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 Retour à la mer de Latimer Bertrick.

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Bertrick
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Sam 7 Fév 2015 - 14:11

- A filer les écoutes !

Nemrod court sur son erre & défile à contre bord de l'espagnol à portée de voix.

- Feu !

De l'avant à l'arrière, nos neuf pièces tribord font feu dans un roulement de fin du monde. La plupart parviennent à tirer trois fois avant que le senau ne sorte de leur ligne de mire.
Nemrod émerge de l'épais nuage de fumée qui enveloppe l'espagnol.

- A border les écoutes !

De grands coups de gueule en espagnol nous parviennent. Le capitaine du senau, braille pour faire servir son grand hunier. Avant que Manita – on est passé si près qu'on a pu lire le tableau de poupe malgré la fumée -  ait acquit une vitesse suffisante pour être manœuvrant, Sicaire arrive à son tour par son travers, empanne & fait feu.
Six fois !

– la poudre ne lui coûte pas cher ! Le Poisson rouge souhaite sans doute que ses canonniers deviennent les plus fins pointeurs de la Caraïbe. commente Mac Duff à mes côtés.

Je fais contre-brasser notre hunier de misaine pour empanner. Nemrod se balance mollement au gré de la houle à moins d'une couple d'encablures sur l'arrière de Manita.
A travers les épais volutes , on devine que Sicaire a abordé. La fumée se dissipe un peu, juste assez pour qu'on voit les navires s'écarter. Les Dons sont parvenus à couper les grappins.
Sicaire brasse ses huniers & revient s'accoupler.

- Par Belzébuth ! Les Dons veulent vendre chèrement leur peau !

Les deux navires en effet s'écartent à nouveau. ils ont une fois encore réussi à couper les grappins.

Le Poisson rouge joue de malchance.
Une rafale de vent scélérate prend les trois navires par surprise.
L'espagnol & Nemrod gîtent follement au point d'être presque engagés mais se redressent lentement, sans gros dégâts. Nemrod a seulement eu des cadènes presque arrachées dans le porte-hauban tribord du grand mât et quelques chutes spectaculaires sans gravité si ce n'est quelques luxations de membres.
Mais … Sicaire lofait, troisième tentative pour revenir bord à bord. Le brick est coiffé par la rafale.

Pris totalement à contre !
Breeg réagit vite & bien. Écoutes & boulines sont filées avant qu'un mât ne soit emporté.
Sicaire pivote dans son axe, se met "bout au vent"  présentant sa hanche bâbord à Manita.

- Ses canons ne portent plus ! s'écrient les Nemrod's.

Les espagnols saisissent cette opportunité. A peine le senau redressé, à une portée de crachat de Sicaire, leurs six pièces de 4 livres aboient. Les gerbes de mitrailles fauchent le pont du brick. Encore & encore !

Dès la première volée, je saisis la fâcheuse situation dans laquelle se trouve Sicaire. Je fais servir, nous lofons avec toute la célérité que permet l'expérience de l'équipage pour venir ranger Manita sur son autre bord.
Grappins & corbeaux crochent.

- A l'abordage ! Pas de quartier !

Les Nemrod's se précipitent sur le pont espagnol.

- Tue, tue !

Le capitaine espagnol est parmi les trois survivants. Nous les remettons aux mains de Jeremiah.

- La note du boucher a été lourde je crois. Veux-tu que nous écourtions cette expédition pour aller relâcher dans un de nos port ?

- Te rend tu compte Bertrick, ils m'ont tué trente sept hommes ! Par le Diable, je n'aurai de cesse d'en occire dix pour chacun d'eux ! On continue. Les Dons vont apprendre à souiller leurs chausses rien qu'à évoquer mon nom !

- Le Poisson Rouge ? Que nenni, le Fléau de Dieu ? Un nouvel Attila !

Les corps des morts & des blessés du senau ont été jeté par dessus bord. Quand les requins attirés par le sang sont arrivés, Breeg & ses hommes ont fait subir au capitaine le supplice de la planche.
Assez horrible spectacle quand l'espagnol a été à demi soulevé hors de l'eau par un squale et emporté ainsi sur près de cinquante yards avant qu'un congénère vienne lui disputer cette proie hurlante.
Manita est mise à sac & incendiée.
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Jeu 12 Fév 2015 - 13:37

Pendant une longue expédition de mer, l'eau douce est bien plus précieuse que le rhum !

Comme chaque matin depuis une couple de semaines, Bertrick lança le seau par dessus le pavois, hâla le filin pour ramener le récipient à bord. Les mains en conque, il y puisa de l'eau, s'en aspergea le visage à plusieurs reprises & se versa le restant d'eau de mer sur la tête.

De retour dans la grand-chambre, il empoigna une bouteille, s'emplit la bouche d'une large rasade. Quelques va-et-vient des joues pour se rincer la bouche puis il alla cracher le rhum par une des fenêtres de poupe grande ouverte. Ce cérémonial terminé,  il se vêtit & rejoignit la dunette.
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Sam 14 Fév 2015 - 17:03

10 Février
Nous avons doublé l'embouchure du Rio Bravo.
La bonace !
Hormis Sicaire à quelques encablures sur tribord, quelques voiles de petits caboteurs sont en vue, que nous négligeons.

11 Février
27° de latitude nord, légère brise par le travers tribord & mer belle.
Toujours pas de proie en vue.
C'est la presse sur le pont principal bien qu'il manqua quarante hommes & plus à présent. Mais la touffeur dans l'entrepont y est insoutenable.
Les hommes ravaudent leurs effets, affûtent, qui son coutelas, qui son sabre où sa hache d'abordage, graissent pistolets, mousquets où autres tromblons & espingoles après les avoir démonté avec l'aide de l'armurier. Quelques uns préfèrent cependant jouer leurs piastres aux dés où aux cartes.

Nous serrons le lit du vent cap sur la Pointe de Mardi Gras qu'on devrait apercevoir dans quatre où cinq jours au plus, sauf à subir du très gros temps.
Nous avons, peu avant l'aurore, doublé la Baye de Saint Bernard où se trouve l'embouchure de la Rivière Robec. Les français y ont un petit établissement ; le Fort de François.


12 Février
- Bonjour M. Onslow. Qu'aurons nous pour le déjeuner ?

- Bonjour capitaine ! Le maître coq dansa d'une jambe sur l'autre d'un air gêné. - Quand à ça, nous avons épuisé les vivres fraîches du bord depuis une semaine & plus, comme vous le savez fort bien … Nous aurons donc de la bouillie de blé d'Inde avec du boucané de bœuf.

- Ha ha ha ! Voilà qui va nous changer du boucané de porc & des battatas de la veille. Heureusement, nous avons une bonne réserve de vin d'Espagne pour faire glisser le tout.

Le maître de navigation se joignit à eux.

- Bonjour capitaine !

- Bonjour M. Cavanaugt !

- J'ai fais envoyer un coup de loch au changement de bordée … A peine un nœud & un quart !  Bien sûr, nous serrons le lit du vent & la brise est très faible mais … Si vous regardez dans notre sillage, vous verrez une traîne d'algues de plus de  trente yards ! Il faut envisager de trouver une plage où nous pourrions abattre en carène afin de gratter nos fonds.

- Ça nous prendrait un temps considérable !  Outre la recherche de la plage idoine, vider entièrement le navire, y compris les canons, dégréer  & dépasser les mâts de hunes, abattre en carène, nettoyer la coque & tout remettre en place …  Le tout sur une côte hostile à la merci d'un ennemi venant de terre où du large,  où même d'un ouragan … Ça nous prendrait des semaines voir des mois ! Ce serait folie. Nous radouberons lors de notre prochaine escale.
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Sam 28 Mar 2015 - 13:47

26 Mars avant la tombée de la nuit.

- Voile en vue !

Alerté par le cri de la vigie, j'abandonnai la partie d'échec contre Cavanaugt & rejoignis la dunette.

- Où ?

- Par le travers bâbord à 3 lieues Capitaine !


Il faisait encore juste assez jour pour l'observer à la lunette.

- Une gabare, une grande ! Dans les trois cents tonneaux" commentai-je pour ceux présent sur la dunette.

- Mr.Mac Duff, on maintient notre cap mais faîtes choquer les écoutes d'un bon yard. Si elle ne vire pas dans la nuit, nous devrions être tout proche d'elle à l'aube.


27 Mars
La grande gabare apparaît avec l'aurore. Elle est à moins d'un mille. Le pavillon d'Espagne flotte à son mât de misaine.

- Mr. Bulloch, affalez un peu, je veux couper son sillage.
- Mr. Clomfert, Aussitôt passé sous sa poupe, à virer sur tribord.
- Mr. Vickers préparez vous à faire feu de tribord. A mitraille.
- Mr. Mac Duff. Vous prendrez son gaillard d'avant avec une trentaine d'hommes. Vingt autres avec moi pour nous emparer de son gaillard arrière.
- Mr. Cavanaugt faîtes envoyer le Joli Rouge dès que nous couperons son sillage. Pour l'instant envoyez les couleurs françaises.


A bord de la grande gabare, on venait de nous apercevoir. Nous étions à moins d'un demi mille.
On les vit filer les écoutes, des ordres fusèrent pour virer de bord. Le capitaine espagnol vit alors le pavillon de France monter à notre drisse de misaine. Nouveaux ordres pour annuler les précédent … confusion, désordre.

La gabare, écoutes filées avait perdu de sa vitesse. Elle avait à peine assez d'erre pour gouverner encore. Ordres et contre ordres la laissait avec ses vergues avant & arrière brassées sur des amures différentes. Elle entra le nez dans le lit du vent & empanna.

Nemrod n'avait pas encore coupé son sillage & fonçait maintenant droit dessus à moins de deux encablures !

