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 Pâques 1716 où la « Résurrection » … du capitaine Bertrick !

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Bertrick
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MessageSujet: Pâques 1716 où la « Résurrection » … du capitaine Bertrick !    Dim 27 Mar 2016 - 16:45

Lively empanné, roule & tangue sur la houle. Le grondement de l’incendie qui dévore le brigantin hollandais à moins d’un quart d’encablure sous le vent, couvre les habituels grincements du gréement et les craquements des membrures et des espars. Un lourd panache de fumée monte dans le ciel puis s’incline vers le nord Ouest en s’étiolant.

Bertrick était accoudé à la lisse de la dunette et contemplait le brasier. Le chirurgien s'approcha, encore revêtu du tablier de cuir avec lequel il pratiquait. Un vêtement entièrement maculé et raidi de sang séché.

- Ha, vous voilà Dr. Lambert. Quelles sont nos pertes ?

- Deux morts capitaine. Et cinq blessés. Quatre seront sur pieds dans moins d’une semaine. Il en faudra bien deux de plus pour M. Crabbs notre charpentier … un mauvais coup d’esponton dans l’entrejambe … je crains bien qu’il ne puisse jamais assurer sa descendance.

- Ce vieux Crabbs ? Ha ha ha ! Il a déjà œuvré pour. L’aîné de ses cinq garçons est à bord comme gargousier à l’une des pièces avant et il a aussi des filles … deux où trois, je ne sais plus au juste.

- Concernant les tués,  il y a M. Blinder un gabier de misaine et aussi bien sûr M. Blunt le second. Sa chute dans l’écoutille lui a été fatale. La cuisse gauche déchirée par le bois d’une caisse qu’il a fracassé en s’écrasant dessus … une artère … vidé de son sang … je n’ai rien pu faire.  

- Dommage, c’était un bon second quoiqu’il n’était pas chaud à nous suivre.

- Suggérez-vous qu’on l’aurait poussé pendant la mêlée sur le pont du brigantin capitaine ?

- Mais non, qu’allez-vous imaginer ! La barre au vent M. Sterling. M. Purdey, faîtes établir toute la toile que Lively peut supporter par cette brise ! Eusèbe va chercher mon pavillon. Tu le trouvera dans le coffre sous la fenêtre de poupe.


Les hommes d’équipage – parmi lesquels, à leur corps défendant, quelques uns, rares, qui n’osaient se signaler "à contre" - ovationnèrent le vieux « Joli Rouge » à la couleur quelque peu défraîchie par le sel, lorsqu’il monta à la drisse de pavillon dans un envol de chapeaux et de bonnets.
Suivit un triple ban pour le capitaine Bertrick.

- Voilà qui équivaut à un vote du conseil d’équipage ! M. Weatherby, deux tonnelets de tafia sur le pont. C’est le Diable qui paie son écot !

- Le Diable Rouge dans ce cas capitaine ! Ha ha ha !

Le lendemain, c’est un petit senau anglais qui fit les frais de cette "résurrection".

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Bertrick
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MessageSujet: Re: Pâques 1716 où la « Résurrection » … du capitaine Bertrick !    Sam 2 Avr 2016 - 19:09

Sous cette basse latitude septentrionale, la saison pluvieuse avait commencée comme à l’accoutumée au début de Mars.
Justement, la pluie, venait de cesser. Sur la côte, des écharpes de brouillard rampaient au dessus de la forêt et du pays noyé.
A bord de Lively on avait guindé un tau au dessus de la dunette. De lourdes gouttes chutaient encore du gréement et tambourinaient sur la toile.

Le Dr. Lambert avait usé de la lancette. Il avait effectué des saignées sur les tribordais.
Il était à présent assis, jambes pendantes, sur le porte-haubans bâbord du grand mât, à contempler la folle sarabande d’un banc de poissons carnassiers après qu’il eut vidé par dessus bord le seau au tiers plein, du sang de ses patients.

Sur le pont au dessus de lui, quelqu’un toussa, se racla bruyamment la gorge et cracha par dessus la lisse.

- Holà ! Attention espèce de chancre mou syphilitique à poils bleus, il y a du monde dessous !

Se retournant et levant la tête, le chirurgien vit qu’il s’agissait du capitaine. Il empoigna les cadènes à pleines mains, se rétablit sur le porte-haubans, enjamba la lisse et fit une révérence théâtrale.

- Pfff ! J’ai failli dire à poils roux ! Pur sûr, si je l’eus dit, vous m’infligeriez le supplice de la grand-cale.

- J’hésite entre ça où vous attacher étendu nu sur la berge pour servir de déjeuner aux crabes des cocotiers et aux caïmans.

- Je m’empresse donc de changer de sujet pour que vous restiez dans vos atermoiements.
Vous ne devriez pas pétuner autant capitaine. Vous allez finir par cracher vos entrailles.
Savez-vous que Le Pape Urbain VII et son successeur Urbain VIII excommuniaient les fumeurs ?
Mais je me doute bien que peu vous chaut une telle menace puisque vous n’êtes point papiste.
Cependant, considérez aussi que feu le roi Louis XIV avait interdit l’usage du tabac à la Cour de France. Un seul homme,  Jean Bart, était autorisé à fumer la pipe à Versailles. Il fut redoutable sur mer mais c’est l’usage inconsidéré du pétun qui a fini par le tuer.


Bertrick planta sa pipe entre ses dents, aspira profondément et souffla en l’air un épais nuage de fumée odorante. Juste comme il avait le nez en l’air, une gouttelette s’écrasa sur son front.

- Pour sûr M. Lambert, à moins de faire une prise qui en soit pourvue, Lively manquera de tafia et de pétun avant de manquer d’eau douce.

- J’ ai justement une réserve de tabac à l’infirmerie. J’attend qu’il y ait grande pénurie à bord pour vous la jouer aux dés.

- Alors donnez moi cette réserve tout de suite car nous jouerons avec … Mes dés !


Bertrick brandit sa pipe devant le visage de Lambert … "et ils sont pipés ! Ha ha ha ! Que dites-vous de ça chirurgien du Diable ?"

- Chirurgien du Diable en effet … du Diable Rouge s’entend !
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MessageSujet: Re: Pâques 1716 où la « Résurrection » … du capitaine Bertrick !    Dim 3 Avr 2016 - 11:51

- A la bonne heur ! J’entend que notre chirurgien ne manque pas de répartie. Idéal pour vaincre la monotonie de cet ancrage.

C’était Sterling le quartier maître qui  rejoignait la dunette pour fumer … un petit cylindre de feuilles de tabac roulées.

- Vous ne fumez donc point, vous, Dr. Lambert ?

- Que nenni M. Sterling. Je prise ! Ce qui offre l’avantage qu’on peut le faire partout à bord sauf sur le pont supérieur quand le vent est par trop impétueux.

- Vous pourriez chiquer comme la plupart des hommes.  

- Et cracher ma chique où son jus partout ? Regardez autour de vous ! Les ponts en sont couverts, c’est infect !

- Et vous en avez raison ! Intervint Bertrick. Trouvez-nous un argument de médecine qui vaille pour l’équipage et nous mettrons des bailles à mèche vide ça et là  pour que les hommes y crachent leur chique.

- Et une amende pour ceux qui ne les utiliseraient point. Cela paierait le coffre de médecine.

- Dans ce cas, vous perdriez la demi d’une part de prise que vous percevez justement à cet effet.

- Bon … ne parlons plus de cette amende.

- Est-ce à dire que cette demi-part tombe tout où partie dans votre escarcelle au lieu que de servir à l’achat de médecines ?

- Euh … Non bien sûr ! Je suis soucieux de la santé des Lively’s et n’achète que la meilleure qualité qui se puisse trouver.

