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 Retour à la mer de Latimer Bertrick.

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Bertrick
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Lun 21 Juil 2014 - 15:38

17 Juillet
Une gabare d’Espagne en vue sous le vent à nous.
Je décide de l’attaquer pour aguerrir l’équipage. J’amène sans difficulté Barracuda bord à bord.
Six volées à mitraille, dont trois de plein fouet qui font grand carnage.
je passe à l’abordage à la tête d’une quarantaine d’hommes. La gabare tombe entre nos mains. Nous la pillons avant de l’incendier. Nous ne déplorons que trois tués !
Je fais mettre en perce deux futailles de vin pour fêter la première prise de Barracuda.

18 Juillet. Au Nord de l'Isle de Sainte Ursule
Une corvette légère espagnole est en vue dans le N.O à 3 lieues. Je décide de l’attaquer & laisse porter dessus.
Ducasse n’a pas recouvré tout ses esprits après sa beuverie de la veille. Deux seulement de nos trois bordées fauchent le pont de  la Santa Maria de Guadalupe.

Le Capitaine Godefroy - qui a pris la frégate Océanide deux jours plus tôt - est à quelques milles au S.E. Au bruit de la canonnade, il fait force de voile pour nous apporter son soutien. Il fait feu sur l’autre bord de la corvette. Nous lançons nos grappins.
Roc coupe le sillage de l’espagnol, vire lof pour lof & nous range à contre-bord. Au porte-voix, le capitaine Godefroy dit me laisser l’honneur de prendre cette petite corvette.

Las ! Les espagnols mettent à profit ce répit pour sectionner les filins de nos grappins. Ils brassent précipitamment leurs vergues & courent se mettre à l’abri des batteries du Castillo del Morro.
Les Barracudas sont dépités. Cette proie était promesse de belles parts de butin pour chacun.
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Bertrick
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Mer 23 Juil 2014 - 20:44

Par vent frais sur l’arrière du travers tribord,  Barracuda, sous voilure aisée, émergea de la nuit quand  un rai de soleil étincela à tribord.
L’astre monta, dévoilant l’horizon à l’orient puis tout autour du senau, jusqu’à l’occident. Dans son sillage, Sainte Ursule n’était plus qu’une vague tache sombre qui s’estompa rapidement.

Depuis que le ciel s’était teinté du rose annonciateur de l’aurore, le capitaine arpentait la dunette, longue vue sous le bras. Il cessa son va & vient, se tourna vers Jarry qui se tenait à côté du timonier.

- Jarry, dès que les hommes auront déjeuné, nous pourrons établir les per ...

- Holà en bas ! Voile en vue ! Deux voiles en vue par tribord avant ! …Trois voiles !

- Qu’est-ce que c’est ?

- Sais pas Capitaine ! Deux dogres à 3 lieues & un plus gros loin derrière, coque encore noyée sous l’horizon.


Bertrick déploya sa longue-vue.
Les deux plus proches sont des  bâtiments de commerce, cap Ouest. L’enseigne de France est visible au mât de pavillon du navire de tête. Trois lieues plus à l’Est, le plus éloigné est toujours coque noyée derrière la ligne d’horizon. Il court sur le même cap.
Les trois naviguent à n’en point douter en convoi. Ils ont sans doute été séparés dans l’obscurité où lors du gros temps de la veille.

- Ho là haut ! Vois-tu ce qu’est le dernier ?

- Oui Capitaine ! C’est une petite flûte !

- Parfait ! Jarry, ce convoi est sans escorte. Nous avons des routes convergentes. Je veux attaquer la flûte. On n’envoie pas les perroquets. Tu va même faire choquer les écoutes des huniers d’une demi brasse pour perdre de la vitesse. Il  faut être au point de rencontre en même temps que la flûte. Les dogres vont devoir remonter au vent s’ils veulent la soutenir.

Les heures passent, le convoi maintient le même cap. Les dogres sont maintenant parfaitement visibles droit devant à une lieue. La flûte est par tribord avant à deux lieues.

- Jarry ! Tout le monde sur le pont !

L’équipage, s’y presse déjà, à quelques rares exceptions. Le hasard veut qu’ils aient toujours à faire sur le gaillard avant où dans le gréement de misaine.
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Jeu 24 Juil 2014 - 13:17

- Compagnons ! Cette flûte fait près de cinq cents tonneaux. Au moins une dizaine de pièces. Sans doute des 8 livres ! Si elle rip …

- Voile en vue ! Voile par bâbord avant !


Une forte frégate … Espagnole si l’on en juge à  la coupe de ses huniers. Cap plein Sud à 4 lieues, Droit sur nous !

- Pare à virer ! Du monde à l'avant pour choquer écoutes, boulines & brasser les vergues de misaine!
- Timonier la barre à tribord.


Cette frégate réduit à néant mon projet. Le temps de s’emparer de la flûte, elle sera sur nous & nous ne faisons pas le poids face à cet adversaire.


Nous poursuivons notre route, cap Est. Vers la fin du premier quart de l’après midi ;

- Voile en vue ! Voile droit devant !

Il s’agit à nouveau d’une flûte légère. Celle- là est isolée. Elle arbore les couleurs espagnoles et vient droit sur nous.

- Jarry, fouille dans le coffre à pavillon ! Nous devons avoir un pavillon espagnol.

Si fait, & les couleurs d’Espagne montent bientôt à la drisse de pavillon du grand mât.

Le capitaine qui commande cette flûte n’a sans doute pas été abusé sur notre identité ni sur nos intentions. Il vire S.O. met tout dessus & fait force de voile vers San Juan qui est à moins de dix lieues. Nous lofons cap plein Sud pour lui couper la route.

Las, le vent refuse … Refuse encore.
Nous sommes "vent debout". Louvoyer demandera des heures pour rattraper la flûte & nous mettra à quelques milles du port seulement & je sais qu' au moins une corvette y est présente.
D’ autre part, la frégate espagnole doit à présent se trouver sur l’avant du travers tribord, juste sous l’horizon.

La flûte, "au plus près bon plein" nous distance peu à peu.
Nous devons abandonner la chasse.
Nous virons, cap Est.
Ces deux déconvenues le même jour ont un effet déplorable pour la cohésion de la compagnie nouvellement constituée.
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Ven 25 Juil 2014 - 15:28

La cloche piqua le changement de quart.
Le bâbordais qui venait de prendre sa fonction de vigie de misaine, moqua le tribordais qu’il avait relevé & qui était accroché dans les enfléchures pour rejoindre le pont.

- Espèce de cocher de fiacre ! Passer par le trou du chat plutôt que par les gambes de revers ! Ha ha ha ! On voudrait pas de toi chez les bâbordais !

Après sa pique envers son compagnon, il releva la tête conscient qu’il devait assurer son quart avec vigilance. Il balaya du regard la ligne d’horizon d’un bord à l’autre.

- Damed ! Holà en bas ! Voile en vue !

Bertrick était penché sur une carte. Le cri, audible par la claire-voie, lui fit relever la tête. Il se redressa, pris la longue-vue dans son râtelier & sortit.

Le pont était inondé de soleil. Débouchant du clair obscur de la grand-chambre, il lui fallut un instant pour accoutumer son regard à cette lumière aveuglante. Il mis une main en porte-voix, leva la tête en direction de la hune de misaine.

- Dans quelle direction cette voile ?

- Droit devant Capitaine !

Depuis la dunette, la vision vers l’avant sera masquée par les basses voiles. Il emprunta le passavant bâbord jusqu’au gaillard d’avant.
Tout à l’avant, surplombant le mât de beaupré, il s’appuya à la rambarde, déplia sa lunette & la porta à l’œil.
A environ trois lieues, un navire à l’étrave camuse – signature hollandaise – fait route sur eux. Une gabare d’environ deux cents cinquante tonneaux.
Il referma sa lunette d’un coup sec, se retourna &  traversa à nouveau le pont dans sa longueur. Ducasse & Jarry l’attendait sur la dunette.

