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 Les débuts de Latimer Bertrick dans les Indes occidentales.

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Bertrick
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MessageSujet: Les débuts de Latimer Bertrick dans les Indes occidentales.   Mar 17 Sep 2013 - 6:49

J’ai embarqué très jeune comme mousse sur un bâtiment de commerce de la Compagny of Adventurers of England faisant du négoce de pelleterie entre la Baie d'Hudson et Londres. J’ai appris la navigation comme pilotin. Une dizaine d'années plus tard j'étais second maître de navigation. j'ai quitté la compagnie après que le français Pierre Le Moyne d'Iberville ait pris la factorie de Fort Nelson en 1697.
J'ai ensuite navigué quelques années entre l'Angleterre et les pays d'Europe du nord pour des drapiers.

Un jour, à Londres, j’ai entendu le chant des sirènes !
L’Angleterre offrait des terres dans ses colonies des Indes occidentales, à ceux qui désiraient s'y installer. Promesse d’une vie meilleure, être planteur, propriétaire de sa terre !
Pour prix de mon passage et de la nourriture durant la traversée, j’ai signé un engagement de six ans.
Folie !

De ce côté là du monde, il y a certes, des esclaves en provenance du Golfe de Guinée, d’autres, que sont les sauvages indigènes de ces contrées mais il y a aussi des européens, les engagés !

J’ai été vendu par le capitaine à un planteur de Surinam. J’ai trimé deux ans comme torqueur de tabac.
Mon « maître » s’est alors lancé dans la culture sucrière. J'ai travaillé au moulin à sucre.

A l’issue de mes six années de contrat, j’ai obtenu ma liberté et une concession.
Las ! N’est pas planteur qui veut ! La terre qu’on m’a octroyé était inculte, où bien je n’avais pas la fibre. Toujours est-il que trois mauvaises récoltes consécutives eurent raison de mes prétentions. Je me suis résolu à vendre.
Mais … Que faire ? Reprendre la mer ?

A quelques temps de là, se déclencha une révolte d’esclaves dans la plus grande plantation de la colonie. Comme un traînée de poudre, elle se propagea aux autres. Après avoir incendié logis et cultures, les « marrons » se retirèrent dans la forêt à l’intérieur des terres.

Le gouverneur de Georgetown ne pouvait faire intervenir la troupe, au demeurant peu nombreuse. S’eut été laisser les quartiers d’habitations sans défense. Il leva donc une milice coloniale.
J’y postulai. Mon âge, ma carrure et ma force firent que j’y fus admis avec le grade de sergent.
Il faut dire que cette milice, constituée pour bonne part de planteurs et de marchands replets où de leurs progénitures bien jeunes, avait piètre allure et moins encore de valeur au combat. On me confia un détachement de quarante hommes.

Au début de la campagne, la milice, fut souvent défaite par les esclaves marrons ce qui leur procura des armes en grand nombre.
Bien commandé, j’ose ici le dire, mon escouade fut remarquée par le capitaine de la milice.

Quand la révolte fut mâtée, la milice fut dissoute. Je quittais Georgetown pour aller tenter ma chance à La Barbade nanti d'une lettre de recommandation élogieuse du commandant de la milice coloniale.

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MessageSujet: Re: Les débuts de Latimer Bertrick dans les Indes occidentales.   Jeu 13 Fév 2014 - 17:35

Dans la rade bien abritée, quatre navires étaient à l’ancre. Le chebec du capitaine Spriggs, les deux lougres de Sulli et Bertrick et un cotre appartenant au capitaine Erick. Les trois premiers étaient membre de la même confrérie, le dernier était indépendant.

Tout ces capitaines étaient attablés dans le patio de l’auberge « Au vert galant ». Ils se régalaient de langoustes grillées et buvaient du vin d’Espagne.
Le vin venait de la dernière prise de Spriggs. La conversation tournait autour des qualités comparées de leurs navires.

Spriggs, qui venait juste d’armer un chebec, insistait auprès de Bertrick et Sulli pour que ceux-ci achètent des navires plus puissant que les lougres.

- Nous pourrions ainsi amariner de plus grosses proies, voir même, nous en prendre à des corsaires.
- Je suis attaché à mon Red Devil. Seul, j’ai pris une pinque il y a peu et jusqu’à présent, je n’ai pas croisé  proies plus importantes. Pour ce qui est des corsaires, selon les circonstances, sa puissance et le fait que nous soyons où non ensemble, nous attaquerons où prendrons la fuite.


Sulli abonda dans ce sens.
Le capitaine Erick, qui venait d’armer un cotre, demanda si l’un des convives connaissait les qualités de ce type de bâtiment.

- C’est un navire plus rapide que nos lougres et même, je crois, que le chebec de notre ami Spriggs. Une qualité essentielle pour un écumeur des mers. Mieux armé que mon lougre, même équipage mais plus de canons et d’un plus gros calibre ! Plus solide aussi. Cependant ses cales son assez réduites. Dans le cas de plusieurs prises sans retourner dans un repère, c’est un détail d’importance.

- C’est un dilemme pour chacun d’entre nous. Le navire idéal devrait avoir un équipage pléthorique, des canons nombreux et puissants et des cales gigantesques ha ha ha !


- Sulli mon ami, voilà qui est bien dit. Un tel navire serait le rêve. Chacun doit choisir selon la priorité qu’il juge la plus conforme à sa manière. Soit la puissance de feu, soit l’équipage nombreux, soit la vitesse.

- C’est un problème auquel toutes les corporations sont confrontées. Les marchands eux-mêmes ! J’ai surpris une conversation il y a peu. L’un d’eux disait souhaiter que leurs navires soient plus rapides mais surtout qu’ils puissent avoir des équipages bien plus nombreux.


- Heureusement qu’il n’en est rien ! Imaginez qu’un senau puisse, comme une grande pinque, porter plus de vingt pièces de  6 livres et près de cent hommes d’équipage.

- Ce serait la mort des petits « libres butineurs » indépendant qui écument la mer avec des dogres, des barques longues où même des lougres.

- Voilà qui serait décisif pour m’inciter à abonder dans le sens de Spriggs ; armer un chebec.

- Encore faudrait-il en avoir la capacité financière. Je ne peux pas même m’offrir les canons du calibre que mon cotre peut porter.
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MessageSujet: Re: Les débuts de Latimer Bertrick dans les Indes occidentales.   Lun 17 Fév 2014 - 21:59

Sur le rempart où s’alignaient les cinq grands canons de dix huit livres de la batterie de défense, deux officiers discouraient en parcourant le chemin de ronde.
Un lieutenant de l’infanterie de marine et son cousin, Capitaine Major de l’Intendance, en inspection dans la colonie.

Devant un créneau, ils y avaient marqué l’arrêt pour admirer la baie, ils surplombaient un petit trois mâts ancré sous les fortifications.

- Son mât arrière est vraiment très incliné. Vous qui connaissez assez toutes les choses de la mer, comment appelle-t-on ce type de navire ?

- C’est un lougre cher cousin. Celui-ci est un vaisseau de flibuste. Il est assez redouté dans ces eaux.

- Quoi, un aussi piètre navire ? Je n’y vois que six modestes pièces de trois où  peut-être quatre livres.

- Ne vous y fiez point. Ce lougre terrorise le commerce maritime espagnol dans ces eaux.

