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 Carnet de voyage de M. Siorac enseigne de vaisseau

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Bertrick
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MessageSujet: Carnet de voyage de M. Siorac enseigne de vaisseau   Dim 27 Mai 2018 - 17:40

Nouvellement breveté Enseigne de vaisseau, j'ai déposé mon coffre sur l'Azur sur lequel je suis affecté comme second lieutenant & que commande M. Bertrick dont j'aurai à reparler plus loin.
Azur est un lougre jaugeant cent vingt tonneaux & armé de six pièces de 3 livres. Il emporte un équipage de septante hommes.

Le 10 Mai nous appareillons de Port à l'Ecu pour une surveillance au nord de l'Isle de La Tortue.

Dans la nuit du 10 au 11, Azur essuie deux volées à mitraille de La Louve, grand chebec sorti du repère pirate & qui tente à deux reprises de crocher pour aborder ... en vain grâce à MM Vimeux & Lanoue nos maître & quartier maître. Le pirate retourne se mettre à l'abri des canons du fort.  L'attaque nous coûte quinze hommes ce qui nous contraint a revenir à Port à l'Ecu.

Le 12, Azur appareille & longe les Costes de Fer puis vire sud-ouest pour doubler la Pointe du Môle Saint Nicolas.

Le 13, l'Isle Cayémites gisant par bâbord avant & le Morne du Diable relevé à 3 milles par le travers bâbord , Azur est rejoint par Soleil Royal notre vaisseau amiral & par Faucon Noir.

Le 14, notre division double le Cap Dame Marie.
Au soir, comme  l'amiral double le Cap Tiburon & que nous même débouquons du Passage du Vent, une violente tempête d'est nous force tous à prendre la cape presque à sec de toile.
Azur est dans l'impossibilité de caler mâts de perroquets & de hunes - nous avons des voiles à bourcet sur mâts à pible –  on amène donc nos vergues jusqu'au pont & l'on mouille notre « ancre de miséricorde ».

Le 16, la tempête s'essouffle, Soleil Royal & Faucon Noir font route dans le gros temps.

Le 17, une frégate et un grand chebec, vaisseaux pirates, débouquent du Passage du Vent à 2 lieues sur notre poupe & sur un cap sud.
Nous serrons le vent cap sud-est, nos meilleures vigies, quart sur quart, sur la vergue du grand hunier pour les garder en vue. Notre vaisseau & sa conserve sont dans notre sud-est & donc sous l'horizon des pirates.
La coste de Saint Domingue disparaît  sous l'horizon nord.
Peu avant le quart de nuit, trois autres grands chebecs pirates sont en vue sur notre horizon ouest et ceux-là ont dû apercevoir Soleil Royal & Faucon Noir. Notre division fait force de voiles dans l'obscurité, cap au sud.

Le 18, au lever du soleil, seul deux pirates sont en vue dans notre sillage. Ils ont gagné durant la nuit & ne sont qu' à 2 lieues de nous & Soleil Royal à deux lieues droit devant.
La division a repris sa route cap sud-est & Azur se maintient juste sur l'horizon des chasseurs.

Le 19, très légère brise d'est. Nous avons viré cap nord pour découvrir si les trois autres vaisseaux pirates continuaient la chasse. C'est le cas,  mais étonnement, les cinq semblent vouloir rester à distance. Nous apprendrons bien plus tard qu'ils sont en vu d'un autre de nos vaisseaux nouvellement armé & dont son escorte s'est trop éloignée.Ils seront jusqu'à onze sur lui pour le prendre en vain, M. Kawatores son capitaine préférant se saborder que de laisser les pirates s'en emparer.

Au troisième coup du quart de l'après-midi, nous approchons la corvette marchande anglaise Méduse pour nous en emparer.
Las après quelques bordées & comme nous manœuvrons pour nous ranger bord à bord afin de crocher corbeaux & grappins, une rafale de vent scélérate nous prend à contre, emporte notre foc &  notre bout-dehors de beaupré. Incapable de manœuvrer, force nous est d' abandonner la proie & réparer.
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Bertrick
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MessageSujet: Re: Carnet de voyage de M. Siorac enseigne de vaisseau   Mar 5 Juin 2018 - 18:44

- Levez l'ancre, dit M. Bertrick
- En haut le monde ! cria Vauquin le maître.
Le hommes s'élancèrent sur les vergues.
- Les basses voiles sur leurs cargues !
Les gabiers défont les garcettes, maintiennent les voiles à pleins bras.
- Largue et borde partout !
Les voiles se déploient : les bâbordais bordent le petit hunier, les tribordais le grand hunier tandis que les hommes hors quart s'occupent de l'artimon puis, un peu avant l'ordre ils se rangent sur les drisses et hissent les vergues. Les perroquets suivent, on brasse les vergues pour prendre la brise.

L'Hermine passe en douceur sur son ancre de bossoir  tribord ;
- Ancre à Pique !
l'arrache au fond sans presque s’arrêter;
- Haute et claire !
tandis que les hommes courent au cabestan et rentrent le câble.
- M. Lanoue, nord ouest quart ouest dit le maître au quartier maître à la roue du gouvernail.

Par jolie brise à perroquets de  sud-est l'Hermine, chebec gréé carré de cent septante tonneaux & percé pour dix huit pièces de canon & commandé par M. Bertrick sort de  La Guaira port de Saint Jacques de Lèon.

Nous courons vent portant d'un quart bâbord où portant à plein sous bonnettes hautes & basses. La coste du Golfe Triste défile par bâbord à moins de cinq milles.
Au delà des sondes, nous rejoignons deux autres de nos vaisseaux, Django & Lynx des chébecs aussi & percés pour vingt deux pièces de canon.  MM. Arthurio et Scaramanga les commandent.

Notre division légère, à laquelle vient bientôt se joindre un chebec aux espagnols, longe la coste de la Terre Ferme en direction des Isles sous le vent les plus occidentales & qui sont possessions hollandoises.

28 Mai, par légère brise de nord-est sur la hanche tribord, nous sommes en vue du Cap de St. Romain.
- Ce cap me dit M. Vauquin le pilote ouvre le Golfe de Maracaye au fond duquel se niche la ville éponyme qui fut pillé par le plus célèbre de nos flibustier Jean David Nau dit l'Ollonois .