Les Nemrod's fort heureusement, étaient très expérimentés. Les écoutes furent choquées en grand, Bulloch fit tourner la barre comme un fou.
Le brick passa devant la proue de l'espagnol ...  si près qu'il lui arracha son bout-dehors de beaupré.

Intense agitation ; lofer bâbord amures, brasser les vergues, border les écoutes, les canonniers se précipitant pour mettre en batterie les pièces sur l'autre bord.

Ses vergue basses & de huniers en désordre, son beaupré gravement offensé, la gabare ne pouvait plus manœuvrer. Elle dérivait doucement. Nemrod revint sur elle & ouvrit le feu.

L'expérience !
Les neuf pièces bâbord, de l'avant à l'arrière, crachèrent la mort. Un tir parfait !
La seconde bordée toucha de plein fouet.
Nemrod passa, lofa à une encablure sur l'arrière de la grande gabare  & revint. Cette fois, le brick vint s'accoler. Quelques grappins & corbeaux retinrent les deux navires bord à bord. Les nemrod's en deux groupes se jetèrent à l'assaut des gaillards de l'espagnol.

Ceux-ci étaient encore trente cinq qui défendaient le château arrière. Incapable de manœuvrer, leur capitaine n'avait pas jugé utile de défendre le gaillard d'avant.
Bertrick se retrouva avec le groupe d'assaillant le moins nombreux, vingt hommes, à devoir enfoncer la défense ennemi bien retranchée.

Mac Duff avait conquis le gaillard d'avant sans coup férir. Voyant son capitaine en difficulté, il entraîna ses trente hommes derrière lui en courant tout le long du pont.
Les espagnols, terrorisés par cette nouvelle horde hurlante cédèrent. La plupart coururent se réfugier dans les fonds.

Il fallut fouiller la gabare de fond en comble pour les déloger un à un.
Cinq forbans, tous du groupe du capitaine Bertrick payèrent cet abordage de leur vie.
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Lun 13 Avr 2015 - 12:31

Mars 1715
Incursion à la côte de La Caroline. Nous nous sommes emparés d'un brigantin corsaire hollandais devant S. Mathieu des Anglois.

Longé la côte de la Presqu'isle de La Floride. Les atterrages  de S. Augustin des Espagnols ne révélèrent aucune proie d'intérêt.

Nous avons joué à cache-cache pendant deux jours avec un grand chebec arborant le pavillon noir ; Gentilshommes de fortune où méprisables mercenaires ?

Il devient nécessaire de nettoyer les fonds de Nemrod. Nous traînons une chevelure d'algues de près de vingt yards qui nous ralentit.
Nous décidons d'aller relâcher à Eleuthera pour abattre le brick en carène.

Comme mes officiers, je connais à présent intimement Nemrod. Chaque soir après dîner, nous discutons depuis des semaines des modifications que nous pourrions apporter pour améliorer ses qualités.

Eleuthera
Un mois complet ne fut pas de trop pour les calfats & les charpentiers du chantier naval.

C'est un vaisseau d'aspect bien différent qui à présent rappelle sur son ancre au milieu de la rade.
Le pont principal est bien plus dégagé qui ne porte plus que douze pièces là où il y en avait dix huit.
Deux longs canons de neuf livres en cuivre arment le gaillard d'avant comme pièces de chasse & deux autres, le gaillard d'arrière.

Il a fallu augmenter la quête avant du mât de misaine pour pallier au changement de centre de gravité du navire par rapport à son centre de voilure. Cette inclinaison du mât devrait aussi apporter à Nemrod un gain de vitesse & le rendre plus ardent donc plus aisé à manœuvrer.

Les Lucayes
La navigation parmi les hauts-fonds confirme que le brick est bien plus manœuvrant. Pas une fois nous n'avons talonné. Nemrod répond à la barre avec promptitude & justesse.
En eaux libres, le loch a révélé huit nœuds ! Une vitesse jamais atteinte avec une telle brise depuis que j'en ai pris le commandement.
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Mer 29 Avr 2015 - 12:34


Depuis qu'on est sorti du Canal de Bahamas et qu'on a doublé le Cap de Saint Antoine il y a deux semaines, les vents ont invariablement été  contraires. Il a fallu louvoyer sans cesse pour descendre au Sud Est jusqu'aux atterrages de Cartagene puis louvoyer encore quand on a viré plein Est.

26 Avril
Nous reconnaissons le Cap de la Vela.

Nous doublons le Cap Coquibacoa  une heure avant le lever du jour.
Le vaisseau du capitaine Godefroy  est à quelques encablures dans notre sillage.

Nos vigies découvrent à l'Est un vaisseau qui se profile parfaitement sur l'horizon  quand celui-ci se teinte du rose violacé  annonçant l'aube.
Sa mâture, avec son bas-mât central jumelé, est caractéristique. C'est un senau d'une centaine de tonneaux.
Sans doute un chasse-marée hollandais qui patrouille au delà du Cap de Saint Romain pour alerter les colonies bataves des Isles sous le vent d'une approche ennemie.

Le senau est sous notre vent et nous devons tirer des bords pour venir à portée de canons.
Ce capitaine batave est trop confiant. Il se sent en sécurité avec la proximité de l'Isle de Orube. Sous voilure réduite, il ne semble  pas même avoir placé de vigies … où bien, celles-ci dorment dans la hune !

Nous approchons du senau hollandais en louvoyant. Notre dernier bord nous amène à moins d'une encablure sur l'avant de son travers tribord.
Le capitaine Godefroy manœuvre pour placer son chebec sur l'autre bord.
Las, plusieurs rafales de vent irrégulières venant du Golfe de Maracaïbo le coiffent à deux reprises.
A bord du hollandais "Ombre de la mort" les vigies, réagissent enfin. Trop tard !

L'enfer se déchaîne. Les bordées de mitraille fauchent les bataves à mesure qu' ils surgissent des  panneaux d'écoutilles.
Le capitaine Godefroy fait cesser le feu, une trouée dans les volutes de fumée lui a révélé au delà du senau que Nemrod brassait ses vergues. Il a compris, Bertrick s’apprête à passer à l'abordage.

Une décharge de mousqueterie, des hurlements mêlés aux cliquetis de sabres le confirme.
Le senau est rapidement conquis.
Mac Duff  est chargé de terrir la prise. Il y embarque avec une trentaine d'hommes.
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Sam 2 Mai 2015 - 16:54


Isle de Orube.

Nemrod est ancré à Paardenbaai.
Avec la yole, Mr.Bulloch le quartier maître et moi nous sommes approchés jusque dans le port. Trois navires dont un anglais y sont accostés. Tout sont dégréés, leurs vergues déposées. Aucun danger à redouter de l'un d'eux.

De Clerq le maître-charpentier s'est rendu à Orangestad par le chemin côtier.
A son retour, il nous fait le compte rendu de son incursion.

- Les marins  y sont désœuvrés. Voilà plus de dix jours, Aliseo, une grosse corvette de huit, a appareillé de Kralendijk à Isle de Bon Air. Depuis, aucun navire n'a accosté où appareillé dans les isles bataves. Ils n'ont plus aucune opportunité  de pouvoir s'embarquer. Il y a bien un cotre, mais c'est un navire-école et son équipage est au complet. Et puis, ce bâtiment ne quitte que rarement le quai de l'Académie navale de Kralendijk.


Cette situation fait bien notre affaire. Nous n'avons rien à craindre côté mer et notre mouillage nous met à l'abri d'une attaque terrestre de la modeste garnison de Fort Zoutman.

Mr. De Clerq est retourné en ville le lendemain. Il est parvenu sans peine a enrôler une demi douzaine d'hommes pour combler nos pertes.
Nous levons l'ancre et mettons le cap au Nord Est.

- Voile en vue !

Il s'agit d'un dogre. La lunette me dévoile qu'il est percé pour huit canons, un corsaire donc et qui fait route plein Sud.
Nous décidons de nous en emparer et abattons pour l'approcher.

Malgré plusieurs bordées meurtrières sur Les Sept Provinces, nous déplorons  la perte de huit des nôtres lors de l'abordage. Ces bataves se sont bien battus.

Nous jetons l'ancre à Piscaderabaai, au Nord Ouest de Sint Annabaai et hors de portée des canons de Fort Amsterdam.

De Clerq s'est rendu avec notre canot à Willemstad pour recruter. Il nous ramène, en sus de huit volontaires, un chirurgien de marine, le docteur Matthijs Jansz van Dijk qui préfère se joindre à nous plutôt que de devoir subir le mortel courroux du gouverneur dont il a suborné la plus jeune des filles … Vraiment très jeune !
C'est heureux pour nous, Mr. Pige notre précédent chirurgien avait été occis au cours d'une rixe dans une taverne de Florida Key.
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Jeu 7 Mai 2015 - 11:31

6 Mai

- Holà en bas ! Bloody Lady envoie des signaux.

Clomfert est chef de quart. Je prend la longue-vue qu'il me tend.
Là-bas, sur bâbord avant, Spriggs a fait envoyer une dizaine de pavillon hétéroclites. Il fait tirer un coup de canon sous le vent pour attirer l'attention et aussitôt vire et fait force de voiles cap sud-est.

- Mr. Bulloch, suivons le. Tribord un demi. Mr. Clomfert faîtes envoyer les perroquets et les bonnettes sous le vent.

Sur notre travers bâbord, Sicaire nous imite. Les deux bricks, au près bon plein, suivent le chebec de Spriggs.
Après un bon mille, je découvre dans l'objectif de la lunette un trois mâts sur l'horizon.

- C'est une frégate ! dis-je à l'attention des occupants de la dunette.