- J’en suis témoin capitaine ! Notre chirurgien serre dans son infirmerie un Brandy digne d’un roi.

- Ha oui ? Je souffre mille maux et vais devoir vous consulter sur l’heure pour ma toux.

- Qu’ouie-je ? Prêt à tricher aux dés pour s’accaparer ma réserve de tabac et à se prétendre dans les affres de la mort pour boire mon armagnac … heu, mon philtre médicinal veux-je dire ! Quoique, a y bien penser c’est là il est vrai, Panacée universelle. Je vous prie donc de me suivre pour prendre remède. J’en ai d’ailleurs bien besoin aussi ayant échappé de peu au supplice pour crime de lèse-capitaine !
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MessageSujet: Re: Pâques 1716 où la « Résurrection » … du capitaine Bertrick !    Mar 5 Avr 2016 - 15:28

Très légère brise de sud-est. Lively avec une bande de près de quinze degrés sur tribord, "grand largue" bâbord amures sous perroquets. Ses bonnettes au vent, hautes et basses établies.  

L’œil vissé à l’embout de sa longue vue, Bertrick referme un peu la lunette pour faire la mise au point sur le deux mâts, à trois lieues sur tribord.
Un brigantin. Son pavillon est masqué par ses huniers mais il doit être aux anglois à en juger d’après la coupe de ces mêmes voiles. Il fait du sud.

- M. Weatherby ! Quinze hommes du quart sur le gaillard d’avant pas d’avantage. Que les autres se cachent dans l’entrepont. Ayons l’air d’un paisible marchand.

- M. Purdey ! Que les servants restent accroupis derrière les pièces.

- M. Sterling ! Dans le coffre à pavillon vous en trouverez un ... suédois.


La distance réduisit lentement, le brigantin, "au près bon plein" sous voiles d’étais, focs et ses huniers brassés en pointe, marche à trois nœuds à peine.

Le pavillon que nous arborons doit intriguer l’anglois, peu au fait sans aucun doute, des alliances de l’autre côté de la mer océane.
Bertrick imagine les pensées qui se bousculent dans la tête du capitaine. Que fait donc un suédois dans ces eaux ? Est-ce un ami, un ennemi où un neutre ? Celui-là ne fait montre d’aucune intention belliqueuse.

A un quart de mille, Lively rentre ses bonnettes et contre-brasse son grand hunier pour empanner, comme à vouloir échanger des nouvelles. Le brigantin ne varie en rien, son cap où sa marche, rassuré semble t-il.

A moins d’une encablure, les équipage échangent des signes aimables. Les capitaines saisissent leur porte-voix.
Soixante yards.

- Comprenez-vous l’anglais ?

- Un peu !
répond Bertrick donnant à sa voix  un accent  qui se voulait guttural.

Quarante yards
Sur le brigantin, on choque les écoutes pour perdre de la vitesse.
Trente yards.

- Feu !

L’une après l’autre, de l’avant à l’arrière, nos huit pièces tribord crachent leurs essaims de mitraille.

- Faîtes servir ! Tribord la barre !

On borde la bouline, on brasse la vergue. Le grand hunier se gonfle dans un claquement. Lively prend de l’erre, vire dans la fumée et vient lentement se placer par le travers avant du brigantin. Moins de dix yards.
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MessageSujet: Re: Pâques 1716 où la « Résurrection » … du capitaine Bertrick !    Mer 6 Avr 2016 - 13:06

- Feu à volonté !

- M. Sterling amenez nous sur lui.


Deux bordées, la seconde presque à bouts touchants. Un choc, gémissement du bois sous la contrainte, craquements sinistres. Le bossoir tribord de Lively vient de défoncer les bouteilles du brigantin.

- A l’abordage !

Quelques grappins volent et quarante hommes hurlants se précipitent à bord de Roebuck.

- Pas de quartier ! Tue ! Tue !

Peu de résistance. Autour de leur capitaine, les défenseurs encore valides se comptent sur les doigts.

- On ne pille pas la cargaison. Incendiez moi ce navire

- M. Weatherby allez fouiller la cabine du capitaine.


Le maître en sort peu après.

- D’après son manifeste, il y a un lot d’ivoire dans la cale.

- Lequel doit-être caché derrière le reste de la cargaison. Pas de temps à perdre pour si peu.


Des volutes tourbillonnants de fumée s’échappent déjà des écoutilles . Le brasier, allumé dans l’entrepont par Purdey, commence à dévorer les entrailles du navire.

- On rembarque ! … A couper les grappins ! … Pare à déborder !

- Ah, M. Lambert … Alors ?

- Deux blessés, sans gravité capitaine.

- Au fait, comment va M. Crabbs notre charpentier ?

- Il se dit en forme et a repris son poste. Il a encore une démarche hésitante mais voyez le, il est sur le bossoir pour constater si il y a eu des dégâts.

- Et concernant ses … ? Enfin vous voyez ce que je veux dire.

- Quand à ça capitaine je me dois à la discrétion.

- Pourtant, je dois savoir. Toute blessure mérite une prime défalquée du butin avant partage.

- Et bien, à ce propos, M. Crabbs m’a fait part qu’il ne désire pas qu’on fasse état de cette blessure devant tout l’équipage. Il m’a demandé de vous transmettre son souhait de renoncement à cette prime.

- Fort bien. Donc pour tous, ce coup d’esponton n’aura eu aucune conséquence fâcheuse pour notre maître charpentier. Vous passerez en outre pour  un chirurgien capable de recoudre les plus abominables blessures et j’aime que les hommes en soient convaincu. C’est vital pour leur moral.
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MessageSujet: Re: Pâques 1716 où la « Résurrection » … du capitaine Bertrick !    Sam 9 Avr 2016 - 17:23

Nous ne laissons pourtant aucun survivant qui puisse témoigner de notre présence. On pourrait cependant en douter à voir cette route maritime désertée. Depuis trois jours, une seule voile en vue mais loin à l’horizon au vent.

Le ciel s’éclaircit aussi vite qu’il s’était bouché à l’arrivée du coup de chien. Notre vigie de misaine découvre alors une voile le long de la côte.

C’est un petit trois mâts.
Mâts à pible, voiles au tiers, un lougre. Aux peintures de sa coque, je le reconnais ; Ombra Della Morte, le corsaire espagnol que nous avons durement malmené il y a un mois mais qui nous a échappé.

- M. Sterling, la barre droit dessus.

Le lougre gouverne pour tenter de s’immiscer entre nous et la côte, sans doute dans l’espoir de trouver refuge dans le port espagnol non loin dans le nord-ouest. Il n’y parviendra pas, nous lui couperons la route avant et son capitaine en est conscient.

Ce lougre est lent. Non point que ce type de navire le soit – j’en ai commandé un assez longtemps pour connaître toutes les capacités d’un tel navire – mais l’équipage met un temps considérable à établir une voile où à brasser une vergue.  

Parvenu à une couple d’encablures, J’en comprend la raison.
Il n’y a que peu d'hommes à bord, moins du tiers de ce qui pourrait être. La tempête ne peut justifier qu’ils soient si peu nombreux. Alors, maladie ? Équipe de prise ? Une attaque à laquelle il aurait échappé ?
Dans ce dernier cas, il y aurait donc un corsaire anglais où batave dans ces eaux. Voire même, un confrère peu probable. Nous devrons à l’avenir faire montre de prudence.

Par deux fois, nous manquons notre approche pour nous agripper. Une saute de vent - nous sommes très proche de la côte - puis il parvient à éviter adroitement notre seconde tentative par une manœuvre osée au risque de s’échouer à la côte.