Le 29, une frégate corsaire angloise forte de 30 pièces de canon, surgit de Oranjestad le port principal de l'Isle de Orubes que la division doublait par le nord & offense le gréement de notre serre-file Django de plusieurs bordées. La frégate retourne rapidement se mettre sous la protection des canons de la batterie du port.

Les vaisseaux de la division mettent à l'eau les canots des capitaines qui  convergent bientôt tous vers Django.

Lors du conseil, MM. Arthurio & Bertrick conviennent d'aller s'embusquer juste au delà & au sud-est des Cayes de Paardenbaai afin de surprendre le corsaire anglois lors de sa prochaine sortie pendant que M. Scaramanga poursuivra sa route en compagnie de l'espagnol jusqu'à Rio de la Hacha pour effectuer les réparations & compléter son équipage.

Le 30 dans l'après-midi, la frégate anglaise Centurion sort. Lynx file son câble par le bout après y avoir frappé une bouée & la prend aussitôt en chasse. Il la rejoint  peu avant que la nuit ne tombe à 4 lieues au nord de l'isle.
Il lui expédie plusieurs bordées dans la mâture qui l'offensent sérieusement – grand hunier passé par dessus bord – ce qui incite le capitaine anglois à lofer en grand pour revenir au port à la faveur de l'obscurité & y trouver refuge.
Je pense à part moi que ce n'est décidément pas un capitaine très courageux car il devait accroire n'avoir qu'un seul adversaire & pouvoir livrer combat singulier.
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MessageSujet: Re: Carnet de voyage de M. Siorac enseigne de vaisseau   Jeu 7 Juin 2018 - 16:50

L'Hermine récupère l'ancre de Lynx & sort à son tour. De la pomme du mât de misaine où je suis monté & à la lunette, je distingue sur l'horizon nord Lynx & le corsaire anglois proche l'un de l'autre  & tout environnés par moment de fumée. On entend tonner du canon. La nuit tombe brutalement comme à l'accoutumée sous ces latitudes.
A une lieue de la coste & alors qu'on fait force de voile vers l'endroit du combat dont on a relevé le gisement, on intercepte le corsaire sur amures contraires. M. Vauquin, le maître, le range à l'honneur. Il nous amène à portée & à moins de cinquante coudées on fait feu à mitraille.

Las ! Nos canonniers n'ont que peu où prou l'expérience d'une canonnade de nuit.
M. Bertrick fait cesser le feu. Il décide de prendre Centurion à l'abordage malgré son équipage certainement encore fort nombreux.
Trois fois les anglois nous repoussent. Ce n'est qu'au quatrième assaut qu'on l'emporte enfin. C'est moi qui ai coupé d'un coup de coutelas sa drisse de pavillon de grand mât. Glorieux souvenir en sus de deux blessures légères, une à la cuisse gauche & l'autre au cuir chevelu.

Au petit jour, on découvre le carnage. Le sang ruisselle encore par les dalots & des corps gisent partout sur le pont & dans la batterie de la frégate. C'est mon premier abordage d'un navire de combat.
Terrifiant !
Nous y avons perdu octante hommes en sus du maître, du chirurgien & du charpentier. Quand aux anglois, nous les avons décimé & ils étaient cent soixante & dix ! Seul leur petit canot à un seul rang d'avirons avec une poignée d'hommes dont le capitaine a réussi à s'échapper à la faveur de l'obscurité.

Les documents trouvés dans la grand-chambre nous apprennent que ce corsaire se nomme Feshwood. Un nom qui ne nous est point inconnu. Notre service de renseignement nous l'a signalé comme un allié certain des forbans.
D'ailleurs, nous avions repéré cette frégate au milieu de l'escadre pirate & même bord à bord de leur vaisseau trois-ponts sans qu' apparemment il ne lui en nuise aucunement.

2 Juin, on passe le plus clair de la journée à réparer le gréement de la prise & M. Arthurio - Lynx est venu se ranger le long de notre bord -  nous fournit obligeamment quarante hommes pour renforcer notre équipage exsangue & épuisé.
M. de Lescure (premier lieutenant) prend le commandement de la frégate Centurion pour aller la terrir & me voilà promu à sa place … à titre temporaire.

Nous faisons route vent portant à plein avec Lynx de conserve. A deux lieues N.E. du Cap Coquibacoa, la brise passe sur notre hanche tribord d'un quart.
On double le Cap de la Vela & l'on vire plein sud. La coste de La Rancheria glisse sur bâbord à un demi mille. L'embouchure du Rio Hacha & la ville sur chacune de ses berges sont visibles droit devant.

3 Juin, nous avons accosté le long du débarcadère au petit matin.
Le Lieutenant de Lescure & l'équipage de la prise sont montés à bord sitôt la planche de coupée jetée entre la plage arrière & le quai.

Le Tribunal des Prises a déclaré la frégate Centurion "De bonne prise".
Le secrétaire du tribunal, M. Lalonde ne doute aucunement que le Marquis de Fersquière, Gouverneur Général des Isles du Vent rachète la frégate pour le compte des ministres de la marine du Régent.
D'autres part, & c'est une heureuse surprise, les marchands de Santa Marta et de Rio de la Hacha  offrent à l'Hermine une prime pour la prise de ce corsaire qui hantait ces eaux costière & nuisait à leurs commerces.
Ma part de prises s'est soudain gonflée d'une centaine de piastres.

Les Lynx que nous avait prêté M. Arthurio ont rejoint leur vaisseau avec des yeux envieux sur les bonnets de nos gens bien garnis de piastres après la distribution de la prime des marchands par l'écrivain du bord.
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MessageSujet: Re: Carnet de voyage de M. Siorac enseigne de vaisseau   Ven 15 Juin 2018 - 16:54

Mes compagnons – officiers maîtres seconds maîtres & matelots – ainsi que moi-même avons porté nos sacs & nos coffres à bord de Régence, vaisseau de hauts bords de mil huit cents tonneaux & dont M. Bertrick notre capitaine vient d'obtenir le commandement.

Le capitaine de vaisseau  Lormont qui commande l'arsenal, lui a octroyé une centaine de gabiers & pour le gaillard d'arrière MM. Gendron du Rousset, lieutenant de vaisseau & de la Trémoye, enseigne,  comme second & quatrième lieutenant ainsi que six jeunes aspirants.