- Cap sud-est ...pavillon d'Espagne.  Mr. Mac Duff branles- bas  de combat ! Mr. Vickers, les canons chargés à mitraille ! Mr. Bulloch gouvernez droit dessus.  

Bloody Lady parvient à portée de la frégate sur son flanc tribord et fait feu par deux fois.

Nous sommes maintenant à un quart d'encablure de El Gato Negro sur son autre bord.

- Feu !

Les canonniers de Vickers font merveille. Quatre bordées, deux de plein fouet !
L'espagnol ne cherche pas à éviter le combat. Il ouvre le feu sur Bloody Lady. Sept bordées qui tuent beaucoup de monde sur le chebec de Spriggs puis il tente de s'y agripper.
Spriggs lofe et parvient à éviter l'abordage.

Ce capitaine ne manque pas d'audace. Il fait même feu sur l'autre bord contre nous.

Surpris par cette bordée, dix des nôtres ne se sont pas mis à couvert derrière la lisse, ils sont fauchés par la mitraille. Nous ripostons, un tir parfait et deux de plein fouet. Sur l'espagnol, le sang ruisselle par les dalots.

Sur l'autre bord, Bloody Lady se range bord à bord, les grappins crochent et Spriggs se lance à l'abordage.
Les trois vaisseaux sont noyés dans la fumée de la canonnade. Depuis Nemrod, on entend les clameurs, le cliquetis des sabres et quelques coups de pistolets et d'espingoles. Les volutes de fumée se dispersent et l'on se rend à l'évidence, les Bloody Lady's sont repoussés !

Le chebec de Godefroy surgit de la fumée, nous coupe la route et ouvre le feu sur le gaillard avant de El Gato Negro. Godefroy abat pour l'aborder.
Croc Not à trop d'erre. Les coques s'entrechoquent mais le chebec glisse à grand fracas sur le bossoir de l'espagnol lui emportant son mât de beaupré.

Une équipe espagnole parvient à couper les grappins de Bloody Lady.
Nous lui envoyons une nouvelle bordée .. . de plein fouet !
S'en est trop pour l'espagnol. Il ne peut éviter une nouvelle tentative d'abordage du chebec de Godefroy. Les Croc Not's se précipitent sur son pont. Le combat est terrible. Les espagnols succombent sous le nombre. Le pavillon d'Espagne, sa drisse coupée s'affale sur le gaillard d'arrière. El Gato Négro  est entre nos mains.

Nous sommes tous impressionnés par le courage et l’opiniâtreté du capitaine Esteban de Andaloucia.
D'un commun accord nous le laissons embarquer avec les survivants de son équipage sur les canots encore intact de la frégate. Isle de Marguerita est à quelques lieues, ces braves y seront sous peu.
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Mer 13 Mai 2015 - 13:00

10 Mai


Après le second quart du matin, à l'Ouest de Isle Saint Vincent ;

- Voile en vue ! Voile droit devant !

Bertrick, qui  étudiait les cartes dans la grand-chambre en compagnie de Cavanaugt, rejoignit la dunette.
La longue vue lui révéla un vaisseau deux ponts, cinquante où soixante canons, à trois lieues à l'Ouest de Sainte Alousie sur un cap plein Nord. L'étamine blanche fleurdelisée claquait fièrement à son mât de pavillon.

Les bricks et les chebecs de la flottille naviguaient en ordre dispersé quoiqu'ils fussent « à vue ».
A bord de Croc Not, on avait aussi aperçu le vaisseau français.
Le capitaine Godefroy fit croiser ses grandes voiles latines en ciseaux pour lui courir sus.

A bord de Nemrod, Mac Duff et Clomfert firent établir avec célérité perroquets et bonnettes hautes et basses.
Las ! Le brick était à moins d'un quart de mille de la pointe Sud de Sainte Alousie. Le vent refusa.
Il fallu rentrer  bonnettes et perroquets et tirer des bords pour remonter le lit du vent.

Le chebec du Capitaine Godefroy, plus au large, est encore vent portant. Il parvient à portée du français devant Fort Saint Pierre et l'attaque.
A bord de Nemrod, c'est avec dépit que nous assistons de loin à la canonnade sans pouvoir y prendre notre part … Et la nuit approche.

Comme attiré par l'odeur du sang - plus vraisemblablement au son du canon - Bloody Lady, plus au large de la côte recevait encore la brise. Il  fait force de voile pour pouvoir se placer à portée de tir avant l'obscurité.
En vain !

Nemrod gagne enfin la position à la nuit tombée. Le vaisseau français s'est mis à l'abri dans le port de Saint Pierre pour panser ses plaies.

Nous mouillons pour la nuit devant le port, hors de portée des batteries françaises du fort.
Sicaire a rejoint, les quatre navires sont empannés à moins d'un mille devant le port.

Au petit jour,tout les capitaines, à l'invitation de Godefroy, rejoignent Croc Not pour déjeuner et convenir de la suite des opérations.

Le capitaine Godefroy narre l'accrochage avec le vaisseau Providence.

- Nous l'avons approché à moins d'une encablure sur son flanc bâbord. Nous n'avions pas envoyé nos couleurs. Et puis, il devait être sûr de son impunité au regard de sa puissance de feu et de la proximité de Fort Saint Pierre. Il n'a pas même jugé utile de mettre ses canons en batterie.  
Notre première bordée à mitraille l'a touché. Nous avons fait feu à nouveau, ce fut un tir parfait ! Après quoi, nous avons chargé nos pièces avec des chaînes pour offenser son gréement. On a vu les hommes courir pour rejoindre les postes de combat aussi a t-on de nouveau tiré à mitraille. Quatre bordées dont deux tirs parfait, un de plein fouet.
Il est fort dommage qu'aucun de vous n'ait pu remonter au vent avant la nuit. J'ai vu sur sa dunette qu'un personnage de marque se tenait aux côtés du capitaine. Nous aurions pu en demander une belle rançon.



au petit jour, une grande chaloupe à quatre paires d'avirons sort du port … Sous pavillon parlementaire !
Elle fait force de rames sur Croc Not.
Le Capitaine Godefroy l'autorise à accoster.
Un jeune freluquet en uniforme chamarré monte à bord jetant des regards inquiets.

- Je suis porteur d'un message de la part de Son Excellence. Je dois le remettre en main propre à celui qui commande ce navire » dit-il.

- Je suis le Capitaine Godefroy et c'est moi qui commande ce chebec.

Le freluquet lui remis la missive, et rembarqua sans plus de cérémonie sur sa chaloupe qui déborda aussitôt et s'en retourna à Fort Saint Pierre.

- De quoi a-t-il eu peur le jaunet ? demanda un gabier à ses compagnons.
- Peut-être qu'on le dévore tout cru ! lui répondit l'un d'eux.
- Où qu'on lui fasse subir les derniers outrages ! renchérit un autre.


Godefroy décacheta le pli, en pris connaissance. Son visage se fendit d'un large sourire.
Il le fit passer à Bertrick  qui le transmis après l'avoir lu à Spriggs et lui même à Bregg.




- Ha ha ha ! Voilà messieurs qui mérite que nous buvions quelques boujarons de mon meilleur rhum. Pour sûr, je vais faire encadrer ce document et le faire accrocher en bonne place dans la grand-chambre. Peu de pirate peuve se vanter d'avoir reçu une lettre de l'Ambassadeur de Sa Majesté Très Catholique, Roi de France et de Navarre, Louis le Quatorzième !
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Sam 16 Mai 2015 - 20:46

Deux vaisseaux apparurent à l'ouvert de la baie juste comme Nemrod, s'établissait vent arrière, cap au large.

- Ils nous  coupent la route Capitaine ! Nous n'avons aucune chance de leur échapper.

Bertrick se forçant à rester impassible ouvrit sa lunette, la braqua sur le vaisseau le plus au nord. Il pivota un peu l'instrument en direction de l'autre Deux ponts.
La brise de terre obligeait les vaisseaux à tirer des bords courts pour remonter le lit du vent vers le port au fond de la baie.

- Pas sûr Mr. Mac Duff. Ils ne peuvent lofer. Ils ont la côte toute proche sur un bord et virer sur l'autre bord les jetteraient sur l'autre vaisseau au risque de l'éperonner.
- Gouvernez comme ça Mr. Bulloch.
- Mr. Mac Duff nous allons passer entre ces deux balourds.
- Mr. Clomfert ! Le monde aux bras et aux drisses. Que chacun se tienne paré à obéir promptement.
- Les pièces tribord en batterie Mr. Vickers !


Les trois navires se rapprochaient.
Un demi mille ... Un quart de mille.
Les trilles des sifflets et les battements de tambour indiquèrent qu'on faisait le branles-bas sur les Deux ponts.
Celui au nord battait pavillon anglais, l'autre au sud de la baie arborait les couleurs hollandaises.

Nemrod vira bâbord amures, comme pour tenter de se glisser entre la côte et le vaisseau anglais.
A bord de celui-ci,les mantelets de sabords tribord furent levés, les gueules des grosses pièces de trente deux et de  vingt quatre livres apparurent, menaçantes.

- Mr. Clomfert paré  à virer !
- Mr. Bulloch, à mon commandement  abattez sur tribord … Maintenant !


Nemrod vira en prenant de la bande, se redressa et s'engagea entre les deux vaisseaux à trente yards de l'anglais …

Le Godon attendait le brick sur tribord, les canonniers n'avaient pas mis les pièces bâbord en batterie.
Le capitaine hollandais quand à lui, n'osa pas ouvrir le feu. Sa volée risquait de passer au dessus du brick pirate et toucher son compère anglais.

- Feu !

Les neuf pièces bâbord de Nemrod vomirent la mitraille sur le gaillard avant de l'anglais qui embarda lourdement quand son timonier lâcha la roue du gouvernail sous l'effet de la surprise.
Les canonniers de Nemrod rechargèrent comme des fous.