- Une gabare. Au vent arrière on ne peut voir son pavillon mais elle sort d’un chantier hollandais.

- Barracuda aussi !
» dit Ducasse, goguenard.

- Justement ! Faisons nous passer pour un compatriote. Jarry, vois si nous avons un pavillon batave.

- J’en ai vu un ce matin en fouillant le coffre à pavillon.

- Fort bien ! Envoyons le. Cette fois, ce marchand ne doit pas nous échapper !

- Surtout que certains à bord, les plus superstitieux, murmurent déjà que nous avons un Jonas à bord. Si d’autres y prêtent foi …

- Raison de plus ! Une nouvelle chasse avortée n’est donc pas envisageable.


Les deux navires allaient à l’encontre. la gabare au largue, tribord amures, toute voiles dehors, Barracuda au plus près bon plein, bâbord amures sous basses voiles & huniers brassés en pointe. La distance diminuait rapidement.

- Jarry, gouverne pour la croiser par bâbord.

- Ducasse, les pièces bâbord chargées à mitraille. Les servants cachés derrière le bastingage.

- Holà les tribordais ! Tout le monde pour saluer joyeusement des compatriotes. Mettez-y du cœur ! Braillez à pleine gorge mais pas un mot sauf si vous parlez leur langue !


Cinquante yards.
Sur les gaillards d’avant & dans les haubans de misaine des deux navires, les hommes commencèrent à se saluer bruyamment avec force gestes aimables.

Croisement à portée de mousquet.
Bertrick ôta son tricorne, inclina le buste & d’un ample mouvement du bras salua le capitaine batave. Lequel lui rendit de même cette politesse.
Brusquement, de l’avant à l’arrière huit champignons de fumée blanche éclosent le long du bord de Barracuda dans un interminable roulement de tonnerre.

La gabare glissa sur l’arrière, estourbie par la volée. Barracuda lofa, coupa le sillage de Haften – on pouvait lire son nom sur le cartouche de la poupe -  lâcha une nouvelle bordée sur la poupe de la gabare qui fit peu de dégâts.
Recevant à présent la brise par l’arrière du travers, Barracuda sembla bondir. Il remonta Haften. Les huit pièces vomirent tour à tour leurs essaims mortels de mitraille.
L’équipage hollandais, tétanisé par la brusquerie de l’attaque était désemparé.

- A mollir écoutes & boulines ! Jarry amène nous contre !

Barracuda perdit de la vitesse, se maintint ainsi à hauteur de la gabare. Ducasse envoya une nouvelle bordée.

- Les grappins ! Maintenant !

Une dizaine de corbeaux crochèrent dans les haubans, la lisse & même un canon de Haften. Les filins furent halés , les murailles des deux vaisseaux se rapprochèrent.

- Derrière moi à l’abordage ! » Hurla Bertrick en s’élançant sabre brandit d’une main, un pistolet dans l’autre.
Quarante hommes suivirent en hurlant.
Les bataves s’étaient repris & se défendirent bien. Les Barracudas durent refluer sur leur pont.

- Hardi compagnons ! En avant ! Ducasse tue ceux qui reculent !

Le charpentier, manqua son saut, se retrouva en déséquilibre sur la rambarde de Barracuda, vacilla en moulinant des bras, & tomba avec un long cri d’effroi entre les deux navires. Il fut broyé quand la houle ramena les murailles l’une contre l’autre.
Ce second abordage eut raison de toute résistance.

La gabare fut pillée – maigre butin - & incendiée. Huit hommes avaient péri.
Bertrick fit courir le bruit que le charpentier était le Jonas. L’équipage fut satisfait, la malchance avait quitté le navire.
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Lun 28 Juil 2014 - 10:06

25 Juillet
Nous avons remonté nos câbles aux premières lueurs de l’aube. Vent arrière par très légère brise d’Est qui nous permet d’établir les bonnettes de huniers & de perroquets.

Au vent arrière, plus un souffle d’air sur le pont où les gaillards. Le soleil nous y  accable. Que dire du faux pont où de l’entrepont où malgré les manches à air confectionnées par le voilier il y règne une chaleur digne de l’Enfer.

- Mais quoi ? Ne suis-je point le Diable rouge ? » s’esclaffa Bertrick tout rouge & suant.

- Diable où pas, tu est en nage capitaine !» répondit Ducasse.

- En âge de quoi ? Ha ha ha !

Nous mouillons pour la nuit à Bajo Comandante près de la côte Nord de l’Isla de Vieques.

26 Juillet
Nous doublons Punta Arenas & abattons S.O. La brise adonne.
Cap Ouest pour passer sous l’horizon d’une corvette de France qui croise à quatre lieues dans l’E.S.E. sur un cap S.O.

La côte Sud de l’Isle Borinquen défile sur tribord.
Nous entrons dans les sondes des Cayos Caribes.

Barracuda lutte contre le très fort courant de Boca Inferno qui le drosse sur les cayes où il pourrait s’échouer si le vent tombe où tourne au Sud.
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Mer 30 Juil 2014 - 12:24

27 Juillet
Cayo de Barca sur l’arrière tribord, le Cap Roxo est visible droit devant.

- Navire en vue ! Navire par tribord avant !

Une petite baie s’est dévoilée sur l’avant du travers tribord. Les cartes du bord indiquent Bahia de la Ballena. Un lougre anglais y est ancré.
Bertrick l’observe à la longue-vue. Son gréement a été offensé, une partie de son équipage est occupée à réparer.

- Timonier ! Gouverne droit dessus.

- Holà le monde, branles bas ! Ducasse, les canons tribord en batterie !

Personne à bord du lougre ne semble surveiller l’ouvert de la baie.
L’un des anglois découvre le senau par l’arrière bâbord à moins d’une portée de mousquet.
Cri d’alarme !
Ses compagnons assis sur le pont & qui besognent à la paumelle sur une nouvelle voile de misaine, lèvent le nez & restent cois devant l’imminence du danger.  

Nous rangeons le lougre, coiffons notre hunier de misaine. Barracuda frémit de la proue à la poupe quand le huit pièces tribord aboient l’une après l’autre.  
Une seule bordée, de plein fouet. Nous abordons dans la fumée.

L’équipage du lougre s’engouffre dans l’entrepont & s’y retranche. Il s’y défend avec pugnacité malgré son petit nombre.
Nous y perdons dix hommes, il nous faut refluer.

Bertrick harangue l’équipe d’abordage avant de la renvoyer à l’assaut, Ducasse et quatre de ses canonniers se joignent à eux en portant des … Machines infernales ?

Les abordeurs repassent sur le lougre, Ducasse & son groupe jettent les pots à fumée par les écoutilles qu’ils condamnent ensuite. Un seul panneau est laissé ouvert. A mesure qu’ils émergent de cette unique issue, les yeux leur sortant de la tête & crachant leurs tripes, les godons sont estourbis où occis.
Le lougre est nôtre !

- Ducasse c’était quoi ces « pots à fumée » ? Depuis quand avons nous ça à bord ?

- Hé hé ! Je les avais confectionné pour une fumigation que voulait faire Wellman lors de notre prochaine escale. Le chirurgien m’a conseillé de préparer ce mélange à base de soufre pour éradiquer la vermine qui a envahi le senau à Sainte Ursule.

- A défaut d’être chirurgien pour guérir nos maux , Wellman fera un bon artificier.  Ha ha ha !


De l’un des survivants – un estourbi après qu’il eut repris ses esprits - nous apprenons que le capitaine a réussi à fuir par la fenêtre de poupe à bord de l’annexe, laquelle était amarrée sous les fenêtres de poupe.
N’eut été l’épaisse fumée qui avait envahi l’entrepont & l’air rendu irrespirable par le souffre, il avait eut l’intention de se rendre dans la Sainte Barbe & de faire sauter son navire … & tous avec !

Le butin est maigre. Moins de huit milles piastres. Quelques marchandises sans grandes valeurs si ce n’est quatre pièces de 6 livres que nous transbordons pour le cas où la prise ne pourrait-être terri.