- Le petit cabotage et les barques de pêcheurs sans doute ?

- Que nenni mon cousin ! De grands navires de trois cent tonneaux et plus !

- Vraiment ? Je suis ébahi. Avec ça !
Pourtant, sur le navire où j’ai pris passage j’ais remarqué les canons qu’il portait. Une bonne douzaine de pièces de six livres.


- Oui mais des canons en fer. Peu précis car le diamètre de l’âme du canon augmente avec l’oxydation, et les boulets, dont on doit aussi piqueter la rouille, ont du jeu dans les tubes.

- Il n’empêche …

- Vous n’êtes pas sans avoir remarqué que les pièces du lougre sont en fonte, elles. Mais surtout, les marins de commerce sont pour la plupart, d’assez piètres canonniers. Ce n’est pas leur fonction première convenez en. Mais, plus que les canons, c’est l’équipage qui fait la différence. Ce lougre emporte septante hommes !

- Septante ! Où trouvent-ils à se loger  dans un espace si confiné ? Car enfin, il ne fait que …Dans les soixante pieds de long.

- Soixante cinq pour être exact (*).
  La vie à bord est précaire je vous l’accorde.
La plupart du temps, le capitaine Bertrick qui le commande, ne fait que de courtes campagnes. Une semaine, rarement plus.


- Vous le connaissez donc ?

- J’ai l’heur qu’il m’ait été présenté. Un homme terrible ! Il ne laisse jamais aucun survivant. Si les autorités espagnoles sont au fait de la présence de « El Diablo Rojo » du nom de son navire, c’est que dernièrement il s’est attaqué à un convoi de trois grands navires marchands forts de trente six pièces de canons à eux trois. Un seul en a réchappé !

- Mais … Ce capitaine Bertrick. Pourquoi n’arme t-il point un navire plus grand ?

- Je lui avais posé la question au cours de notre entrevue. Il leur préfère un navire modeste n’inspirant pas la peur lors d’une approche. En outre, le lougre a une assez grande capacité de cales …

- ?… Je ne saisis pas !

- Pour le pillage des cargaisons !
Il m’a dit d’autre part : « Plus fort navire implique plus fort équipage … Donc, parts de butin moindre pour chacun lors d’un partage. Or, je n’ignore pas que la loyauté de l’équipage est grandement proportionnelle aux piastres distribuées ».


- C’est donc un homme terrible … Mais avisé !

(*) soit ; 19,80 m de long pour 6,10 m de large
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MessageSujet: Re: Les débuts de Latimer Bertrick dans les Indes occidentales.   Mer 5 Mar 2014 - 21:33

Journal personnel de Anthony Raleigh Chirurgien du lougre forban commandé par le fameux pirate Anglois nommé Latimer Bertrick.
(Enrôlé par force après que y-celui eut capturé la gabare d’Angleterre Alcyon où j’avais pris passage depuis Portsmouth jusqu’à Port Royal de l’Isle de  Jamaïque).
Ce journal a l’effet de servir à décharge de son auteur  & constituer accablants témoignages à l’endroit dudit capitaine s’il avait un jour à comparaître devant ses juges.

Février 1714

Un promontoire masquait depuis le large l’ouvert de la petite baie. Nous l’avons doublé & sommes entrés dans ce havre.
Tapie au fond, une plage avec, en retrait, sur une partie défrichée de la forêt qui envahissait les terres à perte de vue, une habitation d’une centaine de logis. Nous avons pris mouillage à moins d’une demi encablure de la grève.

Ici, point de port. Le débarquement doit se faire en chaloupe & pour les marchandises, elles sont transbordées par un grand radeau. Une passerelle de bois, construite sur le sable de la plage, permet l’acheminement jusqu’à l’habitation.

Je me rendis donc à terre - pour prix d’un bain de pied en débarquant - pour compléter, autant que faire se peut, mon coffre de médecine.

Les logis, pour la plupart, sont des carbets, constructions légères faites d’une ossature de bois dont les côtés ne sont fermés qu’à hauteur de poitrine & sont constitués d’un entrelacs de bois recouvert de feuilles de palme tressées. Le toit de même. De sorte qu’on y voit les occupants vaquer à leurs occupations privées.
Quelques autres, sont des ajoupas. Logis plus solidement construits & les côtés clos jusqu’en haut, qui sont fait, la toiture comme les faces, de sorte de tuiles de bois nommées bardeaux.

Seuls quelques entrepôts sont bâtis en dur, coraux et pierres liés par un mortier.
Un peu à l’écart, se trouve un petit chantier naval où des vaisseaux modestes peuvent être abattus en  carène.

Deux levées de plus de vingt yards chacune. L’une au Nord, entre les logis & le chantier naval, l’autre au Sud. Toutes deux, de près de cinq pieds de haut & large de huit. Sur chacune, une batterie de cinq pièces de canons de douze livres.

Face à la forêt, un glacis de cinquante yards de large ceinture l’habitation. Il est défendu par deux fortins qui ont une pièce de six livres chacun, pouvant faire un feu croisé.
Car, me dit-on, les sauvages du cru sont quelques fois inamicaux lorsque y-ceux ont abusé de l’alcool que quelques habitants leur échangent contre du blé d’Inde. Ils ont une habitation à une dizaine de furlongs dans l’intérieur & vivent de cueillette, de chasse & d’un peu d’agriculture.

Ici, découvris-je bien vite, on est soit forban …
Soit commerçant pour plumer les premiers à leur retour de rapine.
Si d’aucun, convalescent, trop âgé où en mal d’embarquement, se livrent à la pêche où à la chasse, nul ne s’est essayé à cultiver la terre.

Je trouvais dans ce lieu un herboriste tenant échoppe. J’appris de lui quelques onguents & autres médications préparés avec les simples qu’ils allait cueillir en forêt où qu’il se procurait auprès des sauvages. Je me constituais un coffre de médecine fort bien pourvu.


Dernière édition par Bertrick le Dim 30 Mar 2014 - 9:45, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Les débuts de Latimer Bertrick dans les Indes occidentales.   Dim 9 Mar 2014 - 21:33

je quittais le lazaret. J’avais rendu visite à mes trois patients de la malheureuse affaire du Galicia. L’un, à qui j’avais ôté la jambe gauche au dessus du genou s’en sortirait …
Les deux autres, une jambe aussi, droite celle-là & un avant bras gauche ne passeraient pas la semaine.
La puanteur des moignons ne trompait pas … La gangrène.

Avec l’aide d’un confrère de l’hospital, nous venions de jouer du couteau à amputer et de la scie pour trancher bien plus haut, mais sans grand espoir. Nous les avons assommer de fortes doses de teinture de laudanum pour apaiser leurs souffrances.

En quittant le lazaret, je marchais au hasard.
Des rires & des chants provenaient d’une taverne. Une enseigne se balançait dans la brise en grinçant. «  Au Chardon Ardent ». j’y entrais.
Le capitaine Bertrick  y dînaient en galante compagnie.

- Venez vous joindre à moi Docteur Raleigh ! Le maître de céans est un de mes anciens compagnons de la milice coloniale de Surinam. Il a préparé sa spécialité qui est aussi mon plat préféré ; un haggis !

- Qu’est-ce donc ?