- Feu !
La seconde bordée faucha les godons qui hâlaient fiévreusement drisses et bras de vergues au pied du grand-mât ainsi que les canonniers des douze livres du pont supérieur.

Nemrod était passé !
Bertrick déchiffra les tableaux de poupe des vaisseaux ; Hms Drake et Tulipenmanie.

- Mr. Clomfert, je pense qu'on peut envoyer les perroquets.
- Mr. Bulloch ! Cap Nord Ouest.
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Mar 19 Mai 2015 - 15:30

Depuis quelques jours, Bertrick le sentait bien, l’entrepont était agité & grognait.
Même les prises récentes des deux corsaires hollandais, même la sortie de Saba au nez & à la barbe de deux vaisseaux de 56 canons, n’y changeait rien.

Les hommes s’ennuyaient-ils, leur manquait-il l’ivresse du combat et du sang ?
Bertrick avala une longue lampée de rhum. Il sentait confusément qu’il y avait autre chose.
On frappa.

- Puis-je entrer Capitaine ?

- Oui, bien sûr. Que voulez-vous Mr. Bulloch ?

- Capitaine, c’est le Quartier-Maître qui vient vous voir & à ce titre, je parle au nom de l’équipage.(*)

- Ho ! Je vois. Que se passe t-il donc ?

- Ben, c’est à propos de l’amnistie. Quand on a fait escale à Charlotte Amalie, ceux qui sont allés à terre en ont entendu parler sur le port.

- Ha, je comprend à présent.

- Les hommes sont bien plus riches que plusieurs vies ne le leur auraient permis. Pi, y savent que si on saute pas sur l’occasion, la vie va devenir impossible. Errer en mer … fuir sans cesse … en attendant la mort au combat où la « Cravate de chanvre ». Tous ont de quoi se retirer et de s’installer à l’abri du besoin comme des bourgeois. Y m’ont dit qu’y voudraient qu’on réunisse le «  Grand Conseil » d’équipage.

- Certains ont donc l’envie de mettre sac à terre ?

- Quelques uns ? Pis que ça capitaine ! Y veulent qu’on soumette au vote la dissolution de la compagnie. Qu’on vende le navire et qu’on partage le butin.

Bertrick ne répondit rien. C’était la loi !  Ils étaient dans leur droit, c’est écrit dans « La Charte » ... Sauf sur un point !

- Vendre le navire, hors de question ! Notre « charte » précise que le navire appartient de plein droit à celui qui a été élu capitaine … Et même, elle stipule que si le navire est perdu, la compagnie ne peut-être dissoute tant qu’un autre navire de même valeur ne puisse remplacer la perte. Mais soit ! Dites leur que nous allons relâcher dès que possible & réunir le Grand Conseil.


(*) Authentique ! Chez les flibustiers et les pirates, le Quartier-Maître représentait l’équipage auprès du capitaine.
Un « délégué syndical » en quelques sorte … avec quelques siècles d’avance !
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Ven 22 Mai 2015 - 10:07

20 mai 1715

Nemrod est entré à l’Anclaje Isabela pour y  jeter l’ancre. Quelques hommes sont à recruter pour combler les pertes du dernier abordage et il y a du butin à vendre.

Mac Duff a été chargé de prendre contact avec le négociant local.
Jusqu’à présent, nous n’avons jamais contestés les tarifs, mais là … Moitié prix à peine !

J’ai appris par un de mes "Honorables correspondants" que mon ami Chien rouge venait de perdre Bloody Lady devant Saba. Ce sont les deux ponts anglais et bataves auxquels nous avions échappé de si belle manière qui s’en sont emparés.
De retour à bord, j’en ai informé l’équipage.

Nous avons tenu le « Grand Conseil ». En fait, seule une trentaine étaient prêt à vouloir bénéficier de l’amnistie - entraînés par quelques beaux parleurs dont je vais devoir me débarrasser rapidement – bref, la perte de Bloody Lady a conforté toute la compagnie dans son choix de vivre libre sous la bannière noire.  
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Mar 26 Mai 2015 - 18:18

24 Mai.
Le vent forcit et tourne Sud Est comme le Cap Lobos défile à une lieue sur tribord. C’est à présent un coup de vent & la mer est très forte.
Cacatois et perroquets ont été ferlés et un ris a été pris dans les huniers.

- Voile en vue !

Bertrick repousse le barbier, essuie hâtivement le savon qui lui couvre le visage et se rend sur la dunette. Il hèle la vigie.

- Holà là-haut ! Dans quelle direction ?

- Par le bossoir bâbord ! Sur l’horizon, coque visible capitaine !

Bertrick déploie sa longue vue et la braque dans la direction indiquée.

- C’est un lougre … Cap plein Nord. Mr. Bulloch, abattez de deux points sur bâbord.

Le lougre, un hollandais, nous a aperçu. Il lofe aussitôt cap Sud Ouest pour fuir.
Nous le prenons en chasse malgré la distance.
Ces lougres sont rapides mais Nemrod, plus lourd, étale mieux la houle par ce gros temps.

La chasse se poursuit durant la matinée, Nemrod gagne main sur main.
Après quelques heures, le batave n’est plus qu’à deux lieues. On le voit maintenant nettement depuis la plage arrière quand les deux bâtiments sont au sommet de la houle.

Au milieu du second quart de l’après midi, nous sommes à sa hauteur et passons en abord par tribord à moins d’une encablure.
C’est heureux car le vent s’essouffle et ces petits bâtiments disposent d’une surface de voilure étonnante. Si ce capitaine ose envoyer tout dessus au risque de briser un espar, il pourrait bien parvenir à échapper.

Nous ouvrons le feu. Nos huit pièces bâbord lui expédient trois bordées roulantes. Tout nos boulets - 64 livres de fonte par volée - portent en plein.
Le Canard Doré semble trébucher sous les impacts qui martèlent sa muraille. Certains boulets y restent fichés, quelques uns, les neuf livres, ont même traversé son bordé.

Ce que craignait le capitaine se confirme. Avec le vent faiblissant le lougre est plus manœuvrant et plus rapide que notre brick. Au crépuscule il parvient à s’éloigner et nous le perdons de vue à la défaveur de l’obscurité.
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Jeu 28 Mai 2015 - 13:39

27 Mai

En entrant la veille dans la baie pour aller accoster le wharf, Nemrod était passé à une couple d’encablures d’un dogre arborant le pavillon noir et qui évitait sur son ancre.
Il attendait peut-être l’un de ses canots encore à quai.

Au port, Bertrick apprit que le capitaine Michel Lestrub qui commandait ce bâtiment avait sans doute accepté l’amnistie.

Depuis les larges fenêtres de poupe, Bertrick observait ce dogre en buvant du café.
Si le capitaine Lestrub avait accepté l’amnistie, il était tentant d’aller le prendre …
Mais Bertrick se refusait à tirer sur un pirate – très « fleur bleue » comme disent les français, il voulait croire en un code d’honneur des Gentilshommes de fortune – tient, le canot que le dogre devait attendre se rangeait sous sa coupée.

Ce capitaine Lestrub est-il devenu fou ?
Là bas, à bord du dogre on amenait le pavillon noir pour hisser à sa place  … le pavillon hollandais !

Bertrick couru presque pour rejoindre la dunette.

-Mr. Mac Duff, tout le monde sur le pont ! … Au postes d’appareillage ! A filer les aussières par le bout ! … A déferler les huniers ! A brasser les vergues ! Holà, le monde, remuez vous !

Effervescence à bord de Nemrod. Tout l’équipage abandonna ses occupations avec des regards inquiets en direction du capitaine qui trépignait sur la plage arrière.
On se précipita, qui dans le gréement, qui aux bras de vergues où aux drisses.

Les huniers promptement déferlés se déployèrent sous les vergues. On les brassa, on hala sur les drisses, les écoutes et les boulines avec toute la célérité d’un équipage d’expérience.
Les voiles se remplirent en claquant.

Nemrod s’écarta du quai. On établit vivement l’immense brigantine. Le brick pris de l’erre, fit route en direction du dogre.

- Branles bas de combat !
Mr. Vickers nous allons passer sur son flanc bâbord.


Les servants mirent les pièces tribord en batterie.

- Mr. Mac Duff, que l’équipe d’abordage se tienne prête.

Nemrod, à moins de trente yards sur la hanche du dogre, brassa son petit hunier à contre. Le brick couru sur son erre, empanna juste par le travers du … batave.

- Feu !

La bordée à mitraille faucha le pont du dogre. Suivie d’une seconde, plus meurtrière encore.

- Mr. Clomfert, faîtes servir. Mr. Bulloch, amenez nous sur lui.

Les coques s’entrechoquèrent, corbeaux et grappins les assujettirent vivement.

- A l’abordage !

Bertrick en tête, les hommes se ruèrent en hurlant. Très vite, les Nemrod’s furent maître du navire sans déplorer aucune perte.
Un canot s’éloignait qui établit une petite voile à livarde et sortit de la baie.

- Ce doit être le capitaine Lestrub. Laissons le filer … Que le Diable l’emporte !

On découvrit rapidement un coffre dans la grand chambre.

- Ha ha ha ! Cinquante milles piastres ! La moitié de la prime d’amnistie de Son Excellence Paulus Von Brugen. Et avec un peu de chance, l’officier de haut rang gît sur le pont. Ha ha ha, c’est trop drôle ! Merci Môssieu l’Ambassadeur !
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Mar 2 Juin 2015 - 13:29

29 Mai

- Voile en vue !

Un dogre hollandais armé de huit bouches à feu.
Il est à notre vent. Nous laissons porter pour nous en emparer. Notre conserve, Sicaire de Sainte Marie des Gueux, fait de même.

