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 Les débuts de Latimer Bertrick dans les Indes occidentales.

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Bertrick
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MessageSujet: Re: Les débuts de Latimer Bertrick dans les Indes occidentales.   Dim 12 Juil 2015 - 20:46

Pélican Lake

Pas moins d’une dizaine de navires forbans y étaient à l’ancre. Effervescence dans l’habitation jouxtant le port. Sur les quais, c'était la presse. Lavandières, portefaix, commis, planteurs, scribes, tenanciers, même les ribaudes s’y bousculaient, au grand dam des marins et des manouvriers qui en subissaient la gène.

La rumeur s’était répandue dès la veille au soir avec le débarquement des équipages des premiers navires à entrer au port.
Ils avaient pris un vaisseau à l’anglais !

Ce matin, tous voulaient voir, de leurs yeux voir, ce vaisseau enlevé de haute lutte aux Godons.
Il faut dire que c’était là spectacle unique, un deux ponts, pavillon noir en tête de mât !

Le capitaine Faya avait fait mettre les canons à poste. Émergents des sabords de la batterie basse, les gueules menaçantes des pièces de 32 livres suscitaient de nombreux commentaires.

- Ces canons sont énormes, les dégâts qu’ils peuvent faire doivent être terrifiants !

- Pour sûr monsieur le clerc de notaire. Pensez donc, un boulet a un diamètre de plus de 6 pouces (155mm) et pèse 28 livres (14,528 kg).

- Je n’ai jamais vu d'aussi grosses pièces sur nos navires.

- Ça non hélas ! les plus gros qu’on utilise se trouvent sur le brick Sicaire que vous voyez là-bas. Des pièces de 9. Encore qu’il n’en a que quatre de ce calibre. Des boulets pesant moins de huit livres. C’est dire si notre puissance de feu est faible en comparaison !

- Et pourtant, vous avez réussi à vous emparer d'un vaisseau !

- Et oui mon bon monsieur. Godons, Bataves, Dons et Froggies manquent des qualités qui sont nôtres ; le courage et la témérité. Ha ha ha ! Ce ne sont que des planteurs, plus avides à acquérir des acres de terre qu’à faire honneur à leur pavillon.
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Bertrick
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MessageSujet: Re: Les débuts de Latimer Bertrick dans les Indes occidentales.   Dim 19 Juil 2015 - 12:37

Juillet 1715
Cayo Hueso

Quatre charrois sont venus s’alignés sur le quai, juste devant Red Devil. Sur chacun, deux paires de canons reposent sur des berceaux conçus à cet effet.

Griffith passe d’un attelage à l’autre pour inspecter les bouches à feu. Des huit livres françaises et quatre anglaises de neuf livres, toutes ayant déjà servi peu où prou.
D’où son attention sourcilleuse !
Ces canons en fer issus de prises risquent, s’ils sont en mauvais état, d’exploser, tuant par là même, les servants. Il eut préféré, comme le capitaine Bertrick, des canons en bronze. Ceux-là, éclatent en s’éventrant, faisant de moindre dégâts autour d’eux. Cependant, ils sont introuvables. Sauf à les prendre sur les navires de guerre pourvus par les arsenaux.

Des câblots sont frappés sur l’une des pièces du premier charroi et renvoyés sur le pont. Du gaillard d’avant, on hâle la drisse du palan frappé en bout de grand vergue et le canon se soulève lentement, faisant craquer le bois du chantier, soulagé de sa charge.
Le bosco, au porte-voix, dirige la manœuvre. Jouant tour à tour sur le palan, la balancine de vergue et les câblots, il fait s’insinuer le canon entre le réseau complexe du gréement jusqu’à l’amener sur son affût.
Seize fois, la même manœuvre, lente et laborieuse devra être répétée avant que nuit se fasse.

Bertrick, appuyé à la rambarde de dunette, assiste aux délicates opérations.
Qu’une élingue lâche et le pont sera défoncé et crevé. Le canon sans doute irrémédiablement endommagé.
Non point qu’il y ait pénurie de ces calibres, mais quand même.

Il en est là de sa funeste réflexion lorsque le chirurgien s’engage sur la planche de coupée. Il le hèle.

- Holà Docteur ! Avez-vous trouvé à compléter votre coffre de médecine ?

Le Dr. Grüber pivote dans sa direction, cligne des yeux dans le soleil, salue d’un ample mouvement de son chapeau. « Oui, bonjour Capit ... » il se prend les pieds dans une glène de cordage et s’affale de tout son long sur le pont.
Sur le gaillard d’avant, les hommes s’esclaffent, tout à la joie de cette diversion.

- Silence vous autres ! hurle le bosco dans le porte-voix.

Bertrick descend l’échelle de dunette pour aller aider le chirurgien à se relever. Il lui ramasse son chapeau et l’en recoiffe.

- Je n’ai rien, je vous assure … à part peut-être mon ego un peu malmené … merci Capitaine. Pour répondre à votre question … oui. J’ai sans peine trouvé ici de l’esprit de vin, de l’ase fétide, de l’arnica, de la teinture de laudanum et même du vif argent.

- A la bonne heure ! Et … avez-vous examiné nos nouvelles recrues ?

Bertrick soutient le chirurgien pour l’aider à gravir les quelques marches menant à la dunette.

- Lâchez moi voyons ! Je vais bien vous dis-je !
J’ai dû en refuser quelques unes.
Un fou dangereux …tant pour lui-même que pour ceux qui seraient ses compagnons.
Un autre, débarqué de fraîche date d’un navire de traite, atteint du scorbut … dents qui se déchaussent ... vieilles blessures qui suppurent.
Un autre encore, syphilitique celui-là … cas extrême … déjà à demi aveugle et qui n’en a plus pour longtemps selon moi.
Enfin, je soupçonne le dernier cas d’avoir un début de gangrène au bras droit … une vilaine plaie noire et fort malodorante  … coup de dague … rixe d’ivrognes.
Wells a trouvé à tous les remplacer. J’hésitai pour le cas de quelques simples d’esprit mais Wells à jugé qu’ils seraient toujours capable de hâler un cordage pourvu qu’on leur dise lequel, où même qu’on le leur mette dans les mains.


Le chirurgien remercia encore le capitaine et, en claudiquant, se rendit à la grande écoutille et disparut dans l'entrepont.
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MessageSujet: Re: Les débuts de Latimer Bertrick dans les Indes occidentales.   Sam 25 Juil 2015 - 13:53

- Par Belzébuth ! J’vois le fond d’ma cassette ! Y’a autant d’crottes de rats là d’dans que d’piastres !
Tout ça, c’est la faute de Courte glande … non c’est pas ça ! Courte … ha, j’sais plus. Que j’boive une rasade de rhum … glou glou glou.

Haaa ! Voilà qu’ ça m’revient ! Courtelande qui s’appelle ! Courtelande c’est ça ! L’étron né d’un pet d’fançais comme chantaient mes braves Nemrod’s.

Tiens, j’bois une autre rasade à leur mémoire … glou glou glou.

Si l’étron croit que j’vais m’torcher avec le Jolly Roger, y s’trompe ! Même si j’dois godiller sur une yole, j’srais encore le Diable Rouge ! Haaargh ! Elle est vide et qu’c’est la dernière !


Le Quartier maître trouva son capitaine affalé sur la chaise, jambes tendues devant lui, bras ballants de chaque côté, la tête rejetée en arrière, bouche béantes et ronflant comme un sonneur.
Plusieurs flacons de rhum vides avaient rouler au sol.
Il s’en fut chercher un gabier pour l’aider à lui retirer ses bottes et le porter jusqu’à son bas-flanc où ils l’allongèrent.
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MessageSujet: Re: Les débuts de Latimer Bertrick dans les Indes occidentales.   Dim 9 Aoû 2015 - 12:13

Bertrick revêtit sa casaque, boucla son ceinturon, vérifia que sa main venait naturellement sur la garde de sa rapière. Il glissa son coutelas et son pistolet sous le ceinturon.