Nous le prenons finalement mais le bougre se défend avec l’énergie du désespoir. Le capitaine et une poignée d’hommes préfèrent abandonner le navire et gagner la côte avec un canot.

Ils étaient moins de vingt cinq bord. Nous avons perdu quatre des nôtres pour nous en rendre maître.
J’aurai aimé savoir pourquoi il étaient si peu nombreux.

Ses cales sont vides mais un butin en pièces d’or et d’argent plus qu’honorable est découvert dans la chambre arrière. J’y trouve aussi quelques documents au nom du capitaine Dumont.
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MessageSujet: Re: Pâques 1716 où la « Résurrection » … du capitaine Bertrick !    Mar 12 Avr 2016 - 12:52

Le lougre Ombra Della Morte, avec une poignée de Lively’s sous commandement de M. Weatherby, est en remorque.

Nos deux vaisseaux prennent mouillage dans une crique qui est l’embouchure du Cano Araguao l’un des nombreux bras du delta de la Rivière Orinoque qui est au sud de la colonie de San Tomas.

Nous y avons débarqué et fêté notre victoire avec force tonnelets de rhum et grand carnage de viandes rôties.

Après deux jours d’agapes, le lougre remonte ses câbles avec un équipage de prise de vingt hommes sous les ordres de M. Weatherby. Il établit ses voiles sous les hourras du reste de la compagnie.
A bord de Lively, tous espèrent qu’ils parviendront sans mauvaise fortune de mer à terrir la prise pour la vendre. Les parts de butin de chacun n’en seront que plus conséquentes. Beaucoup des cinquante hommes encore présent à bord du senau souhaitent aussi retrouver au plus tôt un où plusieurs compagnons embarqués sur la prise.

Le lougre est encore en vue quand . Sterling notre quartier maître, qui à ce titre représente l’équipage, prend le capitaine Bertrick en aparté.

- L’équipage est inquiet.

- Quel en est le sujet ?

- Ils pensent que ce capitaine Dumont n’aura pas manqué de prévenir les autorité de notre présence et que nous devrions quitter ces parages. Ils disent aussi qu’on est bien trop loin d’un quelconque établissement à nous.

- Par le Diable, ils n’ont pas tort ! D’autant que l’absence de marchands anglais où bataves dans ces eaux laisse accroire que l’alarme a aussi été donnée, tant à Georgetown qu’à Paramaribo. Il est probable, s’ils s’y trouvent quelques corsaires, que les gouverneurs les ont lancé à nos trousses.
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MessageSujet: Re: Pâques 1716 où la « Résurrection » … du capitaine Bertrick !    Mer 13 Avr 2016 - 9:16

- Alors capitaine, Où va t-on ? Cap plein nord ?

- C’est justement ce qu’ils vont penser que nous ferons. Non !
Nous allons doubler l’Isle de la Trinité par l’ouest.

- Passer par la Gueule du Dragon ?
Mais le Golfe de Paria est le pré-carré des Dons !

- Justement ! Ils s’y sentent comme chez eux. Qui d’eux croira qu’un pirate ose s’engager dans cette nasse ? Nul ne viendra nous chercher par là !
Seul une rencontre fortuite est à craindre. Quand aux anglais et aux bataves, eux nous chercherons plus au nord vers La Barbade.


Lively appareille. On aperçoit, à deux lieues nord de San Tomas et juste avant de virer cap à l’ouest, une chaloupe canonnière anglaise qui tente d’assujettir une gabare d’Espagne. La canonnade est fournie et il semble que ce soit les espagnols qui assaisonnent l’anglois.

On embouque le Chenal de Colomb au sud de La Trinité. Tout les hommes sur le pont et la fumée bleutée des bailles à mèche qui s’élève près de chaque canon.
A la pomme du mât de misaine et sur notre mât de pavillon flottent les couleurs du Rey et au grand mât, la flamme de guerre de la Hermandad de Conquistador.
Ce, pour leurrer les habitants de l’île et de la Nouvelle Grenade qui pourraient nous voir remonter le chenal et alerter les autorités à Port d ‘Espagne.

La brise adonne dans le chenal. On double le Cap Icacos. Au delà s’ouvre le Golfe.

Golfe de Paria.
On y croise plusieurs navires marchands à qui nous faisons force démonstrations d’amabilité dans la crainte qu’ils nous approchent de trop et nous devinent.

Bocca Del Dragon.
On y essuie un coup de chien qui nous oblige à mouiller sur ancre de détroit. Situation inconfortable où nous risquons à chaque instant d’être surpris par un fort vaisseau que le mauvais temps incommode moins.

Quelques heures avant l’aube, nous eûmes l’heur que la mer et le vent s’apaisent. Nous relevons notre ancre et mettons sous voiles. Nous voilà dans les eaux libres !
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MessageSujet: Re: Pâques 1716 où la « Résurrection » … du capitaine Bertrick !    Jeu 21 Avr 2016 - 13:52

Isles des Vierges.
Devil’s Bay la bien nommée !

Un coup de mousquet tiré depuis le belvédère attire l’attention des hommes au bivouac sur la plage.
Alcide vient prévenir Bertrick … qui ronfle dans un branle à l’ombre de chêne-verts.

- Capitaine ! On vient d’envoyer un signal depuis le belvédère. J’ai apporté votre longue-vue.

Notre belvédère est installé sur un morne en retrait de la plage et surplombant de deux cents pieds le campement. Vingt minutes de marche, un peu plus de la moitié en courant.
Crabbs le charpentier y a érigé un espar pour servir de mât de pavillon.

Bertrick braque sa lunette. Là-haut, un petit pavillon orange flotte, surmonté d’un guidon bleu. Un navire batave … marchand donc. Le code est simple, le guidon eut été rouge pour un navire de combat.

Trilles des sifflets, on démonte hâtivement le tau tendu entre les arbres, on étouffe le feu avec quelques pelletées de sable … et on embarque en hâte dans la chaloupe.

Sterling et les deux hommes qui occupaient avec lui le belvédère rejoindront avec le canot en faisant « force de rames ».

A bord du senau, Purdey a compris. Pendant que sur la plage on poussait la chaloupe à l’eau, les hommes restés à bord déferlent les huniers et virent au cabestan.
Lively est « à pic » sur son ancre, ses huniers bordés, quand le canot de Sterling croche dans les porte-haubans.
La chaloupe est hissée et à peine repose t-elle sur son chantier ;

- A brasser les huniers !

La brise emplit les voiles, Lively arrache son ancre des fonds avec son canot en remorque sur une touline.

- A déferler la misaine et l’ourse !

Sur la dunette, Bertrick observe le marchand. C’est un trois mâts d’un peu plus de cents tonneaux et percée pour dix canons, une corvette, sur un cap ouest.
Mentalement, Bertrick évalue la force et la direction de la brise, le cap de rencontre, le point d’interception.
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MessageSujet: Re: Pâques 1716 où la « Résurrection » … du capitaine Bertrick !    Sam 23 Avr 2016 - 9:00

- M. Sterling cap plein nord.

- M. Weatherby ! Les perroquets et les bonnettes hautes et basses au vent !

La corvette, grand largue, marche mieux que prévu. Le point de rencontre est faussé, Lively doit virer nord-ouest. Le vent adonne, on est maintenant vent arrière. On envoie les bonnettes tribord, on rentre l’ourse et on établit la fortune carrée. A présent, Lively gagne sur la corvette.
Bertrick parvient à lire le tableau de poupe. Goede Fortuin. Il ne parle pas cette langue mais ça doit signifier Grande Fortune ! Où quelque chose d’approchant.

- Ces bataves sont aussi menteurs que des arracheurs de dents !