A quelques milles de notre chasse, nos vigies annoncent une autre voile sur l’horizon par le bossoir bâbord.
La longue-vue me révèle des voiles latines, un chebec. Il est "Au près bon plein" et semble courir sus au corsaire batave. Un français où un espagnol donc. Lorsqu’il découvre nos deux bricks, il empanne.

Malgré cette importune présence – mais nous avons sur lui l’avantage du vent – nous ne renonçons pas à notre entreprise.

A un quart d’encablure du corsaire hollandais, nous faisons feu. Deux bordées qui lui tuent beaucoup de monde. Il lofe en grand et prend la fuite au vent arrière. Avec la présence du chebec ennemi et la nôtre, il va sans doute courir se mettre à l’abri des batteries de Fort Augusta à Kingston.

Un second chebec, plus grand, s’est joint au premier. Une saute de vent me permet d’apercevoir les pavillons … des français.

La corvette La Charmeuse, du capitaine Aelig Legoff, se joint à nous.
La nuit tombe, le vent forcit passant à coup de vent.
Nos trois  vaisseaux sont à la cape sous tourmentin et grand étai à deux ris.

Conviés à bord de Nemrod, Jeremiah Breeg et Aelig Legoff y montent à bord, trempés après la traversée en canot entre nos vaisseaux.
"C’est justice que ce soient eux. Ils sont jeunes " pensais-je riant sous cape, en les accueillant à la coupée.
Nous convenons d’attaquer les deux français au lever du jour si le temps y consent.

Les éclairs illuminent la nuit en continue d’une lumière crue. Ils permettent à nos vigies d’apercevoir dans le N.E. un trois mâts qui bravent le gros temps et la mer très dure.
Ami où ennemi ? Il ne cherche pas à passer inaperçu.
Il se met à la cape à moins d’une lieue.

En fin de nuit, le vent faiblit. A la relève de quart à quatre heure, le trois mâts inconnu nous approche, ses feux de poupe allumés et l’équipage faisant grand tapage pour attirer notre attention.
A bord de Nemrod, les canons sont mis en batterie pour parer à une duperie.
Il est maintenant à portée de voix.
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Mer 3 Juin 2015 - 12:09

- Holà ! Ici la corvette Fajita ! Capitaine Luis Espatula !

La Fajita relâchait à Île à Vache quand nous même y étions.
Le capitaine Luis Espatula nous a suivi et souhaite se joindre à nous. J’y consent avec plaisir, le lui dis,  et l’informe de la présence des français à quelques lieues dans le Sud Ouest.

31 Mai
Nemrod se porte au devant du grand chebec qui à est à présent  seul en vue.
Nous découvrons, en nous approchant, le chebec qui  la veille l’accompagnait, lequel s’était retiré juste sous l’horizon. Un grand chebec est à ses côtés et nous en apercevons un autre encore, au loin dans le Sud Est.
Nous lofons pour rejoindre nos amis.

C’est quatre chebecs, dont trois grands, qui nous font face.
Les français alignent donc 90 bouches à feu et nous 72 bien que, pour moitié, d’un calibre un peu plus fort et nous pourrions leur tenir tête.
Mais … Chacun d’eux a bien plus d’hommes à bord qu’aucun d’entre nous ce qui laisse mal augurer de probables abordages.

- Et puis morbleu, laissons aux marines royales les affrontements d’escadres !" pensais-je.

Le capitaine Luis Espatula nous convie à déjeuner à son bord. Repas pantagruélique !
Les Diables Rouges acceptent avec joie leur hôte au sein de la confrérie Jolly Roger.

1er Juin
Jolly Roger se replie. Nemrod s’attarde en arrière garde. Un grand chebec français, Le Faucon Noir, se montre plus audacieux que ses congénères. Il s’avance sur nous et ouvre le feu, causant grand dommage parmi l’équipage.

Les Diables Rouges sont trop éloignés – ils ont déjà doublé le Cap Tiburon - et le reste de l’escadre française trop proche. Nous rompons le combat et faisons voiles vers l’Est de Isla Navasa où la corvette La Charmeuse peut nous soutenir de ses feux.

Alerté par la canonnade, les deux autres Diables Rouges, ancrés dans la Baie de la Croix au delà du Cap Dame Marie, viennent à la rescousse.
Jolly Roger n’abandonne pas les siens !

Les Diables Rouges font voiles en bon ordre et doublent le Cap Tiburon à la nuit tombante.
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Jeu 11 Juin 2015 - 12:44

8 Juin au petit jour.

Au nord de Tortuga, quatre Diables Rouges et quelques Marchombres sont face à face.
A bord de Nemrod, la tension est palpable et l’équipage aux postes de combat.

Tous, sur la dunette comme sur le gaillard d’avant, ont reconnu Rouge Sang – elle était en cours d’armement à Tortuga quand Nemrod s'y trouvait -  et tous savent que celui qui la commande, le capitaine Andréa Potter va passer aux espagnols, que les chebecs présents à ses côtés, sont ceux des capitaines qui le suivent dans cette partition des Marchombres.

Ils arborent encore le pavillon noir …
mais ne souhaitent-ils pas donner des gages à leur futur maître … ?
Au dépend de Jolly Roger !

Nemrod approche néanmoins Rouge Sang jusqu'à distance de porte-voix.

Je fait part au capitaine Andréa Potter de nos interrogations à son sujet et à celui de ses comparses.

Il me fait réponse qu’un acte par méchante malice n’est pas dans ses manières. Que deux corvettes bataves se trouvent au N.E. quelles sont donc des ennemies de l’Espagne et que leurs captures seraient là, bien assez bon gage auprès de l’ambassadeur du Rey.

Il propose même qu’on s’associe pour les prendre.
J’acquiesce malgré la défiance de certains Diables Rouges qui craignent quelque duplicité.  

Au premier quart de l’après midi, un des chebecs fond sur la corvette batave la plus à l’Ouest tandis que Nemrod s’approche de la seconde.
Un second chebec ainsi que Luis Espatula laissent porter pour prêter main forte … au chebec !
Ils le canonnent et l’un des chebecs s’en empare.

Manque de compréhension ? Personne ne suit Nemrod … et la corvette V-XIII - devant la disproportion des forces en sa défaveur et avec sa conserve déjà abordée et amarinée – ne riposte pas mais se met hors de portée de canons puis prend la fuite au vent arrière.

Erreur tactique de ma part, il eut-été plus approprié d’offenser son gréement pour la ralentir où l’immobiliser, le temps que d’autres arrivent … mais je pensais qu’au moins un, suivrait dans mon sillage.
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Lun 15 Juin 2015 - 12:26

Après que la corvette batave nous ait échappée, le vent a forci et la mer s’est creusée.

Quand bien même !
Je juge prudent de mettre de l’eau entre nous  & les navires du capitaine Potter et ses comparses.
- Nos alliés, soit ! Mais pour combien de temps ? Pensais-je?

Nemrod souffre. Le vent furieux & la mer déchaînée, lui valent quelques avaries. Moins cependant que le brick de Jeremiah Breeg qui a talonné sur des hauts-fonds.

Isle de La Tortue

Je fais distribuer par le quartier maître – en part de butin - trente cinq piastres à chacun des hommes. Aussitôt débarqués, ils s’égaillèrent dans les tavernes, tripots et bouges des bas-fonds.
Nemrod est entre les mains des ouvriers du chantier naval. Nous ne disposions pas à bord des outils pour tout réparer. En outre, j'en profite pour faire gratter nos fonds.

Dégréé, ses mâts de hunes dépassés, le brick est à présent couché sur bâbord, maintenu dans cette posture par des aussières frappées sur ses bas-mâts au plus près de l’étambrai.
Les calfats grattent, poncent et étoupent dans un nuage odorant des fumées du brai fondu & du goudron chaud.

Depuis le rempart au sommet de la tour de défense que je visite – à dire vrai, c’est plus une inspection - j’observe à la longue-vue la flottille du Capitaine Potter … jusqu’à ce qu’elle double les falaises de la Pointe du Môle Saint Nicolas et disparaisse à ma vue.

De retour au chantier, pour voir l’avancement des travaux, le patron, où "Maître de hache", m’apprend qu’il m’en coûtera moins de quatre cents piastres. Un "prix d’ami" m’assure t-il.

Le surlendemain, Nemrod est de nouveau à flot, mâts de hunes guindés & vergues croisées. Les hommes, d’une saleté repoussante, bourses vides – dans tout les sens du terme - certains même, ayant vendu leurs effets, rejoignent le bord.

- Équipage au complet » m’annonce McDuff le second.

- Fort bien. Dans ce cas, tout le monde à la manœuvre, nous appareillons.

Par très légère brise de N.E., Nemrod glisse vers la sortie de la baie sous huniers et s’établit sur son cap.
Dégagé de la côte, tribord amures, toute sa garde robe envoyée, le loch n’indique cependant que deux nœuds et demi.
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Jeu 18 Juin 2015 - 13:32

Un raclement formidable !
Nemrod presque stoppé dans sa marche. Des cris, des bruits de chutes, des jurons. Un ordre hurlé au porte-voix depuis la dunette :
-Largue partout !

Dans la grand-chambre, le choc m’a jeté à bas de ma chaise. L’encrier s’est renversé, m’a éclaboussé. Je me relève un peu étourdi et me rend sur la dunette en claudiquant.

Clomfert, Bosco et chef de quart : Nous avons touché sur un haut-fond capitaine !
De Clerq, Maître charpentier : Huit pieds dans la sentine et ça monte capitaine !
-Inspecte les fonds avec tes seconds. Trouve moi cette voie d’eau et aveuglez-là !
Mac Duff le second : Les pompes sont armées capitaines ! Aucun dégât dans le gréement. Les hommes de quart ont largué boulines et écoutes avant que la poussée ne fasse passer les mâts par dessus bord.
- Bien ! Nous avons l’heur que la brise soit si faible … et un équipage expérimenté sous nos ordres.