- Tiens ma belle ! Tu pourra te racheter un corsage pour remplacer celui que j’ai si fort maltraité.

Il déposa une poignée de maravédis sur la petite table de toilette près du lit où la fille alanguie et impudique le regardait de ses grands yeux enamourés.
Il coiffa son large chapeau et sortit de l’alcôve où flottaient des odeurs de stupre et de sueur.

Dehors, la nuit s’était faîte. L’escalier extérieur branlant, la ruelle et de là, la ville basse. Ses venelles sombres et leurs porches plus sombres encore, quelques rares marins, aux démarches plus chaloupées que d’ordinaire, entrant où sortant des cabarets et des bouges sordides. L’un, incapable d’un pas de plus, était assis, adossés à un mur, jambes écartées, le bas ventre souillé de ses vomissures.

Un tire-laine, faisant mine de tituber vient se cogner à Bertrick et tente de lui soustraire sa bourse. D’une bourrade il envoie le maraud rouler dans la poussière et la lueur de la lame du coutelas qui jaillit de sous la cape, dissuade celui-ci de se relever de suite.

Le quai. Un seul navire est sur rade, à une encablure. Le canot est accosté là qui l’attend. Il descend les quelques marches glissantes et embarque.

- Déborde !

Sans un mot, le patron de canot largue la touline et repousse l’esquif d’un bras puissant.
Les deux rameurs plongent les pelles dans l’eau sombre, scient un peu pour virer et commencent à souquer.

Le quartier maître Lester, l’attend à la coupée. Il crache sa chique par dessus l’épaule quand Bertrick embarque. Elle atterrit bruyamment dans un seau, à un bon yard.

- Tout le monde est à bord capitaine.

Bertrick se rend dans la grand-chambre. Là il jette son chapeau sur son coffre, s’empare d’un flacon de rhum et boit à même le goulot.

Ce repaire, vide de tout navire est sinistre. Fini les beaux jours de la piraterie où les noirs vaisseaux faisaient trembler les souverains et défaisaient leurs escadres.
Depuis le Concordat des état, les forbans essuyaient revers sur revers. La capture du deux-ponts de l’ambassadeur anglais semble avoir été leur « chant du cygne ».
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MessageSujet: Re: Les débuts de Latimer Bertrick dans les Indes occidentales.   Sam 22 Aoû 2015 - 15:17


Les prises que l’on pouvait faire avec un cotre & sans y perdre la moitié des hommes où d’avantage, ne pouvaient être que modestes. Et le butin plus encore.
On décida donc d’une expédition terrestre.

Mieux valait éviter les possessions continentales espagnoles où des garnisons nombreuses, disposant de cavalerie, pouvaient être dépêchées rapidement en renfort depuis les grandes villes. Il fallait donc que ce soit une île.

Mieux valait éviter celles occupées par les hollandais qui entretiennent des troupes régulières réglées. Il fallait donc une île qui soit aux français où au anglais, dont les troupes, hormis celles des vaisseaux, sont des demi soldes, où qui n’ont qu’une milice coloniale peu aguerrie.  



Au petit jour, Javelot approche de la côte au vent. Une échancrure dans cette côte inhospitalière, creusée par une rivière qui est à sec, sauf lors d’un ouragan, permet à la chaloupe de nous déposer en deux rotations sur une étroite grève de galets noirs.

Nous marchons. Il fait chaud, l’air est poisseux des embruns salés de la houle océane qui s’écrase à grand fracas sur les rochers en contrebas. A main gauche, le chemin surplombe la mer de deux à cinq toises, épousant les contours déchiquetés d’anciennes coulées de lave. A main droite, au delà d’une bande de savane brûlée par le soleil et le sel marin, commencent les plantations de cannes à sucre qui montent à l’assaut des premiers contreforts de la montagne de feu.

Nous sommes vingt qui, en hommes peu habitués à marcher sur la terre ferme, suons & peinons sous le soleil accablant.
C’est à présent une coulée plus récente descendant jusqu’à la mer & le chemin sinue entre agaves et blocs de basalte.

Nous faisons halte quand notre objectif est juste au delà d’un coude à un quart de mile devant nous. Un bois de gommiers que nous longeons nous cachera pour la nuit.
Pas de feu ! Il trahirait notre présence & une grosse bourgade qui a une batterie côtière avec une trentaine d’artilleurs est à un mile devant nous. Nous dînons de pâtés et de fromage pris sur les trois jours de vivres que nous portons.

Le pitt attire grand monde chaque samedi après le marché du bourg. On y vient de fort loin, jusque de l’autre côté de l’île. Les parieurs sont de toutes conditions, du plus pauvre colon aux riches bourgeois, notables et grands propriétaires terriens. quelques militaires aussi. Peut-être même … le gouverneur !
Il s’ y joue sur les combats de coqs des sommes assez considérables.

Au matin, on engage notre coup de main. On maîtrise silencieusement les quelques cochers & esclaves qui attendent leurs maîtres à l’extérieur, on se saisit des mousquets qu’on trouve dans certains attelages et des pistolets dans les fontes des chevaux.
On encercle le pitt.

Quelques boites à fumée par les étroites ouvertures, un grand vacarme de cris & quelques coups de pistolets sèment la panique et tous se ruent dehors … pour se jeter au milieu d’ un cercle menaçant de mousquets, d’escopettes et de pistolets tenus par une vingtaine d’hommes peu avenants aux regards dangereux.

Las, point de gouverneur parmi eux !
C’eut été rançon assurée. Et quel camouflet encore pour la perfide Albion !

On s’empare des piastres, de quelques bagues de valeur et d’une splendide paire de pistolets d’arçon. Après quoi, on libére les chevaux sauf pour trois attelages avec lesquels ont prend la fuite avec force hurlements et faisant feu de toutes parts. A la fin de la journée, nous sommes de retour sur la grève où notre chaloupe attendait.

Hormis l’un de nous qui surveillait l’arrière du pitt & qui fut attaqué vivement au visage par un coq que son propriétaire lui a lancé au visage en tentant de fuir & qui y perdra peut-être un œil, nous n’avons coup férir.

Avec les vils prix pratiqués par les marchands de nos repères, ce coup de main nous rapporta d'avantage que la prise d'une frégate marchande, coffre et cales comprises, et ce, avec bien moins de périls !
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MessageSujet: Re: Les débuts de Latimer Bertrick dans les Indes occidentales.   Jeu 5 Nov 2015 - 8:55

Résidence du Gouverneur Gilmore

Le "Pardon de Sa Majesté" soigneusement rangé dans la poche intérieure de son juste au corps, Bertrick, traversa la cour de la résidence vers la sortie. Il éleva le pommeau de sa canne d’un geste désinvolte pour saluer le factionnaire. Le soldat rectifia la position pour lui rendre son salut.  

La rumeur selon laquelle un célèbre pirate ayant été amnistié par Sa Majesté se trouvait en ville, couru dans la cité. On s’informa sur lui.

Bertrick fut dès lors invité dans tout les salons que la bourgeoisie & l’aristocratie comptaient dans la capitale de la Province pour qu’il narre les fabuleuses aventures du "Diable Rouge" & ces dames pour le voir de près ... voire de tout prêt !  

Bertrick affabulait non sans déplaisir devant ces parterres de femmes en pâmoison en présence du terrible forban.

Pour l’heure, il était l’un des invités de Eleanor Fitzroy épouse de commandant de l’Arsenal naval.
Un quatuor suédois, en tournée dans les Treize Provinces, devait y interpréter une suite de consort pour viole de gambe de William Lawes.

Après le concert, on proposa des orangeades où du punch aux convives. Des groupes se formèrent au gré des affinités. Des tables de jeux attirèrent la plupart tandis que d’autres se rendirent dans les jardins. Bertrick était de ceux-là.