Le Joli Rouge monte à la drisse de pavillon. A trente yards, Lively abat sur tribord.
Les pièces bâbord font feu de l’avant à l’arrière.
Plein fouet !

Sur Goede Fortuin, tableau et fenêtres de poupe volent en éclats, le mât de hune d’artimon vacille et s’abat par dessus bord mais reste accroché par l’entrelacs des drisses et des haubans. La corvette embarde, vire sur bâbord, freinée par l’espar qu’elle traîne.
Les deux navires sont à contre bord à moins de vingt cinq yards.

- Feu !

- M. Sterling bâbord la barre.

- M. Weatherby ! A lofer en grand sur bâbord.


Lively vire presque sur sa longueur, coupe le sillage de Goede Fortuin et revient la ranger « à l’honneur » à dix yards sur son flanc tribord.

- Feu !

Un tir parfait.

- M. Sterling, amenez nous sur son gaillard d’avant. N’allons pas crever Lively contre son mât d’artimon.

Les grappins volent et crochent. Quelques boites à feux qu’on lance depuis la hune de misaine, Quarante hommes, Bertrick en tête, se projettent en hurlant sur le pont du batave.

A genoux derrière la rambarde de dunette de Goede Fortuin trois Frisons font feu avec des mousquets. Bertrick ressent un violent choc à la poitrine et tombe à la renverse.

- Le capitaine est touché !!!
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MessageSujet: Re: Pâques 1716 où la « Résurrection » … du capitaine Bertrick !    Dim 24 Avr 2016 - 8:16

Alcide et Eusèbe se précipitent. Ils s’agenouillent près du capitaine juste comme celui-ci se redresse sur un coude l’autre main pressée contre la poitrine.

- Laissez moi voir capitaine !

Alcide écarte la main de Bertrick.
La balle a frappé le pistolet que le capitaine  porte accroché à son baudrier. La platine est déformée, le bassinet a éclaté, la crosse est fendue.

M. Lambert le chirurgien arrive en courant. Il arrache la chemise, examine rapidement le blessé. Il constate un énorme hématome et quelques coupures superficielles dues aux éclats du mécanisme de l’arme.

- Vous avez sans doute une côte fêlée mais c’est moindre mal. Une côte fracturée pourrait percer le poumon et ce serait la mort assurée. Vous avez une chance insolente capitaine.

Trois hommes ont eu moins de chance, Un a reçu un coup de hache dans la gorge, un autre à été transpercé par une demi-pique. Le troisième qui dévalait l’échelle d’écoutille pour aller piller la cabine du capitaine a reçu une décharge d’escopette dans le bas ventre.

Purdey approche l’attroupement qui se forme autour du capitaine. Il joue des coudes pour approcher, s’agenouille aussi et interroge du regard le chirurgien.

- Le capitaine n’a rien M. Purdey.

- Pfff ! Merci M. Lambert. J’ai crains le pire en le voyant s’écrouler.

- La corvette est à nous capitaine. 6500 piastres. De la mélasse, de la verroterie et un lot de trésors indigènes.

- Merci M. Purdey. Faîtes transborder le tout et coulez ce navire à fond. Ont-ils des survivants ?

- Non capitaine ! Quand les hommes vous ont vu choir ils sont devenus comme déments … Assez affreux à voir !
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MessageSujet: Re: Pâques 1716 où la « Résurrection » … du capitaine Bertrick !    Sam 30 Avr 2016 - 18:58

Lively croise depuis deux jours au nord de l'Isle Barboude.
Fort coup de vent d’est, sur une mer très forte. Au petit jour, la vigie découvre plusieurs voiles sur l’horizon par bâbord avant.

Trois marchands anglois naviguent en convoi, cap au sud. Une pinque, une grande gabare et, un peu en retrait, une frégate.

Je n’ignore pas que cette dernière est puissamment armée et qu’elle emporte un fort équipage.
La grande gabare et la pinque ont entre douze et quatorze pièces, d’un calibre plus fort que les nôtres et elles peuvent porter un équipage aussi nombreux que Lively. Ce sont de lourds navires de trois à quatre cents tonneaux. Des proies juteuses.

C’est donc l’une de ces deux dernières que nous décidons d’attaquer espérant qu’à la défaveur du gros temps le convoi se disloquera et ne pourra plus se soutenir mutuellement de ses feux.

On tente de leurrer les anglois en hissant l’Union Jack et la flamme de guerre de la Royal Navy. On pense y être parvenu car ils ne cherchent nullement à fuir. Au vrai, se soutenant l’un l’autre, ils sont assez puissant pour nous offenser gravement voire à nous couler à fond, qui que nous soyons.

Peu avant la méridienne, la pinque, vire S.O. et s’écarte quelque peu de ses conserves.
On coure à rencontrer, au près bon plein.

Moins de deux milles. Le vent refuse.
La  frégate qui est en arrière garde du convoi établit ses cacatois et fait force de voiles pour rallier la pinque, au risque de briser un espar.
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MessageSujet: Re: Pâques 1716 où la « Résurrection » … du capitaine Bertrick !    Dim 1 Mai 2016 - 9:32

Il semble que son capitaine ait des doutes quant à notre véritable nature.
La frégate passe devant la grande gabare qui, mauvaise marcheuse, ne peut la suivre.

A bord de la pinque, le capitaine n’a, quant à lui, point ces doutes. Sa lunette lui permet de distinguer le capitaine Bertrick, qui l’observe aussi  et qui a revêtu une tunique bleue à revers blancs d’officier de la Royal Navy. L’anglais lui fait un large salut du chapeau … auquel Bertrick répond à l’imitation.

- Notre pavillon et vos salamalecs le rassure assurément, capitaine. Après tout, Barboude est en vue et nous pourrions avoir été dépêché à la rencontre du convoi par le gouverneur ». Fait remarquer Crabbs le charpentier.

- Pour nous en revanche, être en vue de cette colonie c’est risquer d’être pris en chasse par un corsaire s’y trouvant » susurre Weatherby.

- Inch Allah comme disent les maures » rétorque Sterling.

- C’est à dire « A la Grâce de Dieu » ? Alors j’y préfère plutôt « Que le Diable protège les siens ». Ne suis-je d’ailleurs point … le Diable Rouge !

Les pièces sont en batterie, les canonniers agenouillés derrière les pièces. L’odeur de cordite de la fumée bleutée s’élevant des bailles à mèche chatouille le nez et émoustille la compagnie.
A portée de canons. La pinque approche toujours.

- Holà du senau ! Contant de vous avoir à nos côtés ! L’approche  des îles est toujours inquiétante avec la proximité des mangeurs de grenouilles.

- Hissez nos couleurs M. Sterling.
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MessageSujet: Re: Pâques 1716 où la « Résurrection » … du capitaine Bertrick !    Lun 2 Mai 2016 - 12:12

L’Union Jack amené, un autre pavillon monte à la drisse. le Joli Rouge se déploie, claquant au vent …

- Feu !

A moins de vingt yards la volée de mitraille creuse de sanglants sillons dans l’équipage de la pinque agglutiné le long de la lisse.
Les huit pièces tribord crachent tour à tour dès qu’elles sont rechargées. Feu roulant, à bout portant.
Les coques s’entrechoquent violemment dans l’âcre fumée.

- A l’abordage !

A notre confusion, les Godons - ils sont encore en nombre malgré nos quatre bordées - se battent bravement et nous interdisent leur gaillard d’arrière. Nous refluons devant une défense pugnace.

- Hardi compagnons ! Pas de quartier !

