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 Retour à la mer de Latimer Bertrick.

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Bertrick
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Jeu 6 Nov 2014 - 14:08

5 Novembre
Forte brise de noroît. Un trois mâts marchand  est en vue par bâbord avant  à 3 lieues, au près, tribord amures. Nous lofons à la nuit tombante pour l'intercepter le lendemain s'il ne change pas de route dans l'obscurité.

6 Novembre
Le noroît à forci pendant la nuit, c'est à présent un fort coup de vent & la mer est très forte.
Le navire marchand a maintenu son cap. Au petit jour, nous le découvrons sous huniers cargués & deux ris pris dans ses basses voiles, à 1 lieue droit devant. C'est une gabare hollandaise de deux à trois cents tonneaux de jauge.
Nous hissons les mêmes couleurs dans l'espoir de l'abuser.

Flint serre un peu le lit du vent pour croiser la gabare sur son flanc tribord à moins d'une demie d'encablure. Parvenu sur son travers, Vickers fait ouvrir le feu. La bordée touche, fauchant les bataves agglutinés le long de la lisse & dans les enfléchures, pour nous fêter.

Les ordres fusent, les voiles sont brassées en grand, Pégase lofe dans sa longueur, s'établit sur ses nouvelles amures & revient sur Witte Beer sur son flanc bâbord. Les écoutes sont choquées, Pégase se stabilise à hauteur de la gabare à moins de trente yards.
Vickers courent le long des pièces tribord pour régler la hausse. Il fait merveille ! Tirant l'un après l'autre, les quatre canons tonnent sans discontinuer. Cinq bordées complètes, de plein fouet !

Bertrick donne l'ordre à Flint d'accoster la gabare. Les coques des deux navires s'entrechoquent, grappins & corbeaux les assujettissent.
Les Pégases se lancent à l'abordage en hurlant.
La vingtaine de survivants est submergée, Le capitaine de Witte Beer, blessé à mort, fait amener son pavillon.

La mer est grosse, le transbordement de la cargaison est difficile. Au point qu'un homme tombe entre les deux navires comme la houle les éloignait, Sa tête éclate comme un fruit trop mûr quand les coques reviennent durement l'une contre l'autre.
Avec ce dernier, cette entreprise aura coûté la vie à sept des nôtres.
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Bertrick
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Dim 9 Nov 2014 - 10:45

Carnet de voyage de Séraphin Pige "chirurgien" du capitaine Bertrick et correspondant de la gazette du sieur Armand Pipelet.

J'ai, lors de la dernière entreprise de Pégase contre une gabare de Hollande, soigné avec succès mes premiers blessés au combat.
Pour trois d'entre eux, il s'agissait de coups de sabre où de coutelas n'ayant touché aucun organe noble & pour lesquels je n'ai eu qu'à cautériser & recoudre.
Un cas m'a posé d'avantage de problèmes, un gabier a reçu une balle dans l'épaule gauche. J'ai été contraint d'écarter la plaie & de fouailler les chairs pour chercher & retirer  le projectile ainsi que les fragments de tissus qu'il avait entraîné.
Si la gangrène ne s'y met pas, tous seront sauf. Depuis, l'équipage ainsi que le capitaine, m'envisage d'une toute autre manière.

Nous avons relâché à Mona. Le butin de la gabare, onze boucauds d'écorce de quinquina & deux balles de soie de Chine, a été vendu.

Les parts de prise ont été payées sur la tête du cabestan comme le veut la tradition chez les Gentilshommes de fortune. J'ai donc reçu cent cinquante piastres d'argent, de quoi m'offrir une lancette &  un scalpel en acier de Tolède – le meilleur qui se puisse être - & de renouveler ma garde robe. Il en restera largement assez pour festoyer & s'adonner aux plaisirs de la chair.

J'ai retiré les drains de la blessure de mon patient blessé par balle, il est dès à présent, hors de danger.
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Lun 17 Nov 2014 - 14:16

Le cotre Pégase fait route grand largue, sous grand-voile arisée et foc entre Port à Piment & la Pointe du Môle St. Nicolas. Non point que la brise de Sud soit si forte pour justifier les ris, le hunier & le perroquet ferlés, mais, en maraude, pour qu'il soit aussi peu visible que faire se peut.

Ce sont les navires de commerce interlopes  empruntant le Canal Passe-du-Vent qui retiennent toute l'attention des vigies qui, chaque fois que le sablier est retourné & que la cloche pique l'heure, se relayent dans les barres de perroquet.

A la mi-journée, Petit Goave gisant par la hanche tribord ;
- Voiles en vue !
- Où ça ? demande Vickers sur la dunette.
- Sur l'horizon devant ! Deux par le bossoir bâbord, une autre par le bossoir tribord  !
Vickers ouvrit la longue vue qu'il portait sous le bras ... Des navires marchand de commerce interlope. Il referma la lunette,se rendit dans la grand chambre. Il y trouva le capitaine Bertrick dans son branle qui tirait régulièrement sur un filin fixé à la cloison pour obtenir un balancement régulier.
- Capitaine, trois marchands en vue par l'avant.
- J'ai entendu la vigie. Qu'est-ce ?
- Deux dogres espagnols sur bâbord et un trois mâts, à phares carrés … Dans les cent vingt tonneaux … C'est sans doute une corvette marchande sur tribord. Un français !
- Nous attaquerons donc celui-là.
- Capitaine, les deux dogres jaugent tout autant & ont trois fois moins de canons que le français !
- Une corvette c'est aussi deux fois plus d'hommes.  C'est elle que nous attaquerons cependant parce que c'est un navire français & que ces chiens ont pris,  il y a peu, mon senau. Je vais leur apprendre à craindre le Diable Rouge comme les Dons ont craint el Diablo Rojo !

Bertrick rejoignit la dunette & lança ses ordres au porte voix.
Les gabiers grimpèrent par les enfléchures, se rangèrent sur les vergues. Hunier & perroquet furent dérabantés, déferlés, bordés & hissés avec célérité. Les garcettes de ris de la grand voile largués.
Les vergues brassées.  Le cotre laissa porter sur sa chasse.
Plus rapide, plus maniable & " au vent " du français, Pégase vint à portée de canons sans difficulté.
- Feu !
Tel un frelon, le cotre virevolte autour du froggie. Il fait feu à quatre autres reprises sans que les canonniers français puissent jamais l'avoir assez longtemps en ligne de mire pour riposter.

Après une demi heure de ce harcèlement, Flint abat pour amener les navires bord à bord. Quelques grappins décrivent de gracieuses courbes & crochent la lisse du Garçonnet, les filins sont vivement halés.
Avec une clameur à glacer les sangs, les pégases se portent vivement, capitaine en tête, sur le pont français.
Démoralisés d'avoir subi sans pouvoir rendre de coup, l'équipage cède. Bertrick, après avoir occis lui-même le capitaine froggies, sectionne la drisse de pavillon qui s'affale & tombe à l'eau. Les rares français encore valides jettent leurs armes.
- Jetez les par dessus bord après les avoir lardés de quelques coups. Nous sommes proche d'un port français, les requins du coin en sont donc. Nous verrons bien si ceux-là sont aussi des mangeurs de grenouilles. ha ha ha !
L'abordage a coûté six hommes. Une bonne partie de la cargaison est transbordée avec célérité puis, Garçonnet est livrée aux flammes.

Deux jours plus tard, entre Port Margot & Cockburn Town, c'est La Baptistine, une flûte légère française qui subit le même sort.
Pégase manquait à présent d'une dizaine d'hommes. Les cales regorgeaient de butin, il y avait même des boucauds de feuilles de tabac & quelques muids d'armagnac amarrés sur le pont entre les canons. Le cotre fit route sur La Tortue pour y relâcher.


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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Ven 21 Nov 2014 - 13:49

19 Novembre
Bonne brise de nordet, la mer est agitée. Le cotre gîte fortement sur bâbord, tribord amures, toutes voiles dehors.
Il faut dire que, vers la fin du quart du matin, la vigie a annoncée une voile dans le N.O. Coque à peine visible sur l'horizon.
Tout juste le temps de venir à portée de cette proie avant la fin du jour.

Car c'est une proie. Dans l'objectif de la longue vue, Bertrick en est certain, c'est une flûte de cinq cents tonneaux mais surtout, le pavillon de France claque à la pomme de son mât de misaine.
- Monsieur Flint, un quart bâbord je vous prie.
- Holà le monde ! A embraquer l'écoute de brigantine ! … A brasser le hunier & le perroquet !