- Jarry, prend le commandement du lougre avec un équipage d’une vingtaine d’hommes. Dès que la misaine sera enverguée, met à la voile. Retrouvons-nous à l’Anclaje Isabela.
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Mer 6 Aoû 2014 - 10:09

Le lourd plomb à pic, le sondeur, juché sur le bossoir d’ancre tribord, hala la ligne en comptant les marques.

- Seize brasses »  dit-il en tendant le plomb au quartier-maître debout au dessus de lui sur la lisse du gaillard.

Jarry examina la base du plomb enduite de suif.

- Seize brasses ! Sable & coquillages ! cria t-il une main en porte-voix à l’attention de Bertrick mains dans le dos, à côté de l’homme de barre.
Jarry rendit le plomb au marin.

- Continue à sonder.

L’homme repris le plomb de sonde, le laissa pendre de deux bonnes coudées au bout de sa ligne, imprima plusieurs mouvements de balancier &  le projeta à nouveau, loin en avant.

- Jarry ! Monte dans la mâture » lui cria Bertrick.

Le quartier maître se rendit vers les haubans de misaine, escalada lestement les enfléchures jusqu’à la vergue. Il se dressa debout sur celle-ci & marcha en équilibre jusqu’à la fusée. Il s’y assit à califourchon, se tenant d’une main à la balancine. Il scruta les fonds devant l’étrave attentif à détecter au plus tôt, récifs où hauts-fond.

Ducasse sur le gaillard avant était prêt à faire larguer boulines & écoutes à la moindre alarme de Jarry.
Le sondeur psalmodiait sa litanie.

Seize brasses !… Quinze brasses un quart !… Dix sept brasses un demi !

Depuis que le senau, sous petite voilure,  glissait lentement entre les Cayos des Pinques, une navigation précautionneuse se justifiait.
Nul à bord ne voulait risquer un échouage, promesse d’un harassant labeur pour remettre à flot  - & peut-être même risquer la perte du navire si l’on ne pouvait le sortir d’une fâcheuse posture où s’il se brisait l’échine quand le reflux creuse sous la quille.
Les cartes en possession du capitaine étaient par ailleurs peu précises & aucune indication des fonds n’y était portée.
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Ven 8 Aoû 2014 - 12:58

Le ciel s’est  fortement obscurci dans l’Est. Un mur d’épais nuages d’un noir d’encre zébré d’éclairs s’avance sur nous. Nous risquons, à rester dans le labyrinthe des cayes, d’être dépalés  sur l’un des nombreux îlots & de nous y échouer.
Nous mettons le cap sur la Baie de San Pedro qui offre un mouillage abrité des vents d’Est.

Le vent s’essouffle un peu à défaut de la mer qui elle, reste très grosse. Nous quittons Bahia de San Pedro sous tourmentin & voiles d’étai.
Comme nous doublons le promontoire Est qui ferme la baie, la vigie signale un navire dans le Sud.

Bertrick braque sa longue vue. Il s’agit d’une gabare, distante de deux lieues. Elle est encore à la cape.

- Après ce « coup de chien » l’équipage prend peut-être quelque repos avant de mettre sous voile. Messieurs, allons les saluer. Graham, fait établir les huniers. Ensuite, tout le monde aux postes de combat.


A deux milles, on aperçoit le pavillon des Provinces Unies à la corne d’artimon de l'inconnu.

- Jarry envoie le Wiht Enseign !

La distance s’amenuise. Ils nous ont vu. Quelques occupants sur le gaillard d’arrière nous adressent de grands gestes. Un jet continu & assez puissant indique que l’équipage actionne les pompes.
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Ven 8 Aoû 2014 - 16:29

Nous coupons son sillage à une encablure, son tableau de poupe nous révèle qu’il s’agit de  Hertogenbosch.

Nous lofons, la rangeons sur son flanc bâbord à portée de mousquet. Le pavillon anglais est affalé, le Jolly Roger monte à la drisse.
Sur la dunette de Hertogenbosch, le capitaine, porte voix à la main – il s’apprêtait à nous héler - reste coi.

- Feu !

Les tourbillons de fumée masquent la gabare.
Quand les volutes s’effilochent, Hertogenbosch est déjà sur notre arrière bâbord. Nous lofons en grand pour revenir sur elle à contre bord.
Ses pompes ont cessé de cracher l’eau des cales, les bataves se pressent sur le pont.

- A contrebrasser le grand hunier !

Barracuda brise son erre, empanne à hauteur de la gabare à moins de trente yards.

- Feu !

La fumée environnent les deux navires, pour nos canonniers seule la mâture du hollandais émerge au dessus des volutes. A cette distance, il n’est plus besoin de viser, tout les coups portent.

- Feu à volonté !

L’odeur acre & enivrante de la poudre envahie l’air.

- Jarry amène nous bord à bord ! Graham, les grappins !
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Ven 8 Aoû 2014 - 20:34

Les corbeaux décrivent des courbes gracieuses, & crochent. Les filins sont raidis vivement. Les coques s’entrechoquent à hauteur des gaillards d’avant, les membrures craquent sous la contrainte.
Bertrick court le long du passavant, saute sur la lisse, s’agrippe d’une main au haubans du grand mât, sabre brandi de l’autre.

- A l’abordage !

Et il saute sur le gaillard d’avant de Hertogenbosch.
Cinquante hommes bondissent en hurlant à sa suite. Le pont puis le gaillard arrière sont conquis. La gabare est prise.

- Les prisonniers au pied du grand mât ! Bas sur l’eau comme elle est, il va y avoir de l’ouvrage pour choisir ce qu’on doit transborder.

- Ducasse, inspecte les cales !


Quelques minutes plus tard.

- Capitaine, les cales ne sont plus accessibles … Elles sont noyées !

Le capitaine de la gabare, qui est parmi les survivants est interrogé.
Il explique qu’ils avaient heurté un récif au Sud des Cayes en fuyant devant le gros temps … Qu’il y avait une importante voie d’eau sur bâbord avant … Qu’au moment de l’attaque, l’équipage s’apprêtait à glisser un paillet contre la coque pour colmater la brèche … Lequel paillet avait été emporté quand les hommes avaient tout lâché lors de la première bordée.

La compagnie était dépitée. Cinq des leurs avaient laissé la vie dans cette aventure & aucun butin à la clé si ce n’est quelques milliers de piastres dans le coffre du capitaine. Il n’y eut pas même le plaisir d’incendier Hertogenbosch qui coula par le fond peu après.
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Ven 15 Aoû 2014 - 16:25

Georges Town le 11 Août

C’est le jusant depuis une bonne demi heure. Au levant, le ciel se teinte du rose violacée annonçant l’aube.
Sur l’estacade de bois, deux hommes larguent les aussières à l’avant puis à l’arrière, montent prestement à bord & rentrent la planche de coupée. Les gabiers sont déjà sur les vergues des huniers. Les voiles sont dérabantées, elles se déferlent dans un lourd froissement. Un groupe muni d’espar poussent pour aider le senau à déborder l’estacade & prendre le courant de marée.
les hommes hissent les vergues, tournent les drisses sur les cabillots & se saisissent des bras sous le vent. Les vergues pivotent en craquant, la légère brise de terre emplie les huniers & le senau glisse jusqu’à la sortie de Governor Creek.

Barracuda double la pointe, la baie principale s’ouvre en grand devant lui.
Foc ,brigantine, grand-voile & misaine sont établies. Les voiles claquent, se gonflent. Barracuda prend de la gîte sur bâbord, sa vague d’étrave se fait moustache, l’eau bruisse en glissant contre ses flancs.

Passé les promontoires ouvrant la baie, Barracuda vire cap nord & envoie ses perroquets, ses voiles d’étai et enfin, ses bonnettes.
C’est sous cette superbe pyramide de voiles – sa garde robe au grand complet - que le senau s’établit sur son cap, grand largue, par petite brise, sur une mer calme.
Au changement de quart, le coup de loch de l’aide du timonier indique six nœuds.
A la mi-journée, le vent refuse. Il est à présent suret, il faut rentrer les bonnettes. La vitesse décroît, le loch n’indique plus que cinq nœuds.