Second assaut, plus violent. Crabbs notre charpentier défonce à la hache le panneau d’écoutille arrière. Nous dévalons l’échelle …
et butons sur le retranchement qu’ils ont aménagé. Grenades, pots à fumée, mousquetade. Les haches à nouveau pour dégager la coursive.
Crabbs s’écroule, touché par une décharge d’espingole.
Ruée jusqu’à la grande cabine. Le capitaine anglois, acculé contre la fenêtre de poupe est percé d’une dizaine de coups. L’un des aides charpentier lui fend le crâne d’un formidable coup de hache.

- Pour Crabbs » hurle t-il tout bavant de fureur et de haine.
Nutwell est nôtre.

La frégate largue en grand ses écoutes en voyant le pavillon anglois, drisse coupée, tomber à la mer.
Son capitaine doit craindre qu’on retourne les canons de Nutwell contre lui. Ce sont quatorze bouches à feux qui le menacent à présent.
Il ignore nos pertes, nous serions bien en peine de servir les batteries et assurer la manœuvre des deux navires.

La grande gabare a rejoint la frégate et empanne à ses côtés.
Les deux marchands restent là, à moins d’un quart de mille du carnage, témoins apeurés du pillage de leur confrère.
On transborde une partie de la cargaison, quelques lourdes balles d’écorce de quinquina et trois coffrets de pierres précieuses. Les Lively’s rembarquent, la pinque est livrée aux flammes.
Dix huit des nôtres, en sus de Crabbs, ont payés de leur vie cette entreprise.
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MessageSujet: Re: Pâques 1716 où la « Résurrection » … du capitaine Bertrick !    Mar 24 Mai 2016 - 12:32

La gaffe crocha dans le porte-haubans de misaine. Le canot cogne violemment contre la muraille du senault.
Coups de gueule du maître d’équipage, grincements de poulies, bruits sourds de chutes, jurons étouffés, éclats de rires avinés.
Les derniers, qu’ils avaient fallu débusquer dans les bas-fonds, sont embarqués sans ménagement.


Weatherby entre peu après dans la cabine.

- Équipage au complet. Il a fallu louer une charrette à bras pour en charger quelques uns … et frapper une chaise de gabier à la fusée de vergue pour les embarquer … mais une bonne partie des hommes sont encore capables de manœuvrer.

- Merci M. Weatherby. Nous appareillerons dans deux heures. Qu’on arme la pompe à incendie du gaillard d’avant pour dessaouler ceux qui ont eu besoin du cartahu.  


Lively est en maraude, méconnaissable.
Ses murailles maculées de graisse des fourneaux de la cambuse ... et de bien d’autres choses innommables, ses voiles rapiécées, ses vergues inclinées de guingois sur un bord où l’autre, d’innombrables queues de vaches dans les drisses à croire que nul à bord n’est capable de faire une épissure.  
En outre, les mâts de perroquets ont été dépassés et calés et une dizaine de sabords sont masqués par des prélarts.
Enfin, Lively traîne dans son sillage de vieux cordages enroulés dans de la toile à voile.
C’est à présent un navire au commerce interlope, mal tenu et mauvais marcheur.


Subterfuge inutile plusieurs jours durant, Lively étant loin « sous le vent » des quelques voiles aperçues.

Au matin du troisième jours de chasse, une barque longue aux anglois de 40 tonneaux approche sans méfiance. Elle est abordée, pillée et incendiée. On déplore trois tués.

Le surlendemain à la méridienne, c’est un petit senault batave de 80 tonneaux qui subit le même sort. Les frisons ne s’en sont pas laissés compter, ils ont riposté à notre canonnade. Neuf des nôtres l’ont payé de leur vie.

Il nous faut mettre prématurément terme à notre croisière avec un piètre butin et rejoindre un port pour avitailler et compléter la compagnie.
Qu’importe, l’équipage est à présent expérimenté et leur moral élevé après le partage du butin sur la tête du cabestan.
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MessageSujet: Re: Pâques 1716 où la « Résurrection » … du capitaine Bertrick !    Lun 30 Mai 2016 - 12:30

Lively hissa une drissée de signaux de reconnaissance à l’attention des guetteurs côtiers.  L’aperçu monta au mât de pavillon du fortin, on vira pour embouquer le Canal du Sud.

- A carguer la misaine !

La Baie des Cayes s’ouvre devant nous.

- Pare à virer sur tribord !

On embouque le Canal de l’est. La rade se dévoile par tribord avant.

- A carguer les huniers !

Devant l’établissement, un brick et une frégate sont à l’ancre.

La frégate arbore un pavillon rouge. C’est un des nôtres, le capitaine Luis Espatula. Nous admirons cette belle prise de trois cents tonneaux.
Las, Luis Espatula est introuvable. Encore un qui trouve que notre corporation se meurt. En ce seul mois de Mai, neuf capitaines ont été abordés ! Sans compter une poignée qui ont préféré faire allégeance à l’un où l’autre des monarques de l’ancien monde.  

Ciel d’azur sur une mer uniment bleue avec un soleil qui fait fondre le brai et ressortir l’étoupe des jointures du pont au gré du roulis où du tangage.
L’entrepont est une fournaise. Lively est à batterie barbette et n’a donc aucun sabord sous le pont principal. La ventilation ne se peut que par la grande écoutille.

Le vent d’est forcit. Au près serré, Lively tangue follement. Le beaupré pointe vers le ciel sombre tel un cheval cabré puis plonge dans la creux des vagues au point d’y être submergé.
Dans l’entrepont, on s’en remet à Belzébuth pour que la liure de beaupré tienne !
Les embruns chargés d’écume balaient le pont jusqu’au couronnement arrière.
Voile de senau au bas ris et tourmentin, juste de quoi tenir bout au vent pour que le senau ne se mette pas travers à la lame.

La tempête se déchaîne pendant la nuit et l’on prend la cape.
Au matin, elle s’essouffle.
Assez peu de dégâts mais deux hommes sont passés par dessus bord pendant la nuit sans qu’on sache vraiment quand.
On décide d’une nouvelle escale car juste avant le "coup de chien" on a arraisonné un petit senau anglois et nous avons quelque butin à décharger outre qu’il manquent plusieurs hommes à bord.

C’est un fort établissement mais ne s’y trouve qu’une petite corvette, ses mâts dévergués et son équipage disséminé.
Aelig Legoff son capitaine qui est un ancien Jolly Roger, n’est plus sur l’île. On dit sur le port qu’il aurait pris passage à bord d’un navire en partance pour l’Europe. Encore un qui a jugé que la condition de pirate est devenue intenable.
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MessageSujet: Re: Pâques 1716 où la « Résurrection » … du capitaine Bertrick !    Ven 3 Juin 2016 - 12:26

Lively au mouillage pour la nuit à un quart de mille de la côte nord de l’Isle au Chapeau.
Les premières lueurs de l’aube pointaient à l’horizon oriental nimbant le ciel de mauve rosissant.

Les hommes commençaient à s’ébrouer et à gagner leur poste sans empressement. Ils venaient de voir Eusèbe sortir de la cambuse avec le pot à café fumant et le plateau de rognons de bœuf et les oignons frits pour le capitaine.

"On a bien une bonne heure avant l'appareillage" se dirent-ils. "Bien assez en tout cas pour ingurgiter le bœuf bouilli et la semoule de blé d’Inde du déjeuner".

La corvette surgit de derrière la pointe Est de l’île à moins d’un demi mille.

- Alerte ! Navire sur nous par bâbord arrière !

Lively était à son vent. La corvette laissa porter.
Sans doute avait-elle mouillé de l'autre côté de l'île et son capitaine avait placé un guet sur l’île car elle était prête au combat, mantelets des sabords relevés et canons en batterie.