A bord de la flûte française Unanime, on avait aussi aperçu le cotre. Le chef de quart avait fait quérir le capitaine.
- Pour quelle raison me dérange t-on ?
- Il y a un petit bâtiment qui cingle droit sur nous.
- Dans quelle direction ?
- Par bâbord avant … environ 3 lieues capitaine !
- Donnez moi la lunette.
Au bout d'un court laps de temps :
- Un cotre, cent tonneaux, pas d'avantage. Un corsaire où un pirate. Je pencherais plutôt pour un pirate car il n'arbore aucun pavillon.
- Doit-on changer de route capitaine ?
- Que nenni ! Qui que ce soit, il a au mieux huit misérables canons de quatre, il n'osera pas se frotter à nos douze pièces de huit livres. D'autant qu'un cotre ne doit porter qu'à peine une poignée d'hommes de plus que nous. Croyez en mon expérience mon cher La Trémol, dans ces eaux  les corsaires, les pirates, voir même les navires de Sa Majesté, n'attaquent que s'ils  ont l'avantage quand aux nombre de canons & d'avantage d'hommes … & de beaucoup ! … Où s'ils sont à plusieurs. Celui-là,  pas plus que d'autres n'osera se frotter à nous vous dis-je.


Pourtant, à l'évidence, ce cotre ne changeait pas de cap, il  approchait, sous toute la toile qu'il pouvait porter.
- Peut-être un des nôtres & qui apporte des nouvelles importantes ? La fin de la guerre ? Un changement d'alliance ?
- Pourquoi dans ce cas n'envoie t-il pas ses couleurs ?
- Il aura oublié dans la précipitation ?
- Dans ce cas, c'est bien un navire du roi. Tous des jean-foutre !

A moins d'un demi mille, le Joli Rouge monta à la corne de brigantine du cotre.
- Quoi ? Ils oseraient ! Monsieur La Trémol, faîtes dégager la batterie. Nous allons couler ces présomptueux … Non ! Tirez à mitraille ! Je veux pouvoir pendre quelques uns de ces faquins. Ce sera excellent pour rappeler à l'équipage où est son devoir & ce qu'il en coûte de se rebeller contre l'autorité.


Dernière édition par Bertrick le Dim 23 Nov 2014 - 17:17, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Sam 22 Nov 2014 - 13:09

A bord de Pégase, Bertrick observait la flûte française à la lunette. Il fut surpris d'en voir l'équipage se précipiter pour dégager & amener les canons aux sabords.
- Quoi, les froggies nous ont  deviné ?
Derrière lui, Flint se mit à hurler sur un aide timonier.
- Qui t'a donné l'ordre d'envoyer le pavillon ?
- Personne ! Je pensais que ça les affoleraient.
- Enfer & damnation ! Nous sommes trop loin encore. Ils vont avoir tout le temps d'organiser la défense.


De fait, la flûte, armée de pièces de huit d'une plus grande portée, ouvrit le feu la première. Les gerbes de mitraille de la bordée tirée de trop loin, passèrent bien au dessus du pont mais sectionnèrent la suspente de la corne de brigantine qui s'affala sur le pont.
- Damed !  
Son gréement en désordre, Pégase pivota & entra dans le vent. Hunier & perroquet coiffés, le cotre empanna. Les canons étaient recouverts par la voile & n'avaient plus la flûte dans l'axe de tir.

A bord de Unanime, on jubila.
- Monsieur La Trémol, feu à volonté ! Montrons à ces suppôts du Diable ce qu'il en coûte de se dresser contre Dieu & contre le Roy.

La bordée suivante faucha de plein fouet le pont du cotre pirate. Une troisième suivit. La flûte avait à présent dépassé Pégase, les canonniers n'avaient plus le cotre en ligne de mire.
- Monsieur La Trémol ! Faites lofer en grand pour en finir.

Activité fébrile à bord du cotre. Sous le feu des français, il fallait réparer d'urgence ; dégager la voile qui recouvrait la dunette &  la batterie, jeter les corps par dessus bord, descendre les blessés dans l'entrepont, épisser où faire des nœuds dans le gréement pour établir au plus tôt la brigantine.

Enfin, Pégase repris de l'erre & lofa pour reprendre le combat bien que douze hommes soient hors de combat.
Flint & le capitaine manœuvrèrent de main de maître. Le cotre revint sur Unanime qui terminait son virement de bord pour l’hallali. Pégase virevolta autour, tantôt d'un bord tantôt de l'autre pour  prendre en défaut les canonniers français trop peu nombreux pour servir les pièces sur les deux bords en même temps.
Vickers, fit merveilles. La première bordée fut suivit de deux autres  qui touchèrent de plein fouet. La quatrième pouvait être qualifiée de tir parfait.
- Flint, accoste le !


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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Dim 23 Nov 2014 - 17:15

Je manquais d'hommes. Les français aussi. Ceux-ci se retranchèrent dans le gaillard d'arrière & dans l'entrepont & nous accablèrent de coups de mousquets en bas des échelles d'écoutilles où nous ne pouvions être à plus de deux de front.
Nos pertes étaient importantes, je dû commander le repli. La situation était sans issue.
Nous tenions le pont supérieur, donc la manœuvre de Unanime, les français n'étaient pas en état de le reconquérir.
Nous ne serions pas maître du navire tant que les français tiendraient le gaillard d'arrière & l'entrepont.
Ces fous semblaient bien capable faire sauter la Sainte Barbe, & nous avec, plutôt que de se rendre.
Je scindais les abordeurs en deux groupes, Flint avec un petit groupe pour forcer le gaillard, moi avec le reste pour investir l'entrepont.
- Hardi compagnons !  En avant !

Devant la résistance acharnées des français, nous n'y parvînmes ni l'un ni l'autre, il fallu renoncer encore.
A bord de Pégase, Vickers saisit la situation. Il nous fit parvenir des pots à fumée.
- Enfumons les ! Ils ne pourrons se terrer longtemps avec les vapeurs de souffre !
Ainsi fut fait. On lança les pots par les panneaux d'écoutille qu'on ferma & couvrit de prélarts.

Effectivement, la gorge en feu & les yeux exorbités, ceux qui tenaient l'entrepont rejoignirent leurs compagnons du gaillard d'arrière en passant par le faux pont
L'entrepont était enfin entre nos mains. Ce fut plus long à les déloger à l'arrière, les fenêtres de poupe faisant de la ventilation.
Enfin, assoiffés, aveuglés, crachant leurs tripes, ils sortirent. Ils n'étaient plus qu'une poignée.

A l'un d'eux,
- Qui vous commandait ? » demandais-je.
- Le capitaine à été tué par votre dernière bordée. Le second, Monsieur  La Trémol est étendu dans la grand-chambre ... Raide mort » dit-il.
Sullivan, un des abordeurs s'esclaffa.
- Qu'est ce qui vous fait rire ? » lui dis-je.
Sullivan m'expliqua en quelques mots qu'il avait longtemps navigué avec les français & en parlait couramment la langue, il traduisit ;
- La Trémol … étendu … raide !
Ce qui déclencha un éclat de rire général autour de nous.

Les hommes, bien que très éprouvés par ces trois abordages, transbordèrent avec célérité - & l'aide des cinq français encore debout - le butin à bord de Pégase dès que les fonds eurent été assez ventilés.
La prise de cette flûte, si le butin était conséquent, avait coûté la vie à quarante & un hommes … Près des deux tiers de l'équipage !

La corne de brigantine ayant été offensée lors de sa chute sur le pont, une fortune carrée fut établie sur la vergue barrée. Pégase s'éloigna de Unanime livrée flamme avec les survivants liés au pied du grand mât, cap sur Isla Inagua derrière l'horizon au N.E.

L'île était inhabitée. Je l'avais déjà reconnu par le passé & savait y trouver une crique abritée, ayant des fonds de bonne tenue & disposant d'une aiguade facile d'accès.

Nous y jetâmes l'ancre le lendemain. Les hommes avaient besoin de repos & Pégase de réparations, de meilleures factures que celles faîtes dans l'urgence.
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Jeu 27 Nov 2014 - 19:43

23 Novembre
Nous avons levé l'ancre par fort coup de vent de sud & mer très forte. Cap S.O. Nous devons peu après nous abriter dans l'un des nombreux archipels du Grand Banc de Bahamas pour réparer quelques dégâts causés par le gros temps.
Au cours de la journée, un grand senau d'Espagne passe au large. Nous levons l'ancre pour nous en emparer. Notre première bordée, dévastatrice, fut suivie de deux autres avant que nous le prenions à l'abordage.

24 Novembre
Au Nord de la Basse de Saint Nicolas.
A la pointe du jour, le cri de la vigie – Navire en vue à tribord ! - m'interrompt dans mes ablutions matinales. Toujours torse nu & du savon à barbe plein le visage, je me rend néanmoins sur la dunette.

C'est Vickers qui assure le quart. il me tend la longue vue en me souhaitant le bonjour mais avec un air un rien anxieux.
- Un grand trois mâts … grée à voiles latines capitaine !