Barracuda court ainsi jusqu’au soir venu. Quelques voiles mordent sur l’horizon devant. Piètres proies, de toute façon trop éloignées pour leurs donner la chasse. Je fais diminuer la voilure pour la nuit.

12 Août
Au petit jour, j’estime notre position à l’est de Isla de Guanaja qui doit se trouver juste derrière notre horizon. Nous sommes sur une route fréquentée.  Par là, passe le trafic de Truxillo une ville de Nouvelle Espagne sur la côte de Honduras.

Nous avons arraisonné un senau d’Espagne après 4 bordées, l’Azura. Nous n’avons perdu que deux hommes pour le prendre aussi décidai-je de poursuivre la croisière d’autant que ses cales ne renfermaient que peu de marchandises de valeur.

13 Août
Un grand senau est en vue le long de la côte au sud est. Las, il est « au vent ». Parviendrons nous à lui couper la route avant la nuit ?
Nous prenons la chasse au près serré bon plein. Le vent adonne à l’approche de la côte.

La chasse nous a vu & met « tout dessus » dans l’espoir de trouver refuge à Truxillo, à tout le moins d’empêcher que nous parvenions à portée de canon avant la nuit.

Une heure avant le crépuscule, le capitaine espagnol comprend qu’il ne pourra nous échapper. Il prépare son navire pour livrer bataille.

A une demi encablure, nous ouvrons le feu. Thérésa qui est armée de douze pièces, riposte durement. Si sa première bordée, tirée dans la précipitation, ne fait que nous effleurer, les deux suivantes nous touchent. Sa troisième bordée, qui nous atteint de plein fouet, nous tue beaucoup de monde.
Après la quatrième bordée de Ducasse, nous passons à l’abordage. Thérésa est à nous. Elle nous a coûté vingt deux des nôtres.
Il manque à présent le tiers de la compagnie. Je décide donc de faire voile vers Los Fuertes.
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Mar 19 Aoû 2014 - 12:39

16 Août
Port-aux-français s’estompe sur l’arrière, noyé par la légère brume de terre.

Barracuda est établi au plus près, tribord amures, avec un suret grand frais, sous grand-étai, brigantine, foc, ses huniers brassés en pointe.
L’horizon sous le vent est bouché par un énorme front noir zébré d’éclairs.

- Voilà qui nous promet sous peu du très mauvais temps » commente Jarry.

Il appuie ses dires en crachant sa chique dans la baille à mèche vide disposée près de la barre à cet effet.
D’avis idoine, je donne l’ordre à Graham de faire dépasser les mâts de perroquets & prendre un ris dans les huniers.

Au large de Isle de Guanaja, le vent forcit & la mer devient grosse. Barracuda roule & tangue à faire passer les mâts par dessus bord. Nous étalons ce "coup de chien" sous foc, grand étai & deux ris pris dans la brigantine. Les huniers sont ferlés dans leurs cargues ne laissant que deux minuscules triangles de toiles aux extrémités des vergues.

17 Août
Le ciel s’est éclairci. La houle se fait plus amène. Accalmie qui peut cependant n’être que passagère. Je fais larguer les ris & établir les huniers mais juge encore prématuré de guinder à nouveau les mâts de perroquets.

Aux atterrages de Truxillo nous ne décelons aucune activité de navires de guerre où de corsaires. Je décide d’établir ma croisière au large du port.

Le jour même, une gabare & une corvette sortent de Truxillo. La corvette vire & s’établit sur un cap nord-est. La gabare met le cap plein nord.
Elle est au vent à nous !

- Jarry, laisse porter ! … Ducasse, tout le monde sur le pont !

Je fais hisser le pavillon du Rey pour endormir la méfiance du capitaine de cette gabare. Lorsque celui-ci évente la ruse, il est trop tard.

Quelques bordées de mitraille & nous passons à l’abordage. La gabare est à nous !
Nous avons perdu cinq hommes.
A l’issue du pillage, je donne l’ordre  d’éventrer ses fonds plutôt que de l’incendier au risque de donner l’alarme sur la côte en vue à deux lieues sur bâbord.
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Jeu 21 Aoû 2014 - 10:11

Au dessus de lui, sur la dunette, la cloche piqua l’heure. Bertrick cessa d’écrire. Il rangea soigneusement la plume, l’encrier, referma l’écritoire qu’il ferma à clef. Il s’approcha de la fenêtre de poupe grand ouverte.

Le sillage s’étirait sur plus de cent yards. Il avait un soupçon de courbure – le senau avait une légère dérive tribord qu’aucune modification dans l’arrimage de la cale, où qu’un quelconque réglage des voiles, ne semblaient pouvoir palier, sinon à la barre. Ce qui n’empêchait en rien Barracuda d’être un navire aisé à manœuvrer.

Il ferma le battant de la fenêtre, coiffa son tricorne, saisit la longue vue dans le râtelier et sortit de la chambre.
Lorsqu’il franchit la porte donnant sur le gaillard d’arrière, il lui fallut un instant pour accoutumer sa vue à la lumière extérieure même si le ciel était encore chargé de nuage bas & que le soleil, caché, était déjà proche de l’horizon occidental.
Il gravit les quelques marches menant à la dunette.

Jarry était à la barre, Ducasse, une longue vue sous le bras, arpentait de long en large les seize pieds (4,80m) disponibles d’un bord à l’autre de la dunette.

- Ducasse, avant que les hommes ne dînent, fait diminuer la toile pour la nuit. On ne gardera que le foc, l’étai et la brigantine.
- Jarry, même cap jusqu’au lever du jour. Laisse la consigne à tes seconds.
- Qui sera chef de quart ?
- Graham pour le premier quart de nuit, capitaine. Jarry pour le second.
- Bien. Quand Graham aura pris ses fonctions rejoignez moi dans la chambre pour partager mon dîner. Il y a un pâté de volaille, une selle d’agneau & un vin d’Espagne de notre dernière prise.
- Dans ce cas, je me charge de fournir le brandy sur ma réserve personnelle. J’en ai eu un tonnelet par  mon ami le canonnier du capitaine Drosera quand nous l’avons croisé à Mona.
- Et … depuis le temps il t’en reste encore ? Ha ha ha !
- Moi j’aurai plutôt dit ; Et tu as attendu tout ce temps pour te décider à nous en offrir ?



La nuit tirait sur sa fin. Elle n’avait pas été de tout repos. Le vent avait forci & tourné au sud, la mer était très forte.
Bien que la voilure établie pour la nuit s’était révélée judicieuse, il avait fallu au plus fort de l’obscurité & sous une pluie battante, amener les vergues des huniers sur leurs chouquets, assurer le gréement dormant, contrôler le niveau dans la sentine, fermer les panneaux d’écoutilles, masquer les claires-voies avec des prélarts, bref toutes choses indispensables à faire, à bord d’un vaisseau à la mer par gros temps.

Le jour paru, sans aucune amélioration du temps.

- Voile en vue ! Voile par le travers bâbord !

Bertrick, présent sur la dunette depuis le changement de quart ouvrit sa longue-vue & la braqua. Mordant l’horizon, seul un petit rectangle blanc était visible.
Il descendit sur le pont et entreprit de monter jusqu’à la hune du grand mât. De là, la coque de l’inconnu lui fut visible.
Une frégate … de 20 canons.
Il revint sur la dunette où Ducasse, Graham & Jarry l’attendaient.

- Une frégate de 8 où de 9 à 4 lieues, cap sud.  Elle est « bout au vent », impossible de voir son pavillon mais la coupe de ses huniers est de facture anglaise. On maintient le même cap.

Le vent tourna nord-est & forcit encore dans la journée. A présent, il hurlait furieusement en arrachant la crête des vagues d’une mer démontée.
Impossible de fuir devant la tempête, avec une côte sous le vent toute proche. Barracuda dût être mis à la cape sous tourmentin, une ligne de vie courant de l’avant à l’arrière.