Les Lively’s coururent à leur poste, la plupart à demi nus. On fila le câble d'ancre par le bout, juste le temps d’y frapper une bouée pour la récupérer plus tard.
On commençait juste à dérabanter en hâte les huniers que les français étaient déjà sur nous.
La corvette vira, présentant sa batterie bâbord.

Les froggies firent montre de peu d’efficacité ; le demi jour peut-être … et sans doute la précipitation.
Ils ont viré trop tôt et avant d’être à portée, les boulets enchaînés soulevèrent des gerbes d’eau à vingt yards de Lively.

Ils rechargèrent leurs pièces avec une célérité digne d’éloge.
Notre proue était à présent par le travers de la corvette, Lively n’offrait qu’une cible réduite. Deux boulets à chaîne sur les dix de sa volée sectionnèrent quelques drisses et galhaubans, sans grands dommages pour le gréement, nos voiles étant encore ferlées.

A bord de Lively, on déferlait les huniers et les focs.
La corvette lofa en grand et revint sur nous.
On avait enfin assez d’aire pour gouverner. On commençait à virer quand la troisième bordée du français siffla dans la mâture.

Cette fois, la volée fut reçue par l’avant du travers tribord. Notre hunier de misaine fut crevé en maint endroits, son écoute et sa balancine proprement sectionnées. La vergue s’inclina sur bâbord et la voile battit en claquant, inutile.
Un corps, du moins la moitié inférieure, s’écrasa sur le gaillard d’avant. Le tronc était toujours accroché par les mains crispées aux enfléchures de misaine. Les entrailles pendaient.  

Le capitaine françois pensa – il avait deux à trois fois plus d’hommes à son bord – qu’il pouvait se rendre maître de Lively, il aborda, son beaupré dans nos haubans de misaine.

Nous repoussâmes vigoureusement l’assaut … Mais une vingtaine des nôtres restèrent étendus roide mort.
A bord de Orcinus, on en eut sans doute tout autant.

Nous étions trop peu – un contre deux dans le meilleur des cas – pour tenter de passer à son bord à notre tour. D’autant qu’on savait la présence proche, depuis l’avant-veille par un pêcheur,  d’au moins cinq autres vaisseaux dans le sud.

Nous dégageâmes Lively à grands coups de haches dans l’entrelacs des cordages – offensant fortement le gréement du beaupré de Orcinus - et repoussâmes celle-ci avec des espars malgré la mousqueterie, peu fournie du reste, les françois encore dans la déconvenue de notre résistance.

Lively enfin libéré fit voile. Les françois devaient réparer leur beaupré sans lequel ils ne pouvaient manœuvrer pour revenir sur nous et nous prendre en chasse.
Lively doublant la pointe Est de l’île, disparut à leur vue.

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MessageSujet: Re: Pâques 1716 où la « Résurrection » … du capitaine Bertrick !    Jeu 9 Juin 2016 - 18:53

Extrait d’une lettre à un ami et confrère rédigée par le Sieur Lambert, chirurgien naval à bord du navire pyrate Lively.


La prise d’un senau aux anglois de 150 tonneaux, nous causa grands dommages. Nous y perdîmes dix neuf hommes en sus du maître et du canonnier.

La bonace nous avoit laissé encalminé à moins d’une lieue l’un l’autre pendant deux quarts pleins. Le capitaine anglois eut tout loisir de déceler notre vrai nature.

Lorsqu’une légère brise d’Est s’estoit enfin levée & que nous laissâmes porter sur lui pour le prendre, il avoit disposé son navire en bonne défense.

Il avoit quatre pièces de canons de 4 livres de charge sur chaque bord. Sa bordée fit écho à la notre. Nous fîmes feu à boulets ramés pour offenser son gréement & le gêner dans sa manœuvre, quand lui nous expédia de la mitraille qui faucha notre gaillard d’arrière. M.Weatherby s’écroula, la poitrine criblée de grenaille. C’est hasard si le quartier maître et le capitaine n’y subirent aucune blessure.

L’anglois répondit bordée pour bordée, tuant où blessant mortellement dix sept des nôtres. Mes connaissances dans l’art d’Esculape n’y suffirent point, je n’en sauvois aucun.

Après trois bordées, nous l’assujettîmes avec grappins & corbeaux & nous investîmes son pont. C’est en franchissant d’un bond les lisses des deux navires à couple que M. Purdey s’estoit lui-même embroché sur l’esponton qu’a levé en défense un anglois.

Weatherby et Purdey occupaient des fonctions d’importance & tout deux estoyent depuis fort longtemps de la compagnie.

M. Weatherby avait la charge de la bonne marche du navire. Aucun à bord, hormis le capitaine, ne maîtrisoit aussi bien la science de la navigation.

Quand M. Purdey, il  possédoit à un assez haut degré l’art empirique du pointage des pièces de canon. En mer, il en va tout autrement que sur la terre ferme. Le navire se déplace, évolue, tangue, roule & monte où descend au gré de la houle. Le vaisseau ennemi pareillement. Là encore, seul le capitaine avoit l’œil aussi sûr.

Des pertes assez considérables donc, pourtant le capitaine n’en pipa mot.


Nous estoyons à moins de dix lieues d’une île où le Royaume de France y avoient un fort établissement.  Ayant bonne connaissance de l’île, j’en fis un croquis précis des lieux avec les distances et même des indications du relief.
Nous décidâmes en conseil de mouiller dans une anse proche de Sainte Marie & d’y mener une expédition pour compléter la compagnie à gré où à force.

J’indiquai une plantation connue de moi pour y avoir soigné des patients laquelle estoit tenue par des moines franciscains où, en lieu & place d’esclaves estoit employé des prisonniers tirés des geôles du prévôt à des fins de « Rédemption ».
Ils purgeaient là de longues peines pour des larcins où des dettes.
Pour nous, des recrues de choix !

L’expédition s’y fit sous le commandement du quartier maître Sterling et fut couronnée d’un franc succès. Point ne fut besoin d’user de contrainte, sauf bien sûr, envers les franciscains.

Le capitaine quand à lui se rendit jusqu’au port pour tenter d’y dévoyer un canonnier d’expérience. Il échoua dans son entreprise. Celui qu’il avait pressenti refusa tout net de se joindre à lui malgré une bourse bien remplie qu’il lui proposa.
(*)


(*) J’ignorai jusqu’à ce jour que les officiers, dans les ports où l’on s’était faufilé, pouvaient refuser l’offre !
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MessageSujet: Re: Pâques 1716 où la « Résurrection » … du capitaine Bertrick !    Lun 13 Juin 2016 - 13:46

Peu avant le crépuscule, par bonne brise de nordet & une mer agitée, la vigie  découvre une voile dans l’Est.
Nous lui courons sus "au près bon plein".

C’est une grosse chaloupe pontée de près de cent tonneaux. L’Union Jack flotte à la pomme de son grand mât.
Elle ne tente rien pour fuir. Elle dérive, ses voiles battantes, écoutes & bras de vergues choquées.

Une demie encablure.
La lunette me révèle quelques hommes qui titubent, plusieurs corps inertes jonchent le pont.

- Seraient-ils tous ivres morts ? … Docteur ! Prenez la lunette … Qu’en pensez-vous ?

- Ces malheureux semblent bien mal en point … Pouvons-nous venir plus près ? Il me vient un doute terrible …


Nous approchons toujours, aucune réaction à bord de l’anglois.
Vingt yards.

- N’approchons pas d’avantage capitaine ! Ces hommes souffrent tous de cachexie … Les fièvres ! Écartons nous ! Le vomito négro, le typhus, la variole ! Que sais-je ?

- Par Belzébuth ! Sterling cap au large !!!


A bord de la chaloupe, quelques moribonds nous adressent des signes désespérés pour qu’on leur vienne en aide.