Dans l'objectif de l'instrument, je découvre un navire de plus de trois cents tonneaux avec un gréement hermaphrodite, misaine & grand-voile grées latin, brigantine en tapecul surmontée d'un perroquet de fougue. Il s'agit d'un pinque cap à l'Est.
J'ai crains un moment, aux dires de Vickers, que ce soit un chebec.
- Ne faites pas cette tête monsieur Vickers. C'est un gras et gros marchand espagnol, un pinque que nous allons attaquer.
- L'attaquer capitaine ? Ça porte une douzaine de six livres & près de soixante hommes & nous ne sommes pas plus nombreux après la perte des neuf hommes que nous a coûté la prise du grand senau.
- Alors à vous de nous donner l'avantage en pointant vos canons comme vous l'avez si bien fait avec la première bordée contre ce senau. Allons, faîtes envoyer les couleurs espagnoles & leur flamme de guerre.

Le marchand, abusé par nos couleurs & la flamme nous désignant comme un navire de sa Majesté, ne modifia pas sa route. Il approche, débonnaire, bâbord amures, ses grandes voiles latines & sa brigantine déployées.
Nous sommes tribord amures sous grand voile & focs.
J'ai revêtu pour l'occasion un justaucorps et un chapeau empanaché – "chapeau grand pavois" me dit Flint en riant -  tel ceux portés par les officiers de Felipe V roi des Espagnes & des Indes.
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Ven 28 Nov 2014 - 20:53

A un demi mille, je donne l'ordre à Flint d'abattre légèrement sur bâbord comme pour croiser l'espagnol à portée de voix. A son bord, les marins se pressèrent le long de la lisse, par curiosité & pour écouter l'échange de propos entre les capitaines.

Les deux navires sont à présent à contre bord à moins de trente yards. Je fais lever les lofs pour ralentir le cotre. Les couleurs espagnoles sont affalées & le Jolly Roger  monte à la drisse de pavillon appuyé d'une bordée à mitraille.
Brave Vickers ! Un tir parfait qui en couche bon nombre pour le compte & sème le désarroi.
Une autre volée suit, de plein fouet.

Pégase vire dans le sillage de l'espagnol. Le tableau de poupe nous dévoile son nom ; Camino.
Nous le rattrapons & le rangeons sur l'autre bord. Notre volée fauche le gaillard d'arrière. La suivante, tirée trop tard touche la proue … Avec peu d'effets.

Nous lofons, si près devant la proue de Camino que tous à bord de Pégase crurent que son beaupré allait faucher nos étais & nous démâter.

Les canonniers de Vickers accablent encore Camino de deux bordées meurtrières.
Flint manque sa manœuvre pour l'accoster, nous glissons le long de la muraille du pinque à portée de crachat.
Il faut lofer encore dans son sillage & revenir sur lui.
Cette fois, les coques s'entrechoquent à hauteur de sa hanche tribord, entre les porte-haubans d'artimon & les bouteilles. Les gabiers coiffent les huniers, les canonniers se dressent, grappins & corbeaux assujettissent les navires.
Nous montons – Camino est bien plus haut que Pégase – à l'abordage.
Les espagnols sont vite submergés & jettent leurs armes. Leur capitaine amène le pavillon, Camino est à nous.

Nous découvrons dans les cales, outre des fourrures & du minerai d'or, un lot de neuf caisses d'armes à feu. A douze armes par caisse, c'est une bonne centaine de mousquets qui manqueront pour armer un tertio d'infanterie dans une quelconque garnison espagnole. Ils devront encore, pour un temps, faire avec les piques & les épées.
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Mer 10 Déc 2014 - 17:32

Nemrod est accosté au quai jouxtant la forme du chantier.
C'est un fort brig aux formes un peu surannées avec ses gaillards surélevés. Jaugeant 300 tonneaux, il est construit à la façon hollandaise ; une étrave camuse & de larges hanches.
Un navire lent certes, accusant probablement aussi une dérive importante par vents de travers. En revanche, assez puissamment armé & pouvant accueillir un équipage nombreux qui aurait ses aises.
 
2 Décembre
La grand-chambre baigne dans le miroitement mouvant que les vaguelettes de la baie renvoient par les larges fenêtres de poupe qui courent d'un bord à l'autre.
Quel changement après l'exiguïté de celle de Pégase !
Vickers le maître canonnier est quand à lui comme " chien fou ". Deux fois & d'avantage plus de canons que sur Pégase & d'un calibre double.
Les pièces sont en batterie dite " barbette " sauf pour la dernière de chaque bord, qui sont couvertes par la dunette en surplomb.

5 Décembre.
Nous mettons sous voiles & passons la journée à courir sous différents réglages de voilure, à faire moult changement d'amures
Comme je l'avais pressenti, la dérive est assez importante par vent de travers mais raisonnable aux autres allures pour un navire de haut-bord.

7 Décembre
Nous essuyons une violente tempête de N.O. Elle est arrivée promptement, nous laissant tout juste le temps de dépasser les mâts de perroquets & de doubler les amarres & les bragues.
Nemrod est très sain, De Clerq le maître charpentier annonce moins de 2 pieds dans la sentine, pourtant le navire roule & tangue d'horrible manière.

8 Décembre
La tempête s'est calmée durant la nuit. La houle reste forte & Nemrod bourlingue lourdement sous basses voiles & huniers.

En fin d'après midi, nous reconnaissons les atterrages du port.
C'est un havre difficile d'accès d'autant que nous calons douze pieds. Nous embouquons le Canal de l'Homme Mort. Le chenal est bordé de nombreux bancs de sable.
Cavanaugt mon pilote connaît bien l'endroit. Pour ma part, je n'y ai  fait escale qu'une où deux fois.
Nous mettons, par sûreté, un sondeur sur chaque bossoir & notre canot nous précède pour le cas où la tempête, où les précédentes, auraient modifié les bancs.
Quelques heures plus tard, nous jetons l'ancre dans le Bayou Daughtry sans avoir touché, où pire, nous être échoués.

A terre, nous avons appris de quelques notables, que notre arrivée avait mis en émoi l'habitation. Le canon d'alarme de la Pointe Piney à même tiré pour prévenir de notre approche. Ils ont été  surpris d'un tel navire si peu usité dans ces mers.

Il est vrai que les autres capitaines, & point seulement les forbans, y préfèrent des navires de bachi-bouzouk.
- Bachi-bouzouk ? Manda  l'un des interlocuteurs du capitaine.
- Oui, les bachi-bouzouks ! Ces cavaliers mercenaires du Sultan de la Sublime Porte, autrement dit, de  l'Empire Ottoman. Plusieurs de mes aïeux les ont combattu au siège de Vienne. Un autre a servi dans la flotte franque à la bataille de Lépante.  
J'appelle ainsi, par ironie, les chebecs qui sont des navires de la flotte de ce Sultan construit par les algérois & les salétains, ses vassaux. Onques ne me verra arpenter la dunette d'un de ces navires barbaresques. Ce sont des navires de Méditerranée. Manquerait plus qu'il faille aussi se faire Mahométans & porter turban &  burnous ha ha ha !
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Ven 12 Déc 2014 - 16:57

La vigie signale une voile dans le sud. Clomfert le maître d'équipage est de quart. Il observe l'inconnu à la lunette puis, s'adressant au capitaine qui l'a rejoint - & voulant faire étalage de son savoir
 
- Un arbre de trinquet avec une forte quête, polacre établie & un foc ce qui est plutôt rare. Arbre mestre avec grand voile ferlée. Mitjana établie bien sûr car il ne peut virer sans elle avec un safran de barre franche si haut & si étroit. C'est un chebec capitaine.

- Vous connaissez fort bien ces bachi bouzouk  mon cher Clomfert. Ha ha ha !

- Ces quoi ? bachi … bouzouk ?

- C'est vrai, vous n'étiez pas à terre avec nous quand je les ai affublé de ce sobriquet. Mais voyez, on distingue à présent le pavillon de notre confrérie à son antenne de misaine. C'est le navire de Chien Rouge mon ami.

- Antenne … de polacre ! capitaine.

- Va pour antenne de polacre, Clomfert ! Mais pour moi, vergue de misaine où antenne de polacre c'est œufs en omelette où … Omelette aux œufs ? Non, ça va pas, mais vous m'avez compris.

- Pour en revenir aux chebec, capitaine, j'ai effectivement servi sur l'un d'eux en Méditerranée. Une prise. Mais j'ai appris il y a peu que le roi Louis en a fait construire une série de six (*).

Nemrod depuis l'appareillage était vent arrière, amures de misaine  raidies & écoutes bordées. Il filait bien sept nœuds.
Le vent refusa peu à peu. Grand largue, on établit les bonnettes basses & bonnettes des huniers.
Largue puis vent de travers. On rentra les bonnettes, on brassa les vergues & laissa filer les écoutes. La vitesse de Nemrod chu à moins de quatre nœuds.

Spriggs s'est invité à bord pour découvrir ce " Cul de plomb ".

- Puisque tu es si offensant vis à vis de Nemrod, je t'invite à déjeuner & pour punir cet affront, je vais dire au maître coq de préparer un haggis ! Je sais que tu raffole de la panse de brebis farcie ha ha ha !