Il se trouva très vite entouré par un auditoire presque entièrement féminin qui le pressa de relater l’une de ses expéditions.

- Et bien, ce n’est pas une expédition de flibuste que je vais vous narrer mais la fin de ma vie de pirate, celle qui me vaut le plaisir d’être à présent en si charmante compagnie.

- Nous étions quinze dans cet esquif prévu pour dix. Après une semaine, taraudés par la faim & accablés par la soif, mes compagnons d’infortune étaient prêt à sacrifier le plus jeune pour boire son sang & se rassasier de sa chair.

- Dieu du ciel ! Quelle abomination ! S’exclama une dame d’un certain âge en agitant avec frénésie son éventail.

- Madame, j’ai dû menacer & presque me battre pour leur imposer quelque humanité. Car forban je suis – où plutôt étais-je - mais anthropophage que nenni !

- Anthropophage … Qu’est-ce donc ?

- C’est un mot savant que j’ai appris de mon chirurgien & qui veut dire cannibale.
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Bertrick
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MessageSujet: Re: Les débuts de Latimer Bertrick dans les Indes occidentales.   Jeu 5 Nov 2015 - 19:48

- Poursuivez cher capitaine Bertrick ! Ne nous faîtes point languir » le pressa l’accorte hôtesse avec des battements de cils plus explicites qu’une drissée de pavillons de navire amiral.

- Au dixième jours, plus morts que vifs nous avons touché une côte. Fort inhospitalière ! La barre était terrifiante & nous étions sans force. La chaloupe après trois vaines tentatives a été retournée comme fétu de paille.

Seul dix d’entre nous ont réussi à gagner le rivage & nous vîmes des requins se jeter sur nos autres compagnons. La chaloupe était perdue, repoussée au large.

Nous avons vécu de pêche & de cueillette en suivant le rivage en direction du nord où je savais trouver un établissement espagnol. J’escomptais bien y parvenir & pouvoir m’emparer d’une de leurs embarcations .

Un jour, que nous longions une épaisse forêt, nous avons été assailli par un parti de sauvages fort d’une vingtaine de guerriers & qui sont des Bravos. C’est sur cette côte que le flibustier français Nau l’Olonnois a été tué & … dévoré car ils sont cannibales.

Nous avons fuit – armés de nos seuls couteaux de marin, que pouvions nous contre leurs sagaies, leurs arcs & leurs casse-têtes ?

Nous sommes parvenus à leur échapper après une longue poursuite qui dura tout un jour.
Un de mes compagnons, blessé d’une flèche dans la cuisse & qui ne pouvait plus courir, est tombé entre leurs mains. Les sauvages ont dû penser que ce seul « gibier »  suffirait.
Que Dieu ait son âme !

Amen !

Nous sommes arrivés un jour dans une contrée qui est un immense marécage. Plus de cueillette possible. Les oiseaux, les poissons & autres coquillages devaient être mangés crus car impossible d’allumer un feu dans ce pays noyé où tout est détrempé.

Nous avons perdu trois des nôtres, dévorés par des caïmans où des serpents longs de quinze yards & le corps plus épais que ma cuisse.

Un autre fut englouti dans des sables mouvants sans que nous puissions l’extraire de ce piège affreux.
Et les miasmes des marais nous apportèrent les fièvres ! Le terrifiant Vomito Négro.

Las ! Un à un tout mes compagnons périrent après des souffrances sans nom & je fus bien prêt de passer moi-même de vie à trépas.

Je marchais encore, titubant & tout délirant quand un moine qui herborisait me découvrit. Il me porta sur ses épaules jusque à sa mission.

Ce moine, le père Anselme – un bénédictin, me soigna durant tout un mois avant que je fus tiré d’affaire.
Il apprit, de par mes délires, ma qualité de forban & mon manque de religion. Il n’en eut cure & me soigna tout en tentant par ses lectures & ses paroles de m’amener dans le chemin du Seigneur.
C’est grâce à ce saint homme que me voici parmi vous.


- Mais capitaine" qu’allez-vous faire maintenant ? Allez-vous juste profiter des plaisirs de la vie ? minauda une jeune & jolie auditrice.

- Où peut-être avez-vous accepté la proposition que le gouverneur n’a pu manquer de vous faire et partir chasser vos anciens compagnons de piraterie ?
C’était l’un des rares hommes qui posait la question. Un enseigne de vaisseau.

- Que nenni jeune homme ! Après quelques temps à jouir du plaisir de si charmantes compagnies" d’un ample geste circulaire de la main, paume ouverte, Bertrick montra ses … adoratrices ?
"J’envisage - si je trouve quelque actionnaire prêt à me faire confiance - d’armer au commerce. Je sais mieux que quiconque comment éviter les pirates. Ha ha ha !
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MessageSujet: Re: Les débuts de Latimer Bertrick dans les Indes occidentales.   Sam 7 Nov 2015 - 14:15

Bertrick  affréta & arma la flûte Dromedary.

Il n’eut aucune difficulté pour recruter un équipage.
Peu où prou de navire présent au port, mais surtout la famine qui commençait à sévir à Charles Towne & que ce vaisseau en cours d’armement permettrait de fuir.
Famine causée par l’affluence dans la cité des colons qui abandonnaient les frontières de la colonie après le soulèvement Yamasee à l’ouest, ainsi que de nombreuses autres tribus Creek sur l’ensemble des frontières. (*)




(*) Exact ! La « guerre Yamasée » (1715 – 1719)

Les tribus Yamasee, Muscogee, Chicachas, Catawba, Apalaches, Apalachicolas, Yuchis, certains Shawnees, les Congarees, les Waxhaw, les Pee Dee, les Cape Fear, les Cheraw, et d'autres encore. Certaines de ces tribus organisèrent de massives attaques contre la Caroline du Sud dans le but de détruire la colonie.
La Province  fut à deux doigts de sa destruction totale.  Les anglais parvinrent à rétablir à peu près la situation en 1716 avec l’aide des Cherokee ennemis héréditaires des Creeks.
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MessageSujet: Re: Les débuts de Latimer Bertrick dans les Indes occidentales.   Mar 10 Nov 2015 - 17:07

Intense activité. J’ai fondé la Merchant Adventurer Compagny.

Nombre de notables, de bourgeois et d’aristocrates ont souhaité participer à mon entreprise, soucieux de mettre leur or à l’abri avec la guerre qui fait rage aux frontières.
Le bruit cours que cent vingt plantations ont déjà été incendiées par les tribus Creek & les familles de colons massacrées. La milice coloniale est totalement débordée & le gouverneur Guilmore ne dispose pas de troupes hormis les artilleurs des batteries de défense du port.

La Merchant Adventurer Compagny a affrété une flûte dont je serai le capitaine ... & le principal armateur.
Je cours donc tout le jour, bureau de change pour les actions, chambre de commerce pour les patentes & lettres de connaissement, marchands pour l’avitaillement, négociants & planteurs pour la cargaison, l’imprimeur pour les affichettes de recrutement …

& le soir je vais de salon en salon pour me vanter … heu, pour vanter les mérites de la Merchant Adventurer Compagny et inciter de nouveaux actionnaires.

Dromédary est à quai. C’est une flûte jaugeant huit cent trente tonneaux, longue de 120 pieds (37m), large de 30 pieds (9m) avec une calaison de 16 pieds (5m).

Mon nouveau second, Thomas Blunt, se charge à présent de parer & d’avitailler le navire. J’en peux dès à présent occuper la grand cabine & rendre ma chambre - au grand dam de ma logeuse qui n’ignorait point que je devenais un personnage important et … riche !
Du moins, riche de l'argent des actionnaires !