- Les français nomment ça "panse de brebis farcie". Un plat traditionnel d’Ecosse, vous m’en direz des nouvelles, je vous assure. Asseyez-vous donc. Je vous présente Annabelle & Gladys toutes deux Dames de la bourgeoisie locale ha ha ha ! Mesdames, permettez que je vous présente le Dr. Anthony Raleigh ci-devant médecin « invité » à bord de Red Devil & … Un coup d’œil malicieux … Mon chroniqueur officiel !

- Vous savez donc ?

- Je sais tout ce qui ce passe à mon bord cher Docteur. Allons, laissons cela ! Notre hôte nous a préparé pour la suite un pudding à la graisse de rognons ... Je vous trouve un peu pâle !... Votre visite à nos compagnons au lazaret sans doute ?

- Je ne crois pas qu’en parler maintenant soit opportun Capitaine.

- Je comprend Docteur. Vous avez sans doute raison. Allons ! Aidez moi à boire cette bouteille de gin. Cela tue la mélancolie & les humeurs négatives selon votre prédécesseur.


Dernière édition par Bertrick le Dim 30 Mar 2014 - 9:44, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Les débuts de Latimer Bertrick dans les Indes occidentales.   Mer 26 Mar 2014 - 16:29

Les trombes d’eau noyaient le paysage derrière un rideau impénétrable. Les lourdes gouttes de pluie tambourinaient sur les toitures des habitations, le sol & la végétation dans un vacarme tel qu’on eut pu tirer le canon à un demi furlong (100 m)  sans que la détonation fut perçu.

Il ôta son tricorne, le retourna pour vider l’eau accumulée dans le rebord  & s’en frappa la cuisse pour l’égoutter. Il dénoua le lacet du col de son paletot, le retira & le lança sur la table inoccupée à gauche de l’entrée. A ces pieds, une mare attestait du déluge extérieur.

Le ton des conversations baissa & les clients tournèrent la tête dans la direction du nouvel arrivant.

Il cligna des yeux. Certes, la salle était basse et les petits fenestrons sales laissaient mal entrer le peu de lumière qu’un tel jour donnait. C’était surtout l’acre fumée noire des chandelles de suif et celle du pétun d’une bonne douzaine de pipes qui lui irritaient les yeux.

Il s’avança. Le halo de la bougie qui grésillait sur la table la plus proche éclaira son visage.
Tout le côté droit était lisse, d’un blanc livide, brillant & comme fripé. L’œil, en l’absence de paupière semblait exorbité. La lèvre supérieure jusque sous le nez manquait, exhibant des dents jaunies. Un bandana lui couvrait la tête, mais sûrement dessous le crâne était glabre.
Terrifiant ! Même pour la lie des gens de mer présent dans la salle.
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MessageSujet: Re: Les débuts de Latimer Bertrick dans les Indes occidentales.   Sam 29 Mar 2014 - 12:44

Il louvoya entre les tables vers celle du fond qu’occupait Bertrick.
Un sauvage, surgi d’un angle obscur, s’interposa.

- Quoi toi vouloir à Capitaine ?

L’inconnu sortit la main qu’il avait glissé dans la poche de sa vareuse & l’ouvrit paume en l’air.

- Montre lui ça !

Longue Pique pris la pièce qu’on lui présentait. Il s’en fut la déposer sur la table à côté du gobelet de Bertrick & revint barrer le passage à l’homme.

Bertrick, sans y toucher, examina attentivement la pièce. Il tira sur sa pipe, exhala un nuage gris, bu une rasade de rhum. Il retourna la pièce sur la table, l’examina à nouveau, tira une nouvelle bouffée de pétun.

- Laisse le approcher Longue Pique.

- Assied toi ! … Je ne crois pas te connaître. Où a-tu eu ça ? »
avec un mouvement de menton vers la pièce.

- Surinam. La milice coloniale (*). Nous avions tout deux misé au dés contre un batave. Il a perdu, il a payé sa dette avec ça.

- Oui ! Deux pièces à faces identiques, une pour chacun. Nous n’y avons vu que du feu. Il nous a bien eu. Ha ha ha !
Tu es donc O’Higgins, sergent O’Higgins ... Qu’est-il arrivé à ton visage ? ... Holà tavernier ! Amène une bouteille & un autre gobelet !

- Le détachement dont j’étais - mal commandé par un béjaune - a été défait par un parti de marron. Seul survivant ! J’ai été capturé. Pour venger leurs morts, il m’ont pendu par les pieds à une branche & ont allumé un feu dessous. Je dois d’être en vie à ton escouade qui les a pris à revers. Juste à temps !

- Je me souviens. Mais tu était déjà dans un tel état qu’on ne pouvait te reconnaître. Je n’aurais jamais cru que le malheureux qu’on sortit de là puisses survivre …
Qu’est ce qui t’amène à moi ?

- J’entend parler depuis quelques mois dans de nombreux ports d’un certain El Diablo Rojo qui sème la terreur chez les marins espagnols. Hier, j’ai vu Red Devil dans le port. J’ai fais le rapprochement. Alors me voilà ! Je voudrais embarquer à ton bord.

- Qu’a tu fais depuis Surinam ?

- J’ai navigué entre le Golfe de Guinée & La Barbade.

- La traite ?

- J’avais à me venger. Je crois avoir les qualités pour être un bon maître d’équipage.

- J’en ai déjà un, embarqué il y a peu. Il y a moyen de s’arranger. Je t’enrôle au titre de notre ancienne fraternité d’arme. Tu sera disons … Second maître du bosco à une part & demi. Ca te va ?

- Top là ! A tes ordres …Capitaine !



(*)  Voir les deux premières pages.
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MessageSujet: Re: Les débuts de Latimer Bertrick dans les Indes occidentales.   Jeu 3 Avr 2014 - 9:19

1er Avril

D’où, j’en témoigne ici, forbans n’est point marchand !

Les cales de la grande gabare Gabriella , en sus du minerai d’argent, des épices, & des cinquante tonneaux de fruits, contenaient près de cent tonneaux de pierres de taille.

Le capitaine Bertrick avait, faute de pouvoir tout piller, abandonné la moitié de ces dernières.
Las !  Elles se négocient à un prix deux fois supérieurs aux fruits, qui de plus, sont en abondance & ne trouvent pas acheteur dans ce lieu.

Le Hideux a été promu maître d’équipage pour remplacer Lars Felsen tué au cours de l’abordage de la Gabriella.
Une question me taraude ; ce dernier est-il bien mort d’une main espagnole ?
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MessageSujet: Re: Les débuts de Latimer Bertrick dans les Indes occidentales.   Mar 29 Avr 2014 - 16:16

Nous accostâmes le wharf à l’embouchure de la Rivière de Mays.
Il manquait peu où prou de tout dans ce comptoir franc peu usité & le négocient acheta sans rechigner la totalité de la cargaison.

J’ai signé le livre de rôle !
A présent, je suis le chirurgien  attitré de la compagnie du capitaine Bertrick, que non plus un médecin contraint par force à son bord … Je risque à présent la corde si je suis pris.
J’ai droit à une part et demi du butin plus un quart supplémentaire pour le coffre de médecine qui est à ma charge.