- Pouâh ! Avant de pouvoir manger cette chose, va falloir que je vide au moins … trois flacons de ton rumfusnian pour ne plus savoir ce que j'avale ensuite.
- Un affront de plus & je te demande réparation,  disons … Au sabre à trente yards ! Bon, je te fais visiter ?

Spriggs fut intéressé, tant par les dimensions de la grand-chambre, que par la capacité des cales. Mais c'est surtout l'armement du brig qui retint son attention.

- Ce sont des canons français, eux seul fondent des pièces de ce calibre. Les autres y préfère le neuf livres. Tu ne crains pas d'avoir quelques difficultés à t'approvisionner en boulet ?

- Non. Voilà quelques temps déjà, plusieurs mois en fait, que j'envisageais de m'offrir un brig. Partout où nous avons relâché, je m'en suis donc enquis. Il n'y a, ni n'y aura, pénurie. & puis … Tu n'est pas sans savoir qu'on tire surtout à mitraille. Vickers a préparé des boites à balle & des grappes de raisin pour un centaine de bordées. Pour les boulets, chaque pièce est approvisionnée pour quarante coups & ...j'ai toujours la ressource de m'approvisionner sur des prises ha ha ha !


(Autenthique. La France en construira 6 autres … sous Napoléon). Avec les prises, rachetés & réarmées par des corsaires, 31 chebecs ont été utilisés par les français ... en Méditerranée).
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Mer 17 Déc 2014 - 13:06

12 Décembre
Nous avons levé l'ancre. Sauf mauvaise fortune de mer,nous devrions retrouver notre conserve entre le Cap Muspa & le Cap des Martires.

13 Décembre
La brise est si ténue que Nemrod a tout juste assez de vitesse pour que la barre réponde. Avec notre tirant d'eau, ce dédale d'îlots & de haut fonds demande une vigilance de chaque instant d'autant plus avec un navire lourd & lent à la manœuvre. Des hommes se relaient à la sonde, d'autres se tiennent prêt à mouiller une ancre & je ne quitte pour ainsi dire pas la dunette, déjeunant debout, d'une poignée de goyaves, de quenettes où d'une papaye.

14 Décembre
Les cayes sont désormais dans notre sillage. Nous envoyons plus de toile.
Las !
La bonace permet tout juste de gouverner. Pourtant, nous avons envoyés les bonnettes hautes & basses sur les deux bords, hissés les perroquets & même les cacatois.
C'est vision enchanteresse que ces deux pyramide de voiles … à défaut de la griserie d'une grande vitesse. Le loch en effet n'indique que … 2,5 nœuds !

Sur l'horizon devant, notre conserve a ferlé la grand voile & choquer les écoutes de la polacre pour ne pas nous distancer & nous perdre.

Je ne peux m'empêcher de sourire à imaginer Spriggs jurer par tout les Diables d'avoir à se traîner ainsi pour être à vue du « cul de plomb ».

S'il me laisse revenir sur lui & qu'il honnit d'injures Nemrod, je lui envoie une bordée dans la mitjana puisqu'aux dires de Clomfert, le chebec ne peut gouverner sans cette petite voile latine arrière. Je serais curieux de le voir obligé d'armer les huit grandes rames de galère pour pouvoir virer, ha ha ha !

Peu avant la nuit, Isle de Bimini est en vue, à quinze milles dans le nord. D'après notre carte, nous n'allons pas tarder à entrer dans une zone de hauts fonds. Après le dîner avec mon état-major dans la grand-chambre, je ferais mouiller une ancre pour la nuit. Il est préférable de ne pas s'aventurer dans ces eaux dangereuses sans visibilité.

Une vibration fait trembler le navire de la quille à la pomme du grand mât, un raclement sinistre résonne dans tout le navire & des craquements inquiétants précédent une forte gîte sur bâbord.

Mes convives & moi-même bondissons tous en jurant, la plupart renversant leur chaise. Je me précipite sur la dunette, mon état-major sur les talons.
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Jeu 18 Déc 2014 - 13:04

C'est Cavanaugt le maître de navigation qui assure le quart.

- Nous sommes échoué Capitaine ! J'ai fais larguer toutes les écoutes pour que les mâts ne passent pas par dessus bord.

- Vous avez bien réagi Cavanaugt. C'était le plus urgent. Faites mettre le canot à l'eau que l'on puisse aller juger de la situation avant la nuit complète.

Au charpentier :
- De Clerq, allez inspecter nos fonds, voir si nous avons une voie d'eau & faîtes moi une estimation des avaries.

Au canonnier :
- Vickers, faîtes doubler les bragues & les garants des canons tribord. Manquerait plus qu'une pièce se libère & vienne défoncer la lisse bâbord.

Au second :
- Mac Duff, faîtes ferler toutes les voiles. Ensuite inspectez la cale. Il faut s'assurer que la cargaison n'ait pas ripée. Vérifiez en l'arrimage.

Je suis monté à bord du canot, avec quatre hommes équipés de lanternes  & de perches. Minutieusement, pied par pied, nous faisons le tour du brig, sondant les fonds alentour avec les perches & estimant l'ampleur de l'échouage.

Nemrod est engagé d'une vingtaine de pieds sur une langue de sable à moins d'une brasse et demi sous la surface. Il cale 12 pieds soit 2,4 brasses !
Heureusement, la proue ne l'a pas franchi entièrement ce qui aurait laissé la quille en équilibre sur cette langue de sable au risque qu'il se brise l'échine. C'est assez cependant pour que le renflouage soit long & fastidieux.

Les deux chaloupes sont mises à l'eau.
Sur l'une, on frappe des chaumards à ses extrémités pour qu'elle emmène l'ancre bâbord à une bonne demi encablure sur l'arrière pendant que  Clomfert le bosco fait passer une aussière par un sabord arrière.
Une extrémité sera halé jusqu'à la chaloupe & étalingué sur l'organeau de l'ancre, l'autre extrémité sera frappée sur la tournevire du  cabestan.

Quelques heures plus tard, cinquante hommes s’époumonent à virer aux barres du cabestan …
En vain !

Nouvel essai. Cette fois, avec les deux chaloupes en renfort pour faire culer Nemrod …  
Sans succès !
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Ven 19 Déc 2014 - 8:29

On amena les six pièces les plus avant en arrière du grand mât & l'on renouvela la manœuvre …
Un raclement léger !
Au cabestan, le cliquetis des linguets accéléra ; clic … clic … clic … clic clic clic clic clic
Le raclement devint continu & s'amplifia.

Les hommes qui ahanaient, tant sur les avirons à bord des chaloupes que sur les barres du cabestan, tombèrent les uns sur les autres en beuglant puis en riant aux éclats.

- Hourra ! Nemrod flotte !

La clameur poussée par tous, fut suivit d'embrassades & de grandes claques dans le dos.

Une couple d'heures plus tard, le maître charpentier  De Clerq vint faire son rapport.

- Quelques voies d'eau sans gravité capitaine. Des infiltrations plutôt. Les couples dévoyés de la proue ont pris du jeu. Nous avons étoupés mais il faudra en passer par un chantier naval dès que possible. Je ne peux faire que des réparations provisoires avec les moyens dont je dispose à bord.

Le reste de la nuit & les premières heures de l'aube furent nécessaires pour tout remettre en ordre.

Dès que tout est paré, je fais distribuer la double pour le travail harassant fourni par tous durant cette longue nuit.
Nous faisons route sous très peu de toile avec des sondeurs sur les bossoirs d'ancres & le maître pilote sur la vergue de misaine. Flint est à la barre. Quand à moi, je ne quitte plus la dunette.

- Je ne comprend pas capitaine » me confia Cavanaugt avant de monter dans le gréement. « D'après notre carte, nous ne sommes pas encore sur les hauts-fonds ».
- Cette carte espagnole est trop imprécise, où bien nous avons sous estimés notre vitesse … mais j'en doute.
- Un fort courant alors, capitaine.
- Hum … Où un banc crée par la dernière tempête où l'une des précédentes.  

16 Décembre
Nemrod a été confié aux soins des charpentiers du chantier naval.
Vingt trois milles piastres !
D'où un commentaire de Mac Duff
- Ils ont peut-être des mains expertes mais d'autres mains non moins expertes sont bien moins chères …. Comme chez Lulu la Nantaise ha ha ha ha !

J'ai profité de l'escale pour acheter une carte plus récente que la carte espagnole - prise comme butin - que nous possédions.
Après l'avoir étudié avec Cavanaugt, nous avons tracé notre route avec minutie.
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Lun 22 Déc 2014 - 20:46

17 Décembre
Nous appareillons au petit jour.
Navigation prudente dans ces eaux peu profondes.
Au soir, le vent refuse. Dangereux de tirer des bords sans risquer de s'échouer. Je décide de mouiller en attendant un vent favorable.

18 Décembre.
Le vent adonne enfin, je fais remonter nos câbles.
Le vent forcit & l'horizon à bâbord est noir & zébré d'éclairs. Une tempête menace, je fais dépasser nos mâts de perroquets.
Nous prenons un ris dans les huniers, puis deux quelques heures plus tard mais le vent forcit encore & nous devons les ferler.