- Abrégeons les souffrances de ces malheureux. Holà vous autres ! Les canons en batterie !

On fit feu. Quatre bordées ! Deux de chaque bord … pour entraîner les servants des pièces !
Plus aucun signe de vie sur l’anglois.

- Nous devrions aller y mettre le feu.

- Et prendre le risque d’apporter la malemort sur Lively  ?

- Alors, coulons la.

- Nous sommes très proche de l’île et voyez, la nuit tombe et le son portera très loin et pourrait alarmer. La tempête qui arrive dans l’Est s’en chargera tout aussi bien.

- La chaloupe pourrait être drossée à la côte et y porter l’épidémie.

- Puisse t-elle emporter aux enfers l’ambassadeur qui m’a vendu aux bataves !


On s’éloigna de cette chaloupe d’épouvante.

Il y eut bien, non point la fureur d’une tempête, mais un violent coup de chien.
Au lever du jour, le ciel et la mer s’étaient assagis et là-bas à quelques lieues sur notre hanche, l’épave de l’anglais, un mât brisé, flottait toujours.
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MessageSujet: Re: Pâques 1716 où la « Résurrection » … du capitaine Bertrick !    Mar 21 Juin 2016 - 16:42

Nous courons sus à un marchand françois. Nous en étions à moins d’une lieue quand la vigie de misaine crie.

- Navire en vue par tribord avant !

Juste sur l’horizon, un petit trois mâts grée carré … sous cacatois.
Un corsaire assurément !
Peu chaut aux marchands ces hautes voilures aux espars fragiles et coûteux qui de plus nécessitent un équipage nombreux.

Nous sommes sous son vent et son cap indique qu’il a laissé porter sur nous … où sur notre chasse ?

- Courre-t-il sus à la frégate marchande ? C’est pour lui une proie plus juteuse … s’il nous prend pour un senau marchand !

- Alors donnons nous l’apparence d’un marchand débonnaire.

Écoutes choquées et itagues des bras au vent embraqués au risque d’être coiffé, Lively perd plusieurs nœuds.

- Que ceux qui ne sont pas indispensable à la manœuvre restent à couvert.

- A choquer d’une demi brasse la balancine bâbord de misaine.

Longue attente.
J’ai tout loisir d’observer ce trois mâts avec attention.
C’est une corvette légère percée de douze sabord. Ces corsaires emportent près de cent hommes. C’est un vaisseau meilleur marcheur et plus manœuvrant que Lively. Il sera malaisé de parer son attaque si c’est nous qu’il chasse.

Surprise !!!
La corvette coupe notre route une lieue devant notre proue. Nous délaissant … de même que la frégate marchande.

Notre ruse à donné, il nous prend pour un marchand. Sinon, se serait-il risqué si près de nous. Nous avons à présent l’avantage du vent !
Lively se couvre de toile et laisse porter.

Quand l’anglois comprend sa bévue, il est trop tard. Nous sommes à moins d’une encablure. Par deux fois, il lofe pour éviter d’être sous notre feu. On voit ses servants se hâter de mettre les pièces en batterie.


Dernière édition par Bertrick le Jeu 23 Juin 2016 - 9:20, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Pâques 1716 où la « Résurrection » … du capitaine Bertrick !    Mer 22 Juin 2016 - 15:35

Une audacieuse et habile manœuvre de Sterling nous amène à moins de cinquante yards.

- Feu !

La volée de mitraille touche de plein fouet, fauchant les anglois qui s’activent comme des forcenés autour des pièces.
Pendant que tués et blessés sont remplacés, notre seconde bordée, tout aussi ajustée, jette désarroi & désordre parmi eux .

On brasse le grand hunier à contre, la corvette nous déborde. Je fais servir le hunier et l’on remonte White Rose sur son autre bord. Nos canonniers traversent le pont en courant pour servir les pièces bâbord. Dans leur précipitation, ils font feu avant qu’on soit au sommet de la houle. Les gerbes de mitraille passent bien au dessus du pont.
La volée suivante touche de plein fouet. Cette fois, ce sont les hommes aux manœuvres des voiles sur le gaillard d’avant qui sont fauchés. White Rose abat, empêchant ses pièces de faire feu.

- M. Sterling, amenez nous sur lui. Holà le monde ! Tenez vous prêt à l’agripper !

Le capitaine anglois et son quartier maître sont bon marins et White Rose plus maniable que Lively. Trois fois, ils parviennent à éviter l’accostage !
Enfin, Lively & White Rose s’entrechoquent, notre bossoir d’ancre tribord dans ses portes-haubans de misaine. Grappins et corbeaux crochent. Le groupe d’abordage se lance à l’assaut de son gaillard d’avant.

Les anglois sont encore en nombre et se sont ressaisis. Ils parviennent à nous contenir puis, pas à pas nous repoussent, non sans payer un lourd tribu à la Grande Faucheuse.
Je harangue les miens, renforce le nombre d’abordeurs. Nouvel assaut. Rien n’y fait, nous devons rembarquer sur Lively.
L’anglois est exsangue mais il réussit à couper les drisses des grappins.
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MessageSujet: Re: Pâques 1716 où la « Résurrection » … du capitaine Bertrick !    Jeu 23 Juin 2016 - 15:53

Les deux vaisseaux s’éloignent au gré de la houle. Le capitaine anglois sait qu’il ne peut résister à un nouvel abordage. Il fait établir un peu de toile par les survivants de son équipage et fait route vers la colonie angloise proche.

Quand à nous, nous avons perdu trente des nôtres, plus d’un tiers de la compagnie !
Nous léchons nos plaies et nous réorganisons pour l’hallali. Il est hors de question d’abandonner cette proie.

- Holà en bas ! Chebec en vue droit devant ! Il est sur nous !!!

Instant d’effroi !
Pff ! C’est l’un des nôtres ! Il arbore le Jolly Roger ! C’est le capitaine Breeg. Il empanne à distance de porte-voix.

- Holà Diable Rouge ! Quelle bonne surprise !

- Contant que tu sois dans ces eaux et justement par là Jeremiah ! Cet anglois a repoussé deux abordages et je suis bien à la peine. Son équipage est très faible. Il est à toi !


On assiste en spectateur à la prise de White Rose … avec le regret de ne point avoir les meilleurs morceaux du festin.  

Le capitaine Breeg laisse un canot aux survivants parmi lesquels le capitaine John Thorn qui ne cesse de tempêter contre l’engeance pirate et le capitaine Bertrick. Son vainqueur fait incendier la corvette après le pillage.


Apostat de Saint-Pierre-des Pendus - Etrange nom pour un vaisseau forban ! A croire que Jeremiah fut un temps ecclésiastique – pourtant, on y fête la déconfiture de l’anglois, avec quelques tonnelets de tafia … et on y chante bien autre chose que des cantiques !
A bord de Lively, on y boit tout autant mais on y chante avec moins d’allégresse.
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MessageSujet: Re: Pâques 1716 où la « Résurrection » … du capitaine Bertrick !    Lun 27 Juin 2016 - 14:33

Lively à l’ancre sur le Rio Orinoco. Il règne une chaleur humide que l’absence de vent rend intolérable. Un taud est guindé au dessus du gaillard d’arrière pour atténuer les ardeurs du soleil. La plupart des hommes ont préféré se rendre à terre pour rechercher quelque fraîcheur sous les frondaisons. C’est sans compter les moustiques et toute la faune venimeuse.

Jaume, récemment élu quartier-maître par le conseil, vient sous le taud près de Bertrick.