J’ai reçu cinquante piastres d’argent, ma part de prise sur la vente de la cargaison. J’ai donc enfin le moyen de m’offrir quelques objets personnels.
Comme acquérir des plumes d’oie de l’aile droite !
Jusqu’à présent, je me servais de plumes de l’aile gauche. Meilleur marché, car, quand on la tenait pour écrire, elle pointait droit vers l’œil du scripteur & non comme une plume de l’aile droite, vers son coude. Sauf à être gaucher !
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MessageSujet: Re: Les débuts de Latimer Bertrick dans les Indes occidentales.   Dim 18 Mai 2014 - 20:04

Tout l’état major était attablé à l’Auberge de Dionysos. Repas d’inauguration en quelque sorte, du nouveau navire de la compagnie du capitaine Bertrick.
Les plats, de qualité médiocre mais forts relevés, se succédaient, les vins coulaient à flot. Les convives conversaient où échangeaient des plaisanteries, parfois même chantaient à tue-tête. C’était une plaisante assemblée.

- Je profite de cette mémorable occasion qui m’est offerte pour qu’on veuille bien éclairer ma lanterne de terrien. Notre nouveau navire est, m’a t-on dit, un senau, où brick senau. Hors, à ma connaissance, un brick est un navire doté de  deux mâts. Il se trouve, si j’ai bien observé, que notre nouveau navire en a trois. Bien que l’un d’eux soit fort court et bien étrangement placé.

- Quand à ça Docteur, le tepecul du lougre était lui aussi fort court et étrangement placé ha ha ha ! lança O’Higgins railleur.

La Biscaye, qui appréciait le chirurgien, intervint pour atténuer la pique du hideux.

- On appelle brick où brig cher Docteur Raleigh, un navire gréé à phare carré et portant deux mâts tel le brigantin. Il n’y pas de mât d’artimon sur l’arrière mais seulement un grand mât et un mât de misaine sur l’avant.

- Ecoutez le, Docteur. La Biscaye à raison dit le capitaine. Sur un trois mât telle la corvette où la frégate, le mât d’artimon est emplanté nettement à l’arrière. Sur notre senau, vous n’avez pas manqué de remarquer que le mât arrière n’est qu’à trois pieds derrière le grand mât (1 m) et n’a une hauteur ne dépassant pas la hune du grand mât. On appelle ce mât étrange comme vous le dites, un bâton de senau. Ce n’est donc pas un mât. De ce fait, notre nouveau navire ne porte que deux mâts ! On le classe donc dans la catégorie brick.

- Ne vous en faîtes pas Docteur lança Zacharie. Deux où trois mâts n’y changera rien quand à l’exercice de votre art. Pour moi par contre, de six pièces me voilà maintenant à devoir diriger le feu de seize ! Et j’aurai bien du mal à loger dans la Sainte Barbe les tonnelets de poudre nécessaire à autant de bébés !

- Seize bébés Zacharie ! Tu devrais prendre garde. Une progéniture aussi nombreuse va te ruiner en entretien et en éducation ! Tes parts de prise n’y suffiront plus !

- Ho fi, Capitaine. Fi !

- Allons, la bouteille est devant toi, fais là tourner autour de la table que nous buvions à la santé de tes bébés ha ha ha ! A propos, j'ai décidé de remercier les deux hommes qui étaient avec nous dans le canot de sauvetage. Calders sera ton aide comme second maître. Blake sera mon patron de canot et second maître du bosco.
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MessageSujet: Re: Les débuts de Latimer Bertrick dans les Indes occidentales.   Mar 20 Mai 2014 - 18:26

La colonie était dépourvu de quai où de wharf. Les navires devaient jeter l’ancre en deçà de la barre. Le transfert des marchandises où des passagers se faisait avec une barge où une chaloupe.

Charrois & portefaix avaient toute la journée amené sur la grève l’avitaillement du senau qu’il avait fallu charger sur la barge.
Mue par ses quatre grands avirons de galère, la barge, tel un lourd insecte, parcourue la demi encablure jusqu’à la barre puis, l’ayant franchi, non sans difficultés, vint se ranger à couple du senau.

Le bosco avait fait frapper un palan à la fusée de grand vergue & le chargement commença avec toute la hâte nécessaire.
Zacharie réceptionna ses dangereux tonnelets de poudre pendant que son nouvel aide, le second maître Calders faisait ranger boulets & autres boites à mitraille dans les râteliers idoines. Peu avant la nuit, La Biscaye prévint que tout était embarqué & arrimé.

Avec la yole, la plus petite des annexes du senau, Bertrick demanda à Blake, son
« patron de canot » de faire lentement le tour de Red Devil en s’en tenant à distance. Il voulait vérifier que La Biscaye avait bien réparti le chargement. Il fut satisfait, le senau était parfaitement « dans son assiette ».

L’équipage était épuisé. Pourtant, peu renoncèrent à se rendre à terre pour y passer la nuit avant l’appareillage prévu au petit matin. Les deux chaloupes amenèrent jusqu’à la grève l’équipage qui s’égailla vivement vers les quelques lieux de plaisirs que la colonie offrait.
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MessageSujet: Re: Les débuts de Latimer Bertrick dans les Indes occidentales.   Ven 30 Mai 2014 - 11:58

La Biscaye se chargea de la vente de la cargaison. Le capitaine pendant ce temps se rendit à terre. Il ne rejoignit le bord que deux jours plus tard.

Au cours du déjeuner du carré :

- Messieurs, nous allons ce soir même procéder au partage du butin. J’ai l’intention à l’issue de dissoudre la compagnie.

- Capitaine ! S’exclamèrent-ils tous.

- Vous n’allez pas mettre sac à terre ? Demanda La Biscaye se faisant l’écho du sentiment de tous.

- Que nenni ! Je vais créer une nouvelle compagnie. Chacun de vous y sera le bienvenu.

- Nous n’aurons plus de navire ! Red Devil ne fait-il point partie du butin ? Demanda Blake.

- Je vois que tu n’a point lu ce que tu a signé.

- Ben … En fait Capitaine j’ai signé d’une croix ne sachant pas écrire … Ni lire !

- Notre chasse-partie précise que le navire est la propriété pleine & entière du capitaine. Que, si il venait à être perdu, la compagnie ne pourrait être dissoute tant qu’un autre navire équivalent ne viendrait le remplacer (*) Ainsi donc, avec la vente de Red Devil & une bonne partie de mes parts de prise, j’ai l’intention d’acheter Golden Hind.

- Golden Hind ? S’interrogèrent-ils tous en cœur.

- Vous n’avez pas manqué de remarquer le trois mâts au chantier naval.

- Bien sûr capitaine mais les charpentiers et calfats y sont encore à la besogne.

- Ca nous donnera le tout le temps de lever un équipage en choisissant le dessus du panier. Il nous faut enrôler près de soixante hommes & je ne veux pas de la lie.

- Vous ne voulez pas d''Eulalie Capitaine ! Ha ha ha ! Moi j’veux bien d’elle si elle est accorte ! S’esclaffa La Biscaye les larmes lui venant aux yeux.

(*) Authentique.
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MessageSujet: Re: Les débuts de Latimer Bertrick dans les Indes occidentales.   Mer 16 Juil 2014 - 19:19

14 Juillet.
Le sieur Florimont franchit la porte de l’auberge. Il balaya d’un regard scrutateur la dizaine de clients présents. J’étais attablé un peu à l’écart, devant une pinte de bière. Il s’approcha.