En outre, le major général Lagarde, gouverneur de la citadelle dépêche à bord deux cents soldats de la compagnie des vaisseaux sous les ordres de M. le capitaine de la Closerie. Ceux là, soldats réglés, sont formés aussi bien à servir le canon qu'aux manœuvres du pont. Que voilà des bras forts bienvenus car nous avons déhalé Régence jusqu'au quai d'artillerie pour embarquer les canons.

Les équipes de presse – car ici on y a encore recours - de M. Fleury, notre premier lieutenant & qui œuvre depuis ces dix derniers jours dans la basse ville, les paroisses & habitations environnantes jusqu'à plus de cinq lieux dans l'intérieur des terres, nous ramènent quelque deux cents hommes, tous des terriens & tous volontaires … où presque & qui doivent prêter la main au fur & à mesure de leur arrivée sous escorte.

10 Juin
Équipage au complet, on déhale Régence jusqu'au quai d'approvisionnement pour embarquer vivres fraîches, viande sur pieds, bois de chauffe, boulets, espars, voiles & cordages de rechange.
Au dire de M. Laudonnière notre commis, le capitaine Le Clin commandant l'intendance s'est montré procéduriers à l'extrême. Peut-être M. Laudonnière voulait-il frauder quelque peu pour son avantage comme il est de coutume pour les gens occupant cette fonction.

11 Juin
Au petit jour, Régence se déhale jusque dans la rade extérieure & sous les canons du Fort Saint Luc. Manœuvres horriblement longues & fastidieuses avec tant de terriens à qui il faut montrer à chacun son poste & mettre les cordages entre les mains & dire ce qu'il faut faire & quand.

12 Juin
Fort coup de vent d'Est.
Le maître d'équipage M. Laloue fait caler les  vergues de perroquets & amener celles des huniers sur leurs chouques, tant pour garantir nos espars que pour entraîner l'équipage.
Je commande quand à moi la chaloupe qui doit mouiller l'ancre à jet frappée sur une aussière passée par un des sabords d'arcasse.
Dur labeur ! Dans un premier temps faire mettre la grande chaloupe à l'eau, puis faire sortir par la grand écoutille l'ancre qui était dans la cale enfin, dans la touffeur des ponts inférieurs de faire sortir l'aussière de la soute aux câbles dans le coqueron avant, de la faire tirer à travers toute la longueur de la batterie basse jusqu'au sabord d'arcasse & l'y faire sortir puis d'y frapper l'ancre à jet préalablement guindées aux chaumards de la chaloupe. Ne reste enfin plus qu'à transporter l'ancre à une bonne demi encablure pour la mouiller.



Dernière édition par Bertrick le Mar 26 Juin 2018 - 9:38, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Carnet de voyage de M. Siorac enseigne de vaisseau   Mer 20 Juin 2018 - 16:50

Le vent s'essouffle un peu en tournant nord-est. On remonte l'ancre à jet, l'ancre de bossoir tribord & l'on vient "à pique" sur celle de bâbord.
Aux six coups du quart de l'après-midi nous appareillons avec la marée.

Régence glisse lentement au pied de la tour de défense & de sa batteries rasante. Sous ourse, grand hunier & tourmentin, il vire à la sortie de la passe, s'établit sur son cap le vent un quart en avant du travers tribord. Basses voiles, grand huniers & perroquets sont déferlés, bordés & brassés. Le loch indique 3 nœuds & 5 brasses.

La cloche pique le changement de quart. Par coup de vent de nord, profitant de la présence de tout l'équipage sur le pont, M. de la Meilleraie nous fait changer de cap & d'amures.

Le dîner du carré en présence de tout les officiers & maîtres.
Au constat que fait le maître de navigation M. Vauquin  sur le bon comportement à la mer de Régence & qu'il est en outre marcheur assez honorable & que, s'il accuse une forte dérive, elle est usité pour un vaisseau de hauts-bords. Tous acquiescent en frappant du plat d'une main sur la table.
Le capitaine aurait, sur la dunette, abonder tout à fait dans ce sens auprès de M. Fleury notre premier lieutenant lorsqu'il assurait le quart.
On boit à la gloire de Régence, à la santé du Duc d'Orléans notre Régent & aussi à celles du Duc du Maine & du Comte de Toulouse nos secrétaires d'état de la marine & des colonies. On boit encore au Marquis de Fersquière, gouverneur général des Isles du vent enfin l'on boit aux succès de nos entreprises à venir.

Au près bon plein, tribord amures sous perroquets, huniers & basses voiles. Le loch indique 5 nœuds.
Quand la cloche pique les huit coups de la prise du quart de nuit où j'ai la responsabilité du navire, le vent est nord-est frais & faiblissant. Sur ordre de M. Bertrick je fais amener les perroquets & choquer les écoutes des huniers, le capitaine comme le maître ayant calculé que le Cap de la Vela est proche droit devant & qu'on a nulle intention de le doubler dans l'obscurité alors qu'on méconnaît les courants.

13 Juin
On double le cap à moins de deux milles aux six coups du quart du matin. Au delà, le vent refuse jusqu'à devenir tout à fait contraire & nous devons tirer des bords jusqu'au cap suivant.

Au delà du Cap Coquibacoa, le vent adonne un peu. Un sablier avant le quart de nuit la vigie de misaine annonce un flibot aux anglois droit devant à trois milles.
Mr.Bertrick nous dit son intention d'aller le canonner dans l'obscurité en manière  d'école à feu pour nos servants. On empanne sous petit hunier & hunier d'artimon.

A la nuit faite, on fait servir & on retrouve notre chasse quelques milles plus au nord qui ne jauge qu'un peu plus d'une centaine de tonneaux.
Notre première bordée le désempare presque mais les suivantes, font bouillonner la mer autour de lui sans autre résultat que d'inspirer la terreur aux anglois encore en vie. Ne voulant gaspiller d'avantage de poudre, M. Bertrick ordonne à M. de la Meilleraie de faire cesser le feu. On remet les canons à la serre. Les anglois vont avoir de longues journées de réparation … si le navire ne coule pas jusqu'au fond sous leurs pieds car il semble que plusieurs boulets ont perçé sa coque sous la flotaison.