Fort coup de vent de suret. Sous voiles d'étais & brigantine arisée.
Le gréement subit quelques avaries.
Dans ces eaux, la houle ne se fait pas trop ressentir. En revanche, la pluie crépitante trouble la surface & il devient impossible de détecter d'éventuels bancs de sable juste sous la surface. Nous mouillons dans une petite baie abritée au N.O. de Isla Mayaguana.

En doublant les promontoires, Nemrod a été pris à contre par une rafale de vent scélérate & a embardé violemment.
Au même moment, le sondeur faisait tournoyer le plomb pour le lancer loin devant. Juché sur le bossoir d'ancre, il a perdu l'équilibre & a lâché le filin pour s'agripper à la bouline de civadière. La sonde est partie droit vers le râtelier au pied du mât de misaine. Strong s'y trouvait, qui embraquait une balancine. Il a reçu le lourd plomb en pleine tête.

Séraphin Pige le chirurgien n'a aucun espoir.
- L'arrière du crâne de Strong montre une profonde dépression, capitaine. Le cerveau est fortement comprimé & des escarbilles de l'os temporal l'ont gravement lésé. Je lui est administré mille gouttes de teinture de laudanum pour qu'il ne souffre pas. A mon avis, il passera dans la nuit où demain matin.

19 Décembre
Le gros temps perdure. Le vent a tourné. Il est à présent établi plein sud. La baie nous préserve de ce côté-ci.
Strong est passé peu après la relève du second quart de nuit.
Au petit jour, Anson son matelot & quelques uns de ses compains se sont rendu sur l'île avec le canot pour lui donner une sépulture.

20 Décembre
Grand frais de suroît, mer forte. Nous sommes sortis de la baie, au près bon plein sous perroquets, tribord amures.
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Ven 26 Déc 2014 - 14:31

Un groupe d'îlots que mes cartes nomment " Prenez Garde à Vous " défilent sur tribord.
Depuis près d'une ampoulette, le sondeur, qui utilise un filin de cinquante brasses, annonce après chaque lancer " Pas de fond ici".

- Mac Duff ! Faîtes cesser le sondage.

Le vent tourne au suret. Nous changeons d'amures pour maintenir notre cap.

21 Décembre
- Punta de Mayzi en vue par tribord avant à vingt milles, capitaine. Plusieurs voiles aussi par le travers tribord. Les navires des capitaines avec qui vous avez tenu conseil à la taverne "Au faux saunier d'Olonne". Eux ont emprunté l'ancien canal.

- Je suis un peu surpris ! Ils ont musardé. Leur route était plus directe & leurs vaisseaux plus rapides que Nemrod.


22 Décembre
Coup de vent de nordet, mer très forte. Les autres navires sont à une vingtaine de milles un peu dans le nord de l'ouest. La Pointe Maysi gisant par le travers tribord.

- Voile en vue ! Voile par tribord avant !

J'étais sur la dunette, je braquais ma longue-vue.
Un navire, jusque là masqué par la côte, venait de se dévoiler.

- Voiles latines … Un grand chebec corsaire … Pavillon d'Espagne.
- Flint, laisse porter.  Maître d'équipage ! Faîtes le branles bas !

Le tambour battit la chamade.
Nemrod abattit, écoutes filées, au vent arrière.

- Holà en bas ! Voile par le travers tribord !

Un autre chebec plus petit, à peine visible sur l'horizon. Il croise devant Santiago. Un espagnol lui aussi, certainement.

- Celui-là va être attiré par le son du canon, capitaine.

- Qu'importe,  les autres suivent. Eux aussi seront alertés par la canonnade.

- L'affaire risque d'être chaude avant qu'ils puissent nous soutenir, même au vent arrière !

- Alors montrons leurs  qui est El Diablo Rojo !

La distance entre Nemrod & le grand chebec se réduisait.

- Vickers, des boulets ramés. Que les chefs de pièces visent le mât d'artimon !
- L'arbre de mitjana capitaine » corrigea Mac Duff à mes côtés.

Moins d'un demi mille à présent.

- Clomfert, envoyez notre pavillon.

Le capitan espagnol pense sans doute que nous n'oserons pas du fait de la présence de l'autre chebec à vingt milles dans le Nord Ouest. A notre surprise, celui-ci, là-bas, après avoir fait route vers nous, empanne. Il semble renoncer à rejoindre. Pense-t-il que son compatriote aura raison de nous sans aide ?
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Sam 27 Déc 2014 - 11:20

Nous parvenons à contre bord de l'espagnol par l'avant de son travers bâbord.
Nemrod lofe un peu pour rendre ses pièces tribord battantes.  

Portée de mousquet.

- Feu !

Notre volée de ramés perce & déchire sa voilure qui éclate sous la pression du vent. Quelques boulets offensent son antenne mais sans sectionner de haubans où d'étais au point de faire choir son mât d'arti … heu ! Son arbre de mitjana.

De surprise en surprise !  Le corsaire – bien mal nommé La Terreur ne riposte pas. Il se met hors de portée de nos canons & des siens, d'un plus faible calibre.
Sur le pont du corsaire, les Dons se contentent de nous honnir d'injures.

- Holà en bas ! Voiles en vue ! Deux voiles par bâbord arrière ! Pavillons noirs en tête de mât !

Voilà qui explique le comportement du capitaine de La Terreur.
Notre vigie, distraite par le grand chebec presque à ses pieds, a aperçu les deux navires pirates plus tardivement que les vigies espagnoles.

Les deux espagnols font leur jonction. Ils restent à quelques lieues de nous puis le plus petit des deux brasse ses antennes  peu avant la nuit & fait route vers la côte qu'on aperçoit encore à l'horizon.

La nuit tombe, trois navires noirs nous rejoignent. La Terreur  préfère mettre encore quelques lieues entre nous. Au petit jour, il n'est plus visible. Sans doute, à la vue de notre renfort s'est-il mis à l'abri des défenses du port.

Le dîner de la grand-chambre tire sur sa fin.
Mac Duff s'essuie la bouche avec un pan de la nappe, repousse sa chaise & se laisse aller contre le dossier.

- Que voilà une plaisante croisière. Des vents favorables, une navigation sans risque, un haggis digne de Lucullus. Que demander de plus ?

- Quand à ça, c'est là où, à mon avis, le bas blesse. Je trouve que naviguer en escadre est bien trop fade. C'est comme si le coq nous avait servi cette panse de brebis farcie, au demeurant succulente, en oubliant de prévoir la bière & le whisky. Il y manque l'esprit d'aventure & quelques frissons. Prenez l'exemple de ce grand chebec espagnol. Seul nous l'aurions attaqué mais ... à nos risques & périls - un équipage plus nombreux & une vitesse supérieure nous interdisant toute possibilité de repli si l'affaire se présentait mal.

- Le renfort de l'autre chebec entre autre". commenta Flint

- Exact ! Mais je poursuis. Avec Spriggs à nos côtés comme c'est fréquent, l'affaire n'était pas couru d'avance  car, bien qu' à deux contre deux les forces étaient un peu à l'avantage des espagnols. Or là, avec un soutien en approche qui changeait le rapport de force à notre avantage, ils ont refusé le combat et l'affaire est close.

- Tout juste, le capitaine à raison ajouta Cavanaugt. "Je crois comprendre à présent pourquoi tant de capitaines, corsaires où officiers du roi, s'en retournent en Europe. Quelques dépêches à porter, quelques misérables prises sans risque jusqu'à s'offrir une frégate, puis, morne navigation en escadre sans plaisir aucun".

23 Décembre
Navigation de conserve avec le capitaine Jean Firmin Bâton. Nous doublons le Cap Tiburon qui défile sur bâbord.
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Ven 2 Jan 2015 - 17:39

29 Décembre
La nuit était douce, le firmament brillait de mille feux. Je fumais ma pipe, le dos calé au fronteau entre les deux lanternes de poupe.
Devant moi s'étalaient les quelques nonante pieds du pont où quelques hommes de quart vaquaient. Les autres dormaient, qui entre les canons, qui dans l'entrepont. Quelques uns même, dans les hunes sur les bonnettes repliées & rangées là.

La nuit avait été rude pour les hommes. Les capitaines étaient convenus d'entraîner les équipages.
Mac Duff & Clomfert, n'avaient laissé aucun répit aux hommes. Manœuvres d'approches & d'esquives, mises en batterie des pièces bâbord, des pièces tribord, des deux bordées simultanées, simulacres d'avaries dans le gréement nécessitant de dépasser mâts de perroquets & de hunes puis de les guinder à nouveau. Incendies où voies d'eau impliquant d'armer pompes & archipompe.
Pire qu'à bord d'un vaisseau royal …
le chat à neuf queues en moins !

Quatre heure. La cloche égrena quatre double coups.
Des hommes, ici & là, s'ébrouaient pour relever ceux du dernier quart de nuit. Ils avaient à peine eu une heure de repos depuis la fin des exercices où tout l'équipage était en branle-bas.