Certains parmi les derniers recrutés vivaient là leur premier ouragan en mer.
Bertrick qui faisait une ronde dans les fonds avec le charpentier en découvrit quelques uns qui priaient. Le comble pour des forbans qui se veulent être sans Foi ! … ni Loi.
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Jeu 4 Sep 2014 - 12:56

J'étais fort aise ne n'avoir, dans les jours qui suivirent le dernier coup de chien, point fais guinder nos mâts de perroquets.

Pour le capitaine de la grande gabare à qui nous donnions  la chasse, nous n'étions qu'un senau battant, tout comme lui, pavillon d'Espagne.
Nous avions hissé à dessein ce pavillon là & j'avais interdit que plus de quarante hommes – les deux bordées d'un senau naviguant au commerce - ne paraissent en même temps sur le gaillard d'avant & dans le gréement, lors des réglages de nos voiles - & nous courions sur le même cap. Cependant, si Barracuda gagnait main sur main, ce n'était que fort lentement.

Deux jours de chasse !
Deux jours & une nuit – où tous craignions même l'avoir perdu à la défaveur de  l'obscurité.
Fort heureusement, à l'aube, elle était sur l'horizon, droit devant. Je fis masquer nos sabords avec des prélarts car, bientôt assez proche, ils eussent révélés notre qualité.

A une demi-lieue, je fis aulofer un peu pour la déborder sur son tribord.
Je demandais à nos hommes visibles de faire force démonstration d'exubérance – cris & gestes, mais interdiction formelle de parler, pour ne point trahir que nous n'étions pas ibères - comme s-ils étaient excités de gagner sur elle & de lui manger le vent.
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Ven 5 Sep 2014 - 15:52

Barracuda à présent par le travers de la Maria à une portée de mousquet. Je fis affaler le pavillon d'Espagne. Le Joli Rouge monta en lieu & place à la pomme du grand mât.
Feu !
Les huit pièces de la batterie tribord crachèrent une à une de l'avant à l'arrière. La bordée faucha le pont de la Maria dont les canonniers amenaient leurs pièces aux sabords.
Un seul de ses six canons tira mais … A blanc !
Les servants avaient, dans l'agitation frénétique, omis d'introduire le boulet où la boite à mitraille.

Ce fut assez, en sus des jurons & menaces vomis par le capitaine, pour semer panique & grande confusion à bord de la Maria.

Les deux navires couraient à présent bord à bord. Ducasse & ses canonniers eurent tout loisir de pointer leurs pièces avec application. Cinq autre volées suivirent, rendant mortel tout déplacement sur le pont de la gabare.

Sur mon ordre, Jarry laissa porter. Barracuda accosta  la Maria dans la fumée de la dernière bordée. Les grappins fusèrent. Une meute diabolique & vociférante enjamba les pavois  à ma suite.
La Maria succomba sous le nombre.

Comme à l'accoutumée, les hommes se livrèrent au pillage des effets & possessions de l'équipage espagnol, détroussèrent les cadavres allant jusqu'à arracher l'anneau d'une oreille où couper un doigt pour s'emparer d'une bague. Ensuite, sous les ordres de Graham, la cale fut inventoriée & les marchandises de valeur furent transbordées à bord de Barracuda ainsi que la poudre, les espars, cordages & voiles pouvant être utiles. Enfin, la Maria fut livrée aux flammes.

Le surlendemain, nous nous sommes emparés du Mercato, un grand senau espagnol.
Celui-là n'a pas été dupe de notre faux pavillon & a riposté.
Peut-être avaient-ils vu la colonne de fumée de l'incendie de la Maria où aperçu l'un des deux navires de forbans qui croisaient dans ces eaux. D'autant que l'un d'eux, un lougre, ne pouvait cacher sa qualité de navire de course.

Toujours est-il que les trois bordées dont il nous gratifia, causèrent la perte de douze des nôtres à laquelle il fallait ajouter  huit autres, tués lors de l'abordage.
Avec les sept de l'affaire de la Maria, c'est le tiers de la compagnie qui manquait à présent & il nous fallait relâcher au plus tôt.
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Mer 24 Sep 2014 - 16:38

Septembre 1714 - Port français
Barracuda a largué les amarres & embouqué le chenal comme le soleil s'enfonçait sous l'horizon. Au milieu de la passe, le foc fut hissé pour prendre le vent. La brigantine, le grand étai furent envoyés & le senau pris fermement sa route. Il glissa vers l'entrée de la passe.

Les contours plus sombre de la côte de Nouvelle Grenade disparurent sur notre hanche bâbord. On fit route pour doubler le Cap Saint Antoine.
Le vent adonna à l'entrée du Détroit de Yucatán & forcit quand on entra dans le Golfe du Mexique. Au petit jour, comme l'horizon oriental  s'illuminait des premières lueurs du soleil, les Isles des Tortues Sèches furent aperçues.

Peu après la relève du second quart du matin,
Holà en bas ! Voile en vue par bâbord avant !

Bertrick se rendit sur la dunette. Il déplia sa longue vue, balaya l'horizon occidental. Il eut bientôt dans l'objectif un navire qui l'intrigua. L'emplanture de ses deux mâts était très en arrière de son gaillard d'avant. Serais-ce un navire ayant perdu son mât de misaine dans quelque fortune de mer ?
Il fit abattre pour y aller voir de plus près.

Une couple d'heure plus tard, il en eut l'explication. Il s'agissait d'une galiote, robuste petit bâtiment de guerre.C'était un navire peu usité, surtout conçu pour bombarder des positions à terre grâce à deux mortiers placés sur l'avant – d'où la position reculée de sa mâture. L'étamine blanche du royaume de France flottait à son mât de pavillon.

La galiote, lente & peu manouvrière fut aisément rejointe. Elle fut capturée après une bordée à mitraille de plein fouet immédiatement suivie d' un abordage, lequel coûta la vie à six des nôtres.

Peu où pas de butin sur cette prise si ce n'est le pillage des apparaux pouvant nous servir.
Graham prit le commandement de la galiote avec un équipage de prise de quinze hommes pour la terrir dans le port le plus proche & la vendre.
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Dim 28 Sep 2014 - 16:45

Fort coup de vent avec une mer très creuse. Tôt le matin, Bertrick avait vu l'orient se teinter d'une couleur jaunâtre menaçante & avait fait dépasser les mâts de perroquets.
Bien lui en pris !
Depuis le premier quart de l'après-midi, le senau fait route sous brigantine arisée, grand étai, tourmentin & avec les huniers dans leurs cargues. Amplifiés par la coque qui fait caisse de résonance, les craquements des membrures, le chant suraigu du gréement, les mugissements du vent & le crépitement de la pluie sur les ponts, attestent de la prévoyance - où de la grande expérience - du capitaine.

Bertrick est allongé dans son branle. Il n'a pas même pris la peine de se dévêtir ni de retirer ses bottes. On frappa.
Entre !
Désolé de te déranger capitaine. La vigie de misaine vient de signaler un navire en vue par tribord avant !
C'est bon, je monte.

De la dunette, on ne voyait rien. Les embruns & la pluie faisaient un rideau impénétrable. Bertrick se résolu à grimper jusqu'à la hune de misaine.
Ou l'a tu vu exactement ?
Dans cette direction cap'taine. Que c'est un gros trois mâts. J'lai vu par deux fois quand les rafales de vent écartent comme qui dirait la pluie. Il est à trois où quatre lieues.

Bertrick braqua sa longue vue ... Longtemps, il ne vit rien. Il essuya l'objectif à plusieurs reprises, insista.
Là ! Je le vois.
Dans une trouée, le navire fut visible quelques minutes. Il l'observa avec attention.
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Lun 29 Sep 2014 - 12:27

Bertrick quitta la hune & revint sur la dunette où Norton le canonnier, Jarry le timonier & Graham le bosco l'attendaient.
C'est une grande gabare d'au moins trois cents tonneaux. Elle est sur un cap est par tribord avant. Un peu moins de quatre lieues.
Elle est sous le vent qui est très fort & la mer est démontée. Ils décidèrent cependant de lui courir sus. Cap sud donc, en serrant le vent "au près serré".