17 Juin
Au nord-ouest du Cap Saint Romain & pour entraîner nos abordeurs, nous avons pris, pillé & incendié une barque angloise ; madère, maïs, mélasse & quelques milliers de piastres. Nous avons perdu un homme, un de nos terriens qui est tombé à la mer en perdant l'équilibre sur le beaupré depuis lequel il hésitait à passer sur le gaillard d'avant ennemi. Peut-être a t-il été un peu poussé par un de ses compains pressé derrière lui de passer à l'abordage.

18 Juin
La mer est vide, plus aucun trafic marchand. Nos frégates écument ces eaux depuis une dizaine de jours & l'alerte a dû être donné dans toutes les Isles & les établissements ennemis de la coste.
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MessageSujet: Re: Carnet de voyage de M. Siorac enseigne de vaisseau   Dim 24 Juin 2018 - 18:45

18 Juin
Le disque de la mer est vide autour de nous, aucune voile en vue. Au vrai, nos chebecs écument ces eaux depuis une couple de semaines & l'alerte a été donnée dans toutes les Isles & ports de la coste.

19 Juin
Soleil Royal commandé par notre chef d'escadre Jeanne Barthes a appareillé de La Guaira avec deux chebecs de 22 en escorte. Ils viennent de se joindre à nous.
Soleil Royal arbore le pavillon amiral.
Vent frais deux doigts en avant du travers tribord. Nous suivons l'amiral à un demi mille, sous basses voiles, huniers & perroquets, vergues brassées en pointe.
A la méridienne le loch indique 6 nœuds & 2 brasses.

20 Juin
Nord nord-est par jolie ,brise d'est. La mer est agitée. Au son du canon qu'on a entendu tonner derrière l'horizon, l'escadre fait force de voile au près bon plein, tribord amures.
Une couple d'horloges plus tard, on aperçoit un de nos chebecs quasi désemparé. Il a perdu son mât d'artimon - brisé à hauteur d'homme - qui est le long de son flanc bâbord encore retenu par ses étais & haubans. C'est Django du capitaine Scaramanga.
Son équipage durement accablé & que viennent de renforcer une quarantaine d'hommes de Highlander, travaille avec ardeur à sectionner de la hache & du coutelas le gréement qui retient l'espar lequel pourrait défoncer la coque dans un mouvement de houle. Il leur faudra ensuite établir un mât de fortune.
Les équipages des vaisseaux les acclament au passage en manière de soutien.
Au porte-voix M. Scaramanga nous dit qu'il a été attaqué par quatre chebecs pirates fort chacun de 22 canons. C'est en mettant tout dessus pour s'échapper malgré un mât d'artimon flambé sur la moitié de sa longueur que ce dernier, malgré qu'il est été rousturé, a fini par rompre & passer par dessus bord.  

A la demi du quart de l’après-midi, Highlander est en vue sur notre horizon nord-est. Il fait force de voiles en signalant & en appuyant sa drissée de pavillons de coups de canon à poudre sous le vent pour attirer l'attention.
L'aspirant Mollard chargé des pavillons compulse tantôt frénétiquement le livre de signaux, tantôt visse l’œil à sa lunette & laborieusement déchiffre  ;
- ennemi … nombreux … pirate … nord ... ouest.

21 Juin
Vent d'est mer forte. Là-bas, a un travers de main dans l'est du nord, sont, par intermittence coques visibles, deux vaisseaux de hauts bords dont un énorme Trois-Ponts, des chebecs & des frégates. Peu à peu tous disparaissent derrière l'horizon. Bientôt, même depuis les barres du grand perroquet, où je suis monté avec une lunette, on ne distinguent plus leurs vergues hautes.
Un de nos chebecs, détaché pour aller surveiller leurs mouvements, revient dans la nuit. L'ennemi ce que semble, s'est retiré !
Avec le temps nécessaire pour rameuter tout nos escorteurs, les pirates ont bien trop d'avance à présent pour qu'on puisse envisager de les prendre en chasse.

22 Juin
Léger nordet, mer belle. L'escadre fait route, au près bon plein, tribord amures, sous voilure aisée.
Un de nos chebecs de reconnaissance s'approche à portée de voix. Dans l'est du nord à huit lieues environ, un Deux-Ponts de 74 canons aux anglois & deux chebecs de 22 bouches à feu l'accompagnent.
Voilà qui explique sans aucun doute que les pirates, craignant d'être pris en tenaille, aient pris la poudre d'escampette.
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MessageSujet: Re: Carnet de voyage de M. Siorac enseigne de vaisseau   Mar 10 Juil 2018 - 8:32

23 Juin
Mer forte, grand frais d'est. Soleil Royal & Régence sous perroquets, une belle gîte tribord découvrant deux bordés.
A la méridienne le loch indique 5 nœuds & les observations avec le bâton de Jacob indiquent 15 degrés de latitude nord. Avec Mr. Vauquin qui me perfectionne dans l'art de la navigation, nous faisons une estime de notre longitude en tenant compte de nos caps & de nos vitesses inscrits sur le journal de bord. Nous serions sur la longitude de Puerto  Cabello mais évidemment nous ne pouvons tenir compte de notre dérive & des courants nomades.
La nuit faîtes, l'escadre navigue à vue, lanternes de poupe allumées.

25 Juin
Bonne brise d'est mer agitée. Grand largue, tribord amures sous perroquets & bonnettes hautes & basses au vent.
Au sud de Saint Domingue nous prenons une gabare de haute mer hollandoise de deux cents cinquante tonneaux.
Celle-ci n'a pas obtempéré à notre coup de semonce lui intimant l'ordre d'empanner. Notre bordée la démâte totalement. Je commande les pièces de 8 livres du gaillard d'arrière, je suis donc aux premières loges. Quel spectacle de voir son mât de misaine s'incliner lentement puis s'abattre, entraînant dans sa chute le grand mât et l'artimon … d'une seule bordée !
Avec le canot, Mr. Fleury notre lieutenant en premier se rend à bord de la prise pour inventorier sa cargaison. Un batave embroche l'un des nôtres quand il embarque, le blessant gravement.
Après un moment de surprise – même de la part des hommes & du patron de la gabare -  le batave est occis d'une balle de pistolet en plein visage tirée par Mr. Fleury & d'au moins deux coups de coutelas par les compains du matelot qui se sont précipités sur l'assassin.
Le blessé est ramené à bord mais Mr. Lhotard le chirurgien ne lui donne aucune chance de survivre, poumon perforé par le coup d'esponton à travers la poitrine & moult dégâts intérieurs causés par le retrait du fer quand le frison s'est aidé du pied.