- Capitaine Bertrick ! Je suis ravi de vous voir, vraiment !

- Florimont ! Bonjour à vous. Prenez place à ma table. Vous êtes mon invité.

- J’accepte avec plaisir. Le soleil donne soif !


J’avais été en affaire en moult occasions avec le sieur Florimont, négociant françois notoire, pour écouler les marchandises de mes prises.

- Je crois me souvenir de votre préférence pour le vin. Holà tavernier ! Apporte un pichet de ton meilleur vin & une autre pinte de bière pour moi.

- Je suis un peu surpris capitaine. Je suis passé par le front de mer & je n’ai remarqué votre navire ni dans la baie, ni à quai. Auriez-vous jeté l’ancre dans quelque crique proche ?

- Que nenni mon cher Florimont. J’ai, il y a peu, perdu mon navire. Un corsaire anglois nous a surpris au large de Barbuda alors qu’une tempête nous avait mis à mal.

- Ho ! Vous m’en voyez bien marri. Mais ... Dans ce cas, vous cherchez sans nul doute un nouveau bâtiment ? Il se trouve que mon ami Lescure, l’armateur, souhaite vendre une prise batave, fort jolie au demeurant. Je suis sûr qu’il serait raisonnable. Surtout si je lui fait valoir l’amitié qui prévaut entre nous. Mais … Votre bourse vous permet-elle un si grand dépens ? Car enfin, même ainsi, ça n’en est pas moins un débours conséquent.

- Si fait ! J’ai besoin d’un navire. Quand à mes capacités financières, n’ayez de craintes à mon endroit. Quand bien même aurait-il à se défaire d’une frégate ! … Bien que, peu me chaut si fort vaisseau.

- A la bonne heure ! Dans ce cas, sitôt congé de vous pris, je m’enquière de lui en son logis & lui fais part de votre intérêt.

- Soit ! Ce sera parfait. Je loge ici. Je ne quitte point l’auberge en attendant votre entremise.


Florimont me fit tenir un billet par un gamin du port. Pierre Lescure & lui-même m’attendaient à bord de Barracuda accosté au débarcadère du fortin.

Pierre Lescure me fit visiter Barracuda.

- Comme vous le constatez, les pièces ont été démontées » … Il lança un regard en direction de Florimont. Pour armer le nouveau fortin Nord.

- Qu’à cela ne tienne Capitaine » Intervint Florimont. J’ai dans mes magasins autant de pièces de canon du calibre idoine qu’il vous sera nécessaire.

- Que ne les avez-vous point fourni dans ce cas pour les fortifications ?

- Quand à ça ! … Son Excellence le Gouverneur n’a pas, selon ses dires, un sol vaillant pour les acheter … Mais il a toute autorité pour confisquer sur les prises terries.


Je n’étais pas dupe. Les deux larrons & sans doute « son Excellence » étaient de mèche pour s’approprier le plus possible de mon or. Il est vrai que mes « affaires » antérieures avec Florimont avaient toujours été exemptes de négociation. Les marchandises que je lui livrais ne m’avais coûté que vies humaines & poudre à canon, je ne discutai donc jamais ses prix.
Et puis, j’avais trop fanfaronné – la langue trop bien pendue - en prétendant que j’avais si besoin les moyens d’une frégate.
Bref ! Il me fallait un navire. J’inspectai Barracuda de la quille  à la pomme du grand mât – il avait été entièrement remis à neuf - & conclus la transaction.
J’en passais par Florimont pour les seize pièces de 4 livres. J’y gagnais un canonnier d’expérience, cousin de son épouse, sans doute la brebis galeuse de la famille.
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MessageSujet: Re: Les débuts de Latimer Bertrick dans les Indes occidentales.   Dim 20 Juil 2014 - 16:25

Les pièces sont en place sur leurs affûts. Sur ces petits vaisseaux, il n’y a pas de pont couvert pour la batterie. Les canons sont sur le pont supérieur en « batterie barbette » & c’est beau spectacle depuis la rambarde de dunette que ces deux rangées incurvées de canons.

L’avitaillement indispensable pour dix jours de mer à octante hommes d’équipage est embarqué & arrimé partout où faire se peut.
Mon nouvel équipage est à bord au complet. Autant d’hommes entassés dans un vaisseau de septante pieds (22m) & large de dix neuf pieds (6m) n’est pas chose aisé.
Je n’aime point les grands navires, je leur préfère de petits bâtiments rapides, armés d’assez de pièces de canon, ayant un équipage suffisamment nombreux pour ce que j’en veux faire. Point trop, selon le jugement de l’équipage, pour le nombre de parts de butin à partager.

Pour gagner de la place - & des parts de butin - hormis Ducasse le canonnier que le sieur Florimont m’a recommandé  – que j’ai hâte de voir à l’œuvre – je ne m’encombre d’aucun maître, j’ai toutes les connaissances nécessaires pour me passer d’eux.

J’ai – pour le moral de l’équipage - embarqué un chirurgien. Wellman, qui au vrai, n’a jusqu’alors été qu’un assistant de chirurgien.
L’équipage a élu son quartier maître pour les représenter, un certain Jarry qu’il va me falloir juger de sa capacité à fomenter pour prendre ma place.
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MessageSujet: Re: Les débuts de Latimer Bertrick dans les Indes occidentales.   Lun 11 Aoû 2014 - 6:57

Georges Town

Son hôte, Boden, était natif de l’île. Il était même le descendant du premier habitant permanent, un déserteur de la marine de Cromwel.
Tout deux étaient installés sous la varangue & sirotaient un punch en fumant leur pipe.

- Et bien capitaine, je suis heureux que vous relâchiez ici. Vous autres devenez denrée rare. Que m’apportez-vous donc comme nouvelles ?

- Au vrai, peu de chose mon cher Boden. Sinon que j’ai croisé une corvette de sa Majesté britannique au Sud Ouest du Cap Tiburon. Elle était sans nul doute l’éclaireur d’une escadre. Les anglo-batave certainement ! Ils vont souvent de conserve. Mais … Cette information date quelque peu. J’ai musardé depuis aux atterrages de Trinidad & y ait d’ailleurs fait quelques prises.

- Que vos informations datent, importe peu cher ami. Depuis que ces messieurs les officiers des marines royales & autres corsaires utilisent des vaisseaux de hauts bords, ils sont bien moins mobiles. Sans compter qu’il y a eu quelques jours de mauvais temps qui ont dû les contraindre de mettre à la cape pour préserver leurs plus légers bâtiments.  Quant à moi, juste avant que vous me fassiez le plaisir de votre visite, j’ai appris qu’une forte division navale françoise venaient de sévir dans les Îles sous le Vent. Elle y a peu rencontré d’ennemi hormis une corvette & une chaloupe qui ont été prises. Ce qui, par parenthèse, tend à vous donner raison concernant leur présence au Nord avec les anglois. Peut-être y aura t-il des représailles … mais je vous dis ça … Il n’est pas dans vos projets d’aller croiser par là-bas ?

- Que nenni mon cher Boden. Si vous entendez par là me louer comme mercenaire pour l’un où l’autre, trop peu pour moi ! Je devrai sans cesse me défier pour n’être point attaqué par traîtrise par mes employeurs.
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MessageSujet: Re: Les débuts de Latimer Bertrick dans les Indes occidentales.   Mer 27 Aoû 2014 - 12:28

San Luis.

