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 L'ivresse, pourvu qu'on ait la victoire.

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Luis Espatula
Mousse
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Messages : 17
Date d'inscription : 14/10/2013
Age : 26

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Nationalité: Pirate Pirate

MessageSujet: L'ivresse, pourvu qu'on ait la victoire.    Ven 20 Nov 2015 - 19:39



Voyez passant comme cette soirée nuageuse n’étiole en rien l’esprit de fête des marins à quai. Des dalles sales et encore humide d’une pluie fine de la rue d’en face, vous pouvez entendre les hurlements et les rires des sacs de rhum déjà bien remplis en ce milieu de soirée. Pour les plus intrépides, et ceux ayant grand soif, il est tout à fait possible d’entrer à la Taverne « La Dent creuse » afin de se mêler à ces fêtards de la première heure. Mais que fête-t-il donc tous ?

Le Capitaine Espatula n’est pas avec la bande de rigolo, mais son second n’est pas le genre à rester discret. Son crâne chauve et sa boucle d’oreille ne cessent de luire aux lumières entreposées un peu partout et sa voix grave et forte ne semble pas vouloir s’effacer.

« C’la qu’on a vu le Vaisseau d’64 accompagné d’une Fregate d’huit améliorée et d’un Grand Chebec au large. Des espingouins si près du port ! Sans peur qu’on a été, avec les gars. L’capitaine s’est organisé ‘vec les aut’ et on a lancé l’assaut su’l’champs. Z’auriez du voir ça ! » L’homme à la peau brûlée par le soleil agitait la main en sifflant, un sourire en coin laissant deviner un creux là où il y aurait dû y avoir une dent. « L’organisation pirate à l’œuvre moi j’vous l’dis ! C’tait d’toute beauté. L’a même pas fallut trente minutes pour couler la Fregate ‘vec l’cap’taine Cuvier et l’Breton. D’la folie, j’vous dis. On a tout donné ! » Puis il partit d’un rire fort, bientôt noyé par de longues gorgées de bières.

Et c’est qu’on l’encourageait à continuer en plus, pendant que le capitaine était au fourneau à préparer les crabes ramassés par ses marins à peine arrivés au port. Mais, malgré le narcissisme sans faille dont faisait preuve le brave Sancho, il était également conscient de sa place. Voilà pourquoi il fit une légère révérence en ajoutant : « Chui pas l’seul à ‘voir batailler, y avait d’beau monde ‘vec l’cap’taine Espatula pis moi. » Et sa main resta en suspend un moment, cherchant un volontaire pour reprendre le récit en arrosant son gosier de liquide ambré.


Dernière édition par Luis Espatula le Mar 24 Nov 2015 - 2:20, édité 2 fois
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Jeremiah Breeg
Matelot
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Messages : 124
Date d'inscription : 09/01/2012

MessageSujet: Re: L'ivresse, pourvu qu'on ait la victoire.    Sam 21 Nov 2015 - 19:15

Ah la victoire. La victoire totale, la victoire écrasante, la victoire pleine et entière, celle qui ne laisse aucun regret, hormis celui des morts, inévitables conséquences du combat. Mais d’un point de vue tactique, la flotte au pavillon noir venait de réussir un coup de maitre. Et ce soir-là avait été choisi par les compagnies assemblées comme celui de la bombance. Dès potron-minet l’on avait assemblé force barriques depuis les différentes cales des compagnies pour les rassembler en un lieu choisi, en l’occurrence la taverne à la plus vaste salle de ce repaire de pouilleux qui leur servait actuellement de base, et aussitôt furent mit en perce par les plus voraces les précieux tonnelets. Chacun avait contribué. La compagnie du Sicaire, commandée par le capitaine élu Jeremiah Breeg, avait apporté huit caisses d’un vieux madère saisi lors de la capture sur l’espagnol de leur présent navire, la grande frégate lourde qui était la plus imposante unité de leur petit rassemblement. Ah que le capitaine Breeg était fier de passer des heures en haut de sa grande dunette, toujours incapable de s’asseoir, mais à la barre d’une telle merveille les vieilles douleurs s’apaisent plus vite. Un bien rude pilonnage avait été nécessaire pour réduire à merci les deux centaines d’hidalgos qui faisaient aiguade à son bord, mais cela valait le prix de la poudre. La croisade menée par le capitaine Breeg contre les espagnols était presque de l’histoire ancienne à ce moment, il était prêt à leur pardonner, après un si beau cadeau. Il y a des mois de cela, à la barre de son brick Sicaire de Sainte-Marie-des-Gueux et en compagnie de sa conserve Nemrod barrée par le capitaine Bertick, Jeremiah avait perdu quarante de ses marins de premier brin après qu’une flûte espagnole, feignant la reddition, n’eut traitreusement balayé son pont de la mitraille. Il avait ce jour juré que pour chacun de ses compagnons morts, il tuerait dix espagnols. Depuis le nombre était largement atteint, mais sa rancœur était resté tenace, jusqu’à ce jour béni où cette frégate isolée fut prise par les compagnies pirates associées et laissée à sa discrétion par l’assemblée des capitaines. Mais après la victoire d’aujourd’hui, Jeremiah Breeg s’estimait pleinement satisfait et remboursé de sa peine : en quatre jours, c’est pas moins d’un millier de spaniards qui avaient été trucidés.