Après le transbordement de la cargaison, le capitaine Bertrick charge Mr. Gendron du Rousset d'incendier la gabare. Nous perdons encore un homme. En pillant pour son compte à l'insu du lieutenant, il a mis la main sur plusieurs flacons de genièvre & s'est enivré au point de choir, de retour sur le pont principal, par le panneau de la grande écoutille alors que le brasier ronflait déjà dans les cales & que la fumée envahissait l'entrepont.  Nul n'a osé se risquer à descendre le chercher.
Au rapport qu'a fait de sa mission le lieutenant, Mr. Bertrick a simplement dit ;
- Souhaitons lui qu'il soit mort de sa chute. Amen !

27 Juin
Petit nordet, mer belle. Aux six coups du quart de l'après midi, Isle Viéquès aperçue  & reconnue sur tribord par les portes-haubans de misaine.
Comme la cloche pique les 8 coups du changement de quart & que tout l'équipage est présent sur le pont, nous virons bâbord un demi pour nous établir grand largue, tribord amures sous cacatois & bonnettes au vent hautes & basses. La ligne de loch file 7 nœuds !
Notre vigie de grand-hune annonce deux voiles par tribord arrière à 4 lieues le long de la coste de l'Isle Viéquès. Nous les reconnaissons pour des vaisseaux pirates, une frégate & un grand chebec. Ceux-ci nous découvrent & virent lof pour lof, disparaissant derrière l'isle. Ils sont trop loin sous le vent pour leur donner la chasse.

2 Juillet
Nous embouquons le Canal Passe-du vent & essuyons peu après un coup de chien d'est qui nous contraint à mouiller par 26 brasses au nord du Cap Tiburon.

3 Juillet
Nous mettons sous voiles au près bon plein, tribord amures.
La brise refuse, Isle Cayemites à 2 lieues sur notre hanche tribord & nous mouillons par 22 brasses.
Le vent adonne un peu, nous relevons nos ancres & faisons voiles par fort vent de nord.

4 Juillet
Le soleil à un travers de main au dessus de la Punta de Maisy, nos deux vaisseaux s'avancent, Régence en tête parce que  notre pilote M. Vauquin connaît fort bien la Coste de Fer.
Le quartier maître M. Collin est à la roue du gouvernail. A ses côtés, jetant un coup d’œil tantôt au compas dans l'habitacle, tantôt à la ralingue de foc au vent, la plupart du temps observant la coste dans sa lunette, M. Vauquin donne les ordres & dirige Régence sous le regard apparemment impassible de M. Bertrick .
On doublent la Pte du Môle Saint Nicolas en tirant des bords courts dans le lit du vent. La falaise & ses récifs menaçants défilent sur tribord à moins d'une portée de mousquet & nombre d'entre nous adressent à voix basse des prières au tout puissant.
Soleil Royal à une couple d'encablures dans notre sillage, on embouque le Canal de la Tortue.

5 Juillet
Nous accostons à Port à l'Écu & Mr. Laudonnière le commis vend notre cargaison sans tergiverser sur ce qu'en proposent les marchands du cru.
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MessageSujet: Re: Carnet de voyage de M. Siorac enseigne de vaisseau   Sam 14 Juil 2018 - 14:05

9 Juillet
Régence sur son ancre de bossoir bâbord dans la rade extérieure de Port à l'Ecu, pavillon bleu de partance à la pomme du mât de misaine & un coup de canon à poudre sous le vent à chaque heure pour rappeler notre canot avec Mr. Lothard le chirurgien & Mr. Laudonnière le commis qui avaient tout deux encore à faire dans la haute ville.

10 Juillet
Tout le monde est à bord, Régence sort  de l'embouchure de 3 Rivières avec le reflux de marée & la légère brise de terre matinale.
 
Isle La Tortue par le  travers tribord, nous apercevons deux chebecs de 22 canons à notre vent & le long de la coste nord de Cuba. On les reconnaît pour des vaisseaux pirates qui ont sans nul doute appareillé ce jour d' hui de Basse-Terre. Ils nous découvrent, lofent pour s'établir grand largue, tribord amures & disparaissent derrière l'horizon.

Isle Linage défile par le travers tribord.

11 Juillet
Au petit jour on aperçoit & reconnaît Isle Macarey par tribord devant. Nous sommes donc par 22° de latitude nord & à la longitude de San Jago. Au nord-ouest de l'isle commence le Grand Banc de Bahama.
Quand nous doublons l'isle, le maître d'équipage Mr. Lanoue met en place des sondeurs dans les porte-haubans de misaine.
- Nous pourrions, me dit le pilote Mr. Vauquin, nous approcher d'avantage de la coste qu'on aperçoit sur l'horizon bâbord pour éviter ces hauts-fonds mais cet ancien canal est fort dangereux pour ce que nous serions très proche des Cayes du Nord qu'on nomme aussi Jardins du Roy & qui sont autant de caches propices à guet-apens. C'était une zone de chasse privilégiée de la flibuste du temps qu'elle n'utilisait que des barques voire de simples pirogues. De là, elles pouvaient fondre sur les galions isolés par une tempête des convois sortant de La Havane.

12 Juillet
Prémonition de Mr. Vauquin ? Nous apercevons & reconnaissons par bâbord avant & surgissant de ces Cayes du Nord dont il me parlait la veille, une demi douzaine de vaisseaux pirate, dont un Deux-Ponts percé pour cinquante à soixante bouches à feu.
Un chebec nous a approché prenant bien soin de n'être jamais dans nos lignes de feu & envoyé plusieurs volées de boulets ramés, lacérant nos huniers & sectionnant moult drisses mais sans offenser nos mâts.
Quelques canonniers & soldats ont été estourbis par la pluie de poulies & de cordages dégringolés de la mâture.

Après avoir en partie réparé dans l'urgence, nous avons laissé porter sur lui & à moins d'une demi encablure lui avons envoyé deux bordées complètes à mitraille qui ont accablé assez durement son équipage.