Nous perdons deux gabiers qui, juchés sur le beaupré pour épisser une balancine de civadière ayant rompu, ont été emportés par une lame qui à coiffé notre gaillard d'avant.
Après une couple d'heures, le temps se fait plus clément.

Nous parvenons sur l'avant la grande gabare & découvrons qu'elle arbore le pavillon de France. Nous mettons à la cape hissons le même pavillon qu'elle.

Bertrick imagine alors un stratagème pour faire accroire que nous avons subi d'importantes avaries. Il fait armer les pompes.
Sur bâbord, côté invisible depuis la gabare française, l'eau est aspirée par les pompes à incendie des gaillards & rejeté dans la sentine du fond de cale. L'archi-pompe aspire cette eau par le puisard & la rejette sur tribord où les froggies ne peuvent manquer d'apercevoir le jet.
Ça devrait leur faire penser que nous avons une importante voie d'eau.
Et ça donne l'occasion de nettoyer nos fonds.


Que not' cap'taine il a plus d'un tour dans son sac. Commenta en riant Tobias Shadok l'un des gabiers suant aux bras de  pompe.
Tais toi compagnon et pompe au lieu de jacasser. Tu casse le rythme ! Lui dit Mathias Gibi qui s'activait à ses côtés, suant tout autant mais avec moins d'équanimité.

La gabare approche sans méfiance. Son capitaine nous hèle au porte-voix pour proposer élégamment quelque assistance dont nous aurions besoin. En réponse, nous affalons le pavillon de France & envoyons le Joli Rouge appuyé d'une bordée à mitraille.

Consternation à bord de l'Etrennes !
Quatre autres volées précédent l'abordage.
La grande gabare française est nôtre !
Dix milles piastres, deux lots de bijoux & seize barriques de madère. Nous délaissons le sel & le tabac dont ses cales regorgent.
.
Huit des nôtres, en sus des deux passés par dessus bord, y ont laissé la vie. Pour cela, bien que l'aide qu'il nous proposaient nous eusse incité à la clémence, nous avons jeté les survivants par dessus bord après les avoir entravé aux corps sanguinolents de leurs compagnons …
Étrennes avant l'heure pour les requins ha ha ha !  commenta Bertrick faisant s'esclaffer l'équipage.
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Sam 4 Oct 2014 - 12:35

Au large de Isle Mimbros.

Barracuda s'était éloigné des autres navires de la flottille. Deux corsaires espagnols furent aperçus.
Bertrick & «Chien Rouge» ,qui naviguait à vue, se lancèrent sur le plus fort des deux , un chebec. Celui-ci réussit à fuir non sans avoir reçu une demi-douzaine de bordées. Le son du canon attira le reste de la flottille qui s'attaqua au second corsaire, dont elle s'empara.

Bertrick franchit la coupée de la corvette Amirale & embarqua à bord de son canot.
- Déborde !
A son air coléreux, les hommes baissèrent la tête & se concentrèrent sur les avirons.
- Souquez ferme !
La mer était agitée, le senau à plus de trois encablures sous le vent. Ils furent vite trempés par les embruns.

A peine le patron de canot eut-il croché dans les cadènes des porte-haubans de Barracuda que le capitaine bondit à bord. Il alla s'enfermer sans souffler mot à quiconque dans la grand-chambre.

Graham avait vu le canot déborder du flanc de la corvette. Il se tenait prêt à diriger la manœuvre pour embarquer le canot. Il héla le patron par dessus le bastingage.
- Qu'est ce qui s'est passé  là-bas ? J'connais assez le capitaine pour voir qu'il est furibond.
- Sais pas. On était dans la  cambuse pour boire un coup. Alors, ce qui s'est passé à l'arrière ... ?  Mais que leur capitaine  il a même pas accompagné l'nôt jusqu'à la coupée. M'est avis qu'il doit y avoir de la fâcherie entre eux.

Le canot à peine reposé sur son chantier, la porte de la grand chambre s'entrouvrit, la tête du capitaine en surgi par l’entrebâillement.
- Holà ! Faites servir ! Cap E.N-E !

Le lendemain, comme en exutoire à la ire du capitaine, l'Honorine, une grande gabare française fut prise, pillée puis incendiée.
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Mar 7 Oct 2014 - 19:49

Octobre 1714

Grand frais de Sud, mer forte.
Contrairement à ces derniers jours, une certaine agitation règne sur le pont de Barracuda. Tôt le matin, la vigie a signalé une voile & on a viré pour s'en approcher.
A présent, le navire, dont les couleurs espagnoles claquent au mât de pavillon, est visible de tous à bord sans qu'il soit besoin d'une longue vue.

Voiles latines du grand mât & du mât de misaine brassées en ciseaux pour offrir la plus grande portée au vent, brigantine & perroquet de fougue sur le mât d'artimon, la pinque fuit sous toute sa toile au risque de briser un espar. Sans succès. Barracuda gagne main sur main.

A moins d'une demi encablure sur l'arrière de la pinque Trinidad, Jarry abat Grahams fait vivement brasser les vergues & Norton fait ouvrir le feu aux huit pièces bâbord.

La bordée touche de plein fouet, fauchant le gaillard d'arrière de l'espagnol. Sa brigantine, une drisse sectionnée, s'affale. Son centre de voilure déséquilibré, La Trinidad entre brutalement dans le vent ses voiles coiffé à contre. Sans ordre, leur capitaine touché, c'est le désarroi  total parmi l'équipage.
Jarry redresse la barre, Barracuda revient puis déborde la pinque par tribord.

Graham hurle.
- A relever les lofs de grand voile ! A contrebrasser le petit hunier !
Barracuda perd instantanément de la vitesse & stoppe par le travers de la pinque.
Norton & les servants des huit pièces tribord sont prêt.
- Feu à volonté !
Quatre bordées à mitraille balayent les ponts de  La Trinidad.
- A servir le petit hunier Graham ! Jarry amène nous contre lui !
Le senau s'accole à grand fracas contre l'espagnol.
- A l'abordage !
Soixante hommes hurlant  sautent sur le pont de la pinque derrière le capitaine ne laissant aucune chance aux quelques survivants  encore debout après les cinq bordées de plein fouet.
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Mer 22 Oct 2014 - 12:58

Bertrick franchit la passerelle posée entre la coupée et le quai dès que Barracuda y eut accosté. Il voulait lui-même faire la tournée des tavernes & des cabarets du port pour recruter.
La dernière affaire, la prise d'une grande gabare française avait été chaude. Trente trois hommes y avaient laissé la vie en sus de Graham le maître d'équipage & du chirurgien.
Pourtant, l'attaque avait débuté sous les meilleurs hospices. Sur sept bordées, pas moins de trois tirs parfaits & trois de plein fouet. Mais le français avait riposté. La mitraille des pièces de six livres de ses trois bordées avaient  creusé des sillons sanglants parmi les Barracudas qui se pressaient sur le pont principal & le gaillard d'avant prêt à se lancer à l'abordage.

La rade de Florida Key est encombrée. Recruter sera malaisé. Plusieurs capitaines présents jouissent d'une excellente renommée & Bertrick aura sans doute à faire valoir sa notoriété de plus ancien forban des  Caraïbes pour attirer vers lui des volontaires. D'autant que Barracuda est un bien modeste navire. Peut-être pourra-il arguer  en dernier ressort que les parts de prise y seront plus importantes puisqu'un équipage moindre.