Par bordée, l’équipage s’est rendu à terre. Pour y prendre du plaisir bien évidemment, mais aussi pour y faire bombance après plusieurs jours passés à n’avoir qu’une bouillie de farine de blé d’Inde & de la viande boucanée, le tout consommé froid !
… Car avec la tempête, les feux de la cambuse étaient noyés & le bois à brûler avait séjourné dans les quatre pieds d’eau ayant envahis nos cales.

Notre arrivée a mis en émoi la gent féminine - & pas seulement les garces du port & les "poulies coupées" * des bas-fonds -  Il n’y a aucun autre navire présent, aussi , toutes se jettent sur les Barracuda’s dès qu’ils prennent pieds sur l’estacade.
Très vite au fait que je suis le capitaine de cet équipage, c’est tout un essaim qui tourne autour de mes basques & lorgnent sur mes … Heu … sur Ma ! Bourse.

Ayant des piastres d’or à pouvoir jouer à faire des ricochets avec & voulant faire preuve de prodigalité, j’ai fait mettre en perce des barriques de vin dans chaque rue & ai loué l’auberge  – salle, salons & chambres – pour y tenir table ouverte & régaler qui veut pendant la durée de notre escale.

Durant ces quelques jours d’orgies, je ne me lassai pas de viandes fraîches – rôties où portant jupons ha ha ha ! -  de papayes, de quenettes, de goyaves, de noix de coco & d’ananas.

* Poulies coupées; femmes de mauvaise vie venant distraire l'équipage à bord des navires au cours des escales.
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MessageSujet: Re: Les débuts de Latimer Bertrick dans les Indes occidentales.   Lun 23 Fév 2015 - 19:56

Une oreille devait traîner près de la claire-voie de la grand chambre. Le bruit couru jusque dans les plus sombres recoins de Nemrod ; on mettait le cap sur le repère de la Baye de Saint Esprit.
On allait bientôt pouvoir jouir de ses parts de prises ; s'offrir des filles, boire à rouler sous les tables & s'attifer de beaux atours comme en portent les Lords !

L'accostage des deux bricks causa de l'émoi dans le petit port franc.
Pardi ! Voilà qui allait redonner un peu de vie à l'établissement qui ne voyait plus guère de vaisseaux forbans y faire escale, non plus que de contrebandiers. Alors, deux cent cinquante marins nantis de leur parts de prises ! Sans compter l'avitaillement des deux bâtiments & la vente de leurs butins  …
Et la possibilité pour quelque uns de s'embarquer !



La cargaison négociée, sauf pour le bois précieux & les trésors indigènes que le marchand refusa de prendre, Bertrick se rendit à bord de Sicaire. Il fit parts égales avec son comparse. La chasse-partie rapportait octante milles piastres à chacun.

Sans perdre de temps -  Mac Duff voulait absolument le faire avant que Sicaire qui avait besoin d'un fort contingent le fasse – il fit, en compagnie de Clomfert, la tournée des tavernes pour enrôler les quarante trois hommes nécessaire au remplacement des tués. Ils y parvinrent sans difficulté, la renommée du Diable rouge n'étant plus à faire.

De retour à bord, Bertrick & le quartier maître Bulloch calculèrent les parts de prises de chacun des cent vingt sept hommes de la compagnie. La distribution eut lieu, comme il est d'usage, sur la tête du cabestan. Les hommes s'égayèrent ensuite pour quelques jours de pure folie.

Les nouvelles recrues, encadrées par  Mac Duff, Clomfert, Vickers, Bulloch & De Clerq, hâlèrent le brick jusqu'au milieu de la baie.

- Simple précaution" dit Bertrick à son état-major. "J'ai l'intention, pour m'attacher leur loyauté, de distribuer une prime d'embarquement. Mais, je préfère éviter qu'ils puissent prendre la poudre d'escampette une fois empoché nos piastres. Leur courir après dans l'arrière pays serait assez vain & si nous leur mettions la main dessus, nous serions obligés de les homicider pour l'exemple.

Dès le lendemain, chaque fois qu'il se rendait à terre, Bertrick était assailli par des créanciers, patrons de tavernes, de tripots, des fripiers. Même une tenancière de bordeaux qui réclamait une coquette somme - une liste longue comme le bras - pour ses filles, pour le rhum, les mignardises  … & les dégâts !
Il du se résoudre à se faire accompagner par Mr Bulloch qui payait & notait consciencieusement les noms & les dépens de chacun - qui seraient retenus sur les prochaines parts de prises.

-Le capitaine Breeg doit avoir complété son équipage & avitaillé à présent. Nous allons lever l'ancre au plus tôt avant que d'être obligé de gager Nemrod ha ha ha !
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MessageSujet: Re: Les débuts de Latimer Bertrick dans les Indes occidentales.   Mar 24 Fév 2015 - 20:51

- Équipage au complet capitaine !

- Vous me surprenez Mr Clomfert.

- En fait, j'ai du louer un charroi & quelques charrettes à bras. Nous avons fait la tournée des bas-fonds & j'ai réussi à ramener toute la viande trop avinée pour rallier par ses propres moyens. Nous avons aussi quelques têtes cabossées que j'ai confié au chirurgien.

- Combien d'anciens Nemrod sont en état ?

- Une quarantaine pas d'avantage.

- Avec les nouveaux, nous aurons donc assez de monde. Nous allons lever l'ancre. Une fois en mer, nous armerons la pompe d'incendie du gaillard d'avant pour dessaouler les autres.
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MessageSujet: Re: Les débuts de Latimer Bertrick dans les Indes occidentales.   Mer 27 Mai 2015 - 20:36

26 Mai

Avec les propositions d’amnistie des ambassadeurs, un série de mesures étaient prises et d’autres viendraient encore, pour asphyxier les ports libres.

Une chasse sans merci prenait corps contre les capitaines contrebandiers, tant sur les quais des ports des Caraïbes où transitaient les marchandises, qu’auprès des négociants qui revendaient les cargaisons issues des pillages.
A cela s’ajoute une pénurie bien orchestrée pour nuire à la mise en chantier de constructions navales.

- Ah capitaine ! C’est grand malheur  pour un chantier naval. Pensez donc, plus de bois, pour faire des planches, des mâts où des espars. Plus de barres de fer, de cordages où de toile à voiles. Plus d’étoupe de goudron où de brai. Plus de poulies, de manilles … où même de peinture.
Tout juste si l’on peut encore mettre en chantier un doris où une yole. C’est la fin je vous le dis tout crûment. Je vais devoir aller me vendre comme simple scieur de long où calfat sur les chantiers de Kingston où de Georgetown. Moi ! Un Maître de Hache qui saurait construire une frégate ! Que dis-je une frégate. Un vaisseau deux ponts de cinquante canons ! Oui capitaine Bertrick, même un cinquante canons !



Bertrick n’entendait que ce genre de jérémiade sur tout le port et dans la bourgade. Même de la part des gourgandines des bas-fonds, c’est dire !
- Hé quoi ! Plus de dentelles, de baptiste, de mousseline, de calicot où de soie non plus ? Plus de vins fins où de spiritueux ?