Deux autres chebecs se sont approchés en ligne de file à contre bord & ont ouvert le feu à portée de pistolet. Notre mât de perroquet de fougue est passé par dessus bord, notre bâton de foc a été emporté & nos basses voiles sont en lambeaux. On a aussi perdu près de soixante hommes sur les bordées second chebec qui a sciemment tiré à mitrailles sur nos gabiers qui réparaient dans la mâture & quelques uns de nos soldats qui leur faisaient une mousquetade depuis les hunes.

Depuis les barres de perroquet, la vigie annonce plusieurs voiles à l'ouest qu'on reconnaît peu après pour françaises & espagnoles & qui font force de voiles, serrant le lit du vent.
Nous profitons du répit de la nuit pour réparer notre gréement, guinder un nouveau bâton de foc & enverguer un autre jeu de voiles. Las, nous n'avons pas d'espar qui convienne pour remplacer le mât de hune d'artimon.

13 Juillet
Au lever du jour. Soleil Royal est à moins d'un mille sur tribord & nos frégates courent sus le Deux-Pont des larrons qui, telle une volée de moineaux, s'enfuient vers l'horizon oriental.
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MessageSujet: Re: Carnet de voyage de M. Siorac enseigne de vaisseau   Dim 22 Juil 2018 - 14:00

15 Juillet
La brise faiblissante, instable fait claquer les voiles au dessus de nos têtes.
Mr. Vauquin notre pilote s'en ouvre à Mr. Bertrick.
- Le vent ne va pas tarder à mourir tout à fait & cette coste sous le vent & si proche doit être le Cayo Saetia Monsieur & si tel est le cas comme je le crois, il y a là un fort courant qui entraîne par l'Ensenada Chrito jusque dans Bahia de Nepe & nous aurons, si nous sommes entraîné dans cette nasse toutes les difficultés pour en sortir avec un vent presque toujours contraire.
- Je suis déjà venu ici & je me souviens. Il nous a fallu guinder les avirons mais évidemment ce n'était qu'un brick senau. Holà, qu'on prévienne Mr. Lanoue, nous allons mouiller.

16 Juillet
Une légère brise nord-est s'est levée avec l'aube & nous avons remonté nos câbles. Nous faisons route à présent à trois nœuds sous cacatois, environné d'une brume matinale que le soleil mange peu à peu en montant au dessus de l'horizon oriental, la brise un peu en avant du travers bâbord.

Mr. Bertrick a convié tout les officiers à dîner. Las, c'est moi qui serai chef de quart & je vais devoir arpenter la plage arrière pendant que tous vont se régaler & boire à satiété - le capitaine a un maître-queux digne du Gouverneur général des Indes occidentales & dit-on, une réserve personnelle de vins mieux qu'honorable.

17 Juillet
Mouillé pour la nuit au nord du Passage du Vent.
Juste après que je sois relevé par Mr. de la Tremoye le quatrième lieutenant, une tornade soudaine s'est brutalement abattue sur  Régence l'engageant presque sur bâbord. Fort heureusement, les sabords de la batterie basse étaient fermés.
Outre notre gréement offensé – mais peu, nous étions à l'ancre & à sec de toile - les dégâts dans la batterie principale sont assez considérables. Une brague d'un canon de 36 tribord s'est rompue, elles font pourtant  8 pouces 3/4 (236 mm) de circonférence !
L'énorme pièce de 8834,503 livres (4007,275 kg) & longue de 9 pieds ½ (3,08 m) a pivoté, arrachant les pitons des autres bragues puis à dévalé sur bâbord traversant la batterie en diagonale. Elle a été arrêté dans sa course par deux des canons bâbord & parce que Régence commençait lentement à se redresser.

Le vaigrage a été défoncé sur prés de vingt pieds & sans doute une, voire deux allonges, ont-elle été démises de leurs bouchains. & on a été bien près que les trois pièces traversent la muraille & coulent à fond.
Le charpentier va avoir de l'ouvrage pour renforcer les bordés presque éclatés juste au dessus de la grande préceinte qui est si proche de l'eau.

Quand à moi qui suis intervenu l'un des touts premiers dans la batterie, alerté par le grondement énorme juste sous mes pieds - je n'étais pas encore endormi - à peine en bas de l'échelle, ma cheville droite a été heurté par un des boulets qui roulaient. Le canon fou en pivotant a broyé son parc qui contient dix boulets ronds de 6 pieds 5 pouces et 6 lignes de diamètre (174,8 millimètres) & pèsent 38,801 livres (17,6 kg).
D'après Mr.Lhotard le chirurgien du bord il n'y a pas fracture. Il m'a massé avec un onguent & recouvert la cheville toute bleue & gonflée d'un emplâtre. J'en ai bien m'a t-il dit pour une dizaine de jour à devoir prendre appui sur une béquille pour marcher.
Dieu fasse que la brise & la mer restent modérées car dans le gros temps on dit; "une main pour soi une autre pour la barque" mais avec ma béquille je n'ai qu'une seule main disponible.

18 Juillet
Régence encalminé au large de la Baye de Guantànamo.

19 Juillet
Nous embouquons Bajo Diamente & saluons le castillo qui surplombe le Mont Del Morro.
Régence glisse lentement sous ourse, grand hunier & foc, à courte portée des canons des batteries qui s'étagent par paliers depuis le rivage jusqu'au pied des remparts de la forteresse San Pedro de la Roca. Une nouvelle esplanade est d'ailleurs en cours de taille dans la roche par une centaine de manouvriers où plus sûrement de prisonniers où d'esclaves.

Cayo Granma défile lentement sur bâbord puis Punta Gorda sur tribord derrière laquelle on vire pour entrer dans la Baya de Santiago.
Nichée au fond, la ville du même nom s'offre aux regards & Régence s'embosse par quarante brasses  à l'ouest de la rade extérieure. On met sans tarder une chaloupe & deux canots à l'eau.