Allongé sur un tas de sac de farine et regardant d’un œil vitreux son compère au drapeau rouge Luis Espatula préparer le festin à venir, Jeremiah se disait qu’il pourrait même envisager d’aller visiter le bordel local, parait-il richement fourni en beautés moitié espagnoles, moitié négresses, mais il doutait être en capacité de forniquer après avoir de bonne heure entamé la partie festive de la soirée. Il finit par s’endormir en ronflant tandis que dans la grande salle, Jensen, qui avait ses lettres, venait de prendre le relais du second du
Gaspacho pour narrer l’aventure aux quelques rares spectateurs qui ne l’avaient pas vécue eux-mêmes :

« En tête de la meute, Sicaire avait bon vent pour rallier la prochaine escale de la glorieuse horde noire dont vous et moi compagnons avons l’honneur de faire partie, quand à la hauteur de la Isla Saona, nous vîmes poindre d’immenses mats, d’immenses voiles, croyez-moi compagnons, des voiles telles qu’un frère de la côte ne peut voir sans trembler. Car c’était un vaisseau de ligne, eh oui mes amis, un maudit vaisseau de la Couronne d’Espagne, avec à son grand-mât la flamme de guerre de la Hermandad del Calamar ! Le navire-amiral de la seconde plus grande flotte d’Espagne à hanter la Caraïbe, camarades ! »


Là, Jensen, qui aimait les effets de style, marqua une pause dramatique en vidant un cruchon à même le bec et, l’envoyant au visage de Sans-Soif avec qui il avait eu des mots, il reprit son récit :


« Que faire alors ? A la faveur de la nuit, le Sicaire resta hors de vue et gagna une crique abritée non loin d’ici, tout en informant nos compagnons de la présence ennemie. Ainsi l’embuscade fut décidée, à la faveur de la nuit la flotte se rassembla à proximité de notre repaire, laissant venir à elle la compagnie espagnole, qui comptait à présent les forces que mon illustre prédécesseur vous a décrites. Deux jours durant, nous attendîmes l’accalmie pour bondir sur nos proies, deux jours durant lesquels nos capitaines élus nous mirent au point le meilleur des stratagèmes pour écraser ce fort contingent, malgré cet immense vaisseau de plus de soixante bouches à feu ! Dès que la mer fut navigable, nous mimes sous voile, droit vers l’ennemi, suivi de près par tous nos camarades qui quittaient l’un après l’autre notre abri. Porté par un bon vent d’Est, nous fumes sur les espagnols avant même qu’ils ne puissent battre le branle-bas. Sans trembler, notre capitaine fit route droit vers le vaisseau-amiral ennemi, tous les canons chargés raz la gueule d’anges et de démons ! »


Mais personne n’avait compris le trait d’esprit, et la pause dramatique suivante tomba à l’eau. Jensen reprit à boire en espérant se rattraper, malheureusement pour lui, Sans-Soif avait malicieusement pissé dans sa cruche, ce qui causa un changement d’orateur, Sans-Soif s’attribuant sans vergogne la place de Jensen qui partit vomir en hurlant des insanités bien éloignées de sa verve raffinée ordinaire. Frappant du pied pour dissiper les rires, Sans-Soif exhiba en guise de préambule l’horrible cicatrice qui lui barrait le bras gauche, reçue lors de l’abordage du HMS Drake (fameux combat que celui-là) et rappela que le vaisseau-amiral espagnol était d’une classe encore supérieure à celui qui lui avait causé ce désagrément peu esthétique. Mais au moment d’entamer son récit au beau milieu du silence général, réalisant subitement que toute la taverne, il n’y eut qu’un gargouillement étranglé qui sortit de sa gorge, articulant avec difficulté un « C’est alors que… » bredouillant, jusqu’à ce qu’une botte lancée avec adresse ne viennent le soulager de sa peine et accessoirement l’assommer sec. Le capitaine Breeg, revenu des cuisines un cruchon de rhum aux épices à la main, se jucha sur la table désormais libre et frappa trois fois du pied avec autorité.

« C’est alors que, bande de ramassis de fond de caniveau, en virant bâbord amure au raz de leur proue, nous envoyâmes à ces spaniards une volée d’acier et de mort qui restera dans leurs mémoires ! »


Cri d’allégresse des Sicaires présents, bien contents de voir leur capitaine vanter ainsi leurs exploits.

« A la levée juste après le virement, au moment où nous retombons dans le creux, je déclenche la volée, trois coups heureux leur esquinte l’artimon ! Ça pleuvait les escarbilles et les poulies brisées sur ces gueux d’espagnols, et voilà qu’on empanne derechef, une autre volée sur l’autre bord au même tarif ! Sur l’espagnol c’est la pagaille, les sabords sont toujours fermés ! Ni une ni deux, j’en remets une couche à ces pendards, Sicaire revient croiser sa proue puis vire à nouveau juste derrière sa poupe, on voyait les officiers emplumés s’agiter dans tous les sens, ah la belle pagaille mes racailles, vous pouvez me croire ! Voilà l’artimon qui s’abat, les haubans bâbord du grand-mat se rompent et vont pendre à l’eau comme les jupons en lessive de la putain vérolée de Cumana ! Voilà le beaupré qui se casse net ! Cinq bordées complètes dans la voilure ! Voilà comment on réduit à merci un vaisseau espagnol de soixante et quatre canons ! »



Et sous les applaudissements et hurlements animaux de la compagnie du Sicaire, le capitaine Breeg descendit de sa table et alla s’asseoir à la tablée des capitaines, trinquant virilement avec ses collègues élus par les compagnies.
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