Il avait pourtant d’autres chats à fouetter. il essayait de regrouper les Capitaines de la confrérie du Jolly Roger. Les temps allaient être difficiles.
Déjà, le Capitaine Spriggs s’en était retourné sur le vieux continent. Bertrick espérait que son ami Chien Rouge serait de retour un jour.

Pour l’heure, seul Sicaire de Sainte Marie des Gueux, le brick du Poisson Rouge, était au mouillage dans la baie à un quart d’encablure de Nemrod.

Il  invita Jeremiah Breeg et les maîtres des deux bricks,  à faire une virée dans les tavernes, tripots et bouges pour l’aider à noyer son ressentiment dans l’alcool et le stupre.


Dernière édition par Bertrick le Dim 7 Juin 2015 - 5:58, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Les débuts de Latimer Bertrick dans les Indes occidentales.   Sam 6 Juin 2015 - 19:05

Le nordet faisait grincer l’enseigne à la peinture écaillée par les embruns salés.
On pouvait encore y déchiffrer « Pension chez Thérèse»
L’homme poussa l’huis, entra.
Une femme affublée d’un tablier s’approcha au devant du quidam.

- Vous désirez louer une chambre ?

- Non. Je viens voir le capitaine Bertrick. On m’a dit que je le trouverais séant.

- Si fait ! Il loge ici. Installez-vous. Je vais le faire quérir de suite. Qui dois-je lui annoncer ?

- Cuvier. Capitaine Mokarran Cuvier.

- Fort bien Capitaine Cuvier. Installez vous là-bas dans le salon, ce sera plus discret pour discuter. Mes autres pensionnaires dînent dans la grand salle. Je vous fais apporter une carafe de mon meilleur porto pour patienter.

Bertrick le rejoignit dans le salon. Les présentations faites, les deux capitaines levèrent leur verre aux succès de leurs entreprises réciproques.

- Vous logez vraiment ici ?

- J’y loue une chambre à l’année et j’y prend mes quartiers à chacune de mes escales. C’est la veuve d’un de mes anciens boscos.. Mais … venons en à la raison de votre visite. Que voulez-vous ?

- Vous êtes, je le sais, au mieux avec la confrérie des Marchombres.

- Les plus anciens assurément. Je n’ai pas l’heur de connaître les plus jeunes d’entres eux.

- Mais vous connaissez bien les capitaines Potter leur chef ainsi que Rosenberg.

- Si fait. Venez-en enfin au fait, je vous prie.

Je suis un capitaine du Phantom Squadron. Vous n’êtes pas sans savoir qu’un grave différent nous oppose à eux. J’ai besoin de votre entremise pour le capitaine Gradlon Silverbeard et moi-même avec les Marchombres. Nous voudrions conclure un pacte de non-agression avec eux tant que durera ce qui se dessine contre les pirates.

- Est-ce à dire que vous parlez au nom du Phantom Squadron ?

- Non ! Cet arrangement ne vaudrait que pour Silverbeard et moi. Je ne peux m’engager aux noms des autres membres de ma confrérie, lesquelles d’ailleurs, ne sont plus pour l’heure dans ces eaux.

- J’ accepte de servir de médiateur. Parce que je suis quand à moi convaincu que les pirates doivent faire table rase de leurs antagonismes face à cette seconde coalition ourdie par le Connétable et ses séides.
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MessageSujet: Re: Les débuts de Latimer Bertrick dans les Indes occidentales.   Dim 7 Juin 2015 - 10:54

Bertrick passa les deux jours suivants à remplir son office.
En vain !
Les exigences Marchombre étaient de celles que les deux capitaines du Phantom Squadron jugèrent inacceptables.

Gradlon Silverbead et Mokarran Cuvier avaient leurs navires à l’ancre dans une crique proche. Ils attaquèrent la corvette du capitaine Potter au sortir du repère … et s’en emparèrent.

La fâcherie était dès lors consommée !
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MessageSujet: Re: Les débuts de Latimer Bertrick dans les Indes occidentales.   Mar 9 Juin 2015 - 18:34

Bertrick convia à dîner les Diables Rouges présent au port.
Il voulait leur rendre compte de sa médiation entre les Marchombres et les deux Phantom Squadron et convenir des dispositions qui en découlaient.

- J’avais idée de proposer aux Marchombres de naviguer de conserve avec eux. Ce n’est évidemment plus de mise. Ce serait prendre parti dans un différent qui ne nous concerne en rien » leur dit-il en préambule quand ils furent attablés.

- En outre, un de mes informateurs vient de me faire parvenir un pli. Plusieurs capitaines de cette confrérie, et non des moindres, auraient engagé des tractations avec l’ambassadeur d’Espagne pour obtenir leur amnistie ».

- Non des moindres ?

- En effet, Potter, leur chef ! … Rosenberg aussi ! d’autres également …

Il tira un feuillet d’une poche intérieure.

- Ethel Torres, Pintu et Anna la Noire. De ceux que je connaisse encore assez, ne restera que les capitaines Berni, Saskia et le Neg’marron.

Un silence pesant suivit. Tous assimilaient cette nouvelle. Aelig le rompit.

- Je propose que l’on fasse savoir que Jolly Roger respectera le Pavillon noir. Que des actions communes seront les bienvenues mais qu’un désengagement immédiat des Diables Rouges aurait lieu en cas de combat fratricide.

- Excellente suggestion ! Ainsi, nous pourrions naviguer avec qui veut, fortuitement où de connivence, sans prendre parti pour une faction.
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MessageSujet: Re: Les débuts de Latimer Bertrick dans les Indes occidentales.   Lun 29 Juin 2015 - 12:10

Isle des Martyrs.

La bien nommée ! Les capitaines présents ici ayant tous subi un revers de fortune du fait de la cabale fomentée par … comment l’ont-ils appelé sur le gaillard d’avant de Nemrod ?
Ha  oui, Bovin Courtelangue, Grand … je-ne-sais-trop-quoi.
Une française, dans une lettre interceptée et copiée, à mentionné le mot étable. Un rapport avec bovin peut-être … ?

Je suis tiré de mes pensées par le crépitement de la pluie sur mon tricorne.  

Mon navire est amarré au quai d’embarquement à moins d’un furlong. Je presse le pas.
Un bien joli navire ... Petit !
Cent et vingt tonneaux de jauge … Et tout est à l’encan ! Moins de cent hommes, quand aux canons ...
Voilà qui me ramène presque à mes débuts lorsque je commandais un lougre.
Je franchi la coupée.

Purdey le nouveau maître canonnier s’affaire sur le canon le plus proche. Il lève la tête à mon arrivée.

- C’est’y pas honte de voir ça capitaine ? Il tendit la main, un doigt accusateur pointé vers l’avant puis vers l’arrière.

Je suivis du regard les deux directions.

- Quoi donc ? fis-je.

- Ben … ces canons ! Se sont des 4 livres !

- Ne nous plaignons pas - je désigne du menton l’autre corvette au quai d’approvisionnement - eux n’ont pas même l’heur d’être aussi bien lotis que nous le sommes. Et celui-ci qu’à t-il ?

- Ces pièces ont déjà beaucoup servi capitaine. Je dois refaire les lumières sur trois d’entre elles et sur toutes, l’âme est usée au point que les boulets ont du jeu et que la portée sera moindre.

- Quand à ce dernier point, n’ayez crainte. Nous ne tirons jamais à portée maximale.