Nous embarquerons quelques passagers – surtout des passagères – que les maris où les pères veulent préserver des outrages qu’elles pourraient subir des Yamassée. Nous aurons même un ecclésiastique de haut rang qui trouve fort à propos d’aller inspecter les missions de son Ordre dans les isles.
Henry Buchanan mon maître charpentier pose donc avec ses aides des cloisons dans le faux-pont pour y aménager des cabines.  j'enrôle donc aussi des mousses & des affranchis pour servir de steward. J’aurai du beau monde à ma table & de jolies filles où femmes … à suborner ?

Je n’ai aucune peine à trouver un équipage. D’une part, les navires anglais où autres ne se bousculent pas au port, d’autres part avec la famine qui grandit, beaucoup sont prêt à embarquer même à vil prix, hors je paie bien ; pour un simple matelot, trois livres sterling par mois lunaire plus une part sur les bénéfices de la cargaison. C’est le double de ce qui se fait habituellement pour les marins de commerce.
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MessageSujet: Re: Les débuts de Latimer Bertrick dans les Indes occidentales.   Jeu 19 Nov 2015 - 17:37

Nous avons embouqué le chenal & mouillé nos ancres de bossoirs devant St. Georges. Nos passagers & passagères ont débarqué avec les chaloupes.

Le déchargement du fret doit être reporté en raison de l’ouragan qui touche l’île de plein fouet. La côte qui ceint la baie est fort basse, elle protège du déchaînement des vagues mais peu où prou du vent. Aussi avons nous dépassé nos mâts de perroquets et calé nos mâts de hunes, mouillé aussi l’ancre de miséricorde.

La barge qui sert aux transbordements des marchandises risque trop d’être dépalée & d’aller s’échouer à la côte pour qu’elle puisse être manœuvrée tant que sévit un tel vent.

Je me suis rendu à terre peu avant le déchaînement des éléments. J’avais à prendre contact avec les autorités et les négociants locaux. Blunt mon second & Powell mon maître d’équipage devront assurer la sécurité de Dromedary sans moi.

Les Foster m’ont offert le gîte & le couvert pendant la durée de mon séjour à St. Georges.
La jeune Mary – qui a sans doute incité sa famille à ce qu’il en soit ainsi – m’offre bien d’avantage. Je suis tout émoustillé à jouer le jeune godelureau qui s’introduit nuitamment dans la chambre de sa belle.

J’ai été surpris au sortir de la chambre de Mary par son oncle. Il me provoque en duel & je vais sans aucun doute devoir l’occire.
Bien entendu, je ne peux plus rester sous son toit. Le plus fort de l’ouragan étant passé, je peux rejoindre mon bord.

Thomas Blunt mon second accepte d’être mon témoin.
Celui de Gérard Foster, l’offensé, sera le major  Edmond Finck de la milice coloniale. Il s’est rendu à bord pour signifier à Blunt que Foster qui n’est qu’un piètre bretteur a choisi de venger l’honneur de sa nièce au pistolet. Ils sont convenus que le duel se déroulera demain à l’aube sur la contre escarpe.

Je ne pouvais faire autrement – une trop longue expérience à tirer pour tuer. L’oncle de Mary a fait feu le premier à dix pas. Il  m’a éraflé la hanche. Je l’ai touché au dessous du cœur mais il ne survivra pas, il a un poumon perforé.

Voilà qui n’arrange pas mes affaires. Foster était fort connu & apprécié de la communauté et je suis le suborneur de jeune fille de famille. Nul ne veut à présent commercer avec moi. Je vais devoir lever l’ancre sur lège.
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MessageSujet: Re: Les débuts de Latimer Bertrick dans les Indes occidentales.   Mer 25 Nov 2015 - 13:53

Où comment un capitaine issu de la populace éprouve quelques difficultés à se faire « homme du monde »

Bertrick, où plutôt le capitaine Latimer, posa sa cuiller, s’essuya la bouche & repoussa un peu sa chaise pour étendre ses jambes sous la table.

- Ce ragoût de tortue au curry est fabuleux ! Digne de Luis Espatula.

L’un des convives, le Marquis de Melburry, arrivé d’Edimbourg depuis peu, abonda dans ce sens.

- Mais … Vous avez nommé Luis Espatula » ajouta t-il «  Serais-ce dans le Nouveau Monde un maître queux de grand renom ? »

- Maître-queue ? Ha ha ha ! Je ne sais si mon ancien condisciple est un amant ardent, mais c’est un chef cuisinier hors pair … Maître queue ! Ha ha ha !

Le révérant Causson s’étrangla dans son verre de porto.

- Un peu de retenu capitaine Latimer ! Vous n’êtes plus attablé avec des pirates dans une gargote. Sa Grâce parlait de Maître queux avec  un X . Ainsi appelle-t-on les chefs cuisiniers des grands de ce monde. Le terme en vient du latin magister coquus qui veut dire maître cuisinier.

- Un maître cocu à présent ! Ha ha ha ! C’en est trop ! Arrêtez messieurs … J'en pisse !

- Vous avez trop bu capitaine Latimer ! Votre inconduite est inqualifiable. Je vous serais gré de vous retirer.

Cette fois encore, mon « inconduite » me ferma de nombreuses portes et je fus à nouveau contrains de lever l’ancre sur lège, où peu s’en faut.
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MessageSujet: Re: Les débuts de Latimer Bertrick dans les Indes occidentales.   Mer 6 Jan 2016 - 20:33

- M. Powell, veuillez faire mettre le canot à l’eau.
- M. Sterling, je vous laisse le soin d’en désigner l’équipage. Je dois visiter les autorités de la colonie.

De retour dans la grand chambre ;

- Eusèbe, prépare moi ma meilleure tenue. Rassemble aussi dans la sacoche notre patente, les connaissements, le livre de rôle et le journal de bord. Tu m’accompagnera à terre avec Alcide. N’oubliez pas vos certificats d’affranchissement.

A peine débarqué, encadré des deux affranchis – à ma hauteur et non point en retrait comme l’eussent fait des esclaves – je me rendis à la Lieutenance du port. Je remis mes livres & registres à un secrétaire puisque le lieutenant se trouvait chez le gouverneur. Un autre secrétaire m’accompagna jusqu’au quai pour m’indiquer où devait accoster Dromedary.

Je me rendis ensuite au bureau de l’intendant pour m’informer du volume des dernières récoltes que les planteurs de l’île avaient amené dans les entrepôts de la colonie.
Il était trop tard pour rendre visite aux marchands et autres négociants, je revins à bord.

La journée était bien avancé quand Dromédary eut remonté ses câbles, salué Fort Charles et se fut amarré au quai marchand. Les tribordais s’égaillèrent dans la basse ville, les bâbordais devraient patienter jusqu’au soir suivant.

- Capitaine, un coursier vient de déposer un pli du gouverneur à votre attention.

Je décachetai la lettre.
Le capitaine Latimer est prié de se rendre « toutes affaires cessantes » à la résidence de son Excellence.

Intrigué, je m’y rendis.
J’étais attendu et un laquais m’introduisit dans le bureau de son Excellence le Major Général Lawrence.

- Capitaine Latimer, le lieutenant Felton qui commande le port, à consulté votre livre de bord. Il s’avère qu’au large de Belize, une escadre hollandaise, nos alliés, vous ont donné l’opportunité d’échapper à une division espagnole à la faveur de la nuit. Hors, d’après votre journal, votre cap vous a porté jusqu’aux atterrages des Isles Caïman !
Vous ne faites aucunement mention d’une quelconque rencontre avec les gibiers de potence qui infestent ces parages … ?
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MessageSujet: Re: Les débuts de Latimer Bertrick dans les Indes occidentales.   Jeu 7 Jan 2016 - 17:38

- Pour ce que, Excellence, nous n’avons croisé quiconque dans ces eaux ! Pourtant, nous en avions la crainte au point que jours et nuits, nos canons étaient en batteries & que les servants mangeaient et dormaient derrière leurs pièces.

- Aucune activité de ces chiens enragés dites-vous ? Voilà une information d’importance. Nous vous remercions capitaine. Ces gredins, si proches de notre colonie, sont Epée de Damoclès.