Nemrod n’est pas échoué, il flotte toujours mais il a franchi une langue du banc de sable et devant la proue, le banc principal barre la route. La poupe talonne au gré de la houle, il va sans doute falloir culer donc démonter le safran du gouvernail.

- Bulloch, fait affaler la chaloupe et le canot. Sonde les alentours avec le canot pour trouver plus de fond.
- Cavanaugt ! Fait passer une aussière par le sabord arrière pour l’ancre à jet.
- Clomfert ! Fait démonter le safran. Prend la chaloupe et autant d’hommes qu’il te faut.


A bord du canot, Bulloch sonde autour du brick en cercles concentriques.

- Holà ! par ici ! Deux brasses et demi ! ( soit 4,5 m . Nemrod cale 12 pieds soit 3,70 m)
- Parfait ! Essaie de trouver un chenal !

Jeremiah Breeg a amené Sicaire à une demi encablure. Il offre l’aide de sa chaloupe et son ancre à jet.

Deux heures plus tard, le safran est démonté. Les deux chaloupes et le canot, avec le renfort des ancres qu’on virent avec plus de quarante hommes qui ahanent au cabestan, font culer Nemrod jusqu’aux eaux libres.

J’embarque sur le canot et lui fait faire le tour du brick, pour une inspection extérieure minutieuse de la coque.
Les pompes sont à l’œuvre et recrache l’eau de la cale. Régulièrement Cavanaugt se penche par dessus le pavois pour m’annoncer le niveau du puisard. Les pompes gagnent peu à peu sur la voie d’eau.

- Six pieds au puisard capitaine !

On a deux pieds et six pouces d’eau sous la quille. C’est peu.

- Qu’on ne relâche pas la cadences aux pompes.

De Clerq : On a découvert la voie d’eau capitaine !. Deux bordés entre les varangues et le bouchain tribord sont disjointes. L’eau entre en quantité.
- Mac Duff ! Le voilier et ses aides pour confectionner un paillet ! Donne lui tout les hommes dont il a besoin et sachant se servir d’une paumelle.
Le paillet est constitué de deux prélarts cousu l’un par dessus l’autre. Il est ensuite fourré de paille, de toile à voile, d’étoupe, de bourre de canon et de brins de cordage détourés.
Le voilier et ses aides s’activent à leur ouvrage.

Enfin, le paillet est prêt.
Une couple d’heures pour dégager la cale et la voie d’eau peut enfin être aveuglée au mieux. Le safran est à nouveau en place.

Nemrod a repris sa route sous peu de toile, avec des vigies en bout de grand-vergue et un sondeur sur le beaupré. Les pompes sont activées pendant une heure à chaque relève de quart. Le voilier et ses aides préparent un second paillet pour renforcer le premier quand il sera trop imbibé.
Il faudra de nouveau en passer par un chantier naval.

15 Juin
Nemrod est entre les mains des ouvriers du chantier. Les avaries sont plus importantes que prévu. Le Maître de hache m’en demande plus de deux milles piastres.

J’apprend de lui que nous ne pourrons plus à l’avenir nous faufiler et relâcher au plus près des ports anglais et bataves.
Sous la pression de menaces, sans équivoque, des ambassadeurs et du grand connétable contre leur personne, leur famille & leurs biens, se voiler la face sur notre présence près des ports, les gouverneurs ne s’y oseront plus.

Bien fâcheuse nouvelle !
Jusque là, les empéruqués fermaient les yeux, moyennant quelques espèces sonnantes et trébuchantes. Ils nous considéraient d’avantage comme des corsaires agissant sans Commission plutôt que comme des forbans, même si parfois, rarement toutefois, nous prenions quelques libertés quand à leurs navires de commerce, voire leurs corsaires.
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Jeu 25 Juin 2015 - 16:20

La lune s’est levée. Pleine, elle éclaire assez le pont. Les barres sont mises en place par le charpentier et ses aides. Trente hommes se positionnent autour du cabestan.

- A virer !

Un violoneux s’accroupit sur le chapeau du cabestan et donne la cadence. Il cesse de gratter son crin-crin et chante d’une voix de fausset, le final repris en cœur par tout les hommes du gaillard d’avant.  

Bovin Courtelangue. ... Courtelangue !
Etron né d’un pet d’ français, pet d’français !
Faudrait pas t’marcher d’sus. t’marcher d’sus !
Ohé ohé t’marcher d’sus. Ohé ohé t’marcher d’sus !

Bovin Courtelangue. Courtelangue !
Bien trop courte minaudent la dame, minaude la dame !
Foi de ribaude, C’est pis plus bas, pis plus bas !
Ohé ohé ! Pis plus bas. Ohé ohé ! Pis plus bas !


Les linguets cliquettent de plus en plus vite. L’haussière se tend en dégouttant, Nemrod revient sur son ancre en glissant sur l’eau sombre de la baie.

- A pic ! annonce le bosco.

Les ordres se succèdent, les huniers sont déferlés et les vergues montent le long des mâts.

- A brasser les huniers !

Les espars pivotent autour des mâts, les voiles se gonflent en bruissant.
L’ancre s’arrache des fonds.

- Haute et claire !

- A capeler sur son bossoir !


Nemrod prend de la vitesse. Drisses, bras, écoutes et boulines sont tournés sur les cabillots des râteliers aux pieds de mâts.

- Timonier, cap Nord Ouest !

Bulloch tourne vivement la barre en surveillant le compas de l’habitacle.

- Nord Ouest capitaine.

Nemrod s’engage dans le dédale de bancs et d’îlots.
A nouveau en eaux libres, nous allons reconnaître les atterrages de Nassau. Une frégate anglaise y relâche, vergues croisées, Prêtes à appareiller. Nous virons cap S.S-O. dans l’intention de nous cacher à Cargill Creek.

A une lieue nord de Cargill Creek, le vent refuse puis s’établit tout à fait contraire.. Je fais affaler les deux chaloupes et le canot pour remorquer Nemrod.

A peine les embarcations sont-elles à l’eau qu’une frégate anglaise surgit de derrière un îlot où elle s’était embusquée. Elle reçoit le vent par le travers bâbord. Elles vient sur nous, lofe et ouvre le feu.

Une seconde frégate la rejoint alors que, alertée par la canonnade, celle qui était dans le port appareille et serre le vent en tirant des bords pour se joindre à la curée.

Cette dernière parvient à portée, vire à un quart d’encablure sur notre poupe et ouvre le feu.
L’autre, est maintenant à portée de canons sur tribord. Elle nous envoie trois bordées.

Les volées des trois frégates, si elles nous tuent du monde, sont d’assez peu d’efficacité.
La Salamandre s’approche pour venir bord à bord. Elle aborde violemment à hauteur de notre mât de misaine écrasant une de nos chaloupes et ses occupants qui rembarquaient. Ses grappins crochent.

Je vois tomber Vickers, tué net d’une balle de mousquet.
Les anglais se ruent à bord en hurlant. Nous luttons avec l’énergie du désespoir pour les repousser.

Les derniers défenseurs de Nemrod sautent à l’eau.  Je les imite en plongeant depuis la lisse de couronnement.
Ma yole est amarrée sous la voûte d’arcasse, j’y embarque, aide quelques hommes à monter à bord. Je tranche la touline d’un coup de sabre.
Quelques balles de mousquets sifflent à nos oreilles, d’autres s’enfoncent dans l’eau autour de la yole pendant que nous nous éloignons.

Quand nous sommes hors de portée, les anglais nous abandonnent à notre sort. Les frégates ne peuvent nous suivre – la brise leur est contraire – aucune n’a affalée ses canots et il faut plus d’une demi heure à un équipage entraîné pour ce faire.
Et puis, Nemrod est entre nous et les frégates, elles ne peuvent donc tirer au canon pour essayer de nous couler, d’autant moins que leurs canonniers se sont montrés piètres pointeurs.

Nous retrouvons notre autre chaloupe à Mangrove Key. Nous ne sommes que seize rescapés.
   J’apprend d’eux que Van Dijk notre chirurgien a été pris vivant. Il n’a pu sortir de l’entrepont où il s’occupait des blessés.
L’idiot ! Ceux qu’il aura sauvé serons de toute façon pendus et lui avec.
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Jeu 9 Juil 2015 - 16:18

Le jeu du chat et de la souris avec l’escadre anglaise se poursuivait dans les archipels des Lucayes après que j’y ais perdu Nemrod.

A Florida Key où je faisais relâche, j’appris que les pirates, enfin unis - et  j’avais œuvré pour ce faire - s’étaient emparés au sud ouest de Eleuthera, du Deux Ponts de cinquante six canons de l’ambassadeur anglais Sir Chris Gascoigne.

Le vaisseau, me dit-on, serait démâté. Il y aurait risque que les anglais tentent de le reprendre.
Le deux ponts des pirates – comme j’ai plaisir à écrire cela – a besoin d’un renfort important en hommes et il a de grosses réparations à effectuer dans la mâture avant que de pouvoir se soustraire à la convoitise des rosbeefs.
Nous mettons à la voile pour aller prêter main forte.

Nous touchons sur des hauts-fonds à l’ouest de Andross. Les réparations nous font perdre une demie journée.

Mangrove Key.
Nous trouvons dans cette crique le capitaine Spriggs. Lui, a participé à la prise du Deux Ponts.
Il lui faut, comme plusieurs autres capitaines, aller compléter son équipage après qu’il ait transféré nombre de ses hommes sur le vaisseau.
L’ambassadeur anglais, me dit-il, a été pris vivant. Il goûte aux fers et aux fonds de cales de son ancien vaisseau, commandé à présent par le capitaine Faya qui l’a rebaptisé La Rose Noire.