Florida Key le 20 Octobre
De nombreux navires sont à quai.
Barque longue, cotre, senau, corvettes mais surtout des chebecs, ces navires à voiles latines. Au point lance quelqu'un sur la dunette de Barracuda, qu'on se croirait dans un port barbaresque tel Alger où Salé n'eut été l'absence de galères & de marins enturbannés.
- Tu t'vois en burnous dans le gréement ? dit ironiquement à son compère un aide timonier qui nettoyait le compas dans l'habitacle.
- Sûr que non ! lui répondit l'autre qui vérifiait la présence des lignes de sonde & du loch. « Que tu es un foutu bougre qui reluquerait pour voir si j'ai rien dessous ».
- Que nenni. J'ai navigué dix ans sur un marchand d’Écosse avant de rejoindre le cap'tain. Alors, sous les kilts, des bijoux de famille, j'en ai vu plus qu'y en aura jamais dans not' butin !
- Si tout les gabiers y sont sur les vergues en burnous, le vent va s'prendre dedans. Plus besoin de déferler les voiles.
- Et pour sûr, ça épouvantera nos proies ha ha ha !
- Ben moi qui ai navigué à la côte barbaresque, j’affirme que y'avait pas besoin de voir sous leurs burnous pour être épouvanté !
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Mer 29 Oct 2014 - 21:02

Carnet de voyage de Séraphin Pige "chirurgien" du capitaine Bertrick et correspondant de la gazette du sieur Armand Pipelet.

23 Octobre.
Nous sommes ancrés dans la Baie de Rock Sound à Eleuthera Island.
Un chebec & un cotre, sont au mouillage près de notre senau.
Un autre chebec remonte le chenal & vient jeter l’ancre près de nous. Il arbore le même pavillon rouge que celui qui flotte à notre grand mât.
Le quartier maître, Richard Jarry que j’interroge à ce sujet m’explique qu’il s’agit d’un pavillon de confrérie. Ce chebec est celui de Chien rouge un compère de notre capitaine. Tout deux sont membres de la confrérie Jolly Roger. Elle a compté jusqu’à huit navires mais, hormis ces deux là, Les autres ont disparu par fortune de mer, quelques uns sont retourné sur le vieux continent, fortune faite.

25 Octobre. Isle de La Tortue.
Nous sommes entré dans ce formidable repaire, haut lieu de la flibuste française. Pour l’heure, un seule navire est présent, une modeste chaloupe flibustière.
Peu après notre arrivée, un cotre, celui que nous avions croisé à Eleuthera Island, entre dans la rade, suivit de près par le navire de Chien rouge.

26 Octobre.
Nous remontons nos câbles imité en cela par le cotre qui disparaît rapidement dans l’Est.
Cap au S.E. le long de la Côte de Fer.

Nous donnons dans une croisière française forte de deux chebecs. Il semble que ces deux là patrouillent le long de la côte pour nous intercepter, sans doute prévenus de notre route.
Nous lofons pour nous tenir à distance mais une corvette sort de Port Margot pour se joindre à eux. Celle-ci est plus rapide que notre senau & nous devons abattre cap au Nord pour nous placer derrière l’horizon.

27 Octobre
Le grand chebec français est en vue dans le S.S.E. Le capitaine Bertrick prend le parti de nous amener dans une crique proche du comptoir anglais de Cokburn Town. Une frégate royale de 22 canons s’y trouve.
A l’Est, deux vaisseaux anglais, des deux ponts de 64 & 74 canons, font route vers le comptoir. Voilà qui devrait inciter le français à moins de velléité à notre encontre.
Le 64 est entré au port juste avant la nuit quand au 74, il est toujours à deux lieues dans l’Est et nous barre la route.

Nous avons fait voile à la nuit venue. Aucun feu hormis dans l’habitacle du compas, les ordres sont transmis à voix basse de proche en proche. La tension règne à bord où chaque homme est à son poste de combat. Nous glissons silencieusement dans l’obscurité à moins d’une encablure du 74 anglais.

28 Octobre.
Au lever du jour, grand frais de Nord, mer forte. Le grand chebec français se trouve à moins d’un quart de lieue. Nous lofons cap Est pour nous tenir hors de portée de ses canons.
Un autre chebec est dans le Sud Ouest à 3 lieues & fait force de voile pour nous intercepter.
Ce dernier est sur nous quelques heures plus tard. Nous manœuvrons pour éviter de nous trouver à portée de tir.

Chasse acharnée ! Par trois fois, ce chebec gagne sur nous & se place presque à portée de canon. Chaque fois nous parvenons à mettre de l’eau entre lui & nous. Tout l’équipage est en permanence sur le pont & dans le gréement pour régler sans cesse la voilure.

Toutes voiles dehors, au risque de briser un espar, les deux navires, Le chacal IV & Barracuda sont engagés dans une course à mort. Aucun des deux ne semble pouvoir accroître d’avantage sa vitesse.
Le vent refuse un peu en passant N.O. Le capitaine Bertrick prend la décision de remonter au vent ce que ne peut faire notre chasseur.
Cap N.E. donc, sous voiles d’étai & brigantine. Nous n’avions d’autre choix sinon à pomper notre eau douce, jeter canons & boulets par dessus bord pour nous alléger.

Le vent tourne encore & s’établit plein Est en forcissant. La mer est grosse. Nous hissons le tourmentin qu’on nomme aussi trinquette & qui est un petit foc de tempête. Une ligne de vie est tendue de l’avant à l’arrière, nous fermons les capots d’écoutilles & des prélarts sont posés sur les claire-voies.

Las ! Nous avons beau remonter le lit du vent, ce capitaine français parvient à revenir chaque fois du fait que le vent tourne & il qu’il n’a point besoin de louvoyer.
Nous subissons des dégâts qu’il faut réparer malgré les éléments déchaînés, nous avons perdu deux hommes emportés par une vague qui a coiffé le gaillard d’avant.

29 Octobre
Un second grand chebec français est en vue dans le S.E. & fait route vers nous, nous coupant la route de Saint Thomas. Décision est prise de nous dérouter & de tenter de rallier Mona.

Chacal IV est revenu sur nous. Cette fois, c’est la cinquième, il a réussi à se placer à portée de tir & nous a envoyé deux bordées dans le gréement.
Deux corvettes de 6 française à 2 lieues dans le N.O. font force de voile pour l’hallali.

Après une tentative pour nous éloigner de Chacal IV, nous avons pris parti de vendre chèrement notre peau & avons ouvert le feu à mitraille. Le capitaine à fait distribuer « la double » de rumfusnian ce mélange de tafia saupoudré de poudre à canon & qui rend fou. Les hommes provoquent les français pourtant trois fois plus nombreux, leurs montrent leur sexe où leur cul & les agonissent d’injures.

Le Django est venu à portée sur l’autre bord. Un tir parfait & quatre autres bordées ont précédé son abordage.

29 Octobre, en mer.
Je viens de participer, où plutôt d'être le témoin, de mon premier combat en mer.
Le grand chebec français qui nous donnait la chasse depuis deux jours à réussi à nous approcher assez pour nous canonner.
Près de cent trente pieds, deux fois la taille de notre navire ! Et une rangée de canons terrifiante !

Heureusement pour moi, il a tiré dans nos voiles & n'a blessé gravement aucun membre de l'équipage. Heureusement dis-je, car je ne suis qu'un apprenti apothicaire qui a menti pour être enrôlé comme chirurgien.

Le second grand chebec nous a attaqué sur l'autre bord & là, ces tirs ont été effroyables.
Terrorisé, je le dis sans honte, je me suis jeté et blotti au fond du canot que nous avions en remorque & j'ai coupé le filin.
Le canot dérivait à un jet de pierre du combat. J'ai de mes yeux vu,  par dessus le plat-bord, la tête dépassant à peine du prélart dont je m'étais recouvert pour ne pas dévoiler ma présence, près de deux cents hommes se lancer à l'abordage de notre navire où nous étions moins de trente encore valides après les bordées de mitrailles.

La presse des assaillants était si forte que plus de la moitié de ceux qui résistaient ont été simplement bousculés & son passés par dessus bord. Le capitaine Bertrick était du nombre. Lui seul savait nager  & a réussi à rejoindre le canot où je me terrais.
Nous ne sommes donc que deux survivants, un gamin d'à peine seize ans et le capitaine qui a bien deux fois cet âge et plus encore.
Dix lieues avant de toucher terre d'après les dire de ce dernier. Heureusement qu'il est là, seul je n'aurais même pas su dans quelle direction ramer.