- Vous craignez un pirate du nom de Damoclès Excellence ?

- Mais non capitaine ! Il s’agit d’une expressions tirée de la mythologie grecque voyons !

- Son Excellence veut dire une épine dans le pied … Où un caillou entre fer et sabot d’un cheval si vous préférez.

- Bref ! Je suis fort aise qu’ils soient aller se faire pendre ailleurs.

- Ce capitaine Damoclès n’est pas vraiment chanceux … Une épine dans le pied … un cheval qui boîte … Et il quitte son terrain de chasse habituel pour être pendu ailleurs !

- Mais non !… Ha et puis fi ! Nous vous sommes gré capitaine Latimer, vous pouvez disposer.

Le laquais me reconduisit jusqu’au perron.
Je traversais la cour et quittais la résidence, riant sous cape.

- Ce capitaine Latimer me semble un rustre indécrottable !

- Un fieffé imbécile Excellence. Un marin très expérimenté cependant  à ce qui se dit sur le port. Il court même une rumeur … Mais peut-on y prêter foi ? Selon laquelle il serait un ancien forban amnistié par Sa Majesté !

- Ah ? … Voilà qui met à caution ses dires. Le bougre entretient peut-être des relations avec ses anciens amis ?

- Je ne le pense pas Excellence. C’est un milieu où il n’existe pas d’amitié. Ils vont jusqu’à s’attaquer l’un l’autre.

- Vous devez avoir raison. S’il jouit d’une amnistie, les autres pirates doivent avoir mis sa tête à prix dans la crainte qu’il ne se retourne contre eux !

- Sans doute Excellence. Les pirates amnistiés sont toujours les plus redoutables chasseurs de pirates … Pour prouver leur repentance sans doute. Non, je ne pense pas qu’il eut été pirate. Il ne serait pas devenu simple capitaine de commerce. Plutôt un corsaire, soit pour courir sus à ses anciens confrères, où s’en défendre, soit pour cacher la poursuite de ses forfaits sous un masque d’honorabilité.
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MessageSujet: Re: Les débuts de Latimer Bertrick dans les Indes occidentales.   Lun 7 Mar 2016 - 13:53

Le cabaret n’avait d’autre ouverture que l’imposante double porte à claire-voie qui laissait passer quelques rais de l’ardent soleil qui écrasait la ville.
Aucune fenêtre pour laisser entrer plus de jour. Un lustre en fer forgé supportant une douzaine de bougies de suif malodorantes en constituait la principale source de lumière.
Sur les tables les plus reculées de la vaste pièce, d’autres bougies tout aussi fumantes et nauséabondes, plantées dans des goulots de bouteilles y participaient parcimonieusement.

Bertrick était assis devant l’une de ces tables. Personnage incongru dans cette ville espagnole où les habitants sont plutôt brun de peau et le poil noir – lui qui arborait une barbe rousse flamboyante sur un visage couleur brique.

Le gargotier comme les autres clients l’avaient dévisagé d’un air suspicieux mais avaient bien vite détourné leurs regards de cet homme déjà mûr dont le visage buriné laissait encore se deviner quelques fines balafres de vieilles blessures là où la barbe ne cachait pas la peau.
Un homme de guerre à ne s’y pas tromper …
et un marin, ce qu’avait trahie sa démarche chaloupée à son arrivée.

C’était pourtant un lieu assez inusité pour les gens de mer qui y préféraient les tavernes proches du port. Ici, on y voyait surtout des manouvriers du chantier naval et de l’arsenal, et quelques  tires-laines le soir. Parfois aussi et plus tard encore dans la nuit, des coupes-jarrets et spadassins qui venaient se donner du cœur au ventre avant quelques mauvais coups.

L’homme qui entra dénotait plus encore. Petit il se tenait le torse bombé et semblait se déplacer sur la pointe des pieds comme pour se grandir.
Un coq de combat plastronnant dans l’arène d’un pitt  pensa Bertrick.
Sa tenue, culotte jaune canari, haut de chausse bleu sur un gilet vert et ses chaussures … rouges à boucles d’or avec des talons exagérément rehaussés !
Sa main droite, gantée comme la gauche de fin cuir de couleur crème, étreignait une canne à pommeau ouvragé, d’or aussi, semblait-il.

Le nouveau venu scruta les clients puis, d’un pas décidé se dirigea vers la table de Bertrick.
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MessageSujet: Re: Les débuts de Latimer Bertrick dans les Indes occidentales.   Mar 8 Mar 2016 - 16:03

- Capitaine Latimer ?
- Lui-même. Et vous êtes M. Ernest Savarin ?
- Si fait ! Puis-je m’asseoir ? Et je boirais bien …

il examina le pot sur la table …
- Va pour une cervoise, quoique j’y eus préféré du vin.
L’ôte de Bertrick  demanda en espagnol un gobelet et un autre pot de bière au tenancier.
Bertrick chuchota
- Voilà un endroit bien insolite pour un « Rendez-vous en toute discrétion » ainsi que  précisé dans votre énigmatique message. Nous sommes aussi visible que deux mouches dans une tasse de lait.
- Qui croirait ainsi que nous complotons ?
- Parce que nous complotons ?
- …


(Le cabaretier fit un discret signe de tête à son épouse pour qu’elle le remplace).

- Voyez les manigances du patron. C’est un informateur du gouverneur et par là même, du Grand Connétable, ce fat qui croit tout régir. C’est pourquoi j’ai prôné ce lieu. A propos, vous avez fort bien choisi la table. Juste derrière la boiserie dans votre dos se trouve le réduit où dort la souillon des cuisines. De là, il ne perdra  pas un mot de notre conversation.
Il fit silence, vida lentement son gobelet à petites gorgées puis poursuivit en élevant un peu la voix,.
- Je tenais à faire votre connaissance et à vous faire compliment pour la prise de la corvette hollandaise. Cependant …
Il tira de son gousset un pli qu’il lu sur le même ton ;

Cher Capitaine ,
je tiens par la présente à vous assurez de mon soutien, tactique et financier, dans l'affaire dite de "la crique du Honduras".

Cet écrit n'engage que ma personne et en aucun cas ma confrérie, ce que vous comprendrez fort bien, car elle ne peut prendre officiellement parti dans un conflit Anglo-Hollandais .
Bien a vous
                                                                          Signé : XXX

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MessageSujet: Re: Les débuts de Latimer Bertrick dans les Indes occidentales.   Mer 9 Mar 2016 - 11:10

- Que n’y avez-vous répondu favorablement ! Il eut contacté la Hernandad que vous fuyiez et leur faire savoir que vous naviguiez de concert. Suivant l’adage "les amis de mes amis son mes amis" ceux-là vous eussent laissé sauf et vous n’auriez pas eu à vous jeter dans la gueule du loup de Bélize où se trouvaient ceux-là même qui avaient obtenu une « Lettre de représailles » à votre encontre. Vous auriez encore votre navire. Bah ! C’est là, « mauvaise fortune de mer » comme vous autres marins le dîtes.

- Ce capitaine français est de vos amis pour vous avoir fait part de cette missives ?

- …

- Qui donc êtes-vous pour être ainsi aussi bien informé ?

- Pour votre gouverne, il est des gentilshommes – très haut placé en cour – et pour lesquels j’agis. Ceux-là souhaiteraient quelques renversements des alliances qui ont été convenues du temps de feu le Roi Louis XIV. Mais c’est là problèmes de haute politique que peu vous chaut.

- Pfff !  Et pourquoi m’avoir choisi moi pour remplir votre besogne ?