Je laisse le canonnier à son ouvrage et me dirige vers la Grand-chambre. J’entre, y trouve Mac Duff et Grüber le nouveau chirurgien.

- Où en est-on McDuff ?

- Équipage au complet capitaine. Le chirurgien me faisait justement savoir que tous sont en bonne santé. Y compris les anciens Nemrod. Je mettrai à jour le Livre de Rôle après le repas.

- Docteur Grüber, avez-vous embarqué votre coffre de médecine ?

- Oui capitaine. Quelques instruments me manquent encore cependant. Je les aient déposé chez l’armurier de l’habitation pour les y faire affûter ... le meilleur acier qui se puisse être ... de l’acier de Solingen ... je n’imagine pas qu’il puisse en être autrement  pour un scalpel où un couteau à amputer ... il m’a assuré que je les aurais avant demain midi.

- Fort bien ! Je ne doute plus qu’en cas de nécessité … nous serions découpés proprement !

Regard offusqué du second.
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MessageSujet: Re: Les débuts de Latimer Bertrick dans les Indes occidentales.   Dim 12 Juil 2015 - 20:46

Pélican Lake

Pas moins d’une dizaine de navires forbans y étaient à l’ancre. Effervescence dans l’habitation jouxtant le port. Sur les quais, c'était la presse. Lavandières, portefaix, commis, planteurs, scribes, tenanciers, même les ribaudes s’y bousculaient, au grand dam des marins et des manouvriers qui en subissaient la gène.

La rumeur s’était répandue dès la veille au soir avec le débarquement des équipages des premiers navires à entrer au port.
Ils avaient pris un vaisseau à l’anglais !

Ce matin, tous voulaient voir, de leurs yeux voir, ce vaisseau enlevé de haute lutte aux Godons.
Il faut dire que c’était là spectacle unique, un deux ponts, pavillon noir en tête de mât !

Le capitaine Faya avait fait mettre les canons à poste. Émergents des sabords de la batterie basse, les gueules menaçantes des pièces de 32 livres suscitaient de nombreux commentaires.

- Ces canons sont énormes, les dégâts qu’ils peuvent faire doivent être terrifiants !

- Pour sûr monsieur le clerc de notaire. Pensez donc, un boulet a un diamètre de plus de 6 pouces (155mm) et pèse 28 livres (14,528 kg).

- Je n’ai jamais vu d'aussi grosses pièces sur nos navires.

- Ça non hélas ! les plus gros qu’on utilise se trouvent sur le brick Sicaire que vous voyez là-bas. Des pièces de 9. Encore qu’il n’en a que quatre de ce calibre. Des boulets pesant moins de huit livres. C’est dire si notre puissance de feu est faible en comparaison !

- Et pourtant, vous avez réussi à vous emparer d'un vaisseau !

- Et oui mon bon monsieur. Godons, Bataves, Dons et Froggies manquent des qualités qui sont nôtres ; le courage et la témérité. Ha ha ha ! Ce ne sont que des planteurs, plus avides à acquérir des acres de terre qu’à faire honneur à leur pavillon.
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MessageSujet: Re: Les débuts de Latimer Bertrick dans les Indes occidentales.   Dim 19 Juil 2015 - 12:37

Juillet 1715
Cayo Hueso

Quatre charrois sont venus s’alignés sur le quai, juste devant Red Devil. Sur chacun, deux paires de canons reposent sur des berceaux conçus à cet effet.

Griffith passe d’un attelage à l’autre pour inspecter les bouches à feu. Des huit livres françaises et quatre anglaises de neuf livres, toutes ayant déjà servi peu où prou.
D’où son attention sourcilleuse !
Ces canons en fer issus de prises risquent, s’ils sont en mauvais état, d’exploser, tuant par là même, les servants. Il eut préféré, comme le capitaine Bertrick, des canons en bronze. Ceux-là, éclatent en s’éventrant, faisant de moindre dégâts autour d’eux. Cependant, ils sont introuvables. Sauf à les prendre sur les navires de guerre pourvus par les arsenaux.

Des câblots sont frappés sur l’une des pièces du premier charroi et renvoyés sur le pont. Du gaillard d’avant, on hâle la drisse du palan frappé en bout de grand vergue et le canon se soulève lentement, faisant craquer le bois du chantier, soulagé de sa charge.
Le bosco, au porte-voix, dirige la manœuvre. Jouant tour à tour sur le palan, la balancine de vergue et les câblots, il fait s’insinuer le canon entre le réseau complexe du gréement jusqu’à l’amener sur son affût.
Seize fois, la même manœuvre, lente et laborieuse devra être répétée avant que nuit se fasse.

Bertrick, appuyé à la rambarde de dunette, assiste aux délicates opérations.
Qu’une élingue lâche et le pont sera défoncé et crevé. Le canon sans doute irrémédiablement endommagé.
Non point qu’il y ait pénurie de ces calibres, mais quand même.

Il en est là de sa funeste réflexion lorsque le chirurgien s’engage sur la planche de coupée. Il le hèle.

- Holà Docteur ! Avez-vous trouvé à compléter votre coffre de médecine ?

Le Dr. Grüber pivote dans sa direction, cligne des yeux dans le soleil, salue d’un ample mouvement de son chapeau. « Oui, bonjour Capit ... » il se prend les pieds dans une glène de cordage et s’affale de tout son long sur le pont.
Sur le gaillard d’avant, les hommes s’esclaffent, tout à la joie de cette diversion.

- Silence vous autres ! hurle le bosco dans le porte-voix.

Bertrick descend l’échelle de dunette pour aller aider le chirurgien à se relever. Il lui ramasse son chapeau et l’en recoiffe.

- Je n’ai rien, je vous assure … à part peut-être mon ego un peu malmené … merci Capitaine. Pour répondre à votre question … oui. J’ai sans peine trouvé ici de l’esprit de vin, de l’ase fétide, de l’arnica, de la teinture de laudanum et même du vif argent.

- A la bonne heure ! Et … avez-vous examiné nos nouvelles recrues ?

Bertrick soutient le chirurgien pour l’aider à gravir les quelques marches menant à la dunette.

- Lâchez moi voyons ! Je vais bien vous dis-je !
J’ai dû en refuser quelques unes.
Un fou dangereux …tant pour lui-même que pour ceux qui seraient ses compagnons.
Un autre, débarqué de fraîche date d’un navire de traite, atteint du scorbut … dents qui se déchaussent ... vieilles blessures qui suppurent.
Un autre encore, syphilitique celui-là … cas extrême … déjà à demi aveugle et qui n’en a plus pour longtemps selon moi.
Enfin, je soupçonne le dernier cas d’avoir un début de gangrène au bras droit … une vilaine plaie noire et fort malodorante  … coup de dague … rixe d’ivrognes.
Wells a trouvé à tous les remplacer. J’hésitai pour le cas de quelques simples d’esprit mais Wells à jugé qu’ils seraient toujours capable de hâler un cordage pourvu qu’on leur dise lequel, où même qu’on le leur mette dans les mains.


Le chirurgien remercia encore le capitaine et, en claudiquant, se rendit à la grande écoutille et disparut dans l'entrepont.
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MessageSujet: Re: Les débuts de Latimer Bertrick dans les Indes occidentales.   

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Les débuts de Latimer Bertrick dans les Indes occidentales.
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