Nous mouillons à une demi encablure de La Rose Noire. Plusieurs navires sont présents pour le protéger. L’équipage de La Rose Noire, à présent au complet, travaille nuit et jour pour réparer.

Un deux Ponts de 74 anglais et une frégate sont signalés par nos vigies dans le nord. La frégate s’approche en reconnaissance.
Son capitaine craint – à juste raison – que dans Cargill Creek proche du vaisseau arborant désormais le pavillon noir, d’autres navires pirates soient en embuscade. Si ils ont réussi à prendre un 56 canons, doit-il penser, ils peuvent prendre sa frégate voire même le 74 qui l’accompagne.

Echange de signaux entre les anglais. La frégate vire lof pour lof et retourne près de sa puissante conserve. Les anglais renoncent à toute tentative pour reprendre le vaisseau de 56 de leur ambassadeur, ils disparaissent au nord en direction de Grand Bahama.

Quelques capitaines voudraient que je négocie la rançon du prisonnier auprès du Grand Connétable. Je décline cet honneur. Un capitaine ayant participé à l’attaque y conviendrait bien mieux. Un des Diables Rouges y ayant eu sa part, le capitaine Jérémiah Breeg, se propose.
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Lun 20 Juil 2015 - 20:13

Sud du Cap des Martyrs

La bonace !
A la mi-journée, la brise avait faibli. A présent, de la ligne de flottaison à la pomme du grand cacatois, quelque cent trente pieds au dessus du pont, plus un souffle d’air. Les voiles, écoutes molles, pendent lamentablement sous les vergues. La barre ne répond plus.
Red Devil est encalminé & nous avons une côte sous le vent à un demi-mille.

Je fais quelques relèvements de cette côte pour estimer notre dérive. Un courant nous drosse vers elle. Le loch, que vient de lancer Holden, indique près d’un demi nœud. Nous risquons de nous échouer. je fais mouiller l’ancre de détroit par douze brasses de fond.

Je dois me rendre à l’évidence, les derniers gisements relevés m’indiquent que nous dérivons encore. Les fonds ne tiennent pas, l’ancre dérape.
On remonte l’ancre et peu après, nous mouillons à nouveau. Sans plus de résultat, elle ripe sur des fonds de mauvaises tenues.

Le charpentier ouvre les petits sabords d’avirons et les six longues rames galèriennes sont remontées de la cale et guindées.

-Wells ! Fait piquer la cloche à chaque retournement du sablier.

- Griffith ! Six hommes par rames, relève chaque fois qu’on pique la cloche !

Tâche épuisante, débilitante. Ce, sans aucun résultat. Red Devil ne parvient pas à gagner sur la force du courant qui forcit à l’approche de cette côte.
La nuit est tombée. On ne distingue plus la côte mais elle est proche, Le bruit du ressac en atteste.

Malgré la nuit, la chaleur sur le pont, en l’absence du moindre souffle d’air, est étouffante. A chaque relève, les hommes se bousculent autour des charniers pour y boire. Le chirurgien prépare un onguent & de la charpie pour les mains à vif de nombre d’hommes qui ne les ont pas aussi calleuses que celles de marins plus aguerris.

Trois heures avant l’aube.
Un bruissement de toile au dessus de nous, quelques claquements étouffés, les écoutes qui se tendent. La brise !
Légère certes mais les voiles se gonflent.
On rentre les avirons, huniers, perroquets & cacatois sont bordées en hâte et les vergues brassées en pointe. Le safran mord à nouveau, la roue de gouvernail répond.

Remonter le lit du vent en tirant des bords courts, changer incessamment d’amures, pénibles certes, mais sans aucune mesure avec le supplice de galérien des dix heures précédentes.

La brise se meurt, c’est à nouveau la bonace mais nous sommes à présent à une bonne lieue de la côte. Nous mouillons l’ancre de détroit par vingt cinq brasses. Cette fois, les gisements de deux étoiles fixes ne varient pas pendant un sablier complet, l’ancre est sur un fond de bonne tenue.

Ding ding … Ding ding
La cloche pique la demie du premier quart du matin, six heure ! Le ciel rosit à l’horizon Est.

- Griffith ! « La double » pour tout l’équipage ! Elle est bien méritée.
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Jeu 23 Juil 2015 - 19:11

22 juillet

Tout était perdu.
La frégate et le grand chebec avaient surgi d’une crique un peu au sud.

Les Red Devil’s avaient réussi à repousser un abordage alors même que la moitié de l’équipage était déjà hors de combat après les bordées à mitraille.

Le grand chebec français et la frégate espagnole avaient pris le brick entre deux feux.
La frégate était venue bord à bord et avait abordé dans la fumée. Les assaillants étaient bien trop nombreux, le second assaut serait fatal.

Les espagnols revinrent à la charge. Dans la confusion des derniers instants de la mêlée, Bertrick jeta son tricorne et sa vareuse rouge, retira son bandeau (*). Il arracha une manche de sa chemise, la souilla du sang d’un corps gisant à ses pieds, s’en fit un bandage lui couvrant la tête et à demi le visage.

Cheminant dans l’entrepont, il se faufila jusqu’au coqueron arrière, petite réserve tout contre la poupe, sous la flottaison. Il jeta ses armes, entra, repoussa la porte basse, alla s’accroupir, prostré contre la paroi et attendit.
Deux des abordeurs qui fouillaient les fonds du brick pour piller un quelconque butin ne tardèrent pas à le trouver. Bertrick fut traîné sans ménagement devant le capitaine.

- Capitaine, je vous supplie de ne pas me pendre à la grand-vergue. Je ne suis pas des leurs. J’étais leur prisonnier. Le capitaine de ces ruffians, un certain Bertrick, un homme vraiment terrifiant, je vous prie de croire. Immense, les cheveux et la barbe hirsutes et d’un noir de geai, le visage barré de terribles balafres qui le défigurent. Il porte aussi un bandeau sur l’œil droit. Il a vraiment un air diabolique.
Il m’a fait serrer à fond de cale dans une petite réserve avec un garde devant la porte. Il m’a dit vouloir obtenir rançon de ma famille contre ma liberté. Je m’appelle  Joachin Montserrat. J’étais subrécargue représentant mon oncle affréteur de la cargaison de la frégate marchande Alberta. Les pirates se sont emparés de nous il y a moins de deux jours. Ils ont occis tout les autres survivants. Le Diable vous dis-je !


L’espagnol se laissa berner. Il crut à la fable que Bertrick lui servait avec un bel aplomb.

Bertrick après quoi, fut laissé libre de ses mouvements. En traînant sur le pont, il surprit des bribes de conversations. Les hommes appelaient leur capitaine Le Poulpe.

Or, il le connaissait !
De nom s’entend. Les deux ne s’étaient jamais vu et c’était heureux, sinon le subterfuge eut failli.
Le Poulpe n’était autre que Walter Rosenberg un ancien pirate renégat. Un des chiens ayant accepté de baiser le cul du Connétable.

Le même jour et le lendemain, des pirates s’approchèrent et canonnèrent la frégate. Ils savaient que la prise de Red Devil lui avait  coûté cher en hommes.
Las ! De nombreux navires royaux arrivaient en renfort, ils durent abandonner tout espoir de l’amariner.



(*) les plus anciens lecteurs se souviendront qu’il n’était pas borgne, il ne portait un bandeau que pour se donner un aspect farouche d’homme de guerre impitoyable.
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Ven 31 Juil 2015 - 12:29

Sur la grève jouxtant le quai, juste au delà de la laisse de haute mer, le charpentier et ses aides ont érigé trois grands carbets où cantonne l’équipage.
Javelot est accosté à l’extrémité du quai, à une trentaine de yards.

Avec ses 72 pieds de long (22m) pour 22 de large au maître bau (6,70m), 70 hommes n’y peuvent loger quand cinq seulement assurent le quart au mouillage. Un cotre de guerre de cent tonneaux n’est pas destiné à offrir le moindre confort à son équipage … où à son capitaine.
J’en ai fait la douloureuse expérience au chantier naval en inspectant mon nouveau navire. Javelot n’a pas la hauteur sous barrots d’un brick !

Le moral de la compagnie laisse à désirer. Les hommes pas plus que les maîtres ne se connaissent. Aucune prime d’embarquement non plus, je serais bien en peine d’en offrir une.

26 Juillet
La compagnie a embarqué et Javelot appareille pour une expédition de reconnaissance parmi le dédale d’îlots des Cayes.

Nous faisons voile par grand frais d’Ouest. Au vent arrière donc, ce qui permet d’établir la voile de la vergue barrée. Manœuvre longue car cette voile n’est pas enverguée à demeure. La vitesse est grisante. Le loch indique douze nœuds !

En fouillant les criques le long de la côte, nous surprenons dans l’une d’elle, proche du Cap des Martyrs, un chebec français au mouillage.
Nous lofons dans la longueur de Javelot pour sortir au plus vite de ce chausse-trappe.

Cap à l’Ouest, vent debout sous brigantine et foc, vergues brassées en pointe. Même si les français nous ont vu et veulent nous donner la chasse, leur vaisseau ne peut serrer le vent d’aussi près.
Javelot convient à merveille à ce genre d’expédition mais … aucun butin à espérer ainsi !

Nous mouillons dans une petite crique à l’Est du Cap Muspa. Une corvette amie s’y trouve. C’est celle du capitaine Godefroy. Je me rend à son bord avec le canot pour l’informer de cette présence française dans l’Est.
Nous partageons quelques flacons de rhum en comparant les avantages de nos navires … et leurs faiblesses !