- Comprenez que nous ne pouvions agir ouvertement.
Votre pavillon anglais et vos « antécédents » convenaient à merveille pour servir nos desseins …
Je n’avais aucun doute sur votre opportunisme. Je connais en outre assez bien votre passé et sais que vous êtes un homme intelligent. J’en veux pour preuve vos talents de diplomate. N’est-ce point vous qui avez obtenu un « Concordat » entre les grandes confréries pirates - ce qui leur a permis de prendre le vaisseau de l’ambassadeur anglais ainsi que quelques frégates. Vous voyez, je suis bien informé ! Mieux même que le Grand Connétable.

- Cessez là vos éloges ! J’en rougirai presque !

- Faire rougir le Diable Rouge ! Amusant ! Mais vous avez raison. Vous aurez souvenance du bottier unijambiste qui fut aussi votre bosco ? Et que c’est par lui  que vous avez eu connaissance de la position de la corvette hollandaise et de son état. De fait, il fut mon intermédiaire à son corps défendant. Ceci juste pour vous faire toucher du doigt l’étendue de nos possibilités.


Murmurant à nouveau,

- Allons, sortons d’ici. Certaines oreilles ont reçu leurs contents d’informations.
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MessageSujet: Re: Les débuts de Latimer Bertrick dans les Indes occidentales.   Ven 17 Juin 2016 - 12:56

Extrait d’une lettre à un ami et confrère rédigée par le Sieur Lambert, chirurgien naval à bord du navire pyrate Lively.

Nous mouillâmes une ancre par soixante brasses sous une brise d’Est faiblissante à un demi mille de la côte au vent.
Un petit groupe dont je fus, embarqua dans la chaloupe qu’on avoit mise à l’eau pour une partie de chasse. Le débarquement s’y avéra malaisé, la côte estoit rocheuse et battue par la grande houle océane.

Nous découvrîmes en longeant cette côte vers l’ouest, une étroite grève où nous parvînmes à accoster. Non point à pieds secs, mais du moins sans mouiller notre poudre.

Après que nous eussions progressé de cent à deux cents yards dans la mangrove dont les palétuviers gênèrent considérablement notre progression, nous débouchâmes dans une forêt luxuriante. Heureusement, nous avions emporté un petit compas de voyage.
Côte inhospitalière mais inhabitée … d’où le choix d’un tel mouillage par le capitaine.

Car, de l’autre côté, à la côte sous le vent, les anglois y avoient un établissement défendu par un fort & leurs plantations de cannes à sucre y couvroient plus de la moitié ouest de l’île.

De ce côté-ci, peut être y estoit-il un village de pêcheurs où un campement forestier mais, si les habitants nous découvraient ils leur faudraient du temps pour porter l’alarme jusqu’à la colonie et plus encore à la troupe pour venir jusqu’à nous. D’autant que nous ne vîmes aucun chemin cavalier où même un simple sentier.
Restoit le risque qu’un corsaire fut présent au port et que le gouverneur le dépêcha pour attaquer notre vaisseau.

A bord de Lively, on crut un moment que tel fut le cas quand les vigies eurent signalé une chaloupe canonnière dans l’ouest nord-ouest. Toutefois son cap laissa plutôt penser qu’elle se rendoit au port. Leurs présomptions trouvèrent confirmation quand elle disparut derrière le promontoire à l’ouest de l’île.

Nous tirâmes quelques singes,  un toucan et même un grand serpent de quinze pieds de long que Alcide, qui estoit en notre compagnie, jura qu’il était tout à fait mangeable pourvu qu’on sache comment le dépecer et l’accommoder.


A suivre ....
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MessageSujet: Re: Les débuts de Latimer Bertrick dans les Indes occidentales.   Sam 18 Juin 2016 - 16:32

Las ! La mer estoit démontée et Lively, certainement contraint de lever l’ancre avec cette côte sous le vent toute proche, n’estoit plus en vue.
Quand à la chaloupe, elle avoit rompu ses amarres et nous l’aperçûmes là-bas dans l’ouest, disloquée sur les rochers.
Nous estoyons abandonnés sur cette île hostile.

Nous revînmes à la forêt où nous aménageâmes un abri sommaire pour nous protéger des trombes d’eau que le ciel déversoit abondamment sur nous.

Impossible d’allumer un feu, tout le bois estoit soit pourri soit vert & détrempé. Rien à manger hormis notre gibier … mais cru ! Ce qu’aucun de nous ne souhaitât.
Heureusement nous avions quelques bouteilles de rhum dans nos besaces pour tromper la faim et, tout trempés que nous estoyons, pour nous réchauffer.

Nous dûmes attendre le lendemain que le temps se calmât quelque peu. Nous revînmes à la côte pour guetter le retour de Lively mais, la mer restoit vide de sa présence.

Nous parvînmes, non sans moult acrobaties, à nous installer de manière tout à fait précaire dans les branches hautes des palétuviers et même a confectionner & y monter dans notre perchoir, une sorte de brasero qu’on chargea au fond de brindilles et de petit bois & dessus de plus gros & que nous allumerions avec notre poudre & un peu du rhum que nous eûmes l’heur de ne pas avoir encore bu … & qu’on décida de conserver à cet usage.
Nous ne bouterions le feu que lorsque nous verrions notre senau au large.

Lively n’apparut que le surlendemain. Nous eûmes toutes les difficultés a faire le feu, Alcide, qui battait le briquet à amadou, fut même sérieusement brûlé aux mains quand la poudre et le rhum s'enflammèrent d’un coup.
Quand nous y parvînmes enfin, le canot accostait déjà la grève.
Nous estoyons secourus, affamés, transits mais vivant.

De retour à bord, après que j’eusse préparé un onguent pour les mains d’Alcide et le lui avoir appliqué, j’ appris que ce n’estoit point notre "brasier" qui avoit alerté le capitaine mais la vue de l’épave de notre embarcation qui l’avoit incité à envoyer le canot à notre sauvetage.
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MessageSujet: Re: Les débuts de Latimer Bertrick dans les Indes occidentales.   Ven 15 Juil 2016 - 12:13

Le capitaine Breeg m’a fait part de son projet d’abattre en carène dans une petite baie de lui bien connue. Son chebec en a grand besoin qui traîne près de trente yards d’algues dans son sillage.

Il s’engage là dans une entreprise ardue & de longue haleine. Dégréer le vaisseau, dépasser les mâts, le vider de ses canons et de tout ce qu’il contient ensuite le coucher sur un flanc puis sur l’autre ce qui nécessite un complexe mouflage avec moult guindeaux, caliornes, palans & aussières. Suit le raclage de la coque qu’il faut enduire ensuite de coaltar. Enfin tout charger à nouveau, guinder les mâts et regréer.
Nous le laissons & c’est donc seul que nous faisons voiles pour écumer la Côte Sauvage.

Nous établissons notre base dans la Baye de Montjoly à quelques milles dans le Nord-Est de la rade de La Caïenne où les françois sont établis.

A défaut d’y pouvoir mouiller en rade pour vendre notre butin, nous trouvons dans les quartiers d’habitation assez de volontaires pour remplacer nos pertes et nous pourvoir en vivres fraîches. Notre présence est fort bienvenue pour tout ceux en quête d’un embarquement car le port n’entretient aucun corsaire où navire du roi.

Les fonctionnaires de la colonie ainsi que la garnison et même les jésuites vivent dans l’enceinte du Fort Saint Michel qui défend la rade.
Les colons vivent dans les quartiers d’habitations environnants. Nos déplacements sont de fait grandement facilités parmi eux et ce, avec assez de discrétion.
Nous avons juste à nous défier des jésuites qui traînent leurs sandales partout où de la rencontre fortuite d’une escouade en patrouille.