Mr. de la Meilleraie notre second trouve aisément à recruter les soixante deux marins qui nous manquent mais au chantier naval Mr. Bertrick n'obtient rien !
De notoriété, il n'y a jamais rien dans les ports espagnols & ce rien de mauvaise qualité & à prix exorbitant.
Impossible donc de réparer Régence, à tout le moins pas avant des semaines.
Il y a plusieurs navires en attente de passer par les mains des charpentiers & calfats du chantier naval & les vaisseaux du Roi de France n'y ont aucun passe-droit. Qui plus est, le Señor capitan Bertrick devra s'acquitter de soixante milles piastres au moins – le maître de hache du chantier ne faisant nul crédit à quiconque - ce que le capitaine Bertrick n'a pas, loin s'en faut, dans son coffre.
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MessageSujet: Re: Carnet de voyage de M. Siorac enseigne de vaisseau   Mer 1 Aoû 2018 - 14:44

21 Juillet
Régence "à long pique" sur sa petite ancre de bossoir tribord depuis qu'ont sonné les complies (21h) aux nombreux clochers de la ville.
Profitant de la marée & de la légère brise de terre matinale, Régence déferle ses huniers, remonte ses câbles & sort lentement de la rade. Il est comme salué par les volées des cloches de la cathédrale sonnant prime (6h), auxquelles se joignent celles plus grêles des églises, des couvents & monastères, faisant longuement vibrer l'air au dessus de la ville endormie.
Le vaisseau glisse lentement devant la batterie basse du Castillo del Morro d'où quelques artilleurs à peine éveillés & baillant encore aux corneilles, certains torse nu, émergent du cantonnement taillé à même la paroi rocheuse. Quelques uns saluent notre passage à une portée de mousquet ( environ 7 perches soit 50 m) d'un geste nonchalant.
On établit basses voiles & perroquets en sortant de Bayo Diamente & on gagne les eaux libres.
Cap sud-est jusqu'à se dégager largement de la terre pour trouver la brise du large. A un travers de main de l'horizon sud, le pavillon & plusieurs de nos frégates sont là. On tire le canon à poudre sous le vent pour attirer l'attention.

23 Juillet
Isle Navassa par le travers tribord à un mille. Mr. Vauclin m'explique le choix de son collègue à bord du pavillon de passer à l'est de cette petite isle déserte pour ce que c'est un amer indiqué par nos cartes à l'entrée méridionale du Passage du vent & qu'à l'ouest d'y-celle s'étalent sur plusieurs lieues carré des récifs immergés dangereux pour nos Deux-Ponts qui calent 24 pieds à l'étambot (7,8 m de tirant d'eau arrière).

27 Juillet
Le Cap Lobos à 3 lieues par le travers bâbord.

29 Juillet
Embouqué le Rio Ozama pour faire aiguade & mouillé sous les canons de La Fortaleza par 9 brasses, fonds de vase.

30 Juillet
Régence remonte ses câbles & met sous voiles par très faible brise d'est faiblissante en compagnie de la "Lettre de Marque" Coquine, un gréement latin de 300 tonneaux percés pour 24 bouches à feu de 6 livres que commande  Mr. Seth Roetrel.

31 Juillet
Jolie brise d'est, mer peu agitée. Sur notre horizon oriental, Isle Saona nommée aussi d'après notre carte récente de l'année précédente & éditée par N. de Fer Géographe de sa Majesté Catholique, Rendez-vous des Flottes & qui est dans l'ouest du sud du Cap de l'Espada.

En fin de journée, un front d'un noir d'encre zébré d'éclairs & large d'une main, barre l'horizon oriental.  Il approche rapidement en tonnant sans interruption. On a tout juste le temps de dépasser nos mâts de perroquets sous une pluie battante avant que le "coup de chien" soit sur nous & qu'il fasse éclater notre foc & emporte notre bout-dehors de beaupré.
Huniers ferlés & leurs vergues sur les chouques, misaine & ourse au bas ris, grand voile carguée & tourmentin sur le beaupré. Dans les trouées de pluie & juste avant que la nuit se fasse, on aperçoit parfois Coquine à la cape presque à sec de toile & qui danse follement sur une mer démontée bien que nous soyons sous le vent de l'Isle Saona mais trop loin pour y jouir d'une mer plus confortable.
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MessageSujet: Re: Carnet de voyage de M. Siorac enseigne de vaisseau   Mer 8 Aoû 2018 - 9:27

1er Août
La tempête s'essouffla au fil des heures. Quand la cloche piqua les quatre double coups marquant la relève du premier quart du jour (8 h), un nordet grand frais est bien installé.
L'aube nous dévoila notre phare (navire amiral) à une demi lieue droit devant.

Peu après que le soleil soit monté au dessus de l'horizon, un trois mâts grée latin sort de l'estuaire du Rio Ozama. Ce ne peut être que Marlin, un navire de course commandé par Mr. Maximin Compans qui eut l'heur d'être encore sur rade lors du coup de chien. Il a manqué l'appareillage de notre division pour des tracasseries avec les autorités espagnoles, plusieurs de ses hommes s'étant fort mal comportés en ville.

Sud-ouest du Canal de Mola. Brise à huniers arisés, largue, bâbord amures,. On file le loch qui indique 5 nœuds & 2 brasses.
A la méridienne le vent tourne sud faiblissant. On aperçoit une terre un peu dans le nord de l'est à 4 lieues & on reconnaît le Cap Roxo.
Sous le vent du cap, un chebec est en vue qu'on pense être la Lettre de Marque Faucon Noir de Mr. Lerouge & qu'on sait croiser dans ces eaux. Une couple d'horloges plus tard y-celui a disparu à nos vues, masqué par le cap.

4 Août
Par bonne brise de nord-est nous avons pris, pillé & incendié un brick-senau hollandois d'une centaine de tonneaux. J'eus l'heur de pointer les pièces de chasse dont un boulet tiré à plus de cinq cents verges (500 m, limite de portée pratique d'un canon de 8 livres – 106 mm)) a sectionné la drisse de pic de sa corne de senau. Il est aussitôt rentré dans le vent ce qui a été déterminant pour nous en emparer.

7 Août
Nous entrons dans les sondes des Isles du Vent septentrionales. Au lever du jour, quatre navires sont à moins d'un demi mille droit devant. La découverte par une de leurs vigies de notre présence si proche jette l'effroi.
Le plus conséquent, une corvette d'environ cent cinquante tonneaux, arbore les couleurs hollandoises. Elle vire lof pour lof pour fuir à notre approche mais doit aussitôt choquer ses écoutes en grand pour éviter l'abordage avec un des trois autres.