- Les anciens commencent à regimber Capitaine. En moins de deux semaines, une corvette angloise a été prise … mais par le capitaine Breeg ! Dans cette affaire, avec deux abordages sans succès pour la prendre, nous avons perdu trente cinq des nôtres. Ensuite, cette frégate françoise qui repousse nos deux abordages … et parvient à s’enfuir. Là encore, trente tués. C’est beaucoup de perte, les trois quart de la compagnie, et aucune part de prise.

- Une mauvaise passe je te l’accorde. Qu’ils patientent un peu. Quand j’ai fait de la contrebande sous pavillon anglois, j’ai rencontré à plusieurs reprises dans ces eaux un petit corsaire espagnol qui chassait le long de ces côtes. C’est pour lui une zone de chasse tranquille. J’ai bon espoir qu’il soit encore par ici.

Trois jours plus tard au petit jour, la vigie annonce une voile à trois lieues sur tribord avant.
Je monte jusqu’à la hune de misaine avec une lunette.
La silhouette du navire inconnu se découpe en noir sur l’horizon oriental rosissant.
Voiles au tiers, mâts à pible … Aucun doute, il s’agit bien du lougre corsaire que j’envisageai croiser par ici. Il est sur un cap nord, ses vergues à mi mâts sous voilure aisée pour la nuit.
Si il nous aperçoit, il lofera pour prendre la fuite, c’est certain. Il n’y a pas une minute à perdre. L’expérience m’a démontré qu’à l’aube, le plus vigilent à l’avantage de la décision ; l’attaque où la fuite.

A bord de l’espagnol, on semble dormir encore. Son capitaine, trop sûr de l’absence d’ennemi dans ces parages, n’a pas jugé de l’utilité d’une vigie. Où bien, celle-ci s’est endormie.

- Holà ! Tout le monde sur le pont ! A Hisser les perroquets !
Jaume la barre à tribord un quart ! … Comme ça, tient bon !

Je rejoins la dunette. Lively se couvre de toile. La vague d’étrave enfle et court le long des bords en bruissant.

- Douglas ! Les pièces chargées à mitraille !

Les espagnols nous découvrent quand nous sommes à moins de deux encablures.
On entend des cris affolés, des jurons, des ordres braillés à tue-tête.
Lively passe sur le flanc tribord du lougre, fait feu, lofe dans son sillage, revient par bâbord, fait feu à nouveau.
Sur l’espagnol, les hommes se font faucher par la mitraille. Le capitaine hurle pour rétablir un semblant d’ordre dans la confusion.
On coiffe le grand hunier pour empanner par le travers du lougre, les servants des pièces tribord de Lively ont rechargé. Ils font feu … puis encore.

- A servir le hunier ! Jaume, amène nous contre son bord.

Le pavillon d’Espagne est amené, le lougre est nôtre !
On y met un équipage de prise de vingt hommes car les cales sont pleines.
Malgré huit morts, les hommes manifestent leur joie. Le coffre du lougre est conséquent et, si l'équipage de prise parvient à terrir et vendre le lougre et sa cargaison, la part de butin de chacun sera belle.
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MessageSujet: Re: Pâques 1716 où la « Résurrection » … du capitaine Bertrick !    Mar 5 Juil 2016 - 16:07

Lively au près bon plein, sous trinquette, grand foc d’étai et voile de senau, amures sur bâbord. Un honnête marchand - en apparence - taillant bravement sa route.

Dans la grand-chambre, comme la mer est assez calme pour ne pas renverser le tablier, une partie de trique-trac oppose le chirurgien et le maître. Une bouteille de tafia est à portée de mains des joueurs comme des spectateurs et Alcide, une Dame-Jeanne à ses  pieds, veille à remplir le flacon dès qu’il est besoin. Deux fois déjà me semble t-il.
Eusèbe, Crawley et moi-même suivons la partie avec une inégale attention. Par les fenêtres de poupe grandes ouvertes, je distingue les voiles de notre conserve, à une lieue dans notre sillage.

- Holà en bas ! Navire en vue par bâbord devant !

- M. Crawley prenez ma longue-vue. Vous me direz ce que vous voyez de là-haut.

Le charpentier sort prestement pour monter jusqu’au ton du petit mât de hune. Nous sortons tous derrière lui à la file jusqu’à la plage arrière.

La voix de Crawley nous parvient peu après depuis les hauteurs du mât de misaine.

- Un deux ponts … Cap ouest !

- "Peu probable qu’il soit seul" dis-je in petto à Jaume qui est à la gouverne.

Crawley nous rejoint.

- Au vent arrière, on ne voit pas son pavillon qui est masqué par ses basses voiles mais à ses hauts châteaux un peu surannés …

- Surannés ???

- A l’ancienne mode quoi ! Je pencherai pour un vaisseau de cinquante canons sorti des chantiers de La Habana.

- Sauf à être une prise, nous sommes donc en présence d’un espagnol.


Une couple d’heures plus tard, aucune voile n’est apparu derrière le deux ponts.
On le perd de vue avec le crépuscule. Cependant, nous sommes à son vent. Il peut nous avoir pris pour un marchand – ce qu’on espère - comme l’avait cru la corvette angloise, il n’en va pas de même pour notre conserve avec ses formes élancées caractéristiques et ses voiles latines et qu’il n’a point manqué d’apercevoir aussi.

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MessageSujet: Re: Pâques 1716 où la « Résurrection » … du capitaine Bertrick !    Jeu 7 Juil 2016 - 15:44

A l’aube, il est là, à trois milles un peu en arrière du travers bâbord. Il a désormais perdu sur nous, l’avantage du vent … mais pas encore sur notre conserve.

Lorsque le disque solaire décolle de l’horizon, il brasse ses lourdes vergues et court sus au chebec de Breeg toujours à un bon mille derrière nous. Les couleurs espagnoles sont à présent visibles. Nous lofons en grand pour aller soutenir notre conserve.

Le Don est tellement accaparé par sa manœuvre d’approche sur le chebec – tout les hommes du pont pressés contre la lisse et dans le gréement pour voir de près le vaisseau pirate - que nous parvenons à portée de canons sur son autre bord sans éveiller la moindre défiance.

C’est le Manus Dei, cinquante six canons, portant guidon d’amiral. Il fait deux fois notre longueur et jauge plus de milles tonneaux !
Nous prend-il encore pour un navire au commerce où fait-il fi d’un si piètre ennemi ?

- De l’avant à l’arrière feu à volonté !

Trois volées - au vrai assez dérisoires, de nos huit pièces de 4 livres - mais suffisantes pour stupéfier les espagnols.

Les sabords de Manus Dei sont encore fermés de ce côté-ci mais nous n’allons pas attendre qu’ils lèvent les mantelets de sa terrible batterie basse de 32 livres capable d’une seule bordée de nous couler à fond.
Nous lofons dans notre propre nuage de fumée, pour nous mettre au plus tôt hors de portée de la mortelle riposte, laquelle ne saurait tarder.

Notre conserve use promptement du désarroi qu’engendre notre attaque. Plusieurs volées de boulets ramés déchirent les huniers de Manus Dei.
Coup heureux !
Un boulet sectionne la drisse de pic de la ourse qui choit brutalement sur le gaillard d’arrière. Son centre de voilure déséquilibré, le deux pont embarde et pivote lourdement dans le lit du vent.

Les batteries de Manus Dei n’ont plus notre conserve en ligne de mire.
Apostat de Saint Pierre  des Pendus en profite. Il vire, coupe le sillage du vaisseau. Ses immenses voiles brassées en ciseaux avec célérité, il s’esquive à notre suite.

Peut-être l’amiral espagnol a t-il été estourbi par la chute de la corne de ourse ?
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MessageSujet: Re: Pâques 1716 où la « Résurrection » … du capitaine Bertrick !    

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