Le gouverneur ne dispose d’aucun navire capable de nous venir prendre à notre mouillage.
N’est à craindre qu’un assaut en règle contre notre campement. J’ai dans cette éventualité installé des guets sur les chemins d’accès.
Et puis … Je dispose assez tôt d’une informatrice !
Sous prétexte pour "Bonnes Oeuvres" d’aller visiter les femmes et les enfanceaux des colons les plus modestes, l’accorte épouse d’un membre du Conseil de la colonie se venge dans mes bras lors d’étreintes furtives, de l’inconduite de son mari qui lui préfère de jeunes esclaves.
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MessageSujet: Re: Les débuts de Latimer Bertrick dans les Indes occidentales.   Jeu 11 Aoû 2016 - 12:30

8 Août
A peine nos aussières passés autour de deux des vieux canons à demi fichés dans le quai et la planche de coupée en place, le fruit de nos rapines est déchargé avec beaucoup d’ardeur. L’équipage est pressé de s’égayer dans les bas-quartier. Les hommes n’ont pas eu une telle opportunité depuis notre appareillage de Saint Thomas le deuxième jour de Juin.

Laissant Lively aux bons soins de Vickers, je me rend sans tarder chez "le gouverneur" qui fut des nôtres avant de poser son coffre à terre pour une jolie créole, et une connaissance de plus de trois ans.

- Ca alors ! Bertrick ! Heureux de te revoir ici. J’ai vu ce matin un senau doubler le promontoire et entrer dans la baie mais si je m’attendais à toi …

- Bonjour Aria mon ami. C’est vrai que nous ne sommes plus très nombreux de ton époque. Beaucoup ont disparu en mer, sont retournés dans la vieille Europe où ont pris une « Lettre de Marque » d’un quelconque souverain.

- Toi même, lors de ton dernier passage, en Décembre si ma mémoire est bonne, tu commandais la flûte Dromedary sous pavillon anglois.

- Oh, ce fut un amusant intermède.

- Tu avais même réussi à ce que l’ambassadeur Von Bruggen en personne mette ta tête à prix .

- Avec l’approbation de l’ambassadeur anglois et même du grand connétable. Je t’expliquerai plus tard mais pour l’heure je dois me rendre au chantier naval.

- Et bien je ne te retiens pas d’avantage. Occupe toi avec diligence de ton navire comme tout bon capitaine le doit. Je t’invite à déjeuner demain. Rejoins moi à la taverne "Au canonnier de Drake". Je fais réserver le petit salon par mon secrétaire. Nous pourrons en discuter tranquillement. J’ai aussi beaucoup à t’apprendre.

Ma seconde visite fut donc pour le maître de hache propriétaire du chantier naval. Suite à la tempête essuyée il y a plus d’un mois au large de Paramaribo, nous ne pouvions réparer avec les moyens du bord les offenses subit. Lively avait aussi ses fonds sales et un carénage s’avérait nécessaire.

- Avec plaisir capitaine Bertrick. Il y a belle lurette que nous n’avons de navire de passage et encore moins de construction en chantier hormis quelques barques de pêche. Mon équipe peut prendre votre senau en charge dès que vous aurez vidé votre cale.

- Parfait. Je vous enverrai un messager.
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MessageSujet: Re: Les débuts de Latimer Bertrick dans les Indes occidentales.   Sam 13 Aoû 2016 - 12:29

A la nuit, c’est folie aux abords du port et jusque aux limites de la haute ville.
Les Livelys ont dévalisé l’échoppe du fripier, ensuite de quoi, outrageusement affublés de fanfreluches et de dentelles, font et refont la tournée des cabarets et tavernes en braillant à tue-tête.
Toutes les filles de petite vertu, à demi dépoitraillées, suivent ce cortège. Les moins nigaudes, s’ accrochent aux bras des hommes les plus avenants … où les plus généreux.
La populace, malgré les dégâts et quelques bosses, ferme les yeux sur ces débordements où les piastres coulent à flot. Il y a longtemps qu’un navire n’avait relâché là.

Le lendemain, je retrouvai mon ancien compère dans le salon à l’étage de la taverne "Au canonnier de Drake".

- Or donc te disais-je hier, je suis encore gouverneur mais pour combien de temps encore … ?

- Tu envisage de quitter ton "fief" et ta belle créole ?

- Je ne sais encore pour ce qui est de quitter ces lieux, mais si tel est le cas ce sera par force. La populace regimbe et je la comprend.
Il passe de moins en moins de nos navires et de ce fait, le chantier naval n’embauche pas et n’achète plus ni bois ni rien d’autres.
Aucun contrebandier non plus ne vient depuis que le prix d’achat des marchandises est de moitié ce qu’il vaut ailleurs.
Je crois que le marchand, et dans une moindre mesure le maître de hache, poussent les habitants à passer sous un pavillon quelconque.
Même avec les taxes royales et le denier du culte ils s’y retrouveraient largement. Je suis convaincu qu’il en va de même ailleurs … Gustavine est morte en couche en Janvier … Parle moi plutôt de ton "plaisant intermède".

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MessageSujet: Re: Les débuts de Latimer Bertrick dans les Indes occidentales.   Mer 17 Aoû 2016 - 13:24

- Et bien, je m’étais ouvert de mon intention auprès des autres capitaines.
Tu n'es pas sans savoir que nous étions plus de vingt et que les canons de six livres étaient tout à fait introuvables. En cause, une trop forte demande car nous n'hésitions pas à nous frotter à des escadres puissantes et avions de nombreuses pertes.
J’ai donc entrepris  de visiter toute les possessions anglo-bataves. J’y achetai lesdits canons pour créer la pénurie chez eux et j’en approvisionnai nos principaux repères.


- Tu étais perdant de moitié pour le moins !

- Oui mais j’étais riche à pouvoir charger mes canons avec mes piastres en guise de mitraille.
En outre, nombre d’entre eux m’ont offert leur butin en dédommagement de mes pertes bien que je leur ai dit que je rachetai leur butin au trois quart de sa valeur, un quart de mieux que nos marchands – ils y trouvaient ainsi leur compte d’autant que le marché était partout saturé - et je les payai "rubis sur ongle" dès le transbordement effectué !
Je tenais à mon bord un demi million de piastres.


- Par Belzébuth ! Tu aurais été une fort belle prise !

C’était un risque à prendre … et qui pimentait mon entreprise. Donc, je revendais dans les colonies angloises et hollandoises le butin de mes amis avec bénéfice ...
Et puis, la prise d’une corvette des Witte Tijger est venue en sus. Ce qui m’a valu la ire des bataves et de leur ambassadeur.
Ces chiens cupides, à l'esprit plus mercantile que guerrier, pleuraient la prise d’un de leur navire par un allié. Ils demandaient réparation au gouverneur Gascoigne et au Grand Connétable alors même que le capitaine de cette corvette avait déserté et "filé à l’anglaise" où, devrais-je dire "la queue entre les jambes". Enfin, quand je dis ça …
Il s’agissait d’une femme. Ha ha ha !
Elle se nommait Lady Dragon. Elle fut des nôtres avant d’accepter "la grande amnistie" je crois.
Bref, même avec la perte de Dromedary – je savais ma tête mise à prix et j’avais enterré mon magot - je restai aussi riche qu’auparavant et j'ai mis fin au « Plaisant Intermède ».

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MessageSujet: Re: Les débuts de Latimer Bertrick dans les Indes occidentales.   Ven 19 Aoû 2016 - 12:20

- Et tu a ainsi contribué à la ruine de nos repères. Les capitaines te transféraient en mer leur butin et nos marchands n’avaient plus rien pour faire commerce.

- Diantre ! Je n’avais pas  penser à ça. Il va falloir que je me défie du marchand local qui veut peut-être m’occire par vengeance où payer des spadassins pour ce faire ha ha ha !

-Je ne crois pas qu’il ait le courage d’en venir à pareille extrémité.
Mais, j’avais ouie-dire, et je pensais sur le coup à une cabale dirigée contre toi, que tu renseignais l’amiral Fox.


- Que nenni ! Ça n’était pas une rumeur infondée. D’ailleurs, un capitaine Goddon que j’ai abordé plus tard – j’étais à nouveau sous pavillon noir – était étonné que je m’empare de son navire. Il pensais que j’étais toujours un informateur de l’amiral.
De fait, pour asseoir mon « honorabilité », je renseignai celui-ci sur les  franco-espagnols aperçus en mer … J’informai surtout mes amis de toute présence dans les ports où je relâchai.

