary. J’y embarquai avec mon état-major et quarante et un marins.

Nous embouquâmes la Haulover Creek. Trente six des marins gardèrent deux des chaloupes pour entrer dans le port de la colonie. Ceux-là, ne voulaient plus suivre un capitaine aussi sulfureux.

Je ne pouvais m’afficher dans la colonie. Du moins, pas tant que je ne saurai quel serait mon sort vis à vis de l’autorité.
J’avais grande défiance envers l’ambassadeur Gascoigne, ce chien syphilitique qui me faisait reproche de la prise d’un navire batave et qui donnait son aval pour que y-ceux me fissent subir pareil sort.
Le Roi Guillaume délègue son autorité à de bien piètres valets !  

Avec la poignée qui me restait fidèle, nous remontâmes la rivière avec la chaloupe restante. Arthur Powell mon maître d’équipage avait, un peu en amont, une parentel qui possédait un petit chantier naval.
Bien plus modeste que le chantier principal de la colonie, il ne pouvait mettre à l’eau que des unités de moins de cinquante tonneaux.
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MessageSujet: Re: Relation de voyage au commerce du capitaine Latimer.   Mer 24 Fév 2016 - 13:38


- Aïe ! Par le vit vérolé de Belzébuth ! J’oubliais que le barrot fut si bas » pestais-je en tâtant la bosse qui commençait déjà à poindre en haut du front.

Après la spacieuse grand-chambre de Dromedary, celle-ci, fort exigüe en plus d’être basse, évoquait plutôt la chambre mansardée d’une soubrette.

Rendu sur l’étroite dunette, j’étais encore étonné, d’une part, par la barre franche, d’autre part, par les dimensions de Pégasus ; 57 pieds ( 17,40m) de long pour 14 pieds (4,3m ) au maître bau !
Mais en revanche, elle n’en calait que 6 (1,82m).

Voilà qui me faisait remembrance de mes premières armes sous les plis du Joli Rouge, quand j’écumais le Passage du Vent et l’ancien Canal de Floride.
Deux ans et demi déjà !

Nous avons laisser porter dans le courant. Nous arrivâmes à la nuit faîtes dans l’embouchure de la rivière où s’étalait sur les deux rives la colonie & y mouillâmes dans le milieu du lit.
Dès proton minet, et avant que d’avoir attirer sur nous trop l’attention, nous relevâmes notre câble.
Nous franchîmes la barrière de  hauts-fonds aux premiers rayons de soleil. Doublé Turneffe Island sur un bord et les récifs sur l’autre. Je fis établir toute la toile dès que nous atteignîmes les libres eaux.

Pegasus se révèle aisée à manœuvrer et sa dérive est insignifiante. Et quelle vélocité ! Même au près serré, le tour de loch indique 7 nœuds !

Nous mouillâmes pour la nuit à Isla Utila où je menai une petite expédition sur la côte en compagnie du quartier maître Mathias Sterling et des affranchis Eusèbe et Alcide.


De retour à bord, impossible de trouver le repos. Je ruminais un  farouche ressentiment contre l’ambassadeur Gascoigne pour sa veulerie devant les exigences de von Brugen, et presque autant aux bataves en général que je jugeai être des couards pour ce qu’ils ne s’éloignent jamais des côtes où sont leurs ports sauf à naviguer de conserve parmi une puissante escadre anglaise.

D’ailleurs, ce maudit capitaine van Baart qui nous a abordé devant Belize en est le parfait exemple. Ne se tapie t-il point toujours dans les criques proches de la colonie, d’où, telle une murène, il jaillit seulement à mi-corps pour mordre qui s’approche de trop, avant de disparaître à nouveau dans son trou ?


- 18° Nord capitaine » me dit Eliot Weatherby en rangeant l’octant dans son coffret.

- Donc, d’après notre cap et notre vitesse, nous devrions être … La pointe sèche courut sur la carte étalée sur la table.

- …Ici ! dis-je. " Parfait ! Maintenons le même cap.

- Holà du pont ! Voile en vue ! Voile droit devant !

Nous sortîmes de la chambre, gravîmes les trois marches de l’échelle de dunette. La longue-vue me révéla un trois mâts à voiles latines, sur le même cap que nous.

Le pavillon hollandais qu’il arborait prit à contre mes réflexions concernant les bataves ;
- Celui-ci est « fol de témérité » à naviguer ainsi hors de vue des terres", maugréais-je à l’attention de M. Powell le bosco, faisant fi de toute objectivité avec une parfaite mauvaise foi.
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MessageSujet: Re: Relation de voyage au commerce du capitaine Latimer.   Lun 14 Mar 2016 - 16:24

Nous avons jeté l’ancre à North Creek sur l’île de Cokburn Town. Ce n’est qu’un comptoir assez misérable – et c’est la raison de ma venue ici. Les autorités n'étaient sans doute pas encore informées de l'Affaire du Honduras.
Je demandais au gouverneur de ce petit établissement qu'il me délivre une « Lettre de Marque » que j’obtins en échange de quelques milliers de piastres.

Mars 1716.
Lively est environné de volutes de fumée blancs que la petite brise d’Est effiloche entre deux bordées.
Le radeau, en remorque derrière la chaloupe, est peu à peu totalement disloqué. On ramène les canons à la serre.

Une pièce de quatre livres ne peut pas projeter une énorme quantité de métal mais elle peut tout de même propulser un boulet de fonte de trois pouces (76mm) à la vitesse de mille pieds par seconde ce qui occasionne quelques dégâts.
Ce sont des canons de six pieds de long (1,82m), qui pèse chacun plus de mille trois cents livres et repose sur un affût de chêne massif. Les seize pièces de Lively sont un poids considérable pour un navire de cent tonneaux.
Chaque pièce est servie par un peloton de quatre hommes, plus un cinquième (parfois un mousse) chargé d’apporter la poudre du magasin. Soit la moitié de l’équipage pour servir les pièces d’un seul bord.

Juste à la nuit tombante, la vigie de misaine aperçoit un chasse-marée espagnol grée en lougre et à deux lieues par tribord avant sur un cap N.O.

- M. Powell, à ferler les huniers pour réduire notre silhouette !

- M. Blunt faîtes doubler les vigies pour la nuit. Il faut nous garder d’une attaque pour le cas où le Don nous aurait aperçu aussi et serait, soit assez fol pour nous attaquer à la défaveur de la nuit, soit pour alerter d’autres corsaires qui seraient dans le port là-bas.


Le vent a refusé toute la nuit, tout en faiblissant. Au matin, ce n’est plus qu’une très légère brise de S.E. Le chasse-marée, qui est sur les fonds, a mouillé une ancre pour la nuit.

Je fais envoyer huniers, perroquets et bonnettes au vent. Lively lui coure sus pendant qu’on met les canons en batterie.  
A un quart de mille, l’Hidalgo nous découvre. Il file son câble par le bout et commence à établir son foc avec précipitation.

A cent yards sur sa poupe, Lively lofe. A présent vent arrière, la distance réduit rapidement. Je parviens à lire son tableau de poupe, Ombra Della Morte.
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