Vickers, chef de quart montant, eut quelques peine à trouver ses hommes & à les réveiller, au grand dam de ceux de Cavanaugt qui attendaient impatiemment de pouvoir enfin aller dormir.

- Légère brise d'Est. Au près, bâbord amures sous huniers. Si le vent ne forcit pas au lever du jour, il faudra envoyer les perroquets. Le capitaine est là-haut près du fronteau.

- Merci Cavanaugt.

- Ah !  A une couple d'encablures sur bâbord, c'est une de nos corvettes. Un des nôtres  aussi à tribord mais on ne voit que ses fanaux. Enfin, un autre encore un peu au Nord de l'Ouest à deux lieues. Des bachi bouzouks comme les appelle le capitaine.
Celà fit à peine sourire Vickers … Trop fatigué & mal éveillé encore.

Petite brise d'Est. Navigation au près donc avec une légère gîte, bâbord amures sous toute la toile, bonnettes comprises.
Plusieurs vaisseaux  de forbans sont encore en vue. Retardataires qui avaient relâché pour compléter leurs équipages, attardés qui poursuivent les exercices. Ils nous eussent sinon distancé comme les autres pour ce que Nemrod est le navire le plus lent de la flotte.

30 Décembre
- Voile en vue droit devant ! Trois … Quatre voiles ! Ce sont les nôtres capitaine !
Je braquais la longue vue sur ces navires. Une partie des nôtres effectivement. L'un envoya une drissée. Trois pavillons l'un sur l'autre … noir, blanc & noir. Le signal convenu pour prévenir que l'escadre françoise que nous recherchions est en vue.
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Sam 3 Jan 2015 - 15:13

Quand Nemrod brassa son grand hunier "à contre" pour empanner à quelques encablures des navires, pour la plupart de la confrérie des Marchombres, je fis affaler mon canot pour me rendre à bord de l'un d'eux & y recueillir des renseignements.
Une escadre anglaise, à l'ouvert Ouest du Golfe de Venezuela, avait rencontré l'escadre française. Un combat naval s'ensuivit.
L'avant garde pirate était en vue des français qui semblaient infliger un sérieux revers aux anglois.
Les français canonnaient pour l’hallali un vaisseau resté isolé après que le reste de la flotte de la "Perfide Albion" se soient retirés à l'abri des remparts de Aruba.
On entendit le canon tonner jusqu'à la nuit.

31 décembre
Grand frais, mer forte. La Pointe de Chichibacoa  par tribord avant à une lieue. Elle nous masque les navires françois.
Le roulement d'une canonnade nous parvient, porté par la brise d'Est. Quelques uns des nôtres se sont portés sur les froggies les plus proches, ceux-là même qui ont terrassé le vaisseau des godons.

1er Janvier
Les froggies se sont repliés. Ils ont mis cap au Sud pour se mettre à l'abri des remparts de Coro.
Las pour eux ! La brise de terre leur en interdit l'accès.
Nemrod se porte en avant-garde. Au Sud, Spriggs a fait de même.

Droit devant, juste au S.O. de Aruba, on aperçoit quelques navires anglais qui sont empannés. Deux vaisseaux, 74 & 68 ainsi qu'une frégate de 12.
Chien rouge, tel un chien fou – ce qui, il y a plus d'un an dans la même situation, lui avait valu son surnom - se lance seul cap S.S.E. sur les français devant Coro, forts d'un 74, d'une corvette & d'un grand chebec !
Il s'approche à portée du chebec & ouvre le feu. Ce dernier rend coup pour coup.

Je ne peux envisager de laisser mon ami dans cette situation qui deviendrait critique avec le renfort de la corvette, voire du 74.
Nemrod serre le vent, & doit même tirer des bords, pour aller le soutenir en envoyant une drissée appuyée de coups de canons sous le vent pour alerter les Marchombres. Quelques uns bordent leurs voiles & suivent.

Nous approchons le grand chebec sur le bord opposé à Chien rouge & ouvrons le feu à mitraille.
Attaqué sur ses deux flancs & voyant trois autres vaisseaux forbans faire force de voiles, le grand chebec manœuvre & se met hors de portée de nous.
Une corvette françoise, joue d'audace. Elle se glisse à portée de tir de Chien rouge mettant son chebec entre elle & Nemrod.

Impossible d'ouvrir le feu ! Avec le vent contraire & la côte si proche, Nemrod ne peut manœuvrer pour contourner les deux navires aux prises & prendre la corvette à revers.

La corvette Karkarias envoie trois bordées meurtrières sur le chebec de mon ami où suite à la riposte du grand chebec, les hommes valides manquent déjà. Ces tirs laissent le chebec exsangue. Le sang ruisselle par les dalots.  Les froggies se lancent à l'abordage. Chien rouge malgré une résistance opiniâtre doit céder.

2 Janvier

Les trois navires forbans ont rejoint. La baie est noyée par la fumée de la poudre & le roulement de la canonnade se répercute longuement sur les contreforts de la côte.
Le grand chebec français amène bientôt son pavillon & le feu des pirates se porte aussitôt sur la corvette.
C'est Nemrod qui la prend à l'abordage. Nous y perdons onze hommes & le quartier maître Flint.

Soudain, un tonnerre assourdissant, d'épaisse volutes de fumée envahissent la baie.
Le 74, Démon des Abysses, a ouvert le feu. Quatorze 36 livres, quinze 18 livres sans compter les pièces plus petites, viennent de vomir plus de sept cent quatre vingt livres de fonte sur le grand chebec du capitaine Rosenberg.

Trois fois, l'enfer entr'ouvre ses portes.
Quand les volutes de fumée se dispersent, sidérés, tous constatent que Pulpo Negro a sombré.

Devant une telle puissance de feu & la volonté d'un capitaine qui fait tirer à boulet plein pour envoyer par le fond, les forbans mettent sous voiles cap N.N.O. pour sortir du Golfe.
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Mar 6 Jan 2015 - 19:46

4 Janvier
Avec une bonne brise sur notre hanche tribord, nous sortons de ce coupe-gorge qu'est le Golfe de Venezuela. Anglais & bataves nous ont vu nous y engager, ils auraient pu établir leur croisière pour  fermer la nasse. D'autant qu'ils jouissaient de l'Isle Aruba toute proche pour s'y abriter en cas de mauvaise fortune de mer alors que nous même n'avions aucun havre possible. Que nenni, aucun de leurs vaisseaux ne croise à l'ouvert du golfe. Pourtant, tout nos équipages sont amoindris, ils le savent & manquent là une bonne opportunité.

La Pointe de Chichibacoa défile sur bâbord à quelques nautiques quand nous abattons. On laissent filer les écoutes, les vergues sont brassées carré. Plus rapide, les autres bâtiments disparaissent l'un après l'autre derrière l'horizon.

Il manque cinquante deux hommes à bord de Nemrod.
Outre les dix sept tués lors des deux précédents abordages, il manque les trente cinq hommes que Cavanaugt a embarqué sur Karkarias pour la terrir. Bâbordais & tribordais sont moins nombreux & peinent d'avantage. Tous apprécient de passer au vent arrière, promesse de peu de manœuvres dans le gréement.

Le repos est de courte durée. Au cours du dernier quart de jour, le vent forcit, qui augure du très mauvais temps. Il faut dépasser les mâts de perroquet, manœuvre longue, fastidieuse & dangereuse d'autant que le vent se renforce & que la mer est déjà grosse. De plus, la nuit approche. Heureusement, les hommes y ont été entraînés il y a peu.

Ce n'est qu'après avoir calé mâts & vergues de perroquets qu'on se rend compte que le quartier maître Flint a disparu. Il reste introuvable, sans doute passé par dessus bord.
De Clerq notre charpentier découvre le corps au cours de sa ronde. Flint a chuté dans la cale par un panneau d'écoutille de l'entrepont & s'est rompu les os … A moins qu'on ne l'ait un peu aidé, chose possible ! Quartier maître est une fonction qui génère quelques inimitiés au gaillard d'avant des vaisseaux forbans.
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Ven 9 Jan 2015 - 14:41

05 Janvier
Le vent s'est quelques peu essoufflé pendant le second quart de nuit. Au lever du jour, il est passé grand frais de S.E. sur une mer forte. La corvette du capitaine Jeremiah Breeg nous a rejoint & nous faisons route de conserve.

J'invite le capitaine Breeg à déjeuner à bord. J'en profite pour lui proposer de se joindre à notre confrérie. Il me semble qu'il a été sensible à mon offre mais sans s'engager fermement.

Breeg a rejoint sa corvette tard dans la soirée. Dans un état tel que pour embarquer, il a fallu que son chef de quart fasse frapper en bout de vergue une chaise de calfat où un cartahu pour le hisser à son bord.
Il faisait nuit & depuis le gaillard de Nemrod on distinguait à peine la corvette mais on entendit longtemps le capitaine Jeremiah brailler à tue-tête une chanson  aux paroles pas toujours cohérentes où il était question de poisson rouge … !