Nous sommes sur elle avant que son équipage se reprenne & lui envoyons une volée de boulets enchaînés qui la démâte. A bord des autres navires, des coups de mousquet & de pistolets éclatent puis, sur chacun d'eux, le pavillon de France monte.
On s'empare de la corvette.

Les patrons du brigantin & des deux senaus nous fournissent les explications. Tout trois avaient mouillé pour la nuit, aucun, qui se connaissent de longue date, ne voulant risquer son navire & ses marchandises en approchant dans l'obscurité les Isles du Vent.

La corvette, un aventurier batave sous commission, les a surpris à l'aube naissante, encore au mouillage & s'est emparée d'eux sans coup férir. La proximité immédiate  de Régence au lever du jour a incité les marchands & leurs équipages - que les bataves voulaient utiliser pour remonter les câbles & mettre à la voile avant de les enfermer à fond de cale - à tenter de reprendre le contrôle de leur navire, les équipes de prise  n'étant que de quatre où cinq hommes.
Il n'y avait donc moins d'une heure que les deux senaus & le brigantin étaient aux mains de l'ennemi. Aucun tribunal ne les validera comme étant "de bonne prise". Seule la corvette le sera mais elle est totalement démâtée & Mr. Bertrick décide de la piller entièrement, voiles, cordages, espars, ancres & cargaison avant de la couler à fond.
Les trois marchands mettent à la voile pendant le pillage, penauds mais trop heureux de s'en tirer à si bon compte plutôt que d'être ruiné & de croupir dans une quelconque geôle hollandaise.
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MessageSujet: Re: Carnet de voyage de M. Siorac enseigne de vaisseau   Mar 21 Aoû 2018 - 16:07

15 Août
Nous avons grée la chapelle. Quand sont piqués les huit coups du quart du matin, tout l'équipage se retrouve devant le grand mât, dans l'embelle, sur les passavants & pour les bâbordais qui sont de quart, sur le gaillard d'avant et dans les hunes. L'infanterie est rassemblée sur la dunette.
Les officiers revêtus de leur plus bel uniforme sont assis sur des  planches posées à leur intention sur des bailles à mèche retournées - sauf le capitaine qui lui, jouit d'un fauteuil - sous un tau qu'on a grée au dessus du gaillard d'arrière pour les protéger des ardeurs du soleil.

Le Père Marcelin, aumônier du vaisseau, célèbre l'office, non point qu'on fut dimanche mais, comme il nous l'explique pendant le prêche, pour ce que en l'an de grâce mil six cent trente huit, feu Sa Majesté le Roy Louis, treizième du nom, a fait vœu de consacrer le Royaume de France à la Vierge Marie & ordonné qu'il soit célébré chaque année à la mi-Août dans toutes les paroisses du royaume & que tout les corps constitués fassent procession.(*)

(*) Aujourd'hui, la République fait aussi une telle procession ... le 14 Juillet ! Les raisons diffèrent il va de soi.
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MessageSujet: Re: Carnet de voyage de M. Siorac enseigne de vaisseau   Ven 7 Sep 2018 - 14:43

Nous avons appareillé de Basse-Terre le jour de la Saint Bernard après une escale de plusieurs jours au cours de laquelle Mr. Laudonnière le commis est parvenu à revendre les cinq cents tonneaux de marchandises qui emplissaient nos cales jusqu'au pont de la batterie principale.
Quand à Mr. de la Closerie, notre officier d'infanterie, il a remis les cinquante prisonniers de nos prises au lieutenant des prévôts.

Nous doublons la Pointe du Fort Royal & croisons le Canal des Saintes dans l'après-midi du lendemain de l'appareillage.

Près de la coste orientale de Ste. Alousie, nos vigies aperçoivent peu avant le quart de nuit, un convoi fort de sept voiles & qu'on reconnaît pour anglois.
Celui-ci double la pointe sud & s'apprête à embouquer le Canal de Saint Vincent. Mr. Bertrick & le maître calculent une route d'interception & Régence vire à rencontre juste avant que le soleil ne plonge derrière l'horizon occidental.

Au petit jour, Régence est à moins d'un demi mille d'un retardataire & l'on parvient à portée de canon avant même qu'il nous découvre. Les marchands sont trop faible d'équipage pour maintenir des vigies nuits & jours dans les hunes & quand bien même, nous l'aurions de toutes manières arraisonné. Nos canons de 8 suffisent à le désemparer & notre infanterie, d'une mousquetade meurtrière, accable assez l'équipage pour qu'il se rende à merci.

Le père Marcelin nous fait remarquer que ce jour d’huis est la Saint Barthélemy, que les anglois sont vils hérétiques & qu'il est fort bien que nous en ayons occis quelques uns.
Quelques officiers présents sur le gaillard & que je connais bien pour ce que nous sommes liés d'amitié, goûtent peu ces propos. Quoique officiellement bons catholiques romains, ils sont secrètement favorables à la Réforme mais ne le peuvent afficher sans y perdre leur brevet.
Cent cinquante tonneaux de marchandises sont transbordés par les prisonniers au cours de la matinée après quoi Mrs. Lanoue & Joncquière incendient le senau. Nos prisonniers sont serrés à fond de cale.
Le lendemain qui est jour de la Saint Louis Mr. Bertrick invite le carré à dîner pour fêter ce grand Roy que fut Louis IX mort de dysenterie aux croisades.
Au nord-est de la Nouvelle Walcheren nous prenons un brick senau de 300 tonneaux, bâtiment de transport de la marine angloise chargé d'espars, de toile à voile, cordage, poudre & boulets ces derniers inutiles à moins d'être refondu car les canons anglais sont d'un calibre différent des nôtres (*).

(*) La livre française (ou «livre de poids de marc», soit 489,5 grammes) étant un peu plus importante que celle britannique (ou «livre avoirdupois», soit 453,6 grammes). Ainsi, le boulet britannique de 12 livres anglaises pesait l'équivalent de 11,12 livres françaises, tandis que le boulet français de 12 livres pesait au Royaume-Uni, 12 livres et 15 onces. La conséquence est qu'en cas de prise d'un navire, l'ensemble de son artillerie devait être intégralement remplacée afin d'être adaptée aux munitions en usage dans le pays qui s'était emparé du vaisseau.
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