- L’amiral Fox ne se s’est point étonné que tu ne croises jamais un pirate, pourtant encore nombreux en ce temps là, et qui en toute logique devaient te faire la chasse pour te faire payer ta défection?

- J’y avais pensé ! Je fournissais aussi des informations sur mes anciens confrères … mais je prenais grand soin qu’elle ne soient exploitables. C’était aisé, mes propres sources et quelques fuites me tenaient informées sur l’escadre.
Certainement, l’amiral transmettait mon renseignement à leurs corsaires, très peu nombreux, et aux bataves, très peu entreprenants. Le risque était très faible. Aucun capitaine pirate ne peut se plaindre d’être tombé dans un guet-apens ourdi grâce à une trahison du Diable Rouge.
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MessageSujet: Re: Les débuts de Latimer Bertrick dans les Indes occidentales.   Mar 29 Nov 2016 - 13:10

Suite aux pertes subit lors de la prise de la flûte aux hollandois huit jours auparavant, laquelle nous offensa assez durement, le capitaine jugea nécessaire de relâcher pour compléter l’équipage dans le repère des forbans du Canal de Mona
Dès que la rumeur courue sur l’île que le Diable Rouge cherchait du monde, les volontaires affluèrent.

Le capitaine a loué une mule pour se rendre seul au nord de l’île  ! Un rendez-vous mystérieux ?

Les anciens de la compagnie assurent à qui veut l’entendre  que le capitaine partage la couche d’une très belle femme qui suit le navire de port en port …

- Vu qu’elle peut se transformer à volonté en sirène ! C’est comme j’te dit compagnon.

- Phil a raison. Quand le capitaine va la retrouver, c’est elle pour sûr qui le renseigne sur les proies dont on peut s’emparer et sur la position des corsaires où des escadres.

- C’est ben vrai ! Même que chaque nuit quand elle n’est pas dans les bras du capitaine, elle écume la mer depuis la Cayenne de la Côte Sauvage jusqu’à l’embouchure du Rio Bravo à l’ouest du  Golfe du Mexique et au nord jusqu’à Charles Towne à la Caroline du Sud.

-Houai les gars, écoutez-les ! Elle a une nage si rapide qu’elle peut faire le tour et plus encore chaque nuit !

- Que le Diable nous emporte tout les quatre si on vous ment !!!

- Si c’est le Diable Rouge ... ben ça fait long temps qu’ils vous a emporté ha ha ha !
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MessageSujet: Re: Les débuts de Latimer Bertrick dans les Indes occidentales.   Ven 13 Jan 2017 - 17:07

(Ceci est œuvre de pure fiction puisque les expéditions à terre ne sont point codées.)


La disputation & le duel prirent corps au sujet d’une jouvencelle.
Quelques uns de nos mariniers occupés à piller une dépendance de l’habitation, la débusquèrent derrière des sacs de grains dans le cellier. Ils s’apprêtaient à la soumettre à leur concupiscence avinée quand, passant devant ladite réserve, je l’entendis geindre.
Je poussai la porte & découvrant la scène, je m’ interposai avec rudesse envoyant d’une bourrade mordre la poussière à l’un qui avait déjà ses braies sur les talons.
Je fis barrière entre la pucelle & le reste de ses tourmenteurs au nombre de quatre & sortit l’épée du fourreau.

- Holà coquins fornicateurs ! Rangez vos vits. C’est d’autres armes dont il va falloir pour l’heure faire usage.

- Passe ton chemin maudit gêneur ! brailla l’homme empêtré dans ses braies & qui se relevait. La pucelle est nôtre, c’est là, juste butin.

- Que non point ! rétorquai-je Ce n’est qu’après le partage qu’elle pourrait vous être octroyée … si on l’inclue à vos part.

- Alors on se sert d’abord ensuite il sera fait comme tu dis répondit l'un d'eux

- Avant que de vous assouvir de cette drôlesse, il vous en faudra me passer sur le corps. Cependant, l’entreprise ne vous sera pas si aisée. Comment voyez-vous l’affaire, tous à la fois où chacun votre tour ?
Allons décidez-vous ! Sortez vos coutelas. Je vous fais défense cependant à tenter d’utiliser vos pistolets. Mes compagnons étendront roide mort lequel s’avisera de faillir.

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MessageSujet: Re: Les débuts de Latimer Bertrick dans les Indes occidentales.   Dim 15 Jan 2017 - 11:05

Dans l’encadrement de la porte en effet, Philip Fulton quartier maître de notre compagnie & Jan Salomon notre chirurgien & qui marchaient à ma suite, dégainèrent derechef chacun une paire de pistolets dont ils menacèrent les jean-foutres.

Un grand escogriffe dégagea le sabre qu’il portait lame nue à la ceinture et se précipita sans cautèle sur moi avec un grognement sauvage.
La pointe de ma brette s’enfonça profondément au creux de l’épaule droite du quidam qui pâlit, lâcha sa latte & s’écroula d’un regard étonné.

Un autre bondit aussitôt armé d’un sabre à main droite et d’un coutelas de boucanier dans l’autre. Je n’eus que le temps de me fendre, le lourd sabre siffla au dessus de ma tête emportant mon chapeau. L’élan de son assaut projeta l’assaillant sur mon fer qui le perça de part en part. Avant que de s’affaisser, Il faucha de son coutelas à hauteur de ma gorge mais j’étais hors la portée de son bras pourtant fort long. Je dû m’aider de ma botte pour dégager ma lame.

Les trois derniers, dont celui qui venait de se rajuster, se regardèrent interrogatifs & chargèrent ensemble en hurlant.
Je rompis de deux pas jusqu’à buter d’un talon entre les jambes toujours ouvertes de la pucelle.
J’écartai d’une parade le coup  de sabre d’estoc du plus proche, fauchai l’air d’un revers qui lui ouvrit la gorge de dextre à senestre. Il chut.
Le suivant voulut me porter un coup de hache pour me fendre la tête par le milieu, j’eu l’heur que le précédent le gêna.

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MessageSujet: Re: Les débuts de Latimer Bertrick dans les Indes occidentales.   Mar 17 Jan 2017 - 10:52

Le lourd tranchant m’emporta l’oreille gauche, glissa jusqu’à l’épaule & fut stoppé par le baudrier de cuir supportant le fourreau de mon épée.
Le choc dévia ma lame et ma pointe plutôt que de trouver le cœur s’enfonça dans son œil droit.

Le dernier en profita pour me porter un coup de sabre sur le flanc. Sa latte frappa le coutelas que je portai à la ceinture mais m’entailla assez profondément. J’eus cependant un sursaut de force pour lui enfoncer mon fer dans les tripes avant que mes jambes ne cédassent un peu sous mon poids. Je vacillai.

Salomon se précipita pour me soutenir.

- Tu perd beaucoup de sang capitaine. Il examina les plaies, déchira ma chemise pour bander les blessures.

- Hors le fait qu’il te manquera une oreille, tu t’en tirera … si la gangrène ne s’y met pas dans les jours à venir.

- Aidez moi à rejoindre le bord. L’air y est plus pur en mer qu’à terre … Emmenez aussi la fille.

Personne ne demanda la pucelle dans sa part de butin. Les cinq étaient passés de vis à trépas et le reste de l’équipage, peut être par crainte au su de quelle manière je l’avais conquise , ne me la disputèrent point.

Je fis bien de la réclamer dans ma part de butin. Outre que je n’avais cure de piastres – j’en avais à ne savoir qu’en faire – la pucelle me veilla durant ma convalescence & s’offrit à son sauveur qui avait & de quelle belle manière, à un contre cinq, risqué pour elle sa vie.
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Les débuts de Latimer Bertrick dans les Indes occidentales.
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