6 Janvier
Nous enlevons une gabare d'Espagne  au large du Rio Magdalena. Cette attaque en vue de la côte va sans doute alarmer les autorités de Barranquilla mais je doute qu'un de leur corsaire ose courir sus a nos deux navires.

Les cales de Nemrod sont remplies jusqu'aux écoutilles. Nous mettons le cap sur la Rivière de Mays où se trouve un repère de flibuste & où Cavanaugt a du terrir notre prise.

08 Janvier
Nous avons jeté l'ancre & avons eu l'heur de retrouver Cavanaugt.
Las !
Deux hommes seulement l'accompagnent !
Les trente trois autres, abandonnant leur part de prise, se sont laissés dévoyer par les capitaines qui viennent de lever l'ancre,
La corvette a été vendu un bon prix à l'armateur, sûr qu'il lui trouvera rapidement un acquéreur.
Nous avons aussi vendu notre cargaison.
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Mar 13 Jan 2015 - 21:47

9 Janvier
La veille, Bertrick s'était rendu chez M. Perkins le négociant le plus important de l'habitation. Ce dernier a acheté, sans même y regarder, l'intégralité de la cargaison de Nemrod.
Sous les ordres du bosco, l'équipage n'a pas eu de trop de tout le jour pour transborder sur les barges, les barriques de mélasse, de madère, de fruits confits, les sacs de batattas, le bois précieux, l'ivoire des Indes orientales, les balles d'indigo & les lingots d'argent.

A la Résidence du gouverneur, Bertrick s'est vu remettre un pli que Chien rouge avait laissé à son attention une semaine auparavant.
Il a réarmé ici-même mais les pièces de canon de six livres y font cruellement défaut. Il est remonté plus au Nord dans l'espoir d'en trouver.


Mac Duff le second & Pige le chirurgien ont, quand à eux, mis à profit cette journée pour recruter. Ils sont revenus à bord peu avant la nuit, forts éméchés mais mission accomplie.

- Capitaine, nous avons trouvé autant d'hommes que nous avions besoin. M. Pige assure qu'ils sont en bonne santé mais … C'est un ramassis de vauriens trouvé dans les bas-fonds. Tout ce qu'il y avait de marins a été recruté par les capitaines de la flotte qui ont fait escale avant notre arrivée.

- Bah ! Je m'en doutais bien.  Affectez les dans toutes les tâches qui ne nécessitent pas de savoir faire maritime en attendant qu'ils soient capables de faire la différence entre le grand mât & le beaupré. Avec le temps nous parviendrons à en faire des marins s'ils ne se font pas tuer avant. A propos il en faut un pour s'occuper des cages à poules & de la soue aux cochons dans le coqueron.

10 Janvier
L'équipage a procédé à l'élection du nouveau quartier maître. Trois prétendaient à ce titre. Bulloch a été élu, c'est déjà un ancien, il servait comme gabier  à bord de Pégase.
En fin de journée, deux corvettes de vingt canons sont entrées dans la rade. La Sainte Marie Salope du capitaine Breeg & La Belle Brume du capitaine Berni le breton.


11 Janvier
Nemrod évite doucement sur son ancre. Depuis les fenêtres de poupe ouvertes, Bertrick a vu peu à peu l'horizon pivoter. A présent face au large, la grand chambre reçoit l'air plus frais de la brise d'Est.

L'escale a été aussi courte que faire ce peut. Cependant, il lui faut se rendre à l'évidence, les autres navires de la flotte sont à présent loin. Qui plus est ... Sous le vent !

Nemrod a mis sous voiles avec une petite brise à perroquets.
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Ven 16 Jan 2015 - 19:40

12 Janvier
La bonace. Nemrod "au près" bâbord amures, toutes voiles dehors, lesquelles souvent pendent assez lamentablement sous les vergues.
Les pompes ont été armées pour mouiller la toile & saisir  le moindre souffle d'air afin que le brig puisse au moins gouverner & maintenir son cap.
La corvette du capitaine Breeg se traîne elle aussi à moins d'une demi encablure sur tribord.

13 Janvier
Les canots des capitaines ont fait plusieurs va-et-vient d'un navire à l'autre. Échange de civilité & étude de cartes pour préparer la prochaine expédition de course.
Le capitaine Breeg à fait part lors de la dernière visite de Bertrick à bord de sa corvette de son souhait de se joindre à la confrérie Jolly Roger.

14 Janvier
Dans la grand chambre de Nerod. Bertrick attendit que les verres soient remplis.

- La confrérie a pour habitude d'affubler d'un surnom chaque impétrant.
J'ai le souvenir de ta dernière visite pour dîner. Tu es retourné à ton bord en braillant un chant où il était question de poisson rouge. Ha ha ha !
Depuis, se remémorant cette soirée, mes hommes parlent de toi en disant plaisamment  « c'est le Poisson rouge ». Aussi, comme notre estimable confrérie ne manque pas d'humour, tu sera le "Poisson rouge" de Jolly Roger. Oh certes, ce n'est pas un nom à faire trembler, mais je ne doute aucunement que tu saura très vite faire en sorte qu'il inspire l'effroi.
Mais ... !
Il te faut, pour être intronisé, passer deux épreuves
La première, c'est de boire sans broncher mon rumfustian.
C'est un breuvage, pour l'occasion de brandy, mais plus communément de rhum saupoudré de poudre à canon. C'est ce que l'on vient de te servir.
La seconde, c'est de déguster le haggis que nous a préparé le coq. Tu me dira que c'est trop injuste car tout écossais subirait l'épreuve sans déplaisir mais c'est ainsi.
Levons nos verres à la terreur qu'inspirera bientôt le Poisson rouge dans les mers du Nouveaux Monde !


Jeremiah bu & eut quelques difficultés à rester stoïque. Il fit bonne figure devant l'énorme portion de haggis, parvenant à vider son assiette. Il eut même le front de demander qu'on le serve à nouveau.
Serait-il écossais ?
Bertrick lui remit le pavillon de Jolly Roger & proposa une autre tournée de rumfustian.
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Dim 25 Jan 2015 - 20:51

Nous remontâmes nos câbles à la mi-nuit du 20 au 21 Janvier avec le jusant & par très légère brise de terre.
On s'établit tribord amures cap nord ouest pour doubler le Cap Catoche, Sicaire, notre conserve, en tête, Nemrod suivant à une couple d'encablures.

La cloche avait piqué depuis peu le premier quart du jour quand M. Cavanaugt notre maître de navigation me fit savoir que nous doublions le Cap Catoche. Je montais jusqu'à la dunette l'observer. On le devinait à peine par le travers bâbord du fait d'une nuit sans lune & fort peu étoilée. Nous hissâmes perroquets & bonnettes au vent dès la pointe du jour.

Le capitaine vint me  surprendre alors que j'étais assis sur une baille à mèche retournée, le dos appuyé au couronnement, mon écritoire sur les genoux.

- Et bien docteur Pige ! Je constate que vous renouez avec votre ancienne activité de correspondant de la gazette.
- Que nenni capitaine. Ce ne sont-là que mes mémoires.
- Oh ! Parfait. Si vous manquez d'encre, de papier où de plumes d'oie n'hésitez pas à me mander de vous pourvoir.
- Merci capitaine mais je suis nanti pour narrer toute cette campagne & bien plus encore.
- A la bonne heure ! J'espère que vous avez été aussi prévoyant pour constituer votre coffre de médecine.

22 Janvier
La bonace !
L'escadre, "au près bon plein", se traînait avec tout juste assez d'erre pour encore pouvoir gouverner. M. Cavanaugt à fait donner un coup de loch ; un nœud & deux tiers !

Avec l'absence de brise, la chaleur était oppressante, le brai bouillonnait dans les jointures du pont qui baillaient & le goudron dégouttait des vergues.
M. Clomfert, le maître d'équipage, fit mettre en remorque les chaloupes ainsi que le canot pour les maintenir étanches. Sicaire fit de même.
L'escadre estoit par le fait semblable à deux canes emmenant leurs canetons en promenade.
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Mar 27 Jan 2015 - 12:55

24 Janvier
Plusieurs voiles sont signalées par les vigies. Parmi elles, deux grandes gabares d'Espagne d'au moins trois cents tonneaux. Elles estoient visibles au nord de Isle Negrillo qu'on apercevait sur l'horizon devant. Elles louvoyaient pour remonter le lit du vent & faisoient route sur nous.
Au porte-voix, les capitaines convinrent de laisser porter pour leur courir sus. Nous hissâmes aussitôt le pavillon d'Espagne à la pomme du grand mât de nos vaisseaux.


Le subterfuge sembloit efficace, les deux gabares maintinrent leur route.
Au N.E. de Isle Negrillo, la gabare de tête exécuta un nouveau changement d'amures qui l'éloigna de nous. Nous coupâmes son sillage à un bon demi-mille.