27 Juillet
Le capitaine Godefroy a levé l’ancre au petit jour. Nous faisons de même quelques heures plus tard.

Nous avons failli perdre un homme.
Un cotre, est dépourvu de hune. La vigie se tient sur la vergue barrée, où plus haut encore, sur la vergue de perroquet à près de cent pieds (30m) au dessus du pont.

L’homme, un gabier léger – les seuls que ces espars si fragiles puissent supporter - après trois heures passé là-haut, s’est assoupi et a lâché prise. Il a réussi à saisir un galhauban à sa portée pour ralentir sa chute, mais il a une jambe fracturée  et les mains horriblement brûlées.
Le chirurgien à réduit la fracture et appliqué un onguent sur les mains du malheureux. Désormais, les vigies seront relevées toutes les heures et la cloche les piquera car nul à bord ne possède de montre, moi pas plus que d’autres.

28 Juillet
Nous avons fait deux petites prises qui cabotaient le long de la côte. Un senau français et un brigantin espagnol. Proies plus utiles quand au moral et à l’expérience de la compagnie qu’à la valeur du butin.
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Lun 3 Aoû 2015 - 12:27

29 Juillet
Une forte escadre franco-espagnole croise au large de la Baye de Carlos où nous sommes ancrés. Pas moins de sept voiles !
Sans doute d’autres encore, plus au Sud et dans les Isles des Tortues Sèches.

Je me rend à pieds au sommet du promontoire qui ferme la crique au sud. Depuis cette éminence, je découvre à la longue vue une corvette française empannée à moins d’un demi mille devant le Cap Muspa.
Nous ne pouvons rester sur notre mouillage. Son capitaine pourrait décider de reconnaître la crique et nous y surprendre.

De retour à bord, je fais, pour réduire notre silhouette, dépasser nos mâts de perroquet et de hune qu’on dépose sur le pont. A la nuit tombée, tolets fourrés pour étouffer le bruit, Javelot se glisse à l’aviron le long de la côte.

Nous passons à moins de cent yards du corsaire français. Nageant à petite cadence pour que les pelles n’éclaboussent pas et ne révèlent notre présence.

Noyée par l’obscurité, la corvette s’estompe peu à peu sur l’arrière, sans que l’alarme ne soit donnée à son bord. Nous rentrons les avirons, établissons le foc et un bon mille plus loin, la grand voile.


Nous voilà hors de danger. Javelot a repris sa place à l’extrémité du quai.  Je fais distribuer « la double » et partager le butin.
Les hommes s’égaillent aussitôt dans les estaminets et les bouges du port. Après la tension des précédentes heures, l’équipage éprouve le besoin irrépressible de se saouler et de trousser la gueuse. Nul, hormis notre blessé et le chirurgien qui le veille, ne dormira dans les carbets pour ce qui reste de cette nuit.

30 Juillet
Je retrouve le capitaine Breeg dans une taverne. Il est allé patrouiller dans les Cayes des Martyres.

"Un chebec français y est ancré" me dit-il. Il verse un peu de vin sur la table et d’un doigt, esquisse grossièrement un dessin du lieu du mouillage et de ses approches.

Nous convenons de l’attaquer.
Nous entreprenons la tournée des tavernes pour nous enquérir des capitaines présent au port et les convaincre de se joindre à nous. Si aucun n’adhère à ce projet, qu’à cela ne tienne, nous attaquerons le français à nous deux.

31 Juillet
L’équipage de Javelot a rejoint le bord au grand complet. Même notre blessé ! Qui s’est proposé pour tenir la barre, qu’une attelle à la jambe et que ses mains, avec une paire de gants, ne le gêneraient en rien.
Delmas mon nouveau canonnier a vérifié les pièces, préparé des gargousses en nombre et rafraîchi les mèches dans les bailles.

Les capitaines Drosera et Godefroy sont des nôtres. C’est donc un chebec et une corvette légère qui quittent le port à la suite de Javelot.
Petite brise d’Est – ce qui favorise notre entreprise – et mer belle. Sicaire a remonté ses câbles plus tôt, il doit déjà être dans les Cayes.

Avec toute la toile que Javelot peut porter, y compris la voile de vergue barrée, nous avons laissé porter sur le grand chebec des français. Se croyant à l’abri, le capitaine n’a sans doute pas jugé  utile de placer des veilleurs.

Une première approche échoue. L’équipage manque d’expérience et n’a pas choqué les écoutes assez tôt. Courant sur son erre, Javelot a dépassé le français. Nous devons lofer pour revenir sur lui.
Totalement surpris, le français n’a pas mis à profit notre fausse manœuvre.
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Mar 4 Aoû 2015 - 16:49

Les langues de feu déchirent l’air, projetant un épais nuage de fumée blanchâtre. L’âcre odeur de la poudre envahie le pont. Quelques hommes courent pour amener des gargousses aux servants des canons.
Tirs désordonnés mais continu. La mitraille vrombit sur le pont français leur interdisant de mettre leurs pièces en batterie pour riposter. Cinq volées avant qu’ils ne parviennent à filer leurs câbles par le bout pour manœuvrer et se soustraire à notre feu.

Squalor Victoria et Abysse sont à portée et font feu. Le grondement de leurs six livres roule au dessus des Cayes. Les navires sont tout environnés de l’épaisse fumée que la faible brise peine à disloquer.

Sicaire devrait être alerté par la canonnade. Pas moins de quinze bordées depuis le début de l’engagement.
Enfin, le brick apparaît, vire, range le français à l’honneur et fait feu. il porte les plus grosses pièces de notre flottille. Ses bordées fauchent le pont de Calvaire, lui causant grand dommage. Le sang ruisselle par les dalots.

Calvaire parvient cependant à établir une de ses grandes voiles latines, il prend la fuite au vent arrière.
Nos navires doivent lofer pour lui courir sus. Le plan d’eau entre les Cayes est restreint, ils se gênent l’un l’autre.
Calvaire nous échappe mais, du temps qu’il aille relâcher dans un port pour recruter, il manquera à l’escadre franco espagnole pour un bon moment.

Si le français a mis le cap au S.E. ce n’est que pour avoir le vent arrière et mettre le plus d’eau possible entre lui et nous. Sur ce cap, il ne peut que rejoindre Port Margot, bien trop éloigné avec un équipage réduit de moitié.
Je crois qu’il va se mettre à l’abri dans les Jardins du Roy et virer ensuite cap à l’Ouest jusqu’à La Havane.
J’en fait part à mes comparses qui abondent dans mon sens. Nous mettons la nuit à profit pour descendre plein Sud jusqu’aux Isles des Jardins du Roy pour intercepter Calvaire.

1er Août
La crique où nous voulions nous embusquer est occupé par une corvette française. Celle plus à l’Est aussi par … notre proie !
Calvaire est plus à l’Ouest que je n’envisageais.
Nous mouillons plus à l’Est. Les autres nous rejoignent.

2 Aout
Notre mouillage est découvert !
La corvette française a vu le capitaine Legoff se diriger vers la côte pour se joindre à nous et s’en est emparé à notre barbe avant de se cacher le long de la côte.
Sicaire la recherche mais elle reste introuvable. Nous décidons de nous replier. Elle va certainement divulgué notre position à l’escadre. La meute ne saurait tarder.

3 Août
Dans la taverne  où les capitaines ont coutume de se retrouver, j’ai ouïe de funestes nouvelles. Drosera a perdu son navire dans Les Jardins du Roy  un peu à l’ouest d’où nous étions et Jeremiah a été  surpris au nid et abordé.
Une désastreuse expédition !
En outre, un capitaine me fait part qu’une escadre anglaise s’est déployée dans l’Est.
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MessageSujet: Re: Retour à la mer de Latimer Bertrick.   Jeu 6 Aoû 2015 - 13:08

Nous reprîmes la mer par jolie brise de Sud. Bâbord amures jusqu’à doubler le Cap Muspa puis nous virâmes au vent portant.

- Holà en bas ! Voile en vue droit devant !

J’affûtais ma rapière dans la grand-chambre quand j’entendis le cri de la vigie. Je jetais mon arme et la pierre sur mon branle, me nouais un foulard sur la tête, empoignais ma lunette et sortis.

- Qu’est ce que c’est ?

- J’sais pas capitaine ! Un grand navire, coque juste sur l’horizon !


Je longeais le passavant tribord avec l’intention d’aller me jucher tout à l’avant sur la liure de beaupré. Les hommes que je croise près des canons et sur le gaillard d’avant me font de grands sourires.

- C’est un galion capitaine !

Je n’ai qu’une petite lunette d’approche de mauvaise facture – la mienne s’est perdue avec Red Devil et celle-là n’est que pillage sur notre dernière prise -  elle me permet de discerner un trois mâts sous huniers.
Il n’a pas envoyé ses perroquets, ce n’est donc ni une frégate corsaire ni un navire de guerre, eux l’eussent fait par une telle brise.

- Gouverne comme ça, nous l’aurons rattrapé demain au lever du soleil.

Les heures passent, nous gagnons sur lui. C’est un marchand espagnol de haut bord et ventru à souhait.
Même s’il a deviné notre nature, le capitaine espagnol doit se dire que nous devons le juger top fort parti pour nous, coque de  noix de cent tonneaux à peine.

4 Août
Le soleil levant dévoile notre chasse à un moins d’un mille droit devant. C’est une flûte jaugeant dans les six cents tonneaux.

Vers midi, nous sommes à une couple d’encablures dans son sillage. Quand nous abattons un peu pour la déborder sur tribord, je compte huit sabords sur son flanc.
J’ai déjà arraisonné quelques flûtes, même du temps où je n’avais qu’un lougre. Elles portent douze pièces de six livres pour un équipage d’un peu plus de soixante hommes. Celle-ci est plus lourdement armée …?
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