« … sa retraite coupée et tout ses chemins pris.
Alors, il saisit dans sa gueule brûlante,
du chien le plus hardi, la gorge pantelante,
et n’a pas desserré ses mâchoires de fer,
malgré nos coups de feu qui traversaient sa chair
et nos couteaux aigus qui comme des tenailles
se croisaient en plongeant dans ses larges entrailles … »


Dernière édition par Bertrick le Jeu 30 Oct 2014 - 10:30, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Mer 29 Oct 2014 - 21:24

Chirurgien ! Ce gamin pensait-il me faire accroire qu'il est chirurgien à cet âge là ?
Soit ! Il connaît les simples & sait préparer des potions & des onguents mais … De là à poser des éclisses, à amputer un membre où à extraire une balle où une esquille, il y a loin !
Mais ce drôle me plaît bien. Je le prend sous mon aile. Et puis d'ailleurs n'est-il pas le seul survivant de mon équipage ?
Ça créer des liens !

Allez petit ! Bois un coup de tafia & rame !
Heureusement qu'on met toujours quelques flacons sous le banc de nage.
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Jeu 30 Oct 2014 - 19:16

Carnet de voyage de Séraphin Pige "chirurgien" du capitaine Bertrick et correspondant de la gazette du sieur Armand Pipelet.

30 Octobre.
Nous ramons donc, le capitaine & moi-même, chacun notre tour. La mer est forte & la houle ne nous donne que quelques dizaines de yards de visibilité mais lui, se fiant aux étoiles cette nuit, au soleil à présent, sait exactement quelle direction suivre.

Quel homme étonnant ! Malgré ce méchant revers de fortune qui en eut accablé plus d'un, & notre situation pour le moins précaire – pour ne point dire périlleuse, nous n'avons ni eau douce ni vivre, seulement du tafia - il sait faire preuve de beaucoup d'équanimité. En ce moment même, c'est lui qui rame pendant que je me repose & prend quelques notes sur mon carnet, il braille à tue-tête: « Je ri, je danse, je chante & je bois tour à tour & le Diable rit avec moi ha ha ha » !
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Mar 4 Nov 2014 - 11:32

Carnet de voyage de Séraphin Pige "chirurgien" du capitaine Bertrick et correspondant de la gazette du sieur Armand Pipelet.

Nous étions au mouillage de la Baye de Gri Gri , 3 milles Ouest de Charlotte Amalie.
Nous avons aperçu un lougre dans le S.E. à 4 lieues.
Le capitaine rassemble l'équipage & nous fait part de son intention de lui courir sus.

Nous avons remonté nos câbles. Au sortir de l'abri de la côte,  Pégase prend une forte gîte tribord quand la grand voile saisit la brise d'Est. Gîte qui augmente  encore quand le hunier & le perroquet furent établis. Sensation étrange que de se déplacer sur un pont si grandement incliné.

Le cotre est très maniable aux dires de M. Flint le timonier qui nous a amené aisément à portée de canons. D'autant que les français du Neptune ne s'attendaient sans doute pas à une attaque aussi prêt de leur établissement & avec une escadre qui patrouille dans ces eaux à la recherche de pirates dont la présence est connue.
M.Vickers le canonnier, à fait montre de son savoir faire. Notre bordée à touché le lougre de plein fouet. Le français s'est vite ressaisi. Sa riposte s'est confondue avec notre seconde volée de mitraille.
Cinq  des nôtres, trop confiants, qui ne s'étaient pas accroupis derrière la lisse, ont été fauché par des biscaïens.

Nous abattons pour nous mettre hors de portée. Neptune a le temps de faire feu à nouveau. La mitraille offense un peu notre gréement & blesse mortellement un gabier tandis que deux autres tombent depuis la vergue de hune & s'écrasent, qui sur le pont, qui par dessus bord.

De Isle de Sainte Croix toute proche, une frégate & une corvette, sans doute alertées par la canonnade, & nous étions en vue du port, viennent à la rescousse du lougre.
Nous avons été contraint à prendre la fuite alors que la frégate, faisant force de voiles était déjà à moins d'un quart de lieue sur bâbord arrière. C'était là trop fort parti pour nous
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Jeu 6 Nov 2014 - 14:08

5 Novembre
Forte brise de noroît. Un trois mâts marchand  est en vue par bâbord avant  à 3 lieues, au près, tribord amures. Nous lofons à la nuit tombante pour l'intercepter le lendemain s'il ne change pas de route dans l'obscurité.

6 Novembre
Le noroît à forci pendant la nuit, c'est à présent un fort coup de vent & la mer est très forte.
Le navire marchand a maintenu son cap. Au petit jour, nous le découvrons sous huniers cargués & deux ris pris dans ses basses voiles, à 1 lieue droit devant. C'est une gabare hollandaise de deux à trois cents tonneaux de jauge.
Nous hissons les mêmes couleurs dans l'espoir de l'abuser.

Flint serre un peu le lit du vent pour croiser la gabare sur son flanc tribord à moins d'une demie d'encablure. Parvenu sur son travers, Vickers fait ouvrir le feu. La bordée touche, fauchant les bataves agglutinés le long de la lisse & dans les enfléchures, pour nous fêter.

Les ordres fusent, les voiles sont brassées en grand, Pégase lofe dans sa longueur, s'établit sur ses nouvelles amures & revient sur Witte Beer sur son flanc bâbord. Les écoutes sont choquées, Pégase se stabilise à hauteur de la gabare à moins de trente yards.
Vickers courent le long des pièces tribord pour régler la hausse. Il fait merveille ! Tirant l'un après l'autre, les quatre canons tonnent sans discontinuer. Cinq bordées complètes, de plein fouet !

Bertrick donne l'ordre à Flint d'accoster la gabare. Les coques des deux navires s'entrechoquent, grappins & corbeaux les assujettissent.
Les Pégases se lancent à l'abordage en hurlant.
La vingtaine de survivants est submergée, Le capitaine de Witte Beer, blessé à mort, fait amener son pavillon.

La mer est grosse, le transbordement de la cargaison est difficile. Au point qu'un homme tombe entre les deux navires comme la houle les éloignait, Sa tête éclate comme un fruit trop mûr quand les coques reviennent durement l'une contre l'autre.
Avec ce dernier, cette entreprise aura coûté la vie à sept des nôtres.
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Dim 9 Nov 2014 - 10:45

Carnet de voyage de Séraphin Pige "chirurgien" du capitaine Bertrick et correspondant de la gazette du sieur Armand Pipelet.

J'ai, lors de la dernière entreprise de Pégase contre une gabare de Hollande, soigné avec succès mes premiers blessés au combat.
Pour trois d'entre eux, il s'agissait de coups de sabre où de coutelas n'ayant touché aucun organe noble & pour lesquels je n'ai eu qu'à cautériser & recoudre.
Un cas m'a posé d'avantage de problèmes, un gabier a reçu une balle dans l'épaule gauche. J'ai été contraint d'écarter la plaie & de fouailler les chairs pour chercher & retirer  le projectile ainsi que les fragments de tissus qu'il avait entraîné.
Si la gangrène ne s'y met pas, tous seront sauf. Depuis, l'équipage ainsi que le capitaine, m'envisage d'une toute autre manière.

Nous avons relâché à Mona. Le butin de la gabare, onze boucauds d'écorce de quinquina & deux balles de soie de Chine, a été vendu.

Les parts de prise ont été payées sur la tête du cabestan comme le veut la tradition chez les Gentilshommes de fortune. J'ai donc reçu cent cinquante piastres d'argent, de quoi m'offrir une lancette &  un scalpel en acier de Tolède – le meilleur qui se puisse être - & de renouveler ma garde robe. Il en restera largement assez pour festoyer & s'adonner aux plaisirs de la chair.

J'ai retiré les drains de la blessure de mon patient blessé par balle, il est dès à présent, hors de danger.
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