Le changement d'amures de la seconde l'amena presque à portée. Sans même s'être concertés, les deux bricks abattirent un peu pour l'encadrer.
Nemrod, qui estoit au vent de l'espagnol, parvint le premier à portée de tir. Le pavillon d'Espagne fut affalé & le Joli rouge s'y substitua.

De stupeur, le timonier espagnol donna un violent coup de barre & la gabare entra brutalement dans le vent, prise à contre.
Vickers notre maître canonnier fit ouvrir le feu.
Trois bordées qui firent grand carnage. Des rigoles de sang ruisselèrent des dalots.
Nemrod s'éloignait sur l'arrière de Riguel quand  Sicaire fit feu sur l'autre bord. Trois bordées aussi, avant d'abattre un peu pour s'accoupler contre son flanc.

Nous empannâmes en contre-brassant notre grand hunier. Tout l'équipage, le long de la lisse, suivait, comme au théâtre mais en commentant bruyamment, avec force cris & sifflets, l'abordage des Sicaires.
Riguel se rendit à merci.

Notre capitaine embarqua dans le canot pour se rendre à bord de Sicaire y congratuler son ami.
Pillage : cacao & trésors indigènes. Puis tout ce qui pouvait être utile à bord d'un vaisseau si loin de ses bases ; vivres, alcools, espars, voiles & cordages.
La nuit tomba, l'immense brasier de Riguel éclaira un temps les libations de l'escadre.
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Ven 6 Fév 2015 - 19:26

Du menu fretin ! J'en mangerai mon tricorne !
Les deux seules qui vaillent sont sous le vent, bien trop loin.
Pourtant, aux atterrages d'un port aussi important pour qu'on y ait construit le Fort San Juan de Ulùa,  Breeg & moi-même pensions trouver un trafic de gras & gros marchands … Pour le moins  des galions lourdement chargés d'or. On peut rêver !

Les Nemrod's se languissent & commencent à maugréer. Ils boivent & jouent beaucoup, misant plus que leurs parts de prise. Cela occasionne des bagarres & quelques ressentiments.

1er Février
Grand frais de suret, la mer est forte.
Enfin une voile à notre vent, loin sur l'horizon.
Quand M. Cavanaugt retourna le sablier, la coque était visible depuis la dunette. Je braquais sur elle ma longue vue.
Deux mâts, peut-être même un bâton de senau. Dans les deux cents cinquante tonneaux.
M. Bulloch, abattez un peu pour le croiser à portée de pistolet.

Dans le Golfe de Mexique, qui plus est si loin dans l'Ouest, les espagnols savent qu'aucun navire étranger ne s'aventure jamais. C'est si éloigné de leurs bases.
Pour ce capitaine trop confiant, nous ne pouvons être que navires de guerre où corsaires de son roi.

La veille, Jeremiah m'avait invité à son bord pour dîner. Nous étions convenus d'arborer le pavillon fleurdelisé lors de nos prochaines approches. Les français ont des débouchés sur le Golfe de Mexique, une présence d'y-ceux dans ces eaux, bien que fort improbable, n'alarmerait pas un navire de commerce espagnol, d'autant que la France & l'Espagne sont alliées.
Notre route pouvait d'ailleurs laisser penser que nous allions vers Port François.
D'autre part, s'il avait relâché récemment, il pouvait avoir appris qu'aucun corsaire où navire du roi ne croisait dans le Golfe de Mexique mais il était peu probable qu'il su si une escadre française s'y trouvait.
C'est donc le pavillon de France qui s'étalait à la corne de brigantine de nos bricks.

Sicaire suit à deux encablures. Le sablier est retourné une fois … puis une autre.
Vickers à mis en batterie à tribord & ses canonnier se tiennent accroupis derrière les pièces. Cachés par la lisse, ils sont invisible depuis le pont de l'espagnol.

Le grand senau, car s'en est un, est à moins d'un quart de mille. Il contre-brasse son grand hunier pour mettre en panne. Je vois son capitaine & son état-major groupés sur la dunette pour échanger des civilités & peut-être des nouvelles avec ces alliés qui approchent. Près du fronteau, quelques passagers dont un moine viennent assister à cette rencontre en mer qui romps la monotonie du voyage.
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Sam 7 Fév 2015 - 14:11

- A filer les écoutes !

Nemrod court sur son erre & défile à contre bord de l'espagnol à portée de voix.

- Feu !

De l'avant à l'arrière, nos neuf pièces tribord font feu dans un roulement de fin du monde. La plupart parviennent à tirer trois fois avant que le senau ne sorte de leur ligne de mire.
Nemrod émerge de l'épais nuage de fumée qui enveloppe l'espagnol.

- A border les écoutes !

De grands coups de gueule en espagnol nous parviennent. Le capitaine du senau, braille pour faire servir son grand hunier. Avant que Manita – on est passé si près qu'on a pu lire le tableau de poupe malgré la fumée -  ait acquit une vitesse suffisante pour être manœuvrant, Sicaire arrive à son tour par son travers, empanne & fait feu.
Six fois !

– la poudre ne lui coûte pas cher ! Le Poisson rouge souhaite sans doute que ses canonniers deviennent les plus fins pointeurs de la Caraïbe. commente Mac Duff à mes côtés.

Je fais contre-brasser notre hunier de misaine pour empanner. Nemrod se balance mollement au gré de la houle à moins d'une couple d'encablures sur l'arrière de Manita.
A travers les épais volutes , on devine que Sicaire a abordé. La fumée se dissipe un peu, juste assez pour qu'on voit les navires s'écarter. Les Dons sont parvenus à couper les grappins.
Sicaire brasse ses huniers & revient s'accoupler.

- Par Belzébuth ! Les Dons veulent vendre chèrement leur peau !

Les deux navires en effet s'écartent à nouveau. ils ont une fois encore réussi à couper les grappins.

Le Poisson rouge joue de malchance.
Une rafale de vent scélérate prend les trois navires par surprise.
L'espagnol & Nemrod gîtent follement au point d'être presque engagés mais se redressent lentement, sans gros dégâts. Nemrod a seulement eu des cadènes presque arrachées dans le porte-hauban tribord du grand mât et quelques chutes spectaculaires sans gravité si ce n'est quelques luxations de membres.
Mais … Sicaire lofait, troisième tentative pour revenir bord à bord. Le brick est coiffé par la rafale.

Pris totalement à contre !
Breeg réagit vite & bien. Écoutes & boulines sont filées avant qu'un mât ne soit emporté.
Sicaire pivote dans son axe, se met "bout au vent"  présentant sa hanche bâbord à Manita.

- Ses canons ne portent plus ! s'écrient les Nemrod's.

Les espagnols saisissent cette opportunité. A peine le senau redressé, à une portée de crachat de Sicaire, leurs six pièces de 4 livres aboient. Les gerbes de mitrailles fauchent le pont du brick. Encore & encore !

Dès la première volée, je saisis la fâcheuse situation dans laquelle se trouve Sicaire. Je fais servir, nous lofons avec toute la célérité que permet l'expérience de l'équipage pour venir ranger Manita sur son autre bord.
Grappins & corbeaux crochent.

- A l'abordage ! Pas de quartier !

Les Nemrod's se précipitent sur le pont espagnol.

- Tue, tue !

Le capitaine espagnol est parmi les trois survivants. Nous les remettons aux mains de Jeremiah.

- La note du boucher a été lourde je crois. Veux-tu que nous écourtions cette expédition pour aller relâcher dans un de nos port ?

- Te rend tu compte Bertrick, ils m'ont tué trente sept hommes ! Par le Diable, je n'aurai de cesse d'en occire dix pour chacun d'eux ! On continue. Les Dons vont apprendre à souiller leurs chausses rien qu'à évoquer mon nom !

- Le Poisson Rouge ? Que nenni, le Fléau de Dieu ? Un nouvel Attila !

Les corps des morts & des blessés du senau ont été jeté par dessus bord. Quand les requins attirés par le sang sont arrivés, Breeg & ses hommes ont fait subir au capitaine le supplice de la planche.
Assez horrible spectacle quand l'espagnol a été à demi soulevé hors de l'eau par un squale et emporté ainsi sur près de cinquante yards avant qu'un congénère vienne lui disputer cette proie hurlante.
Manita est mise à sac & incendiée.
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Jeu 12 Fév 2015 - 13:37

Pendant une longue expédition de mer, l'eau douce est bien plus précieuse que le rhum !

Comme chaque matin depuis une couple de semaines, Bertrick lança le seau par dessus le pavois, hâla le filin pour ramener le récipient à bord. Les mains en conque, il y puisa de l'eau, s'en aspergea le visage à plusieurs reprises & se versa le restant d'eau de mer sur la tête.

De retour dans la grand-chambre, il empoigna une bouteille, s'emplit la bouche d'une large rasade. Quelques va-et-vient des joues pour se rincer la bouche puis il alla cracher le rhum par une des fenêtres de poupe grande ouverte. Ce cérémonial terminé,  il se vêtit & rejoignit la dunette.
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